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Françafrique

politique néo-coloniale de la France en Afrique
Ne doit pas être confondu avec l'Afrique française, qui désigne l'ensemble des colonies africaines ayant appartenu à la France.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Françafrique (homonymie).
Le président français Nicolas Sarkozy et son homologue gabonais Omar Bongo lors d'une visite diplomatique au Gabon, en 2007.
Le Premier ministre congolais André Milongo et le président français Jacques Chirac.

L’expression « Françafrique » est utilisée, en général de façon péjorative, pour désigner la relation spéciale, souvent qualifiée de néo-coloniale, établie entre la France et ses anciennes colonies en Afrique subsaharienne. Cette relation spéciale entre la France et ces pays est mise en place à la demande du général De Gaulle par Jacques Foccart, placé au poste de secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, et se caractérise par le rôle des réseaux extra-diplomatiques (services de renseignement, entreprises, etc.) et l'ingérence directe des autorités françaises dans les affaires intérieures des anciennes colonies.

Aujourd'hui, le terme « Françafrique », consacré du fait de son utilisation régulière par les médias, notamment Le Monde, Libération ou L'Express, est utilisé plus généralement pour dénoncer la politique étrangère de la France en Afrique, non seulement avec ses anciennes colonies mais aussi avec d'autres pays francophones (comme le Burundi, le Rwanda et la République démocratique du Congo), visant ses interventions militaires dans les pays en crise (Côte d'Ivoire, Mali, Centrafrique), son rôle supposé dans certains épisodes dramatiques de l'histoire africaine (soutien supposé apporté aux Hutus responsables du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994) ou encore des scandales financiers (affaire Elf).

Sommaire

Éléments de définitionModifier

Origine de l'expressionModifier

L'expression « France-Afrique » est employée, en 1955, par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny[1], pour définir le souhait d'un certain nombre de dirigeants africains de conserver des relations privilégiées avec la France après l'accession de leur pays, anciennes colonies françaises, à l'indépendance[2].

Le néologisme Françafrique, qui revêt, à l'origine, une connotation positive, est repris et popularisé dans son sens péjoratif actuel en 1998 par le livre La Françafrique, le plus long scandale de la République de François-Xavier Verschave[3] et par l'association Survie, dont ce dernier fut l'un des présidents historiques, de 1995 jusqu'à sa mort en 2005.

Dans son ouvrage, complété par Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ? en 2000, Verschave décrit un système caractérisé par des pratiques de soutien aux dictatures, de coups d'État et d'assassinats politiques mais aussi de détournements de fonds et de financement illégal de partis politiques (d'où l'homophonie plusieurs fois soulignée par Verschave : France-Afrique, France-à-fric).

Le « système de la Françafrique » présente, à des degrés divers selon les pays concernés, les caractéristiques suivantes :

  • une politique étrangère française qui ne relève pas du ministère des Affaires étrangères mais est une politique discrétionnaire de la Présidence, notamment à travers la cellule africaine de l’Élysée et, dans une moindre mesure, le ministère de la Coopération, aujourd'hui disparu. Cette politique est en outre largement occulte ;
  • une présence très importante de fonctionnaires français ou, plus tard, d'attachés techniques (AT) dans les pays africains concernés ;
  • une ingérence, y compris militaire, dans les affaires intérieures des pays concernés (défense ou renversement d'un gouvernement) ;
  • des liens financiers occultes entre le régime du pays et les partis politiques français. Ces liens financiers concernent la corruption des élites politiques françaises par les classes dirigeantes africaines.

On ne peut parler de « Françafrique » que lorsque tous les éléments précédents sont réunis. En effet, par exemple, des rétrocommissions importantes alimentant la classe politique française viennent ou sont venues des pays du Golfe[4],[5] et de Taïwan[6]. De même, le laxisme des sociétés pétrolières quant à l'usage fait des royalties par les régimes autoritaires locaux n'est pas propre à la Françafrique. Toutes ces relations ne rentrent pas dans le cas d'un système, a fortiori du système que le terme Françafrique désigne. Le système de la Françafrique n'est pas un simple rapport de domination de la France sur ces anciennes colonies ; il recouvre des interactions plus complexes et spécifiques, allant dans les deux sens, faite de culture partagée, de connaissance mutuelle, parfois de connivence. Parfois, ce sont les régimes autoritaires africains qui manieront la corruption et le chantage pour parvenir à leurs fins auprès des autorités françaises.

