Histoire du Tchad

L'État du Tchad dans ses frontières actuelles est une création de la colonisation européenne. Ses frontières sont la résultante de négociations entre Français, Anglais et Allemands dans les années 1880. Mais l'espace tchadien possède une histoire riche et relativement bien connue. Il est sans doute l'un des berceaux de l'Humanité comme l'indique la découverte du fossile de Sahelanthropus tchadensis surnommé « Toumaï ». Il a été par la suite le siège de trois grands royaumes sahéliens, le Kanem-Bornou, le Baguirmi et le Ouaddaï.

Garde du cheikh du Bornou (gravure de E.F. Finden publiée en 1826).

Considéré comme protectorat français à partir de 1900, le Tchad fut érigé en colonie en 1920 dans le cadre de l'AEF (Afrique-Équatoriale française). Sous l'impulsion du gouverneur Félix Éboué, il fut la première colonie française à se rallier à la France libre en 1940.

Devenue république autonome en 1958, le Tchad accéda à l'indépendance le sous la présidence de François Tombalbaye. Celui-ci dut bientôt faire face à la révolte des populations du Nord, en majorité musulmanes, ce qui l'amena à solliciter l'aide des troupes françaises en 1968. Après l'assassinat de Tombalbaye en 1975, le pouvoir échut au général Félix Malloum, qui dut céder la place en 1979 au nordiste Goukouni Oueddei, à la suite de la première bataille de N'Djaména. En 1980, la seconde bataille de N'Djaména permit à Goukouni Oueddei d'évincer son rival, Hissène Habré, avec l'aide décisive des troupes de la Jamahiriya arabe libyenne de Mouammar Kadhafi.

Après l'échec d'un projet de fusion entre le Tchad et la Libye en 1981, les troupes libyennes se retirèrent dans le cadre d'un accord conclu avec le gouvernement français. En 1982, Goukouni Oueddei fut renversé à son tour par Hissène Habré, qui dut faire appel l'année suivante aux troupes françaises pour contenir une nouvelle invasion libyenne. En 1987, une contre-offensive des forces tchadiennes contraignit finalement les troupes libyennes à évacuer le pays, à l'exception de la bande d'Aozou, qui ne fut restituée au Tchad qu'en 1994.

En 1990, Hissène Habré fut chassé du pouvoir par Idriss Déby, qui est en place depuis lors. Paradoxalement, ce dernier semble bénéficier aujourd'hui du soutien de la France et de la Libye, face aux divers mouvements de rébellion qui seraient plus ou moins encouragés par le Soudan voisin, en liaison avec le conflit du Darfour.

PréhistoireModifier

 
Moulage du crâne holotype de Sahelanthropus tchadensis.

« Abel » est le surnom donné au premier spécimen de l'hominidé fossile Australopithecus bahrelghazali, découvert en 1995 au Tchad par une équipe conduite par Michel Brunet[1],[2]. Il aurait vécu entre 3,5 et 3,0 millions d'années BP et serait contemporain d'Australopithecus afarensis.

« Toumaï » est le surnom donné à un crâne de primate fossile découvert en 2001 au Tchad. Il a conduit à la définition d'une nouvelle espèce, Sahelanthropus tchadensis, que certains paléoanthropologues considèrent comme l'une des premières espèces de la lignée humaine[3].

Anciens royaumesModifier

Plusieurs entités politiques ont existé dans l'espace tchadien actuel. Elles ont souvent coexisté, entretenant entre elles des rapports de rivalité, de domination, de suzeraineté ou d'alliance. Chacune a son histoire et ses caractéristiques. La nature du pouvoir et du chef n'est pas la même partout et à toutes les époques : chef religieux, chef politique et militaire. Certaines de ces formations sont très anciennes et ont un prolongement dans le Tchad d'aujourd'hui par les autorités traditionnelles (sultans, chefs traditionnels) qui coexistent avec les autorités administratives.

Origine du Kanem (Kanem-Bornou)Modifier

 
Territoire du royaume de Kanem-Bornou.

