La Planète des singes

roman de Pierre Boulle
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La Planète des singes
Image illustrative de l’article La Planète des singes
Couverture de la première édition américaine de Planet of the Apes de 1963.

Auteur Pierre Boulle
Pays Drapeau de la France France
Genre Science-fiction
Éditeur Éditions Julliard
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 274

La Planète des singes est un roman de science-fiction, publié en janvier 1963 par l'écrivain français Pierre Boulle. Il raconte l’histoire de trois hommes qui explorent une planète lointaine similaire à la Terre, où les grands singes sont les espèces dominantes et intelligentes, alors que l'humanité est réduite à l’état animal.

La Planète des singes est l'un des romans les plus célèbres de Pierre Boulle, traduit dans de nombreuses langues, et a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques internationales.

CréationModifier

L'idée est venue à Pierre Boulle lors d'une visite au zoo, en observant les gorilles[a 1],[a 2]. Il dit à ce sujet : « J'étais impressionné par leurs expressions quasi-humaines. Cela m'amena à imaginer ce que donnerait une relation homme/singe. Certains croient que j'avais King Kong en tête lorsque j'ai écrit mon livre, mais c'est totalement faux »[a 1]. Il se met alors à réfléchir à ce qui se passerait si les grands singes étaient les gardiens du zoo et lui même l'animal en cage[a 2]. Il débute donc la rédaction d'un récit sans vraiment savoir où il le mènerait[a 3]. Le titre de travail de son manuscrit est d’ailleurs La Planète mystérieuse[a 3].

DescriptionModifier

Le roman est divisé en trois parties de, respectivement, dix-sept, neuf et douze chapitres. La structure narrative prend la forme d'un récit emboîté dans un autre par un retour en arrière temporel[a 3],[a 4].

Première partieModifier

 
L'étoile Bételgeuse.

Un manuscrit enfermé dans une bouteille est retrouvé dans l'espace par Jinn et Phyllis, un couple en voyage spatial[1]. Ce manuscrit raconte l'histoire suivante : en l’an 2500 le savant professeur Antelle a organisé une expédition pour l’exploration de l’étoile supergéante Bételgeuse[1]. Il a embarqué à bord de son vaisseau son disciple le jeune physicien Arthur Levain et le journaliste, narrateur de cette aventure, Ulysse Mérou[a 5] ainsi qu’un chimpanzé baptisé Hector et plusieurs plantes et animaux pour ses recherches scientifiques dans l’espace[1]. Arrivés à proximité de l'étoile, ils distinguent quatre planètes gravitant autour de cette étoile. L’une d’entre elles ressemble étrangement à la Terre. Ils décident alors de l’explorer[1]. À bord d’un « engin à fusée » qu'ils nomment chaloupe, les trois aventuriers survolent des villes, des routes, des champs avant d’atterrir dans une forêt[1]. Après avoir effectué des tests, ils quittent leur chaloupe et découvrent l’étonnante ressemblance de l’atmosphère de cette planète, qu’ils baptisent Soror[note 1], avec celle de la Terre[1]. Ils enlèvent leurs scaphandres et assistent impuissants à la fuite d’Hector. Par curiosité, ils s’engagent dans la forêt et arrivent à un lac naturel dont l’eau limpide leur donne envie de se baigner[1]. Mais à leur grande surprise, ils découvrent au bord du lac les traces de pas humains[1],[a 4].

 
Le chimpanzé Hector est embarqué sur le vaisseau du professeur Antelle[note 2].