Cette politique, dont Verschave dénonce la constance depuis les indépendances africaines des années 1960, a pour but de défendre les intérêts français sur le plan stratégique (bases militaires notamment) et économique (accès des multinationales françaises aux ressources naturelles et stratégiques : pétrole, uranium, etc.)[7],[8].

Historique et évolution de la relation « françafricaine »Modifier

Après son retour au pouvoir en 1958, le président de la république, Charles de Gaulle, se voit contraint par les mouvements anti-colonialistes et les pressions internationales d'accorder leur indépendance aux anciennes colonies africaines de la France, qui ont, jusqu'en 1960, le statut d'États membres de la Communauté française (l’Algérie, qui a jusqu'en 1962 un statut départemental, constituant un cas à part). Mais en même temps, il charge un de ses proches, Jacques Foccart (également fondateur du SAC), de prendre des dispositions pour maintenir une dépendance de fait. Officiellement, Jacques Foccart occupe le poste de secrétaire général aux affaires africaines de l'Élysée, un poste modeste qui n'a pas l'éclat d'un portefeuille ministériel. Cependant, pour réaliser ce projet, « son pouvoir est si immense qu'il n'existe aucun équivalent dans la République française », notamment grâce à son accès au chef de l’État qu'il voit tous les jours[9]. Foccart a ainsi la haute main sur tout ce qui touche à l'Afrique : les voyages officiels et officieux, les audiences, la nomination et révocation des ambassadeurs et enfin la supervision de l'action des services secrets extérieurs.

Il reste à ce poste de 1960 à 1974, puis est rappelé par le premier ministre Jacques Chirac en 1986, et à nouveau après l'élection de ce dernier à la présidentielle en 1995.

La défense des intérêts français en Afrique, et notamment dans son fameux « pré-carré », est considérée par tous les présidents successifs comme un impératif absolu. En effet, la Françafrique a persisté sous François Mitterrand et s’est maintenue, sous différentes formes et malgré quelques évolutions, jusqu'à la présidence de Nicolas Sarkozy[10]. On peut même y inclure le président François Hollande, qui a notamment commandité l'intervention au Mali avec l'opération Serval (2013-2014) ainsi que celle en Centrafrique.

À l’origine, les raisons de la mise en place de ce système sont de trois ordres. L'aspect économique consiste à garantir l’accès aux matières premières stratégiques du continent (pétrole, uranium, etc.) et à essayer d'offrir des débouchés privilégiés aux multinationales françaises. En second lieu, l'aspect diplomatique et stratégique vise à maintenir le statut de puissance mondiale acquis par la France après la guerre, grâce à des pays alliés, notamment pour les votes au sein des institutions internationales, mais aussi pour contenir l’expansion « communiste » sur le continent africain ou « résister » à l'influence américaine grandissante en maintenant des bases militaires garantissant les capacités de projection internationale de l’armée française. Enfin l'aspect politique, consiste à organiser le financement occulte de partis politiques français par le détournement des rentes des matières premières.

Depuis la fin de la guerre froide d’une part, et la réglementation du financement des partis politiques en France d’autre part, les deux dernières dimensions de la Françafrique se sont progressivement effacées au profit de la première, la justification économique, qui reste plus que jamais une préoccupation majeure pour la France et ses multinationales (Total, Areva, Bouygues, Bolloré, etc.).

Sous la présidence de François Hollande (2012-2017), la France met d'abord à l'écart de sa diplomatie les présidents congolais (RDC) Joseph Kabila, congolais Denis Sassou Nguesso et tchadien Idriss Déby, au pouvoir depuis plusieurs décennies ou réélus dans des conditions discutables. Elle s'en rapproche cependant un peu plus tard, notamment du fait de leur soutien à la guerre du Mali (commencée en 2012) et à l'opération Sangaris (2013-2016) en Centrafrique[11].