Le royaume du Kanem est fondé vers le VIIIe siècle par des Maguimi. Sa capitale fut la ville de Njimi. Musulman à partir du règne d’Oumé (vers 1085), il atteignit son apogée avec Dounama Dibalami (1220/1259), qui l’étendit vers le Fezzan et le Nil et lia des relations avec les royaumes berbères, en particulier avec les Almohades.

Après la mort de Dounama, le Royaume se morcela rapidement. Au XIVe siècle, il fut menacé par les Sao et les Boulala venus de l'est. Pour échapper à ces attaques extérieures, les souverains du Kanem durent se réfugier sur la rive ouest du lac Tchad où ils fondèrent le royaume de Bornou en 1395.

Le Bornou reconquit le Kanem et devint le Kanem-Bornou au XVIe siècle. L'Empire atteint son apogée sous le règne d'Idriss III Alaoma (1580-1603). À la fin du XVIIIe siècle, le Bornou a retrouvé une puissance certaine et étend son influence jusque sur les peuplades de la Bénoué moyenne. Sa prospérité est essentiellement basée sur le trafic des esclaves. À la fin du XIXe siècle, la région est ravagée par le négrier soudanais Rabah qui s'impose comme le dernier sultan du royaume ; puis ce dernier est écrasé par les troupes coloniales françaises en 1900.

Le royaume du OuaddaïModifier

Le royaume du Ouaddaï émergea au XVIe siècle. Au début du siècle suivant, des clans de la région se rallièrent au sultan Abd el Karim, qui renversa les Tunjur et fit de Ouaddaï un sultanat islamique. Au cours du XVIIIe siècle, le pays résista aux tentatives d'annexion du Darfour et vers 1800, le sultan Sabon (en) commença à étendre son pouvoir. Une nouvelle route commerciale vers le nord fut ouverte et Sabun se mit à frapper sa propre monnaie. Il importa des armes et fit venir des conseillers militaires d'Afrique du Nord. Ses successeurs furent moins habiles que lui, et le Darfour tira parti d'une dispute successorale en 1838 pour placer son propre candidat au pouvoir, Mohammed Sharif. Ce dernier se retourna cependant contre le Darfour et instaura son propre règne, ce qui lui permit de se faire accepter par les différents clans de Ouaddaï. Il étendit l'hégémonie du sultanat sur le royaume de Baguirmi et jusqu'au fleuve Chari, et résista aux colons français jusqu'en 1912.

Ouaddaï subsiste comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.

Le royaume du BaguirmiModifier

Le royaume du Baguirmi émergea au sud-est de Kanem-Bornou au XVIe siècle. Il adopta rapidement l'islam et devint un sultanat. Absorbé par le Kanem-Bornou, il recouvra son indépendance au cours du XVIIe siècle, pour être à nouveau annexé au milieu du XVIIIe. Il tomba en déclin au cours des années 1900 et se trouva sous la menace militaire du royaume du Ouaddaï. Il résista, mais accepta la tutelle de son voisin dans l'espoir de mettre fin à des dissensions internes. Lorsque sa capitale brûla en 1893, le sultan demanda et obtint le statut de protectorat auprès des autorités françaises.

Baguirmi subsiste comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.

Le royaume Arna de Yao-FitriModifier

Les principautés kotokosModifier

  • Mani ;
  • Douguia ;
  • Mandelia ;
  • Logone Birni ;
  • Gaoui ;
  • Logone Gana.

Le royaume moundang de LéréModifier

Le royaume moundang de Léré est un ancien état localisé dans le Sud-Ouest du territoire actuel du Tchad. Il n'existe plus aujourd'hui en tant qu'entité politique indépendante, mais seulement comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.

Le royaume toupouri de DoréModifier

Le royaume toupouri de Doré est un ancien État localisé sur les territoires actuels du Tchad (principalement) et du Cameroun. Il n'existe plus aujourd'hui en tant qu'entité politique indépendante, mais seulement comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.

Le royaume Kenga d'AbtouyourModifier

Période colonialeModifier

 
Mort du Commandant Lamy.