Ces traces appartiennent à une jeune fille qui, sans être gênée de sa nudité, s’approche d’eux avec méfiance[2]. La jeune fille baptisée Nova[note 3] ne sait ni parler ni sourire et ses gestes ressemblent à ceux des animaux. Au moment où les quatre nagent dans l’eau, le chimpanzé Hector réapparaît mais il est soudain étranglé et tué par la jeune fille dont le comportement animal choque le narrateur qui demeure, toutefois, soumis par la beauté physique de la sauvage[2]. Le lendemain, Nova revient accompagnée de plusieurs hommes de sa tribu. Ces derniers ne parlent pas, ils hululent seulement. Irrités par les habits des trois aventuriers, les hommes de Soror ne tarde pas à les déchirer mais sans faire de mal aux aventuriers. Ils s’attaquent ensuite à la chaloupe qu’ils détruisent complètement après s'être adonnés à des enfantillages dans le lac sans prêter attention aux trois Terriens trop gênés par leur nudité[2]. Conduits au campement, les trois aventuriers découvrent la vie primitive des hommes de Soror. Nova leur donne à manger des fruits qui ressemblent à des bananes et se rapproche du narrateur avec qui elle passe la nuit[2],[a 4].

Le jour suivant, un grand tapage semble étourdir les hommes de Soror qui fuient dans tous les sens[3]. Sans trouver d’explication à cette agitation, le narrateur et ses compagnons les suivent. Au bout de sa course, le narrateur s’arrête et découvre ce qui lui paraît un cauchemar[3]. Le tapage est en fait une partie de chasse où les chasseurs sont des singes et le gibier des humains. Se trouvant sur la ligne de tir d’un gorille, le narrateur ne peut s’empêcher de remarquer l’élégance de sa tenue de chasse et son regard étincelant comme celui des humains sur la planète Terre. Ces singes semblent raisonnables et intelligents[3]. Cependant, son compagnon Arthur, pris de terreur et tentant de s'enfuir, est tué sur le champ par le gorille. Le narrateur profite d’un petit instant de relâchement et s’enfonce dans les buissons. Mais il est capturé par un filet tendu pour attraper les fuyards[3],[a 4].

Les prisonniers sont mis dans des chariots et conduits à une maison où les chasseurs sont attendus par leurs femmes venant admirer l’œuvre de leurs maris[4]. Les morts sont exposés aux regards admiratifs des guenons et les vivants sont conduits dans des chariots vers la capitale pour servir de cobaye dans des recherches scientifiques. Sur place, le narrateur a été mis dans une cage individuelle située en face de la cage de Nova que surveillent deux gorilles appelés Zanam et Zoram[4]. Voulant attirer leur attention sur sa différence, le narrateur les remercie avec amabilité. Surpris, les deux gorilles avertissent leur supérieur qui est un chimpanzé femelle appelée Zira. Intriguée par ce cas, la guenon avertit son propre supérieur : un vieil orang-outan qui fait subir au narrateur plusieurs tests de conditionnement pour s’assurer de son intelligence[4]. Étonné par les résultats obtenus, le vieillard, appelé Zaïus, reste cependant convaincu qu'il s'agit d'un cas d'humain dressé et non d'un humain conscient et intelligent, en informe un autre collègue, puis décident de faire subir au narrateur le même test d’accouplement qu'aux autres cobayes. Il lui choisit comme partenaire Nova[4],[a 4].

Deuxième partieModifier

Le narrateur commence à apprendre le langage simien[5]. Profitant d’une visite de routine, il dessine à Zira des figures géométriques et les théorèmes qui en découlent, puis le système solaire et celui de Bételgeuse, la trajectoire de son vaisseau et son origine, la Terre. Zira comprend son message et lui demande de garder le secret car Zaïus pourrait lui causer des problèmes[5]. Zira commence à apprendre le français et les deux peuvent communiquer facilement. Elle lui apprend comment les singes se sont développés sur cette planète alors que l’homme est resté à un stade d’animalité. Enfin, le narrateur retrouve l’air libre lorsque Zira l'amène en promenade, après trois mois d’enfermement, pour lui présenter Cornélius, son fiancé, un chimpanzé biologiste très intelligent et intuitif[5]. Il se laisse tenir en laisse comme le lui a recommandé Zira et tente de dissimuler son intelligence. Zira lui apprend que Zaïus voulait le transférer à la division encéphalique pour pratiquer sur son cerveau des opérations délicates mais qu’elle l’en a empêché[5]. Avec Cornélius, elle lui conseille de faire très attention et d'attendre le congrès des savants biologistes qui va se tenir dans les jours suivants où il sera présenté par Zaïus, pour révéler son secret[5],[a 4].