L'espace « françafricain »Modifier

 
  •      Afrique francophone. Population de 363 millions en 2013[12]. Population prévue entre 785 millions[13] et 814 millions[12] en 2050.
  • [14],[15]
  •      Pays considérés comme francophones
  •      Pays non francophones mais membres ou Observateurs de l'OIF

Les pays considérés comme appartenant à des degrés divers au système de la « Françafrique » sont les anciennes colonies françaises en Afrique subsaharienne, à savoir :

Des pays comme la République démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda sont francophones mais sont d'anciennes colonies belges où l'influence de la France n'est pas prépondérante ou bien beaucoup plus récente.

Les pays concernés le sont à des degrés divers. Ainsi, des États considérés par certains comme des dictatures pétrolières, tels que le Gabon ou la République du Congo, apparaissent comme des caricatures de la Françafrique tant les liens paraissent étroits entre leurs dirigeants et les autorités françaises et compte tenu de la place prépondérante qu'occupe Total (anciennement Elf) dans l'économie de ces pays. D'autres régimes autoritaires sont également concernés au premier chef comme le Togo, le Burkina Faso, le Cameroun, Djibouti, le Tchad, ou encore la République centrafricaine.

En revanche, certaines anciennes colonies françaises comme les pays du Maghreb, l'Algérie notamment, et la Côte d'Ivoire ont eu dans le passé des périodes de relations difficiles voire conflictuelles avec la France. Si l'on y retrouve tout de même des phénomènes assimilables aux pratiques de la Françafrique du fait des intérêts économiques français présents dans ces pays, l'influence des réseaux y est bien moindre.

Acteurs de la FrançafriqueModifier

La cellule africaine de l'ÉlyséeModifier

Article détaillé : Cellule africaine de l'Élysée.

Échappant largement au ministère des Affaires étrangères, la politique africaine de la France est historiquement élaborée à l’Élysée, ou plutôt à la cellule africaine de l’Élysée[note 1], où le Président et ses conseillers décident notamment de l'assistance militaire à apporter aux pays africains et aux régimes qui les gouvernent.

La cellule africaine est indissociable de son fondateur, Jacques Foccart, nommé par le Général de Gaulle, qui reste en place sous la présidence de Georges Pompidou. Il sera le « mentor africain » de Jacques Chirac, lequel, au début de son mandat, aurait admis l’avoir eu tous les jours au téléphone.

Valéry Giscard d'Estaing maintient une cellule Afrique.

François Mitterrand, quant à lui, nomme un conseiller pour les affaires africaines. Entre 1981 et 1986, c'est Guy Penne ; entre 1986 et 1992, c'est le fils aîné du président, Jean-Christophe Mitterrand, ancien journaliste de l'AFP en Afrique, qui occupe ce poste, au cabinet de son père, ce qui lui vaut en Afrique le surnom de « Papamadi »[16].

Jacques Chirac, succédant à François Mitterrand, maintient lui aussi une cellule Afrique.

Le successeur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, supprime la cellule africaine, remplacée par un conseiller diplomatique Afrique. Sous son mandat, le principal inspirateur de la politique africaine de la France est le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, un très proche du président ; la Françafrique perdure sous une « forme décomplexée »[17].

François Hollande, arrivé à la présidence de la République en 2012, ne réactive pas la cellule africaine de l'Élysée[note 2], mais il multiplie les contacts avec les chefs d'État africains[19],[20].

Les services de renseignementModifier

Le SDECE (actuelle DGSE), joue un rôle important dans la Françafrique, tout particulièrement son chef du secteur Afrique, Maurice Robert, qui participe à l'organisation de nombre de coups de force, installant ou renversant les chefs d'États africains en fonction des intérêts de la France. Il encadre notamment plusieurs interventions du fameux mercenaire Bob Denard), avant d'être recruté directement chez Elf lorsqu'il est écarté du SDECE en 1973. En 1979, il est nommé, à la demande du président gabonais Omar Bongo, qu'il a contribué à installer au pouvoir, ambassadeur de France au Gabon. Il est remercié à l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1982 et termine sa carrière chez Elf[21].

Le ministère de la CoopérationModifier

Le réseau consulaire français est très dense en Afrique, bien qu'il soit dense dans le monde entier en général (2e réseau consulaire après les États-Unis).

