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Histoire de la pensée économique

L'histoire de la pensée économique est l'étude de l'histoire des idées en économie.

Les premiers concepts économiques se développent dans la civilisation mésopotamienne avec le développement du commerce. Le terme même d'économie est inventé dans l'antiquité grecque. Les Grecs sont aussi les premiers à rédiger des traités consacrés à l'économie (Xénophon et Aristote).

C'est au XVIe siècle, avec le développement des États et l'essor du commerce que se développe la pensée économique moderne avec le mercantilisme. A cette époque, Antoine de Montchrestien invente le terme d'économie politique.

Au XVIIIe siècle, l'ouvrage d'Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), constitue le fondement de la pensée économique classique.

Sommaire

AntiquitéModifier

Dans l'Antiquité, on trouve des prémices de la pensée économique dans les civilisations civilisation chinoise, mésopotamienne, indienne, grecque ou encore romaine.

Civilisation mésopotamienneModifier

Dans la civilisation mésopotamienne, on assiste dès le IVe millénaire av. J.-C. à l'apparition de plusieurs concepts et outils fondamentaux pour la pensée économique. Le développement des activités commerciales entraîne l'avènement d'une terminologie économique élaborée. Les correspondances des marchands assyriens témoignent ainsi d'une prise de conscience du marché en tant qu'entité abstraite. Les acteurs économiques tendent parallèlement à s'institutionnaliser. Des compagnies commerciales (ou batum), disposant de succursales, exercent ainsi leurs activités dans une relative indépendance vis-à-vis des administrations bureaucratiques[1]. En dépit de sa sophistication, cette pensée économique mésopotamienne ne s'exprime quasiment que dans des documents privés à visée utilitaire. La littérature mésopotamienne théorique dite sapientale n'envisage l'acte économique que dans une optique morale et éthique, prêchant, par exemple, la prudence dans la conduite des affaires[2].

Civilisation chinoiseModifier

Dans la Chine ancienne, on trouve des éléments de pensée économique dans la Discussion entre Mencius et Xu Hang puis plus tard dans le Guanzi (Guan Zhong, 654 av. J.-C.). Dans le Guanzi, on trouve une théorie du marché, une réflexion sur la monnaie et l'idée que l'État doit assurer lui-même la production de produits indispensables comme le sel et le fer.

Civilisation indienneModifier

  Cette section est trop longue. Elle pourrait gagner à être raccourcie ou répartie en plusieurs sous-sections.
Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.
 
