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Can Dündar
Can Dündar par Claude Truong-Ngoc janvier 2017.jpg
Can Dündar en janvier 2017.
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (58 ans)
AnkaraVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Formation
Ankara University Faculty of Political Science (en)
Université technique du Moyen-OrientVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Condamné pour
Divulgation de secrets (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Liste détaillée
Plume d'or de la liberté
Prix international de la liberté de la presse du CPJ ()
Citoyens d'honneur de la Ville de Paris (d) ()
Q1704005 ()
Prix Lev-Kopelev (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Can Dündar (prononcé [ d͡ʒan dyn'daɾ]), né le à Ankara[1],[2] est un journaliste et documentariste turc. Il est spécialiste de la critique des médias en Turquie, engagé dans la défense des libertés publiques, pacifiste et favorable à une résolution politique du conflit kurde en Turquie. Entre 2013 et 2016, il est directeur de la rédaction du quotidien turc laïc et progressiste Cumhuriyet. En novembre 2015, il est emprisonné pour avoir révélé que les services secrets turcs (MIT) effectuaient des livraisons d’armes à des groupes islamistes rebelles en Syrie.

Sommaire

BiographieModifier

Après avoir suivi sa scolarité à Ankara[1],[3], il publie ses premiers articles en 1979 notamment dans Söz et Hürriyet et sort diplômé en 1982 de la haute école de presse de la faculté des sciences humaines et sociales de l'université d'Ankara[2],[3]. En 1986 il sort diplômé de la London School of Journalism (en), termine sa licence supérieure en 1988 et sa thèse de doctorat en 1996 en administration et droit publics de l'université technique du Moyen-Orient[2],[3].

En 1988 il travaille à la Radio-télévision de Turquie (TRT) au service information, puis participe à la réalisation des documentaires 32. Gün (tr) (le 32e jour) qui sont diffusés de 1989 à 1995[2] sur la TRT jusqu'en 1992 et sur Show TV.

Le , Can Dündar démissionne de son poste de rédacteur en chef du journal Cumhuriyet, n'ayant plus confiance en la justice turque, mais indique qu'il y demeurera comme simple chroniqueur. Il ajoute : « Faire confiance à un tel pouvoir revient à mettre sa tête sous la guillotine. (…) Désormais, nous ne faisons pas face à la justice mais au gouvernement. Aucun tribunal supérieur ne pourra s’opposer au non-droit qui s’installe. »[4]

Le , Dündar annonce le projet de création d'un média indépendant, basé à l'étranger mais à destination de la Turquie, dans le but de court-circuiter la répression du gouvernement turc contre les journalistes[5]. Le projet, qui s’intitule Özgürüz (« nous sommes libres » en turc), soutenu par le centre de recherches journalistique allemand Correctiv, est lancé le , date choisie en mémoire d'un journaliste turc assassiné le même jour, Uğur Mumcu. Il se présente sous la forme d'un site d'actualité en turc et en allemand, et a été réalisé par Can Dündar, Hayko Bağdat et David Schraven. Dündar en devient le rédacteur en chef[6],[7]. Le , le site ozguruz.org est bloqué par les autorités turques[8].

En 2017, il cosigne avec la réalisatrice allemande Katja Deiß un documentaire intitulé « Can Dündar - Adieu à la Turquie » (en allemand : « Exil Deutschland - Abschied von der Türkei ») sur les intellectuels contraints à l'exil par le pouvoir turc, dont lui qui vit aujourd'hui en Allemagne loin de sa famille. Le projet est diffusé pour la première fois à la télévision le 11 juillet 2017 sur Arte et Das Erste[9],[10].

Activité éditorialeModifier

 
Can Dündar lors de la cérémonie de remise du prix pour la liberté de la presse décerné par Reporters sans frontières à Strasbourg le 17 novembre 2015.

Affaire des camionsModifier

Can Dündar est à l'origine de la médiatisation de la découverte d'un soutien actif de l'État turc à des groupes rebelles syriens, dont des groupes djihadistes, dans le cadre de la guerre civile syrienne[11],[12],[13],[14].