Les intermédiaires officieuxModifier

Autour des représentations diplomatiques officielles de la France en Afrique, gravitent des acteurs qui se caractérisent par leur réseau de connaissances personnelles où se côtoient dirigeants politiques, hommes d'affaires, officiers de renseignement, militaires, mercenaires et membres des loges maçonniques[22],[23],[24].

Parmi les intermédiaires officieux les plus actifs de la Françafrique pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, on peut citer l'avocat franco-libanais Robert Bourgi, proche de la famille Bongo et de nombreux autres chefs d'État africains et conseiller officieux de Nicolas Sarkozy. De son propre aveu, il aurait joué le rôle d'intermédiaire dans l'éviction du secrétaire d'État à la Coopération Jean-Marie Bockel, dont la volonté affichée de rupture avec la Françafrique avait déplu à un certain nombre de dictateurs historiques du continent[25],[26]. Il a également reconnu à demi-mot avoir obtenu le soutien de la France pour l'élection d'Ali Bongo[note 3], fils de l'ancien président Omar Bongo, à la tête du Gabon en 2009, permettant ainsi la continuation d'un véritable règne dynastique qui dure depuis plus de quarante ans dans ce pays[28]. Le député François Loncle joue un rôle auprès de Laurent Gbagbo, président de la Côte d'Ivoire, qu'il a soutient pendant plusieurs années, malgré les soupçons de corruption. Les liens entre Laurent Gbagbo et François Loncle, notamment lorsqu'il est président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, permettent d'occulter une partie de ces pratiques de corruption[29]. On peut également citer un ami proche de Nicolas Sarkozy, connu notamment pour son action d'émissaire officieux en Afrique, le député-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany[30].

L'aide au développementModifier

L'aide française au développement en Afrique s'articule autour de deux organismes, l'AFD, qui gère les financements d'État à État, et sa filiale privée, la Proparco, qui finance le secteur privé des pays en développement.

La coopération militaireModifier

 
Les accords militaires français : OTAN en bleu, autres (incluant des pays africains) en olive.

Des accords de défense[31], signés au moment des indépendances, donnent le cadre de la coopération militaire entre la France et divers pays africains. Ces mêmes accords empiètent parfois largement sur le terrain économique dans leurs annexes et sont souvent complétés par des accords spéciaux[31], tenus secrets.

Par exemple, l'Accord de Défense entre les Gouvernements de la République française, de la République de Côte d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger[32] du 24 avril 1961, établit l'installation de forces militaires françaises dans ces trois pays, leurs facilités de circulation et d'utilisation des infrastructures et évoque des « Accords spéciaux » aux termes desquels ces trois pays peuvent demander l'aide de la France en matière de défense. La deuxième annexe de cet accord de Défense, concernant les « matières premières et produits stratégiques » (hydrocarbures, uranium, lithium...), stipule que ces mêmes pays, « pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s'approvisionnent par priorité auprès d'elle » et « lorsque les intérêts de la Défense l'exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d'autres pays ».

En 2008, le président Nicolas Sarkozy décide de fermer les bases françaises situées en Afrique[33]. Le 43e BIMa, stationné à Port-Bouët, Abidjan est dissous en 2009, la base aérienne 160 Dakar-Ouakam est fermée en 2011, Les Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) sont dissoutes et les Éléments français au Sénégal sont créés. Il reste alors deux bases militaires françaises dans des pays africains (forces prépositionnées) situées à Djibouti et Libreville en plus de celles situées sur les territoires français de Mayotte et de La Réunion. Néanmoins, la présence militaire française reste importante au Tchad (opération Épervier) et en Côte d'Ivoire (opération Licorne). La France apporte également un soutien à la FOMUC en Centrafrique (opération Boali) et maintient un contingent de deux cents soldats à Bangui[34]. La fermeture des bases ne modifient donc pas l'effectif et le coût des forces présentes en Afrique[35].

En 2011, le président français Nicolas Sarkozy engage la France dans l'intervention militaire en Libye avec l'opération Harmattan. Même s'il affirme la volonté d'« africaniser » les règlements des conflits internes au continent, son successeur, le président François Hollande s'implique à deux reprises dans des conflits africains, en janvier 2013 lors de la guerre du Mali (opération Serval) et en décembre 2013 dans la troisième guerre civile de Centrafrique (opération Sangaris) [36]. L'opération Barkhane, menée au Sahel par l'armée française est lancée le , et prend la suite des opérations Serval et Épervier.

En septembre 2014, le dispositif militaire au Gabon est allégé et les Éléments français au Gabon sont créés.

À la suite de l'évolution du contexte sécuritaire en Côte d'Ivoire, les accords de défense sont rénovés en 2012. Ils sont adoptés après vote de l'Assemblée nationale ivoirienne en 2014 : la force Licorne est remplacée le par les forces françaises en Côte d'Ivoire (FFCI)[37].

Au , la présence militaire française reste donc importante et elle est composée des forces françaises à Djibouti (2 000 hommes), des forces françaises en Côte d'Ivoire (450 hommes), des Éléments français au Gabon (900 hommes) et des Éléments français au Sénégal (300 hommes).

Aspects économiquesModifier

La France perd du terrain sur le plan économique : entre 2000 et 2011, les parts de marché de la France dans une Afrique subsaharienne en forte croissance ont chuté de 10,1 % à 4,7 %, tandis que la Chine s'y est imposée en une vingtaine d’années comme le principal partenaire économique avec une part de marché passée de moins de 2 % en 1990 à plus de 16 % en 2011. Néanmoins, bien que la France perde des parts de marché dans toutes les zones où elle était fortement implantée pour des raisons historiques et qu'elle n’en gagne presque pas ailleurs, cette baisse cache une très forte hausse des exportations françaises vers l’Afrique subsaharienne, ce qui signifie que la France bénéficie de la croissance africaine, les exportations françaises vers l’Afrique subsaharienne étant passées de 6,3 milliards de dollars en 1990, à 7,7 milliards en 2000 et à 17,5 milliards en 2011[38].

L'objectif du président François Hollande est de doubler les échanges entre la France et les pays africains et il mise sur le rapport sénatorial d'Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Étrangères, pour rétablir le poids économique de la France en Afrique[39],[40].

AfricaFranceModifier

Le , la France lance l'initiative « AfricaFrance », sous la forme d'une fondation dirigée par Lionel Zinsou et soutenue par le Quai d'Orsay et le Medef International pour relancer les relations économiques entre la France et l'Afrique[41].

Principales affaires politico-financières liées à la FrançafriqueModifier

Affaire ElfModifier

Article détaillé : Affaire Elf.

L'entreprise d'extraction et de distribution pétrolière Elf-Aquitaine est impliquée dans de nombreuses affaires médiatiques comme l'affaire des avions renifleurs au début des années 1980. Ce que l'on nomme l'« affaire Elf » est une vaste et longue affaire politico-financière qui éclate en 1994, à la suite d'une enquête de la commission des opérations boursières (aujourd'hui AMF) sur le financement de l'entreprise textile Bidermann par Elf entre 1989 et 1993. L'instruction du juge Eva Joly va rapidement mettre au jour un impressionnant réseau de corruption, mettant en cause des personnalités politiques et des grands patrons. L'entreprise, basée en France, est devenue au fil des fusions un géant du pétrole et aurait bénéficié de la bienveillance de l'exécutif français qui considère l'approvisionnement en pétrole comme un domaine stratégique.

Affaire des biens mal acquisModifier

Les « biens mal acquis » concernent des activités délictuelles ou criminelles qui ont permis à des dirigeants africains un enrichissement que leurs revenus ne peuvent justifier. Ils sont le résultat de détournements de fonds, de vols ou de transferts illicites d’argent public entre les comptes nationaux et les comptes personnels des intéressés, de la corruption et de l’octroi de rétrocommissions. Les auteurs des infractions utilisent souvent les mécanismes d’évaporation des capitaux, garante d’impunité, grâce notamment aux paradis fiscaux et judiciaires et à la complicité de pays développés.

Une étude du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), publiée en mars 2007[42], évalue entre 100 et 180 milliards de dollars les avoirs détournés par des dirigeants au cours des dernières décennies. Ainsi Mobutu, dirigeant du Zaïre de 1965 à 1997, avait une fortune personnelle estimée à sa mort en 1997 entre 5 et 6 milliards de dollars, et a laissé à l’État une dette publique de 13 milliards.

En France, après les mobilisations des associations Survie et Sherpa, soutenues par des organisations de la société civile congolaise et gabonaise, une plainte est déposée en décembre 2008 par l’ONG Transparency International[43]. Elle vise les conditions d’acquisition d’un important patrimoine immobilier et mobilier en France par trois chefs d’État africains, Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang de Guinée équatoriale et le défunt chef d’État gabonais Omar Bongo, ainsi que par certains de leurs proches. D’après l’ONG, le patrimoine immobilier des trois chefs d’État en France s’élève à 160 millions d’euros. Le clan Bongo possèderait, à lui seul, une trentaine de luxueux appartements ou maisons.

Cette plainte est jugée irrecevable par la chambre d’instruction de la Cour d'Appel de Paris, bloquant par là l’enquête voulue par la doyenne des juges du pôle financier de Paris, Françoise Desset, estimant que le plaignant n’avait juridiquement pas d’intérêt à agir. Pour Transparency International, « il n’y a aucun doute sur le fait que ce patrimoine n’a pu être constitué grâce aux seuls salaires et émoluments de ces chefs d’État au sujet desquels il existe de sérieuses présomptions de détournements de fonds publics ».

Rivalités étrangèresModifier

Les États-UnisModifier

La tournée africaine du Président Clinton en 1998 marque la volonté de la première puissance mondiale de prendre le relais de la France, gendarme régional du continent pendant la guerre froide[44]. Au début des années 2000, des câbles diplomatiques révélées par WikiLeaks, confirment que les États-Unis projettent d'étendre leur influence en Afrique, en prenant en quelque sorte la place privilégiée que la France avait avec ses anciennes colonies, si jamais celle-ci devait se retirer[45]. Les États-Unis veulent cependant conserver une forme de coopération avec la France en Afrique, sur le sujet du terrorisme notamment.

Le Royaume-UniModifier

La ChineModifier

Articles détaillés : Géostratégie de la Chine et Chinafrique.

Le développement rapide de son économie oblige la Chine à sécuriser ses approvisionnements en matières premières[46]. On est donc passé d'une aide ciblée sur les « pays frères », susceptibles de passer dans le giron communiste, à une aide ciblée sur les pays à sous-sol prometteur. Elle est aidée en cela par une diaspora bien implantée dans la « petite économie » des pays africains[46]. La Chine est, en 2011, le troisième plus grand partenaire économique du continent, après les États-Unis et la France[46].

L'aide chinoise au développement a également une particularité. La Chine ne débloque pas de crédits pour la construction d'un bâtiment mais le bâtit elle-même. Elle fait venir la main-d'œuvre et le matériel de Chine et ses projets ne contribuent donc pas au développement local pendant leur phase de construction par l'apport de devises.

Critique de l'expressionModifier

L'anthropologue Jean-Pierre Dozon conteste l'expression Françafrique car elle réduit selon lui la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines à « une sorte d'arrière-cour dans laquelle, certes, n'auraient cessé de tremper quantité de personnages de la Ve République, et [...] qui peut très certainement témoigner de la longue politique néo-coloniale de la France en Afrique, mais qui en étant précisément présentée ainsi, avec ses réseaux et ses hommes d'influence, ne permet pas véritablement de comprendre la place centrale qu'a occupée l'Afrique noire dans le fonctionnement de l'État français contemporain, spécialement depuis l'avènement de la Ve République[47]. »

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Ouvrages historiquesModifier

  • Jean-Pierre Bat, Le syndrome Foccart: La politique française en Afrique, de 1959 à nos jours, Paris, Folio, , 848 p. (ISBN 2070356752)
  • Jean-Pierre Bat et Pascal Airault, Françafrique. Opérations secrètes et derniers mystères, Paris, TALLANDIER, , 848 p. (ISBN 979-1021018778)
  • Robert Bourgi, Le général De Gaulle et l'Afrique noire (1940-1969), LGDJ, (ISBN 227501134X)

TémoignagesModifier

  • Maurice Robert et André Renault, "Ministre" de l'Afrique : Entretiens avec André Renault Broché, Paris, Folio, , 410 p. (ISBN 2020629763)
  • Jacques Foccart et Philippe Gaillard, Foccart parle, entretiens avec Philippe Gaillard, Paris, Fayard, , 500 p. (ISBN 2213594198)

Ouvrages et articles de l'association SurvieModifier

  • Agir Ici et Survie, Jacques Chirac et la Françafrique : retour à la case Foccart ?, Paris, L'Harmattan, , 111 p. (ISBN 2-7384-3702-8).
  • Samuël Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Tribord, , 153 p. (ISBN 978-2-930390-22-2).
  • Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance : la Françafrique au Rwanda, Lyon, Éd. Tahin party, (ISBN 2-912631-04-1), p. 157.
  • François-Xavier Verschave, La Françafrique : le plus long scandale de la République, Paris, Stock, , 379 p. (ISBN 978-2-234-04948-2).
  • François-Xavier Verschave, Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les Arènes, , 596 p. (ISBN 2-912485-15-0).
  • François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la mafiafrique (retranscription par Judith Cypel de l'exposé-débat du 3 décembre 2003 à l'espace Renaudie d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) devant 200 éducateurs spécialisés et moniteurs éducateurs en session de formation), Bruxelles, Tribord, , 224 p. (ISBN 2-930390-10-7 et 2-7071-3753-7).
  • « De la Françafrique à la Mafiafrique », Mouvements, Paris, La Découverte, no 21-22,‎ mai-juin-juillet-août 2002

FilmographieModifier

FictionsModifier

DocumentairesModifier

  • Didier Mauro et Thuy-Tiën Ho, Fratricide au Burkina : Thomas Sankara et la françafrique, Paris, L'Harmattan vidéo, , [vidéo], 52'.
  • Patrick Benquet, Françafrique : 50 années sous le sceau du secret, Paris, Compagnie des Phares et Balises, , [vidéo], 2x80'.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Sise au 2 rue de l’Élysée.
  2. Mais sa conseillère, Hélène le Gal[18], occupe les locaux historiques du 2 rue de l'Élysée.
  3. « Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra[27]. »

RéférencesModifier

  1. Valérie Nivelon, « Une histoire de la Françafrique », Émission « La marche du monde », RFI,
  2. Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun !, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971, Paris, Éditions La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5913-7), p. 133, note 14.
  3. François-Xavier Verschave, La Françafrique, le plus long scandale de la République, Stock, .
  4. Richard Werly, « Diplomatie française, l'obsession des contrats », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  5. « France / Arabie Saoudite : le dessous des cartes », Émission « L'enquête », France Inter, .
  6. Jean-Marie Pontaut, « Frégates de Taïwan, un scandale d'État », L'Express,‎ (lire en ligne)
  7. Fabrizio Calvi, Jean-Michel Meurice et Laurence Dequay, Elf, une Afrique sous influence, [vidéo] Disponible sur Vimeo (extrait).
  8. « Elf, une Afrique sous influence », Télérama.
  9. Cédric Tourbe, Foccart, l'homme qui dirigeait l'Afrique, INA, , [vidéo], 1h33'29''  .
  10. Samuel Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Tribord, , p. 10-11.
  11. Tanguy Berthemet, « Les adieux de François Hollande le chef de guerre à l'Afrique », Le Figaro,‎ samedi 14 / dimanche 15 janvier 2017, p. 5 (lire en ligne).
  12. a et b (en) Population Reference Bureau, « 2013 World Population Data Sheet » [PDF] (consulté le 12 septembre 2013)
  13. (en) Nations unies, « World Population Prospects: The 2012 Revision » [xls] (consulté le 12 septembre 2013)
  14. Richard Marcoux, « Agora : La francophonie de demain », sur ledevoir.com, (consulté le 24 janvier 2017)
  15. « Bulletin de liaison du réseau démographie », Réseau démographique de l'agence universitaire de la francophonie, no 22,‎ (lire en ligne)
  16. Jean Guisnel, Armes de corruption massive : secrets et combines des marchands de canons, La Découverte, (présentation en ligne)
  17. Samuël Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Tribord, (ISBN 9782930390222), p. 11
  18. « France : Hélène Le Gal, nouvelle « Madame Afrique » », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
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