 
L'entrée d'un parc zoologique[note 4].

Zira donne ensuite à Ulysse une lampe et des livres grâce auxquels il apprend le langage simien et découvre l’organisation de la société des singes, leur système politique et leur culture[6]. Profitant des promenades avec Zira et des entrevues avec Cornélius, le narrateur prépare le discours qu’il doit présenter lors du congrès. La guenon lui fait visiter le parc zoologique où il découvre des animaux ressemblant à ceux de la Terre et des « humains », parmi lesquels il retrouve le professeur Antelle, qui a perdu la raison[6]. Les deux premiers jours du congrès dont parlait Zira sont consacrés aux théories. Le troisième jour Zaïus présente le narrateur qui en profite pour exposer son cas dans le langage simien provoquant l’étonnement général des singes savants et des journalistes[6]. Pressé par l'opinion publique, le congrès décide à contrecœur de libérer le narrateur et destitue Zaïus de ses fonctions. Mais Ulysse sait qu'il représente toujours une menace pour la civilisation simiesque[6],[a 4].

Troisième partieModifier

Après avoir été nommé directeur de l’Institut des recherches biologiques, Cornélius désigne Ulysse comme son collaborateur et l’amène sur un site archéologique daté de plus de dix mille ans[7]. Cornélius espère y trouver des indices sur l’origine des singes et de leur civilisation car ils ne savent absolument rien au-delà de dix mille ans d'histoire, période depuis laquelle ils ont très peu évolué[7]. Cornélius y découvre une poupée d'apparence humaine habillée et parlante, confirmant son pressentiment selon lequel les humains avaient régné en maîtres sur leur planète avant les singes[7],[a 4].

Cornélius renvoie par avion le narrateur en ville[8]. Ils ont tous deux compris que la civilisation des singes est uniquement bâtie sur l’imitation. À son retour, Zira apprend au narrateur que Nova est tombé enceinte lors des tests d'accouplement que Zaïus avait demandé[8]. Elle a donc été transférée dans un autre service pour que la naissance reste secrète[8],[a 4].

Cornélius présente Ulysse à Hélius, le directeur de la division encéphalique, qui lui fait visiter son service dont le « clou » est une salle où, par des stimulations électriques infligées à même le cerveau, il fait remonter la « mémoire de l'espèce» à des cobayes humains qui retrouvent ainsi l'usage de la parole et racontent comment les singes ont pris le pouvoir sur la planète et comment ils ont réussi à domestiquer les humains[9],[a 4].

Nova accouche d’un garçon qui présente tous les signes indiquant qu'il peut parler comme les humains de la Terre[10]. L’événement est tenu secret car les orangs-outans auraient décidé d’éliminer l’enfant qui constituerait une preuve concrète de leurs erreurs scientifiques. Mais le narrateur et sa nouvelle famille sont sauvés grâce à Cornelius et Zira et retournent sur Terre[10],[a 4].

 
Vue de la Tour Eiffel.

Durant le voyage, Ulysse constate que son fils Sirius[note 5] parle, et Nova apprend aussi à parler. Arrivés sur Terre, Ulysse et sa famille aperçoivent la tour Eiffel et se posent à Orly. Heureux d'être de retour chez lui, Ulysse se précipite hors du vaisseau[11]. Une personne vient les accueillir. Le narrateur constate avec stupeur que c'est un gorille[11]. Pour clore le roman, la narration retourne sur Jinn et Phyllis, le couple en voyage spatial. Le lecteur découvre alors qu'eux aussi sont des chimpanzés et que l'homme évolué a certainement disparu de la galaxie[11],[a 4].