Alors qu'Ankara avait jusqu'alors nié avoir fourni des armes aux rebelles syriens, le 29 mai 2015 Cumhuriyet publie des images tournées par la gendarmerie turque en janvier 2014 dans les province de Hatay et Adana, près de la frontière syrienne. Les gendarmes avaient alors intercepté deux convois de camions chargés d'armes par les services secrets turcs (MIT)[15],[12],[13]. Après la publication de cet article Can Dündar et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, sont accusés d'« espionnage » et « divulgation de secrets d’État » le 27 novembre 2015[16],[17],[12]. Pour ces révélations, le président turc Recep Tayyip Erdoğan avait menacé publiquement Can Dündar en disant « Je ne le laisserai pas, je le suivrai et il devra payer la facture »[14] lors d'une interview sur la Radio-télévision de Turquie[18],[19].

Depuis sa cellule, Can Dündar explique les raisons de son emprisonnement[20]:

« Puis-je laisser mon pays entre les mains d’un régime totalitaire ?

Pouvons-nous nous enfermer dans nos bureaux, au lieu de travailler sur les dossiers sur lesquels nous avons enquêté, découvrant la corruption du pouvoir, la politique de guerre civile, le trafic d’armes ?

Parce que nous avons répondu « non » à cette option, et parce que nous avons poursuivi la voie de Frédéric Joliot-Curie, parce que nous avons pris le parti de la paix, parce que nous sommes contre le despotisme et sa censure, nous nous retrouvons en prison et isolés dans nos cellules. »

— Can Dündar, Depuis sa prison, le message de Can Dündar à L’Humanité, L’Humanité, 29 décembre 2015.

Dans la nuit du , la 1re section de la Cour constitutionnelle rend une décision jugeant l’incarcération de Can Dündar et d'Erdem Gül de « violation du droit de la liberté et de la sûreté individuelles »[21],[22]. Quelques heures plus tard la 14e cour d'assises d'Ankara ordonne[23] la libération des deux journalistes après 92 jours de captivité[24]. Ces derniers noteront que leur libération intervient le jour de l'anniversaire du président Recep Tayyip Erdoğan[24], régulièrement accusé d'attaques constantes contre la liberté de la presse en Turquie.

Le , devant le palais de justice d'Istanbul (en), Can Dündar échappe à une tentative de meurtre[25]. Le tireur présumé est immobilisé par le député du Parti républicain du peuple Muharrem Erkek et la femme de Can Dündar, Dilek Dündar, avant que les policiers ne l’interpellent[25]. Can Dündar se rendait à un point presse devant le palais de justice pour réagir à sa condamnation pour « tentative de renversement du gouvernement de la République de Turquie ou d'empêchement partiel ou total son action avec violence et coordination »[26]. Le verdict est rendu deux heures après l'attaque par la 14e cour d'assises d'Istanbul, lui et Erdem Gül sont respectivement condamnés à 5 ans et 10 mois et à 5 ans de prison ferme (35 ans et 6 mois étaient demandés par le ministère public)[25],[26].

Le 2 avril 2018, un tribunal d'Istanbul délivre un mandat d'arrêt et demande à l'État de faire une requête de notice rouge à Interpol contre Dündar. Celui-ci sera immédiatement arrêté s'il retourne en Turquie et si une notice rouge est effectivement publiée à son encontre, il pourra aussi être arrêté par la police des autres pays[27].

À partir du 5 décembre 2018, il est aussi recherché pour son rôle supposé dans les manifestations de Gezi en 2013[28].

RécompensesModifier

RéférencesModifier

  1. a et b (tr) « Biyografi », sur candundar.com.tr (consulté le 27 novembre 2015).
  2. a b c et d (tr) Can Dündar et Celal Kazdağlı, Ergenekon: Devlet İçinde Devlet, Istanbul, Can Sanat Yayınları, (ISBN 9789750723797, lire en ligne)
  3. a b et c (tr) « Cumhuriyet Gazetesi-Can Dündar Kimdir? », sur bugun.com.tr, (consulté le 27 novembre 2015).
  4. « Turquie : le rédacteur en chef du journal « Cumhuriyet » démissionne », sur Le Monde, (consulté le 15 août 2016)
  5. « Le journaliste turc Dündar veut lancer un média », sur 20min.ch, (consulté le 11 novembre 2016)
  6. (en) « Turkish-German news website launched in Germany with Can Dündar », sur dw.com, (consulté le 25 janvier 2017)
  7. (tr) « Can Dündar'ın Genel Yayın Yönetmeni olduğu ozguruz.org yayına başladı », sur cumhuriyet.com.tr, (consulté le 25 janvier 2017)
  8. (tr) « Can Dündar’ın #Özgürüz sitesine yayına başlamadan erişim engeli », sur sendika14.org, (consulté le 26 janvier 2017)
  9. « Can Dündar - Adieu à la Turquie », sur arte.tv (consulté le 10 juillet 2017)
  10. (de) « Exil Deutschland - Abschied von der Türkei », sur programm.ard.de (consulté le 10 juillet 2017)
  11. Le Monde, « Un journal turc publie les images d’armes livrées par la Turquie aux djihadistes en Syrie », sur lemonde.fr, (consulté le 6 mai 2016).
  12. a b et c Marie Jégo,En Turquie, 2 journalistes poursuivis pour des révélations sur des livraisons d’armes aux rebelles syriens, Le Monde, 27 novembre 2015.
  13. a et b Hélène Sallon, L'étrange soutien de la Turquie aux réseaux djihadistes de Syrie, Le Monde, 24 janvier 2014.
  14. a b et c Ragip Duran, « Le journaliste turc Can Dundar a « honte au nom de ses confrères » », sur liberation.fr, (consulté le 16 août 2015)
  15. Sami Kiliç, Turquie/Syrie : 7 questions pour comprendre l'affaire des «camions du MIT», Zaman, 1er décembre 2015.
  16. « La Turquie inculpe deux journalistes d'opposition, l'Europe s'inquiète », sur lexpress.fr, (consulté le 27 novembre 2015)
  17. Turquie. Can Dündar, lauréat du prix RSF pour la liberté de presse, a été écroué, courrierinternational.com, 27 novembre 2015
  18. « Armes en Syrie : Erdogan demande la prison à vie pour Can Dündar », sur www.zamanfrance.fr (consulté le 5 décembre 2015)
  19. « Erdoğan’dan Can Dündar’a tehdit! », sur www.sozcu.com.tr, https://plus.google.com/+SozcuTr/ (consulté le 5 décembre 2015)
  20. https://www.humanite.fr/depuis-sa-prison-le-message-de-can-dundar-lhumanite-594088
  21. Kişi özgürlüğü ve güvenliği hakkı ihlal edildi
  22. (tr) Milliyet, « Can Dündar ve Erdem Gül için karar », sur milliyet.com.tr, (consulté le 26 février 2016).
  23. (tr) BBC, « Can Dündar ve Erdem Gül tahliye edildi », sur bbc.com, (consulté le 26 février 2016).
  24. a et b (tr) Cumhuriyet, « Can Dündar: Erdoğan'a doğum günü hediyesi vermek istedik », sur cumhuriyet.com.tr, (consulté le 26 février 2016).
  25. a b et c (tr) Cumhuriyet, « Can Dündar'a silahlı saldırı », sur cumhuriyet.com.tr, (consulté le 6 mai 2016).
  26. a et b (tr) Hürriyet, « Can Dündar'a 5 yıl 10 ay hapis cezası », sur hurriyet.com.tr, (consulté le 7 mai 2016).
  27. (en) « Turkish journalist Can Dundar faces Interpol red notice possibility », sur dw.com, (consulté le 1er mai 2018)
  28. AFP, « Turquie: mandat d'arrêt contre le journaliste en exil Can Dündar », sur actu.orange.fr, (consulté le 5 décembre 2018)

Liens externesModifier