La France entre au Tchad en 1891 et y lance des expéditions militaires contre les royaumes musulmans. En 1898, la France lance trois expéditions en direction du Tchad : la mission Voulet-Chanoine depuis Dakar et le fleuve Niger, la mission Foureau-Lamy depuis Alger et le Sahara algérien et la mission d'Émile Gentil depuis le Moyen-Congo. La bataille décisive du , la bataille de Kousséri, vit s'affronter les forces du commandant François Joseph Amédée Lamy et celles du seigneur de guerre soudanais Rabah — tous deux morts durant le combat. Émile Gentil fonde alors Fort-Lamy sur la rive droite du Chari et devient le premier administrateur du Tchad.

En 1905, l'administration du Tchad fut confiée à un gouverneur général sis à Brazzaville, capitale de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) dont le Tchad fut partie intégrante avant d'être placé sous l'autorité d'un lieutenant-gouverneur à Fort-Lamy, actuellement Ndjamena.

La colonisation du Tchad fut marquée par l'absence de politique d'unification du territoire et la lenteur de la modernisation du pays. Le Tchad fut relégué au bas de l'échelle des priorités françaises et l'État colonial ne le considéra guère que comme une source de coton et de main d'œuvre peu qualifiée à employer dans les colonies plus productives du Sud. De nombreuses régions n'eurent jamais de réel gouvernement ; l'immense préfecture de Borkou-Ennedi-Tibesti n'était dotée que d'une poignée d'administrateurs militaires et le Centre était à peine mieux pourvu. Seul le Sud bénéficia d'une réelle administration coloniale.

André Gide rend compte de son voyage de 1926 dans Voyage au Congo et Le Retour du Tchad (1928).

Durant la Seconde Guerre mondiale, en , le gouverneur Félix Éboué décida de rallier le général de Gaulle et le Tchad fut la première colonie à se joindre à la France libre, donnant ainsi son premier territoire à la France libre. Le Tchad servit alors de point de départ à plusieurs opérations militaires dirigées par Leclerc dans le désert libyen (1941-1943).

Période contemporaineModifier

La marche vers l’indépendanceModifier

L’accession du Tchad à la souveraineté internationale n’est pas le fruit d’une lutte armée de libération comme au Cameroun et plus tard en Algérie mais plutôt un cadeau généreusement offert sur un plateau par la métropole. À l’instar de celle des autres États d’Afrique noire francophone, elle résulte d’un assez long processus de décolonisation dont les premiers jalons ont été posés à la conférence de Brazzaville en 1944.

La vie politique a commencé au Tchad, comme partout ailleurs en Afrique noire francophone, après la conférence de Brazzaville de .

De la conférence de Brazzaville à l’Union française (1944-1946)Modifier

Même si cette conférence a écarté toute idée d’autonomie et toute possibilité d’évolution hors du cadre français, elle constitue tout de même un pas en avant par rapport au passé colonial pur et dur, car pour la première fois est envisagée la possibilité de réformes allant dans le sens de l’évolution politique, économique et sociale des colonies.

En 1946, une deuxième étape a été franchie avec la promulgation de la Constitution du qui, en instituant l’Union française, a apporté des changements notables : citoyenneté et droit de vote, représentation des Territoires d’Outre-mer (TOM) au parlement français et à l’Assemblée de l’Union française, création d’Assemblées territoriales, etc. À partir de cette période, les votes se suivent à un rythme accéléré pour élire les représentants du Tchad dans les différentes assemblées. Le corps électoral était divisé en deux collèges : un premier collège pour les colons et un deuxième pour les indigènes. Les premiers députés du Tchad à l’Assemblée nationale française ont été élus le . Il s’agit de René Malbrant et de Gabriel Lisette. Le de la même année, les 30 membres de la première Assemblée locale du territoire, dite Conseil représentatif, sont à leur tour élus. Ce conseil était doté de pouvoirs limités, mais à travers lui, on voit apparaître pour la première fois, une élite locale qui va côtoyer les colons dans ce cadre parlementaire. En l’absence de tout parti ou regroupement de partis politiques, ce sont des notables qui ont, pour la plupart, été élus. C’est en 1947 que les premiers partis politiques sont créés. Il s’agit de l’Union démocratique tchadienne (UDT), favorable à l’administration coloniale et du Parti progressiste tchadien (PPT) de Gabriel Lisette, anticolonialiste. Après quelques années d’hégémonie électorale, l’UDT, minée par des dissensions internes, a commencé par s’émietter dès 1954, au profit du PPT, en donnant naissance à plusieurs petits partis comme : le Parti social indépendant du Tchad (PSIT), l’Action sociale tchadienne (AST), l’Union démocratique des indépendants du Tchad (UDIT), le Mouvement socialiste africain (MSA), le Groupe des indépendants et ruraux du Tchad (GIRT), etc.