PersonnagesModifier

Liste des personnages par ordre d'apparition :

  • Jinn et Phyllis sont les astronautes chimpanzés qui trouvent la bouteille avec le message d'Ulysse Mérou[12].
  • Ulysse Mérou est le journaliste qui participe à l'expédition sur Bételgeuse[13]. C'est le héros du roman. Son prénom rappelle celui du héros d'Homère, qui comme Ulysse Mérou est lancé dans un périple aventureux[a 4].
  • Le professeur Antelle est un savant de grande renommée, chef de l'expédition sur Bételgeuse[14]. Il perd la raison lors de son premier contact avec les singes.
  • Arthur Levain est un physicien assistant du professeur Antelle[15]. Il est tué au cours d'une rafle organisée pour capturer des humains[a 4]. Il porte un nom adéquat du « disciple prêt à faire lever le bon pain de la science de son maître »[a 4].
  • Nova est une femme de la planète Soror qui a un enfant avec Ulysse Mérou puis devient sa compagne[16].
  • Zira est un chimpanzé femelle qui sauve Ulysse Mérou[17]. Elle travaille dans le même laboratoire que Zaïus. Elle développe peu à peu des sentiments pour Ulysse mais le repousse, horrifiée par son apparence humaine.
  • Zaïus est un orang-outan qui dirige l'institut de recherche[18]. Il ne croit pas que les hommes puissent posséder une âme ni un esprit.
  • Zoram et Zanam sont deux gorilles qui travaillent au laboratoire de Zira[19].
  • Cornélius est un chimpanzé archéologue et le fiancé de Zira[20]. Il aide Ulysse à s'enfuir et devient son ami puis son rival auprès de Zira. Il est partagé entre son amour de la science et son devoir de singe[a 4]. Son nom rappelle d'ailleurs le « dilemme cornélien » qu’ont à effectuer les héros des tragédies de Pierre Corneille[a 4].
  • Haristas est un orang-outan qui vivait bien longtemps avant l'arrivée d'Ulysse sur Soror. Il est a l'origine des dogmes des singes notamment de celui qui prétend que seuls les singes ont une âme[21],[note 6]. Par son nom et par ce qu’il représente, il désigne le philosophe Aristote[a 4].
  • Hélius est le chimpanzé directeur de la division encéphalique[22]. Il effectue des recherches sur le cerveau humain. Il porte le même prénom qu'Hélios le dieu du Soleil personnifié[a 4].
  • Sirius est le fils d'Ulysse et de Nova[23]. Il apprend à parler à trois mois, c'est un enfant précoce. Son prénom est celui de Sirius, qui vue de la Terre, est l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil[a 4].

Thèmes abordésModifier

 
Vision d'artiste de La Planète des singes.

Pierre Boulle considère son roman comme n'étant pas de la science-fiction[a 1]. Ce n'est qu'un prétexte pour aborder d'autres thématiques comme les relations entre les hommes et les singes[a 1]. La Planète des singes reprend ainsi les thèses de Charles Darwin, tout comme avant lui le feuilleton Les Aventuriers du ciel (1933-1938) de René-Marcel de Nizerolles et les romans Le Règne du gorille (1941) de Lyon Sprague de Camp ainsi que Les Animaux dénaturés (1952) de Jean Vercors[a 6]. Cependant, le récit revisite le darwinisme dans un cadre actualisé[a 7]. Dans son récit, Pierre Boulle imagine que l'évolution naturelle déchoit l'homme de sa prééminence sur les autres espèces vivantes au profit des singes[a 8].

Les théories évolutionnistes sont présentées dans le chapitre deux de la deuxième partie[a 5] : « Nous savons qu'elles [Les espèces] ont eu probablement toutes une souche commune. [...] Singes et hommes sont des rameaux différents, qui ont évolué, à partir d'un certain point, dans des directions divergentes, les premiers se haussant peu à peu jusqu'à la conscience, les autres stagnant dans leur animalité. »[5]. L'évolution artificielle des singes et la déchéance des hommes sont quant à elles révélées au chapitre huit de la troisième partie[a 5] : « Il [un singe] était chez moi depuis des années et me servait fidèlement. Peu à peu, il a changé. Il s'est mis à sortir le soir, à assister à des réunions. Il a appris à parler. Il a refusé tout travail. Il y a un mois, il m'a ordonné de faire la cuisine et la vaisselle. [...] Une paresse cérébrale s'est emparée de nous [les hommes]. Plus de livres ; les romans policiers sont même devenus une fatigue intellectuelle trop grande. [...] Pendant ce temps, les singes méditent en silence. Leur cerveau se développe dans la réflexion solitaire... et ils parlent. »[9].

Le livre est également un conte d’anticipation autour de thèmes philosophiques et satiriques utilisant le principe des rôles inversés pour mettre en exergue les travers de la société humaine[a 9],[a 10]. En envisageant que plusieurs espèces intelligentes cohabitent sur la Terre[a 10], Pierre Boulle peut dénoncer notamment la xénophobie, les dogmes, les castes, les expérimentations animales, la désinformation mais aussi l’oisiveté de l’espèce humaine[a 9].

AccueilModifier

Le livre est très rapidement traduit en plusieurs langues dont le portugais, l'anglais en 1963, l'espagnol en 1965, le croate, l'italien, l'allemand en 1965 le russe et le néerlandais en 1967 et le japonais en 1968[a 11]. Il est par la suite régulièrement réédité dans toutes les langues[a 11]. En français, il est notamment publié par Le Livre de poche en 1970, Rombaldi en 1973 et Pocket en 1980[a 12]. Le livre sort également en aux éditions Audiolib en livre audio lu par le comédien Bernard Gabay pour une durée de six heures[a 9].

Pierre Boulle n'a jamais considéré ce récit comme l'un de ses meilleurs romans[a 1],[a 2]. Il le voit plus comme un « plaisir de fantaisie »[a 1]. Les voyageurs qui découvrent le récit, Phyllis et Jinn, y voient d'ailleurs une mystification : « Des hommes raisonnables ? Des hommes détenteurs de la sagesse ? Des hommes inspirés par l’esprit ?... Non, ce n’est pas possible, là le conteur a passé la mesure. Mais c’est dommage »[a 3].

Certains critiques voient comme principales influences du récit le Micromégas (1752) de Voltaire et Les Animaux dénaturés (1952) de Vercors[a 4]. La Planète des singes rappelle le récit de Voltaire par son style ironique et son côté satirique. De plus, l'enfant d'Ulysse s'appelle Sirius comme l'étoile d'ou Micromégas est originaire. Certains thèmes sont également commun comme celui du voyage comme point de départ du récit, la dénonciation de l’intolérance ou la célébration des valeurs morales et des connaissances scientifiques[a 4]. L'influence de Vercors se ressent par rapport à son traitement de la nature humaine. Les deux auteurs distinguent dans leurs récits l’humain animalisé du singe humanisé pour mieux les opposer dans un face-à-face lourd de conséquences[a 4].

AdaptationsModifier

Pierre Boulle ne pense pas que son roman deviendrait un film. Il lui « semblait difficile de ne pas en faire un film ridicule »[a 1]. Cependant, en 1963, l'agent littéraire de Boulle, Alain Bernheim, présente le roman au producteur de cinéma américain Arthur P. Jacobs alors que celui-ci se trouve à Paris pour rechercher des scénarios à produire par APJAC[note 7], sa toute nouvelle société[a 13]. Bernheim propose en premier lieu un roman de Françoise Sagan, mais Jacobs le rejette[a 13]. Mais, comme Jacobs indique à l'agent « J'aurais aimé que King Kong n'ait pas été produit pour pouvoir le faire », Bernheim évoque La Planète des singes, sans s’attendre à ce qu’il soit réellement intéressé[a 13]. Pourtant, l'histoire intrigue Jacobs, qui achète immédiatement les droits d'adaptation pour le cinéma[a 13] même s'il considère que le roman n'a pas une nature intrinsèquement cinématographique[a 2].

Le livre engendre donc une saga cinématographique composée de neuf films. Il s'agit de La Planète des singes (Planet of the Apes) en 1968, Le Secret de la planète des singes (Beneath the Planet of the Apes) en 1970, Les Évadés de la planète des singes (Escape From the Planet of the Apes) en 1971, La Conquête de la planète des singes (Conquest of the Planet of the Apes) en 1972, La Bataille de la planète des singes (Battle for the Planet of the Apes) en 1973, La Planète des singes (Planet of the Apes) en 2001, La Planète des singes : Les Origines (Rise of the Planet of the Apes) en 2011, La Planète des singes : L'Affrontement (Dawn of the Planet of the Apes) en 2014 et La Planète des singes : Suprématie (War for the Planet of the Apes) en 2017[a 14]. Pour la télévision, la saga est également adaptée en série télévisée en 1974[a 15] et en série d'animation en 1975[a 16].

Des bandes dessinées La Planète des singes sont également publiées régulièrement depuis 1968 par différents éditeurs comme Gold Key Comics, Dark Horse Comics et Boom! Studios. La série la plus notable est le magazine en noir et blanc Planet of the Apes de Marvel Comics, publié de 1974 à 1977[a 17] et édité notamment en français par les éditions Panini en 2018 et 2019[a 18]. La licence comporte aussi quatre jeux vidéos : La Planète des singes (2001)[a 19], Revenge of the Apes (2003)[a 20], Last Frontier (2017)[a 21] et Crisis on the Planet of the Apes (2018)[a 22].

PostéritéModifier

Après le succès de la première adaptation cinématographique au box-office d'avril 1968, le producteur Arthur P. Jacobs demande à Pierre Boulle de lui écrire le scénario d'une suite[a 1]. Jacobs lui confie alors un exemplaire du scénario pour qu'il se familiarise avec l’écriture filmique[a 3]. Boulle rédige donc en juin 1968 un manuscrit de 71 feuillets donnant une fois tapé et traduit en anglais, un scénario de 108 pages titré La Planète des Hommes[a 3]. L'auteur reprend la chute du premier film comme point de départ[a 23],[a 3]. Cependant cette suite est rejetée sans même une tentative de réécriture[a 3]. Les producteurs trouvent le scénario de Boulle peu cinématographique et mettant trop en retrait les personnages de Zira et Cornélius[a 23]. De nombreux éléments du manuscrits sont cependant gardés par les producteurs mais les morceaux d’importances comme l’arc narratif concernant Sirius, le fils intelligent de Taylor et de Nova sont en revanche totalement abandonnés[a 3].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. En latin soror veut dire sœur.
  2. La photo est celle d'un chimpanzé du zoo de Leipzig (2005).
  3. En astronomie, une nova est une étoile extrêmement brillante.
  4. La photo est celle du Virginia Zoological Park de Norfolk (2007).
  5. Sirius est le nom de l'étoile principale de la constellation du Grand Chien.
  6. Il préfigure le personnage du législateur des premiers films de la saga cinématographique.
  7. APJAC est l'acronyme de The Arthur P. JAcobs Company.

RéférencesModifier

Sources primaires
  1. a b c d e f g et h Chapitres 1 à 4 de la première partie.
  2. a b c et d Chapitres 5 à 7 de la première partie.
  3. a b c et d Chapitres 8 à 10 de la première partie.
  4. a b c et d Chapitres 11 à 17 de la première partie.
  5. a b c d e et f Chapitres 1 à 4 de la deuxième partie.
  6. a b c et d Chapitres 5 à 8 de la deuxième partie.
  7. a b et c Chapitres 1 à 3 de la troisième partie.
  8. a b et c Chapitres 4 à 6 de la troisième partie.
  9. a et b Chapitres 7 et 8 de la troisième partie.
  10. a et b Chapitres 9 et 10 de la troisième partie.
  11. a b et c Chapitres 10 et 11 de la troisième partie.
  12. Page 7.
  13. Page 12.
  14. Page 15.
  15. Page 17.
  16. Page 33.
  17. Page 77.
  18. Page 85.
  19. Page 88.
  20. Page 122.
  21. Page 130.
  22. Page 190.
  23. Page 214.
Sources secondaires
  1. a b c d e f g et h « Interview : Pierre Boulle » (version du 18 octobre 2014 sur l'Internet Archive), sur LCI.TF1.fr, .
  2. a b c et d Bond et Fordham 2014, p. 8.
  3. a b c d e f g h et i Xavier Mauméjean, « Planet of The Men, scénario de Pierre Boulle », sur Journals.OpenEdition.org, (consulté le 12 décembre 2019).
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w Henri Philibert-Caillat, « La Planète des singes de Pierre Boulle », sur LibreSavoir.org, (consulté le 25 janvier 2020).
  5. a b et c Clermont 2011, p. 129 :

    « Fig. animale : Primate (Chimpanzés ; orangs-outons ; gorilles) ; Darwin cité : non (mais « théories évolutionnistes ». p. 95) ; Motifs scientifiques > […] - évolution : oui (exposé de la théorie, pp. 92-94 ; évolution artificielle, pp. 171-172) […] ; Réf. littéraires explicites : - prénom du héros : Ulysse Mérou (cf. L’Odyssée). »

  6. Serceau 2009, p. 99, note 21 :

    « La Planète des singes, Pierre Boulle, Julliard, 1963. Il a, en tant que roman inspiré des thèses de Darwin, des antécédents, parmi lesquels Les Aventuriers du ciel (René de Nizerolles, 1933-1938), feuilleton montrant des humains devenus, du moins par le pelage, des singes, Le Règne du gorille (L. Sprague de Camp, 1941), qui veut prouver que la suprématie des hommes et loin d’être assurée dans le futur, Les Animaux dénaturés (Vercors, 1952), qui met en exergue l’infime différence entre le comportement de l’homme et celui de la bête. »

  7. Clermont 2011, p. 148 :

    « Au tout début, Jinn et Phyllis sont présentés comme un couple de voyageurs spatiaux récupérant dans l’espace une bouteille qui contient le manuscrit du récit d’Ulysse Mérou sur Soror… Cette surprenante opposition entre l’ancienneté du support (et du motif de la bouteille à la mer !) et la modernité du cadre semble vouloir signaler la « problématique » du récit de Boulle : revisiter une ancienne thématique dans un cadre fictif actualisé. »

  8. Clermont 2011, p. 239 :

    « Il met en scène une involution de l’espèce humaine qui marque la fin de sa prééminence. L’accession des singes à la suprématie, sur la planète Soror, aussi bien que sur la Terre, est le résultat d’un possible évolutionniste : « Le singe descendrait-il de l’homme ? » demande le héros, Ulysse Mérou, au savant chimpanzé. Dans ce récit, la fin est celle de l’homme qui a disparu en tant qu’être civilisé, il a été réduit à l’état d’animal, à l’exception du narrateur intradiégétique, Ulysse. Mais l’essentiel de la fable de P. Boulle, inspirée par le darwinisme, n’est pas tout à fait le récit de la fin et porte davantage sur la nature humaine, on l’a vu. »

  9. a b et c Niko, « Livre audio du mois – La planète des singes », sur EntrePod.fr, (consulté le 12 décembre 2019).
  10. a et b Picq 2014.
  11. a et b (en) « La Planète des singes », sur ISFDB.org (consulté le 12 décembre 2019).
  12. « La Planète des singes » sur le site NooSFere (consulté le 12 décembre 2019).
  13. a b c et d Gross, Landsman et Russo 2001, p. 2, 9-10.
  14. Quentin Billet-Garin, « De 1968 à 2017, notre guide de la saga La Planète des Singes », sur LesInrocks.com, (consulté le 30 août 2019).
  15. Greene 1998, p. 152.
  16. Greene 1998, p. 159.
  17. Greene 1998, p. 164-166.
  18. « La Planète des singes (Panini Comics) », sur Bedetheque.com (consulté le 20 septembre 2019).
  19. (en) « IGNDC Monkeys Around with Planet of the Apes producer Cos Lazouras. », sur IGN.com, (consulté le 20 septembre 2019).
  20. (en) Brett Weiss, Classic Home Video Games : 1972-1984, Jefferson, McFarland, , 316 p. (ISBN 978-0-78648-755-4), p. 99.
  21. (en) « War for the Planet of the Apes Video Game Coming to Consoles », sur GamesPot.com, (consulté le 20 septembre 2019).
  22. (en) « Crisis on the Planet of the Apes VR Review », sur IGN.com, (consulté le 21 septembre 2019).
  23. a et b Bond et Fordham 2014, p. 56.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier