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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guerre civile tchadienne.

La première guerre civile tchadienne débute à la fin de l'année 1965 par une révolte contre le régime de François Tombalbaye, et de la domination politique des ethnies du sud du Tchad sur celles du nord et du centre. Elle se termine avec l'établissement en 1979 du Gouvernement d'union nationale et de transition (GUNT), formé par différents groupes rebelles nordistes et présidé par Goukouni Oueddei. La rivalité entre ce dernier et Hissène Habré conduit au déclenchement de la deuxième guerre civile tchadienne, de 1980 à 1987.

HistoireModifier

Premiers soulèvements et création du FrolinatModifier

En octobre 1965, les populations dans le département de Mangalmé (région de Guéra) se soulèvent contre un emprunt forcé payable en bétail et le quadruplement de la "taxe civique". Une dizaine de fonctionnaires sont tués. En représailles, l’armée nationale tchadienne rase plusieurs villages[1].

De 1965 à 1968, des soulèvements éclatent régulièrement. À la suite de ces émeutes paysannes, l'opposition s'unit au sein de l'Union nationale tchadienne dirigée par d'Ibrahim Abatcha, un Ouaddaïen, qui fonde ensuite le Front de libération du Tchad[2] transformé en une organisation politico-militaire, le Frolinat, dont l'objectif est le renversement par la force du régime de François Tombalbaye.

Sous la direction d'Ibrahim Abatcha, secrétaire général du Frolinat, l'organisation implante des maquis (la « Première armée ») dans le Guéra et le Salamat dès 1966 au sein des populations de l'ethnie ouaddaïenne et arabe [2] puis, dans un second temps, dans le Borkou-Ennedi-Tibesti en 1968 avec la montée en puissance de l'ethnie Toubou (la « Deuxième armée »). Ibrahim Abatcha est tué lors d'un combat le 11 février 1968 et est remplacé au poste de secrétaire général par Abba Siddick[3], un Maba, lui aussi originaire du Ouaddaï.

Opération LimousinModifier

Les premières troupes françaises dont le 2e REP, le 1er REC et une compagnie du 3e RPIMa, 2 Nord 2501 et 4 Douglas AD Skyraider arrivent le 25 août 1968 pour soutenir l'armée tchadienne. Les rebelles sont repoussés alors qu'ils menacent la capitale avec l'appui français. Les deux camps commencent à négocier et les forces françaises repartent le 25 novembre 1968.

Mais la situation reste précaire et le gouvernement tchadien doit fait alors appel à la France dans le cadre des accords de défense signés entre les deux pays en 1960. Des troupes françaises sont envoyées le 18 mars 1969 au Tchad afin de rétablir la sécurité dans les régions troublées du Nord dans le cadre de l'opération Limousin, la première opération militaire depuis la fin du conflit algérien, et qui comptera au plus fort du dispositif 2 500 hommes[4],[5]. Une embuscade du Frolinat, le , fit 12 tués et 25 blessés français contre plus de 60 rebelles tués[6]. A partir du mois de juin 1971, la France se désengage progressivement[4], jusqu'au 28 août 1972 qui marque officiellement la fin de l'opération.

Ascension des Toubous et éclatement du FrolinatModifier

A partir du début des années 1970, le Frolinat est dirigé par des membres de l'ethnie Toubou Tédas et le centre de gravité du Frolinat se déplace en conséquence du centre du pays vers le Tibesti[2], d'autant qu'il trouve un soutien auprès de la Libye dont Mouammar Kadhafi a pris la tête en 1969. Parallèlement, au sein du mouvement, deux courants s'opposent, l'un marxiste et l'autre islamique, créant des tensions à la fin des années 1960 et affaiblissant l'autorité d'Abba Siddick.

En 1970, Mahamat al-Baghalani, chef de file du courant islamique et de l'ethnie arabe, est exclu du Frolinat et fonde durant l'été une première scission, l'Armée Volcan. Puis Ahmat Acyl fonde le Conseil démocratique révolutionnaire (CDR), émanation des Arabes nomades du centre du Tchad[2].

En 1971, des combats fratricides opposent la Première et la Deuxième armée. En octobre 1972, sous la direction de Goukouni Oueddei et d'Hissène Habré, la Première armée se sépare du Frolinat pour fonder le Conseil de commandement des forces armées Nord (CCFAN) à Gomour et contrôle dans la première partie des années 1970 l'essentiel du Borkou-Ennedi-Tibesti (BET)[3].

En 1976, c'est au tour de la Première armée de prendre son indépendance sous la direction de Mahamat Abba Seïd. Elle est implantée principalement dans l'Est, comme l'Armée Volcan[2].

Chute du président TombalbayeModifier

Tout le long du début des années 1970, le président Tombalbaye critique les performances médiocres de l'armée nationale tchadienne dans ce conflit et pratique de fréquentes purges et remaniements. En mars 1975, il ordonne l'arrestation de plusieurs officiers supérieurs pour leur implication dans une tentative de putsch.

Le , plusieurs unités de la gendarmerie de N'Djamena, agissant sous l'impulsion initiale de jeunes officiers et du chef d'état-major Noël Milarew Odingar, renversent le président Tombalbaye, qui finit assassiné dans des circonstances obscures. Le 15 avril, l'ancien commandant de l'armée nationale tchadienne, Félix Malloum, en prison depuis 1973, devient président du Conseil supérieur militaire (CSM), organe suprême chargé de diriger le pays, puis chef de l'État quelques mois plus tard[7]. Il demande l’évacuation des forces militaires françaises du Tchad qui quittent alors la base aérienne 172 de Fort-Lamy sur l'aéroport international de N'Djaména.

Offensive rebelle de l'été 1977Modifier

Au cours de l’été 1977, les rebelles du Frolinat de Goukouni Oueddei, soutenus par la Libye qui leur a fourni du matériel militaire modernes d’origine soviétique, lancent une offensive militaire à partir du nord du Tchad. Pour la première fois, les avions sont menacés par une forte artillerie sol-air : deux appareils de l’aviation militaire tchadienne sont abattus dans le Tibesti : un C-47 par des tirs de 14,5 mm et un Douglas DC-4 par un SAM-7[8]. Le président Malloum est contraint de solliciter l’aide de la France, qui lance l'opération Tacaud et empêche la progression des rebelles vers le sud du Tchad (18 militaires français morts et perte de deux avions SEPECAT Jaguar[9]).

Chute du régime et fondation du GUNTModifier

À la suite de l'accord de Khartoum en 1977, Hissène Habré et les Forces armées du Nord se rallient au régime de Félix Malloum. Hissène Habré est nommé Premier ministre le 29 août 1978. Il tente un coup d'État en février 1979, mais n'obtient pas une victoire totale. Goukouni Oueddei, à la tête des Forces armées populaires (originellement constituées de l'union en mars 1978 du Frolinat - Comité militaire interarmées provisoire, de l'Armée Volcan et du Frolinat - Première Armée), lui vient en aide au mois de février, malgré leur rivalité, aboutissant à la chute du régime « sudiste ».

Finalement le président part en exil et les 11 factions issues du FROLINAT, des restes de l'armée tchadienne et des FAN de Habré forment un Gouvernement d'Union nationale de transition (ou GUNT) lors d'une conférence à Lagos en août. Oueddei en est le président et Habré le ministre de la défense. Ils repoussent les attaques libyennes dans le Nord avec l'aide de l'aviation française.

Mais l'équilibre ne dure guère et, en mars 1980, Habré s'empare de la capitale et chasse le GUNT. La deuxième guerre civile tchadienne commence[3]. Les Français évacuent le Tchad, en mai 1980[10].

Notes et référencesModifier

  1. Arnaud Delalande, « Appui-feu au Tchad 1968 - 1975 », sur AéroHisto, (consulté le 19 septembre 2014)
  2. a b c d et e Bernard Lugan, Les guerres d'Afrique : Des origines à nos jours, Editions du Rocher, coll. « Documents », , 403 p. (ISBN 978-2268075310), p. 248.
  3. a b et c Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon, , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 903-912
  4. a et b Lemans Constance, « L’opération Limousin (1969-1971) : première intervention française au Tchad depuis son indépendance », ECPAD/PA/DTCF,‎ (lire en ligne, consulté le 6 février 2019).
  5. « Liste des missions par année », les operations exterieures militaires de la france (opex de 1945 à nos jours) (consulté le 15 novembre 2011)
  6. Stanislas Opolczynski, « TCHAD 1968 - 1973 « les oubliés de l'histoire » » (consulté le 30 octobre 2011)
  7. (en) Bibliothèque du Congrès, « Fall of the Tombalbaye Government », (consulté le 16 novembre 2011)
  8. Arnaud Delalande, « Appui-aérien dans les guerres civiles du Tchad 1975 - 1983 », sur AéroHisto, (consulté le 19 septembre 2014)
  9. Yves Cadiou, « opex Tacaud », sur opex Tacaud, (consulté le 2 décembre 2012)
  10. [PDF]Jérôme de Lespinois, « Emploi de la force aérienne Tchad 1969-1987 », Penser les ailes françaises, no 6,‎ , p. 67 - 74 (lire en ligne)