La Loi-cadre : un tournant majeurModifier

En 1956, un tournant majeur a été amorcé dans l’évolution politique des territoires grâce aux réformes apportées par la loi-cadre dite « Loi Gaston Deferre ». Cette loi qui date du associe étroitement les populations locales à la gestion de leurs intérêts en instituant le collège unique et le suffrage universel, une assemblée territoriale aux pouvoirs élargis et un conseil de gouvernement investi par celle-ci et responsables devant elle. À travers ce conseil, apparaît un exécutif local tandis que l’accroissement des attributions de l’Assemblée territoriale la rapproche d’une Assemblée législative. Avec ces réformes, les territoires étaient véritablement engagés sur la voie de l’autonomie. Profitant de l’émiettement de son concurrent, l’UDT, le Parti progressiste tchadien a commencé à amorcer une montée fulgurante. Après la réélection triomphale de son président, Gabriel Lisette, comme député à l’Assemblée nationale française, le , ce parti remporte les municipales de Fort-Lamy en novembre. Dans la perspective des élections à l’Assemblée territoriale de , il forme avec d’autres partis un regroupement dénommé « Entente pour l’Application de la Loi-cadre » (EALC). Le , cette coalition remporte une victoire écrasante en raflant 46 des 65 sièges de l’Assemblée. C’est cette assemblée qui, après l’élection de son bureau le , a élu les 9 membres du premier conseil de gouvernement dirigé par le chef de file des progressistes, Gabriel Lisette.

La communauté franco-africaine : l’indépendance à portée de mainModifier

En 1958, un nouveau pas décisif est franchi deux ans plus tard par la promulgation de la Constitution française du qui instaure la Communauté. Rejetant l’option de l’accession immédiate à l’indépendance ainsi que celle du statu quo, c’est-à-dire le maintien du statut de Territoire d’Outre-mer, les élites tchadiennes décident le de proclamer le Tchad une République autonome, membre de la Communauté. C’est donc le choix de la continuité dans le progrès avec la France. La mise en place des institutions politiques de la jeune République a été difficile en raison de l’instabilité politique qui s’est installée très vite et qui trahissait une certaine immaturité de l’élite politique d’alors. Il y eut quatre gouvernements successifs en l’espace de quatre mois ! Il s’agit des gouvernements provisoires dirigés respectivement par Gabriel Lisette (-), Sahoulba Gontchomé (-), Ahmed Koulamallah (12-) et François Tombalbaye (-…). Cependant, l’adoption de la première Constitution de la République le puis la victoire écrasante du PPT aux législatives du ont ouvert la voie à la mise en place de nouvelles institutions stables. Tombalbaye, qui a été reconduit dans ses fonctions en , était chargé de mener à bien ce chantier. Dans le même temps le Tchad adhérait à une politique e coopération avec les trois États de l’ancienne AEF : ce qui aboutit à la création d’une conférence des Premiers ministres et à une union douanière.

Un projet moribond : la création de l’URACModifier

La période d’autonomie a été éphémère. En effet, suivant l’exemple de la fédération du Mali (Sénégal et Soudan) et de Madagascar, qui avaient demandé dès la fin de l’année 1959 à accéder à l’indépendance, les États d’Afrique Centrale manifestèrent eux aussi le désir d’accéder à la souveraineté internationale dans un cadre fédéral dénommée « Union des Républiques d’Afrique centrale » (URAC). C’est dans cette optique que, par la loi no 60-3 du , l’Assemblée législative du Tchad a autorisé le Gouvernement à négocier et à conclure les accords réalisant le transfert des compétences communes et les accords de coopération « en vue de l’accession de la République du Tchad à la souveraineté internationale en amitié avec la France et en union avec les trois autres Républiques de l’ancienne AEF ». Le , les chefs d’États et de Gouvernements de la RCA, de la république du Congo et du Tchad paraphent la charte constitutive de l’union lors d’une conférence tenue à Fort-Lamy. Seul le Gabon avait choisi d’accéder seul à l’indépendance pour des raisons de sauvegarde de ses intérêts propres. L’URAC s’était réservé la politique étrangère, la défense extérieure, les postes et télécommunications, l’émission de la monnaie ainsi que la coordination de l’économie. Presque au même moment, une loi constitutionnelle votée par le Sénat de la Communauté, le , complète les dispositions de la Constitution du en indiquant que : « Un État membre de la Communauté peut également, par voie d’accords, devenir indépendant sans cesser de ce fait d’appartenir à la Communauté ». C’est donc dire que tout était prêt pour la proclamation de l’indépendance en union (URAC) lorsque le coup de théâtre survient. Réunis à Paris au début du mois de pour négocier le transfert des compétences de la Communauté, les dirigeants des États d’Afrique centrale renoncent brusquement au projet de l’URAC et décident que leurs pays accèdent séparément à l’indépendance.

La proclamation de l’indépendanceModifier

 
François Tombalbaye, 1er président de la République du Tchad ()

Le , le projet de l’URAC étant tombé à l’eau, le Premier ministre François Tombalbaye signe individuellement avec son homologue français Michel Debré, le , les accords de transfert des compétences de la Communauté à la république du Tchad. Dès lors, il ne restait qu’à définir les modalités pratiques de la proclamation de l’indépendance. La devise de la République (Unité - Travail - Progrès) ainsi que les couleurs du drapeau national (bleu – jaune – rouge) ont été déjà fixées en 1959 respectivement par les lois no 8 et 13 du . L’hymne national (La Tchadienne) a été composé par le révérend-père Gidrol avec la collaboration d’un groupe d’élèves de l’internat Saint-Paul de Fort-Archambault. Par la loi no 11-60 du , l’Assemblée législative fixe la date de la proclamation de l’indépendance au tandis que la date de la fête nationale est fixée au de chaque année, car le mois d’août qui est particulièrement pluvieux au Tchad n’est pas indiqué pour les festivités. Le jour « J », tout le Tchad était au rendez-vous à Fort-Lamy pour la cérémonie qui, d’après les témoignages, a été un événement mémorable.

En 1960, le Tchad accède à l’indépendance avec comme président François Tombalbaye. La moitié nord du pays reste sous contrôle de l’armée française jusqu’en 1965.

La première guerre civileModifier

  • 1974 : l’ethnologue Françoise Claustre est prise en otage par les rebelles toubous d’Hissène Habré, dans le désert du Tibesti. Elle ne sera libérée qu’en 1977.
  •  : le président François Tombalbaye trouve la mort au cours d’un coup d’État d'unités de l'Armée nationale tchadienne qui aboutit à la prise du pouvoir par le général Félix Malloum. Ce dernier demande le départ des troupes françaises quelques mois plus tard[4].
  • 1978 : les troupes françaises interviennent à nouveau pour soutenir le général Félix Malloum. Celui-ci confie la direction du gouvernement à Hissène Habré.
  • 1979 : Première Bataille de Ndjamena : le général Malloum doit céder la place à Goukouni Oueddei, président du FROLINAT, qui prend la tête d’un Gouvernement d’union nationale de transition (GUNT). Hissène Habré devient ministre de la Défense.
  • 1980 : Seconde Bataille de Ndjamena, opposant Hissène Habré à Goukouni Oueddei : ce dernier l’emporte avec l’aide des troupes libyennes, qui occupent la majeure partie du pays.
  • 1981 : après l’échec d’un projet de fusion entre la Libye et le Tchad, les troupes libyennes évacuent le pays, à l’exception de la bande d’Aozou.
  • 1982 : Hissène Habré s’empare de Ndjamena à la tête des FAN (Forces armées du Nord). Goukouni Oueddei se réfugie au Cameroun.

Le régime de Hissène HabréModifier

 
Zone contrôlé par le GUNT au Tchad en 1986/1987 (vert clair), « ligne rouge » au 15e et 16e latitude (1983 et 1984) et la bande d'Aozou occupée par la Libye (vert foncé).
  • 1983 : les partisans de Goukouni Oueddei s’emparent de Faya-Largeau avec l’aide des troupes libyennes, tandis que les troupes françaises se déploient dans le centre et le sud du pays (Opération Manta).
  • 1984 : accord entre Paris et Tripoli prévoyant l’évacuation « totale et concomitante » du Tchad par les forces françaises et libyennes.
  • 1986 : les forces libyennes ayant repris l’offensive, la France fait bombarder l’aéroport libyen de Ouadi-Doum et déploie de nouvelles troupes à Ndjamena (opération Épervier).
  • 1987 : Au cours de la guerre des Toyota de janvier à septembre 1987 au Tchad et dans le Sud de la Libye, les troupes tchadiennes reprennent Faya-Largeau, dernière place forte libyenne dans le Nord du pays. La bande d’Aozou ne sera restituée au Tchad qu’en 1994, sur décision de la Cour internationale de justice.
  • 1990 : Idriss Déby s’empare de N'Djaména à la tête du Mouvement patriotique du Salut (MPS). Hissène Habré se réfugie au Cameroun, puis au Sénégal.

Le régime d'Idriss DébyModifier

 
Idriss Déby, 4e président de la République du Tchad (en fonction depuis le )

Idriss Déby est alors porté à la présidence du Conseil d'État le 4 décembre 1990[5]. Puis, il est désigné président de la République et chef du gouvernement par son mouvement, transformé en parti politique[6]. De son côté, Habré est ensuite poursuivi par un tribunal international pour crime contre l'humanité pour les exactions commises durant son règne au Tchad[7],[8].

Une «conférence nationale» est organisée en janvier 1993 pour initialiser le nouveau régime, et prend fin début avril 1993, fixant de nouvelles orientations économiques, politiques et sociales. Un chef de gouvernement est nommé, Fidèle Abdelkerim Moungar, un habitué de ce type de fonction, pour mettre en œuvre ces orientations. Un Conseil supérieur de la transition (CST) vers la démocratie est également mis en place. Idriss Déby demeure chef de l'État, chef suprême des armées et chef de l'administration[9].

Delwa Kassiré Coumakoye succède à Fidèle Abdelkerim Moungar en novembre 1993 comme chef de gouvernement, jusqu'en avril 1995 où il est remplacé par Koibla Djimasta, qui reste en place deux ans. Plusieurs fois reporté, une élection présidentielle en deux toutrs est organisée en juin et juillet 1996. Elle est remporté au second tour par Idriss Déby, face à un autre ancien militaire, Wadel Abdelkader Kamougué[10]. Kamougué a obtenu 30,9 % des voix, contre 69,1 % pour Idriss Déby.

En mai 1997, Nassour Guelengdouksia Ouaidou succède à Delwa Kassiré Coumakoye comme chef du gouvernement, et reste en place deux ans et demi. Il est remplacé en décembre 1999 par Nagoum Yamassoum, ancien dirceteur de campagne d'Idriss Déby lors de l'élection présidentielle de 1996. Une nouvelle élection présidentielle est organisée en mai 2001, remportée à nouveau par Idriss Déby avec plus de 67 % des voix dès le premier tour, mais le scrutin est émaillé d'irrégularités. Pour autant l'opposition reste divisée[11].

Un accord de réconciliation, parrainé par la Libye, est signé en janvier 2002 avec le principal mouvement rebelle subsistant au Tchad,dans le massif du Tibesti[12]. Une exploitation de gisements de pétrole commence en juillet 2003, dans le sud du Tchad, avec un oléoduc de 1 070 kilomètres qui en assure le transfert jusqu'à la côte camerounaise[13].

En 2005, le président Déby fait modifier la constitution pour pouvoir se présenter à un troisième mandat présidentiel. Il est réélu pour un troisième mandat le avec 64,67 % des suffrages exprimés[14]. Mais de nouveaux mouvements rebelles apparaissent peu avant cette élection, et se rassemblent en une alliance, les Forces unies pour le changement (FUC). C'est le début d'une nouvelle guerre civile. Les troupes du FUC attaquent en avril 2006 la capitale, N'Djamena, mais sont repoussées[15].

Plusieurs accords de paix restent lettres mortes. En , les rebelles tchadiens lancent une seconde offensive pour prendre N’Djaména, après une traversée du pays depuis le Soudan. Les rebelles cernent le palais présidentiel le [16]. Grâce au soutien militaire de la France, incluant aide logistique (livraison de munitions depuis la Libye), renseignement militaire et combat de troupes françaises contre les rebelles, Idriss Déby parvient toutefois à se maintenir et les rebelles sont contraints de se replier[17],[18]. Idriss Déby demande à l'Union européenne de dépêcher au plus tôt une force de paix, baptisée EUFOR, dont le contingent principal est français[19].

Le bilan de l'EUFOR est critiqué par un rapport de l'International Crisis Group : « Alors que les soldats de l'Eufor luttaient avec un succès considérable contre les accusations de partialité liées à la présence en son sein d'un contingent français, le blocage de la France contre tout mandat politique a contribué au jeu politique du Président Déby, c'est-à-dire à l'utilisation du déploiement international comme une force de dissuasion psychologique contre une opposition armée et ses soutiens soudanais. (…) Grâce à l'Eufor, la France a donc activement contribué à renforcer Déby sans aider les Tchadiens à trouver une solution durable à leur crise. le processus politique, déjà insuffisant, a été pris en otage par le régime et, grâce à l'Eufor, Déby a renforcé son contrôle sur l'Est[20]. ».

Idriss Déby réussit en début d'année 2010 à se réconcilier avec le pouvoir soudanais, qui lui faisait la guerre par rebelles interposés, met ainsi fin à la guerre civile et stabilise la situation de l'État tchadien après des années de conflit[21].

Le , il est réélu pour un quatrième mandat dès le premier tour de l'élection présidentielle par 88,7 % des voix, face à Albert Pahimi Padacké (6 %) et Madou Nadji (5,3 %). Il s'oppose aux frappes militaires occidentales durant la guerre civile libyenne de 2011[22]. Il déclare souhaiter que Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen, quitte le pouvoir, mais en douceur et non à la suite d'une intervention armée qui « laissera des traces » selon lui[23]. Il s'inquiète des « lourdes conséquences en matière de déstabilisation régionale et de dissémination du terrorisme en Europe, en Méditerranée et en Afrique » Au mois de , Idriss Déby lance une vaste opération anti corruption dans le pays, baptisée « opération Cobra »[24].

En , le Tchad envoie des troupes au nord du Mali pour participer à l'opération Serval[25]. Cette action au Mali, ou encore en Centrafrique et au Nigeria contre Boko Haram valent à Idriss Déby de recevoir un soutien fort de la France et des États-Unis.

Durant ce mandat, Idriss Déby lance une diversification économique d'envergure, l'économie du pays étant jusqu'alors principalement basée sur l'industrie du pétrole[26]. Alors que le Tchad compte en 2001 parmi les pays les moins avancés (PMA) du continent africain[27], il occupe en 2015 la troisième place de l'Africa Performance Index (API), outil de notation et de classement des institutions du secteur public en Afrique[28].

Idriss Déby débloque cette même année un plan d'aides financières pour la région du lac Tchad, en proie à la désertification et propice au développement de groupes terroristes tels que Boko Haram. Le , à l'occasion du sommet « Défi climatique et solutions africaines » en marge de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21), Idriss Déby alerte aussi la communauté internationale sur le besoin de financement pour l'avenir du lac Tchad, dont la surface a été divisée par huit depuis 1973[29] : « La question du lac Tchad est ancienne. À toutes les rencontres sur le climat depuis 20 ans, ce dossier a été évoqué [...] depuis Copenhague, Rio et aujourd'hui Paris. Je ne suis pas sûr que jusqu'à aujourd'hui, nous ayons trouvé des oreilles, tout au moins des actions concrètes »[30].

Devant faire face à la menace grandissante du groupe Boko Haram, il augmente la participation du Tchad à la Force multinationale mixte (FMM) luttant contre Boko Haram, et redéploie mille deux cents Tchadiens de la FMM, présents depuis des mois au Nigeria, sur les pourtours du lac, côté Tchad, où les attaques du groupe terroriste se multiplient[31],[32].

Notes et référencesModifier

  1. M. Brunet, A. Beauvilain, Y. Coppens, É. Heintz, A.H.E. Moutaye et D. Pilbeam, « The first australopithecine 2,500 kilometres west of the Rift Valley (Chad) », Nature no 378, 1995, p. 273-275.
  2. M. Brunet, A. Beauvilain, Y. Coppens, É. Heintz, A.H.E. Moutaye et D. Pilbeam, « Australopithecus bahrelghazali, une nouvelle espèce d'Hominidé ancien de la région de Koro Toro (Tchad) », Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, vol. 322, 1996 p. 907-913.
  3. M. Brunet, F. Guy, D. Pilbeam, H. T. Mackaye? A. Likius, et alii, « A new hominid from the Upper Miocene of Chad, Central Africa », Nature, vol. 418, 11 juillet 2002, p. 145-151.
  4. Raymond Morineau, « TOMBALBAYE FRANÇOIS (1918-1975) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 15 novembre 1975).
  5. Ive Tsopgue, « Tchad: Idriss Déby sur le chemin de la croissance et du développement », Journal du Tchad,‎ (lire en ligne)
  6. AFP, « Tchad : la mise en place du nouveau pouvoir M. Idriss Déby s'est fait nommer par son parti chef de l'Etat et du gouvernement », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Thomas Fessy et Dakar, « Hissene Habre: Senegal MPs pass law to form tribunal », BBC News,‎ (lire en ligne)
  8. « Harvard for Tyrants », sur Foreign Policy (consulté le 24 mars 2016)
  9. AFP et Reuter, « Tchad : la conférence nationale a pris fin », Le Monde,‎ (lire en ligne)
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Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Samuel Decalo, Historical dictionary of Chad, Scarecrow press, Lanham (Md.), Londres, 1997 (2e éd.), XLVIII-601 p. (ISBN 0-8108-3253-4).
  • Histoire politique du Tchad : bibliographie chronologique. Troisième partie, 1982-1990, Centre d'étude et de formation pour le développement, N'Djaména, 2001, 76 p.
  • Victor-Emmanuel Largeau, À la naissance du Tchad (documents présentés par le colonel Louis Caron), Éd. Sépia, Saint-Maur-des-Fossés, 2001, 325 p. (ISBN 2-84280-066-4).
  • Jacques Le Cornec, Les mille et un Tchad, L'Harmattan, Paris, 2003 (2002), 609 p. (ISBN 2-7475-3723-4).
  • Jean-Pierre Magnant (dir.), La chefferie ancienne : études historiques sur le pouvoir dans les sociétés précoloniales du Tchad d'après les sources orales, Presses universitaires de Perpignan, Perpignan, 1994, 141 p.
  • Goual Nanassoum, 300 dates de l'histoire du Tchad, Cefod-Éditions, 1995, 67 p.
  • Jean-Louis Schneider, Le Tchad depuis 25 000 ans : géologie, archéologie, hydrogéologie (préface d'Yves Coppens, Masson, Paris, Milan, Barcelone, 1994, 134 p. + pl. (ISBN 2-225-84335-X).
  • Tchad, page d'histoire : Les hommes, Centre Al-Mouna, N'Djaména (Tchad), 2005, 47 p. (ISBN 2-915815-04-6).
  • Tchad, page d'histoire : Les peuples, Centre Al-Mouna, N'Djaména (Tchad), 2005, 72 p. (ISBN 2-915815-06-2).
  • Tchad, page d'histoire : Les sites et cités, Centre Al-Mouna, N'Djaména (Tchad), 2005, 56 p. (ISBN 978-2-915815-07-8).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier