Raoul Coutard

chef opérateur français
Raoul Coutard
Naissance
Paris (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 92 ans)
Labenne (Landes, France)
Profession directeur de la photographie, réalisateur, photographe de guerre
Films notables À bout de souffle
Le Mépris
Pierrot le fou
Le Crabe-tambour
Z

Raoul Coutard, né le à Paris et mort le à Labenne (Landes), est un directeur de la photographie et réalisateur français, lié au mouvement de la Nouvelle Vague.

BiographieModifier

JeunesseModifier

Guerre d'IndochineModifier

Raoul Coutard interrompt ses études d'ingénieur chimiste pour partir en Indochine pour un premier séjour en 1946-47 dans l'infanterie coloniale où, comme sergent il commande une section dans le nord Laos ; il devient ensuite reporter photographe. Fin 1950, il est photographe pour le SPI, service de presse et d'information de l'armée française, lors de la chute de Cao Bang. Le général de Lattre de Tassigny ordonne alors l'abandon des scènes reconstituées photographiées pour l'intégration de photographes lors des opérations militaires dont Raoul Coutard sera un des photographes accrédités, avec le cameraman Pierre Schoendoerffer[1].

Il couvre notamment la guerre d'Indochine pour Radar, Life et Paris Match. Il sympathise avec le général vietnamien Le Van Kim, et la rencontre de Pierre Schoendoerffer, est déterminante.

Il part tourner en Afghanistan La passe du diable de Pierre Schoendoerffer, et il rencontre Joseph Kessel dont l'écrivain raconte dans son livre Le Jeu du roi le journal de tournage et l'expérience afghane dans Les Cavaliers.

Après des débuts d'opérateur avec quelques plans dans le film collectif d'images d'explorateurs À chacun son paradis (1956) de Luciano Emmer et Robert Enrico, il entame une longue collaboration avec Pierre Schoendoerffer, pour lequel il photographie en particulier La 317e Section (1964) et le Crabe-tambour (1977), ce dernier lui valant un César de la meilleure photographie.

Directeur de la photographieModifier

Son travail remarqué sur À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard fait de lui le chef opérateur le plus en vue de la Nouvelle Vague. Tout comme Schoendoerffer, Godard lui restera longtemps fidèle, lui confiant la prise de vues de certains de ses meilleurs films comme Vivre sa vie (1962), Le Mépris (1963), Alphaville (1965) et Pierrot le fou (1965). Après avoir pris leurs distances au moment des événements de Mai 68, les deux hommes se retrouvent pour Passion (1982).

Coutard collabore entre-temps avec François Truffaut à des films aussi remarquables que Jules et Jim (1962) et La mariée était en noir (1967), et signe l’image de Lola (1960) de Jacques Demy, de Chronique d'un été (1960) de Jean Rouch et Edgar Morin, de Tire-au-flanc 62 (1962) de Claude de Givray, de La Poupée (1962) de Jacques Baratier et de Vacances portugaises de Pierre Kast (1962).

Il signe encore la photo de Z (1969), L'Aveu (1970) de Konstantinos Costa-Gavras, ainsi que La Diagonale du fou (1984) de Richard Dembo.

Un inventeur au service des réalisateursModifier

Son utilisation de la lumière naturelle, le jeu marqué des contrastes en noir et blanc comme en couleurs et la mobilité de sa caméra ont véritablement révolutionné la photographie de cinéma. Remarquable technicien il adapte des méthodes de tournage de documentaire à la fiction, ou invente même des techniques pour pouvoir tourner la nuit sans éclairage additionnel, à faible coût de production, en utilisant de la pellicule noir et blanc pour photographe, avec un développement spécial : « Nous avons utilisé comme pellicule la HPS. À l'époque d'À bout de souffle, elle n'existait que pour la photographie, ce qui nous a obligés à acheter des bobines de 20m, 60 m, 10m. L'inconvénient portant sur la durée: avec 10m, on ne pouvait tourner que vingt secondes théoriquement, donc un plan de quinze secondes.[2] »

Toujours pour Jean-Luc Godard, dans À bout de souffle, il remplace les rails de travelling par une chaise-roulante pour handicapé où il est assis, caméra à l'épaule[3]. Il réalise, pour le film La 317e section de Pierre Schoendoerffer, des trucages en direct pendant la prise[4], et utilise pour Tirez sur le pianiste de François Truffaut des lampes "d'amateurs" pour éclairer la nuit[5].

Metteur en scèneModifier

Comme metteur en scène, Raoul Coutard a réalisé Hoa-Binh (1970), une évocation d’un épisode de la guerre d'Indochine, La Légion saute sur Kolwezi (1979), sur l'opération militaire de 1978 au Zaïre, et S.A.S. à San Salvador (1982).

Raoul Coutard meurt le à 92 ans, dans une clinique de Labenne (Landes) près de Bayonne[6],[7].

« Raoul Coutard, qui vient de s'éteindre à 92 ans, tranchait par rapport aux physiques de la Nouvelle Vague. Et pourtant, c'est bien lui qui en fut le chef opérateur le plus emblématique. Sans Coutard, le noir et blanc de Godard et de Truffaut n'aurait pas eu la force qu'on lui connaît. Un noir et blanc granuleux, un peu charbonneux et blême, anti-artificiel au possible. L'image léchée, très peu pour lui. Si les auteurs de la Nouvelle Vague l'appréciaient tant, c'est que cet artisan talentueux cherchait une certaine vérité de la lumière naturelle, sans chichis. Il bossait vite, bien, caméra à l'épaule s'il le fallait. Il s'adaptait aux situations difficiles, c'était le chef op' tout-terrain, qui filmait comme on livre une bataille[8]. »

— Jacques Morice, Télérama, 9/11/2016

FilmographieModifier

CinémaModifier

Comme directeur de la photographieModifier

Comme réalisateurModifier

TélévisionModifier

Comme directeur de la photographie

PublicationsModifier

  • Guerre morte …il y avait une guerre d’Indochine, de Jean-Pierre Dannaud. Illustrations photographiques de Michel Aubin, Edouard Axelrad, Werner Bischoff, Marcel Bourlette, Robert Bouvet, Daniel Camus, Raymond Cauchetier, Paul Corcuff, Raoul Coutard, Guy Defive, Dervoust, Yves Fayet, Pierre Ferrari, Ernst Haas, Jacques Jahan, Françis Jauréguy, Fernand Jentile, Georges Liron, René Martinoff, Missions étrangères, Nguyen Manh Danh, Jacques Oxenaar, Jean-Marie Pelou, Jean Péraud, Jean Petit, S.I.V.N., Raymond Varoqui. Supplément à la revue Indochine Sud-Est Asiatique, Imp. Georges Lang, Paris, 1954. La Pensée Moderne, 1973
  • Raoul Coutard, L'Impériale de Van Su : Ou comment je suis entré dans le cinéma en dégustant une soupe chinoise, Éditions Ramsay, , ouvrage autobiographique.
  • Raoul Coutard, Le Même Soleil : Indochine, 1945-1954 (autobiographie), Le Bec en l'air,

DistinctionsModifier

RécompensesModifier

Nominations et sélectionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. in Raoul Coutard, L'Impériale de Van Su : Ou comment je suis entré dans le cinéma en dégustant une soupe chinoise, Éditions Ramsay, Paris, 2007, p 23.
  2. in Parais, P.-E. & Renoue, M. Interview avec Raoul Coutard. Protée, 31(3),(2003), p 102, à lire sur https://doi.org/10.7202/008441ar
  3. in Raoul Coutard, L'Impériale de Van Su : Ou comment je suis entré dans le cinéma en dégustant une soupe chinoise, Éditions Ramsay, Paris, 2007, p 368.
  4. idem p352
  5. idem p.77
  6. « Cinéma: décès de Raoul Coutard », sur Le Figaro, (consulté le )
  7. « Décès à 92 ans de Raoul Coutard, l'opérateur mythique de Godard et Truffaut », sur La Presse, (consulté le )
  8. Raoul Coutard, chef opérateur de la Nouvelle Vague

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles

VidéographieModifier

DocumentairesModifier

  • 2017 : Raoul Coutard, J'ai pas une tête de mort (30 min), court-métrage réalisé par Laurent Roth, intégrale de l'entretien de Raoul Coutard avec Mireille Perrier lors du tournage du film LesYeux Brûlés reconstitué d'après les rushes sonores du film. Le chef-opérateur de la Nouvelle Vague y commente le métier de la guerre, l'art de la filmer, et le sort parfois tragique des reporters de guerre.

Liens externesModifier