Pièce en argent de l'Empire Maurya, portant les symboles de la roue et de l'éléphant. IIIe siècle av. J.-C.
  • Le philosophe indien Chânakya (340-293 av. J.-C.) bénéficie d'une éducation “d'excellence” dispensée à l'époque dans la ville-monastère très renommée de Nalanda, puis enseigne dans la ville de Taxila, où les activités d'enseignement existent déjà depuis plus de 500 ans et attirent des étudiants de provenances aussi diverses que lointaines.
Également connu sous les noms de Kautilya ou “VishnuGupta”, Chanakya est le précepteur du premier Empereur Indien de l'empire Maurya : Chandragupta (c. 340 -293 av. J.-C.). Ses travaux, perdus à la fin de la dynastie Gupta, ne sont retrouvés qu'en 1915. (voir Chanakya)
Alors que ses travaux précèdent l'auteur de Le Prince de 1 800 ans, il est considéré dans le monde occidental comme étant le Machiavel indien”, en raison des nombreux aspects abordés dans sa pensée et que l'on retrouve plus tard dans l'économie moderne[3],[4]. Auteur prolifique, notamment en économie politique, il produit deux ouvrages majeurs :
Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être) est son magnum opus[5]. Dans cet ouvrage sont abordés en détail des thèmes multiples et très modernes comme la politique monétaire, la politique fiscale, la politique sociale, les relations internationales, ainsi que la Stratégie militaire.
Neetishastra est un traité sur la « vie idéale », où l'auteur indique au peuple les « bonnes conduites », et au souverain les « bonnes pratiques » pour conduire son royaume
Un auteur B.S Sihag, le considère comme un précurseur de nombreux concepts modernes et -pour l'époque- comme l'un des penseurs les plus féconds dans les domaines de l'économie et de la Science politique[6],[7],[8],[9]. Le lecteur qui voudra se faire une idée sur la question pourra se reporter aux deux articles précédents et à son livre[10].
  • D'autres pratiques comme l'Hawala, ("confiance" ou "échange" en hindi) ou Hundi (dans le sous-continent indien), correspondent à un système traditionnel de paiement informel distribué servant de moyen de financement du commerce sur les grandes routes d'échange (comme la route de la soie) au début du Moyen Âge.
Cette pratique financière ancienne -elle est mentionnée depuis le VIIIe siècle dans les textes de fiqh (science du droit musulman)- est utilisée comme moyen de paiement et d'échange et consiste en un ordre écrit de paiement de la part d'un créditeur à un débiteur, au bénéfice d'une tierce personne. Le principe de base de tout Hawala est de faire circuler l'argent dans un réseau d'agents de change (les hawaladars) : un client donne une somme d'argent à l'un de ces agents, qui contacte l'agent le plus proche du destinataire de cette somme et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange de la promesse de la lui rembourser plus tard.
Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement (outil de représentation de valeur, comme la monnaie). Il ne dépend pas davantage de l'application légale de contrats : il repose entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau et fonctionne même en l'absence de cadre juridique et légal commun. Il n'y a pas de registre centralisé, et les transactions passant par ce système ne sont généralement pas consignées : la seule information requise pour le fonctionnement est de tenir à jour le montant total de la dette courante entre chaque agent du réseau, dettes qui peuvent être réglées de n'importe quelle façon choisie par les agents.À l'époque des Rois ou du Rajha, le procédé sert les transferts de fonds de longue distance. En Asie du Sud il s'érige en système bancaire complet, et ne sera remplacé progressivement par le système bancaire classique qu'à partir du XXe siècle.

Grèce antiqueModifier

 
Xénophon (circa 426355 av. J.-C.), disciple de Socrate, a consacré plusieurs ouvrages à l'économie.

Les Grecs forgent le mot économie (grec ancien : οἰκονομία) à partir de οἴκος, la maison en tant qu’unité sociale et économique et νόμος, l'ordre, la loi, la norme. C'est en Grèce qu'on trouve les premiers traités explicitement consacrés à l'économie avec le traité de Xénophon et le traité d'Aristote.

Dans L'Économique, Xénophon retrace un dialogue entre Socrate et Ischomaque sur le thème de l'administration d'un domaine agricole. L'ouvrage comprend des développements sur les stratégies d’accroissement des richesses : ainsi le père d’Ischomaque dit acheter des terres à bas prix pour les revendre bien plus cher après les avoir défrichées. Dans Des revenus, il aborde des concepts comme ceux de la demande et de la valeur des biens, ainsi que le rapport qu’ils entretiennent entre eux.

 
Platon (428 ou 427347 ou 346 av. J.-C.)

Dans La République, Platon mène une réflexion sur la justice sociale et l'organisation économique de la société en classes[11]. Dans Les Lois, Platon insiste sur la nécessité d'établir l'égalité des fortunes[12]. Il s'agit d'instaurer l'amitié entre tous par l'attribution de propriétés égales et d'obliger chacun à mener une vie identiquement frugale[13].

 
Aristote (circa 384322 av. J.-C.)

Aristote accorde dans sa pensée une place beaucoup plus importante à l’économie. Dans les Économiques et l'Éthique à Nicomaque, Aristote pointe la différence fondamentale qui sépare à ses yeux l'économique de la chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) qui est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses. Selon lui, l'accumulation de la monnaie pour elle-même est une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s'y livrent : Avec Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses. Au contraire, il valorise l’agriculture et le « métier » qui fondent une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. Celle-ci fournit « la terre, la mer et le reste » : l’économique est donc l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, ce qui s'oppose totalement à l’art d’acquérir et de posséder. Chez Aristote, de fait, l'échange, même basé sur la monnaie, est toujours envisagé comme permettant de renforcer le lien social : Alors qu'il est absent de la tribu (où seul le troc existe), son apparition dans la cité contribue à faire la société.

Aristote introduit aussi la distinction entre la valeur subjective et valeur commerciale d'un bien, que l’on peut facilement rapprocher des notions de valeur d'usage et de valeur d'échange qui apparaîtront au XVIIIe siècle.

Rome antiqueModifier

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Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

RomeModifier

Avec l'essor et le développement d'un Empire, les romains font montre d'un intérêt plus orienté vers les questions liées à la gestion et l'organisation pratique. Parmi les éléments notables de cet apport qui va inspirer de façon durable l'Occident on peut citer :
  1. la question de la gestion des espaces et de l'économie rurale avec des réflexions sur les thèmes de la colonisation avec la gestion des territoires et populations conquis ; avec la publication de recueils de gestion de l'économie rurale rédigés par des auteurs comme Caton, Columelle Pline l'Ancien ou Varron avec l'institution de la Villa ou du Latifundium. Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l’agriculture au-dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt, donc le commerce de l’argent, même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.
  2. la création du Droit avec l'instauration du Droit de propriété ou des règles propres à l'héritage
  3. la réflexion sur les liens constitutifs de la Société : D'une part les Historiens et moralistes contribuent à fonder ou à restaurer un idéal de la cité et de la citoyenneté qui connait son apogée sous l'Empereur Auguste. D'autres par le lien de Clientèle s'efforcent de s'attacher un ensemble « d'obligés ».
  4. au IIIe siècle-Ve siècle ap. J.-C., sous le Bas-Empire, les idées dirigistes qui se font jour pour contrer les difficultés économiques et sociales : Dioclétien met en place une taxation générale des prix. Sont aussi Instaurées des « Collegia » et des Corporations publiques.

L'apport de la première chrétientéModifier

  • Le Partage des biens
  • Le Statut des personnes

La « Cité de Dieu » et L'« Augustinisme politique »Modifier

Selon Saint Augustin (354-430), les hommes vivent dans le cadre de deux cités : la « cité terrestre » au sein de laquelle les hommes dépendent les uns des autres et mènent une existence pécheresse, et la « cité de Dieu » dans laquelle ils se retrouvent dans la communauté de la foi et ne dépendent plus que de Dieu. Augustin refuse les perspectives utopiques et millénaristes défendues au IIe siècle par certains Pères de l'Église. Pour lui, seule la seconde cité est importante pour le quotidien des chrétiens, qui doivent se soumettre et œuvrer dans le cadre imparfait mais réel des institutions existantes. Cette thèse donne naissance par la suite à « l'Augustinisme politique »[14] et à la distinction fondamentale selon laquelle il existe «un partage des tâches entre le pouvoir temporel (l'État) et le pouvoir spirituel (l'Église) ».

La doctrine de Saint Augustin facilite l'intégration de l'Église et de la société féodale dans la première phase du Moyen Âge, caractérisé par une économie pour l'essentiel non marchande. Cependant, avec la reprise économique et la mutation politique qui prend son ampleur aux XIIe et XIIIe siècles, la pensée de Saint Thomas d'Aquin conduit à une approche nouvelle des problèmes pour répondre au double défi de l'émergence d'une pensée qui se veut plus rationnelle et plus scientifique[15].

Époque médiévaleModifier

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Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

Civilisation chrétienneModifier

Les penseurs économiques du Moyen Âge sont avant tout des théologiens. Joseph Schumpeter a d'abord considéré les scolastiques de la fin du XIVe siècle au XVIIe siècle comme les fondateurs les plus proches de la science économique. Raisonnant dans le cadre du droit naturel ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l'intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel[16].

Apport judéo-chrétienModifier

L'Ancien Testament contient de nombreux jugements et prescriptions économiques. Il ordonne l'absence de propriété perpétuelle sur la Terre et instaure une redistribution périodique. Il interdit les prêts à intérêt, et enfin il hiérarchise selon leur honneur les activités économiques, faisant de l'agriculture la première et du commerce la dernière.

Le Nouveau Testament encourage l'homme à mettre en valeur ses talents, en faisant fructifier des placements (parabole des talents). Si l'homme travaille la terre, c'est un moyen de mettre en valeur ses talents en agriculture, et de même dans tous les domaines de l'activité humaine, dans l'industrie et le commerce par exemple. Mais le Nouveau Testament prévient aussi contre les tentations matérielles liées à l'accumulation et à l'utilisation superflue des richesses. Il insiste sur une répartition équitable des biens (Lazare).

Au IVe siècle se produit une séparation nette entre christianisme et judaïsme sur les questions économiques : le judaïsme commence à élaborer une codification de l'économie (voir Intérêt de l'argent et religions monothéistes), tandis que le christianisme continue d'interdire le prêt à intérêt.

Les théologiensModifier

 
Saint Thomas d'Aquin

Le Moyen Âge voit un renouveau des échanges commerciaux et une multiplication des opportunités de profit.

Une grande partie des théologiens de l’époque, au premier lieu desquels Thomas d'Aquin, ne s’attachent pas à décrire les mécanismes économiques mais cherchent plutôt à définir leur moralité, leur caractère licite ou illicite selon la morale chrétienne. Les Franciscains font peut-être exception à cela, avec des théorisations poussées du marché (voir par exemple celle effectuée par Pierre de Jean Olivi).

Aux XIe et XIIe siècles, une controverse oppose l'abbaye de Cluny et l'abbaye de Cîteaux sur l'usage de l'argent, qui commence à circuler de façon importante[17]. En effet, alors que Cluny dépense l'argent accumulé en cérémonies et en divers objets liturgiques pouvant être considérés comme à la limite de l'ostentation, Cîteaux réinvestit constamment les biens gagnés par le travail de ses moines dans l'acquisition de nouvelles terres[17]. Bien qu'alimenté par des dons à la hauteur de ses dépenses somptuaires, Cluny sera ainsi confronté à d'importantes dettes, tandis que Cîteaux prospèrera de façon durable[17]. Bernard de Clairvaux, de l'ordre cistercien, joua un rôle clé dans ce débat[17].

Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la propriété privée et la recherche du juste prix dans les échanges. Une grande partie d'entre eux reprennent les conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie ; a contrario, le franciscain Pierre de Jean Olivi, témoin de l'essor économique du Languedoc, théorise l'usage de la monnaie et distingue usage et propriété.

Ils interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, ou l'« usure », définie dans le Décret de Gratien. Cette interdiction, entérinée par le troisième concile du Latran (1179) qui interdit aux « usuriers » d'être enterrés dans les cimetières chrétiens, entre dans le droit civil pour des siècles. Il faut cependant nuancer ce lieu commun : à partir du XIe siècle et de la Renaissance du XIIe siècle, ce ne sont pas toutes les formes de prêt à intérêt qui sont condamnées, mais seulement celles qui servent au profit personnel, lequel est qualifié d'usure[18]. En revanche, lorsque le prêt à intérêt est effectué au bénéfice de la communauté, notamment par une personne morale (seigneur, abbaye, universitas), il est admis[18].

De même, le rôle éventuellement spéculatif de la monnaie, déjà entrevu et condamné par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques (chrétiens d’orient) et plus tard par les Juifs.

Pour Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), les marchands doivent pratiquer un « juste prix » découlant de la coutume. Ce qui est censé les prévenir d’un enrichissement exagéré. L’activité commerciale doit être légitimée par un apport réel de richesse au produit via sa transformation, son transport ou à la limite par son caractère vital pour la survie du marchand et de sa famille. Il condamne par ailleurs le prêt à intérêt, car selon lui la reconnaissance de l’emprunteur ne doit pas se manifester par une récompense financière, mais par l’estime, la gratitude ou l’amitié.

Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, précepteur et conseiller de Charles V, publie en 1366 De origine natura, jure et mutationibus monétarum qui est le premier texte de politique monétaire destiné au Prince. Il explique le rôle de la monnaie et l’amoralité de ses altérations. Il donne une première analyse des conditions de fonctionnement d'un système bimétallique.

Civilisation arabo-musulmaneModifier

  Cette section est trop longue. Elle pourrait gagner à être raccourcie ou répartie en plusieurs sous-sections.
Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

Finances publiquesModifier

Plusieurs problèmes seront abordés par les auteurs arabo-musulmans : ceux de l’impact des recettes fiscales, puis du rôle des dépenses publiques et du déficit public.

Dès le VIIIe siècle, Al-Muqaffa (720-756/757) dénonce l’oppression fiscale dont sont victimes les paysans. L’agriculture n’est peut-être pas une source de richesse comparable au commerce maritime, mais elle n’en demeure pas moins encore le principal fondement de l’économie en ce siècle. Il est donc vital que l’État préserve cette activité de toute atteinte nuisible au développement de sa production. Abou Yoûsouf, Al-Dimashqî (en) (IXe-XIIe ?) et Miskawayh (932-1030) ne disent pas autre chose. Ce dernier décrit les multiples effets externes négatifs dus aux paysans qui abandonnent la terre et observe qu’avec la diminution du surplus agricole, le produit de l’impôt déjà en baisse ne parvient même plus au pouvoir central. De même Al-Mawardi (974-1058) recommande de ne pas tuer la matière imposable. Ibrahim ibn Ya'qub (1059-1126) préconise la nécessité d’imposer chacun selon sa capacité contributive. Ibn Khaldûn (1332-1406) plaide également dans ce sens, tout en replaçant se observations au cœur d’un cycle des finances publiques.

Le Trésor doit prendre en charge toutes sortes de travaux publics, dit Abu Yousuf. Mais son raisonnement va plus loin : jusqu'où peut-on développer ces travaux qui finalement accroissent les recettes fiscales ? Réponse : jusqu'à ce qu'ils génèrent des externalités négatives (en langage moderne) qui feraient baisser le kharâj (l’impôt foncier). Le bon emploi des recettes fiscales, c’est également le souci d’Al-Turtûshi qui préconise de procéder à des dépenses d’intérêt collectif : « Ce qui sera prélevé, sera dépensé de telle sorte que le bénéfice qui en sera retiré retombe sur les sujets eux-mêmes. »

Que faire si le Trésor est dans la gêne ou quelque peu mal en fonds ? Plusieurs solutions existent dit Al-Mawardi y compris le déficit l’endettement public, suggérant ainsi un rejet de la charge du remboursement sur les générations futures. Contraint par les nécessités financières, Al-Mawardi présente une vision moderne des finances publiques, à deux doigts du principe du budget cyclique, c’est-à-dire de la recherche de l’équilibre budgétaire sur plusieurs années à défaut de le réaliser sur un an.

Al-Ghazâlî (1058-1111) admet la possibilité d’un emprunt public sous deux conditions : que la situation le justifie, et que les ressources de l’État en permettent le remboursement ultérieur.

Pour Ibn Khaldûn (1332-1406), l’augmentation des dépenses publiques accompagne la complexité croissante de l’État.

Ibn Khaldûn fait des dépenses publiques un rouage important du circuit économique. Du fait du poids de ses dépenses, l’État apparaît comme un acteur prépondérant sur la scène économique et sociale : l’auteur met donc l’accent sur le rôle moteur de la demande de l’État dans le circuit économique. L’argent prélevé par l’impôt doit revenir, sous une forme ou une autre, dans le circuit économique, c’est-à-dire aux consommateurs afin d’entretenir la demande privée, et par suite la production. Si la redistribution est insuffisante, elle engendre un ralentissement de l’activité économique qui réduira à son tour les recettes fiscales. Chez Ibn Khaldûn, la notion de multiplicateur keynésien n’est pas très loin !

Cycles économiquesModifier

Platon avait décrit l’âge d’or, puis l’ère de décadence de la cité. La pensée arabo-musulmane reprendra ce thème, mais en l’approfondissant considérablement.

Dans L’histoire de Bûyides, Miskawayh (932-1030) pressentait déjà l’existence de tels cycles. Al-Bîrûnî (973-1048/1050) précisera un peu plus la notion. Les phases du cycle commenceront à être décrites, encore très sommairement, par Al-Turtûshi (1059-1126) qui distingue néanmoins très nettement les phases de prospérité et les phases de décadence. Il n’indique cependant pas explicitement les causes ni les modalités du retournement, nous privant d’une véritable analyse cyclique. L’auteur réunit les éléments nécessaires, mais ne les utilise pas pour construire une dynamique de l’évolution économique ; Ibn Khaldûn s’en chargera.

Ibn Khaldûn envisage le devenir de la civilisation dans sa totalité économique, politique, sociale et culturelle. Les cycles population-production et des finances publiques qu’il décrit sont réintégrés dans une remarquable dynamique d’ensemble.

Dans un premier temps, l’interdépendance des phénomènes donne lieu à un processus cumulatif expansionniste, composé de relations réciproques entre population et production.

L’analyse d’Ibn Khaldûn réunit tous les principaux éléments explicatifs d’une théorie de la croissance : croissance démographique, division du travail, progrès technique, gains de productivité, ainsi que la nécessité pour l’État de respecter la liberté de chacun, tant en matière de profit individuel que de propriété privée. Inversement toutefois, ces mêmes éléments peuvent engendrer un processus cumulatif à la baisse : c’est la phase de dégradation économique et politique..

Ibn Khaldûn propose même une explication très moderne du retournement qui survient au terme de la période d’expansion. La croissance engendre des effets négatifs (externalités négatives) : processus de développement déséquilibré au bénéfice des grandes cités qui attirent travailleurs et commerces au détriment des petites villes (une sorte d’effet d’agglomération à la Krugman), surpopulation relative et épidémies dans les grandes métropoles, fâcheux effets du goût du luxe (effets d’imitation, accroissement inconsidéré des dépenses somptuaires privées et publiques, déficits et endettements privés et publics). Cette croissance déséquilibrée entre les secteurs des biens de consommation et celui des investissements publics et privés, jointe à la désintégration des finances publiques, finit par précipiter la phase de décadence économique et politique, et, in fine, la chute de la dynastie au pouvoir. La théorie de la croissance et des cycles développée à la fin du XIVe siècle par Ibn Khaldûn, est à mille lieues des considérations de Platon.

Monnaie et prixModifier

Les auteurs arabo-musulmans ont repris l’analyse des fonctions de la monnaie de la pensée grecque, et plus précisément de celle d’Aristote. Mais leur réflexion, nourrie par l’observation des faits qu’ils cherchaient à comprendre, s’est très vite portée sur les incidences économiques et sociales de la circulation monétaire.

Al-Ghazâlî (1058-1111) observe et dénonce la circulation d’une monnaie contrefaite ou altérée à côté des bonnes pièces. Il rejette cette mauvaise monnaie, mais admet cependant qu'elle soit tolérée sur le marché, pour des raisons pratiques, à condition d’en informer les détenteurs. Il y a donc simultanément une circulation d’une bonne et d’une mauvaise monnaie, mais l’observation ne porte pas plus loin, de même, par exemple que celle d’Ibn Abd Al-Ra’uf. Ibn Taymiya, ainsi qu’Al-Qayyim (1292-1406), condamnent les pratiques répétées de dégradation des monnaies, ainsi que leur frappe trop importante. Il en résulte que la bonne monnaie fuit vers l’étranger, et il ne reste plus que de la mauvaise monnaie dans le pays. Al-Tilimsani (XIVe-XVe) s’élève également violemment contre ce fléau de l’époque, le faux monnayage et l’altération des monnaies. Enfin Al-Maqrîzî (1363-1442) observe et note la disparition progressive des dirhams d’argent, puis celle des dinars d’or, laissant bientôt la place à la seule monnaie de cuivre. Parmi les raisons invoquées, outre la thésaurisation, il cite les raisons commerciales, mais, la véritable cause qu’il met en avant, est la crise économique et sociale du pays (l’Égypte), et la gestion calamiteuse des finances publiques.

Al-Maqrîzî se situe donc dans la lignée d’Aristophane, Oresme, sans oublier ses devanciers arabo-musulmans, qui avaient déjà dénoncé ce phénomène. Il annonce, on ne peut plus clairement, la future loi de T. Gresham (1519-1579) « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Toutefois, l’analyse d’Al-Maqrîzî est plus poussée que celle d’Ibn Taymiya ou de Gresham. Comme eux, il formule un comportement de substitution entre bonne et mauvaise monnaie, mais il va en proposer une explication qui va au-delà de la simple reconnaissance d’un phénomène lié à la seule psychologie monétaire des individus. La crise politico-économique et la mauvaise gestion des finances publiques sont les vrais responsables de la fuite et de la disparition des métaux précieux, remplacés par une prolifération de monnaies de cuivre de mauvais aloi que nul ne désirait. L’explication d’Al-Maqrîzî dépasse donc la simple dimension monétaire.

Les pratiques répétées de dégradation des monnaies, ainsi que de leur frappe trop importante, amènent des auteurs comme Ibn Taymiya, à réfléchir sur les implications de cette politique. Ibn Taymiya met en évidence une relation à respecter entre masse monétaire et volume de transactions, sous peine de voir diminuer le pouvoir d'achat de la monnaie et donc de porter préjudice à la population.

Al-Maqrîzî s’interroge sur la hausse des prix qu’il observait. Il distingue deux séries de causes. Les premières sont naturelles ou extra économiques, mais les causes véritables et fondamentales sont tout autres : il s’agit de la corruption et de la concussion à tous les échelons de la société, de l’augmentation de la rente, et de l’augmentation de la circulation monétaire. La solution préconisée par l’auteur est d’en revenir à un système d’étalon or.

Al-Maqrîzî propose une première expression de la théorie quantitative de la monnaie en reliant les prix à la circulation monétaire, faisant de lui un lointain précurseur de Jean Bodin, et même de Monsieur de Malestroit. Son analyse va même beaucoup plus loin, puisqu’il s’intéresse également aux effets de l’inflation : inégalités sociales et régression économique. Avant lui, Ibn Taymiya pointait aussi du doigt la désorganisation du commerce liée à la multiplication des pièces altérées et à l’inflation. De même, Al-Tilimsani observait les trois phénomènes suivant, qu’il relie parfaitement : 1) l’intense circulation des monnaies altérées a évincé la bonne monnaie d’or ou d’argent ; 2) cette grande quantité de mauvaise monnaie provoque l’inflation ; 3) l’inflation finit par appauvrir ses victimes si on n’y prend garde. Ibn Khaldûn, quant à lui, craint tout autant l’inflation que la déflation pour leurs effets négatifs sur l’activité économique, mais n’apporte pas vraiment d’éléments novateurs sur la relation monnaie-prix.

L’examen rapide de ces trois seuls thèmes, les finances publiques, les cycles économiques et les relations monnaie-prix, montre à quel point la réflexion arabo-musulmane, surtout à partir du XIIIe siècle, pouvait parvenir à une vision englobante des phénomènes économiques et sociaux.

Ainsi, dès le IXe siècle, la pensée de l’Islam s’est approprié les savoirs abandonnés par la Grèce ou Byzance, et que personne n’avait repris. Cependant, l’Islam ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Sous l’influence de l’évolution des structures économiques et sociales, ainsi que le poids de la religion et de la théologie, il y eut d’abord une islamisation de la pensée économique Cette islamisation n’a toutefois pas empêché la réflexion économique de se perfectionner et de s’étendre en terres musulmanes, du moins jusqu’au XVe siècle. La pensée grecque n’a pas délivré d’analyse aussi poussée et réaliste en matière de finances publiques. Elle apparaît bien fruste dans le domaine des cycles économiques et ne s’est pas vraiment exprimée sur la relation monnaie-prix. Elle n’a pas ce schéma économique général que l’on commence à discerner dans la pensée arabo-musulmane.

Ces multiples avancées dans le domaine économique illustrent à quel point il est difficile aujourd’hui de se contenter de la thèse du "grand vide" de J.A. Schumpeter, ou même de la "simple médiation" de la pensée grecque. La contribution de l’Islam à l’élaboration de la pensée économique est réelle et novatrice dans bien des domaines, mais l’Occident chrétien ne semble pas l’avoir intégrée dans sa quête de connaissance, comme il le fit pour la philosophie. La réflexion de l’Islam dans le champ économique commencera malheureusement à s’estomper à partir du XIIIe siècle, pour s’éteindre définitivement au début du XVe siècle. Le « grand sommeil » allait prendre place après ce "grand vide" qui n’avait jamais existé.

Renaissance et Ancien RégimeModifier

Nouveau contexte global marqué par la Renaissance et la RéformeModifier

L'époque « moderne » de la Renaissance marque une période de changement radical des mentalités et de vision du monde, dû -entre autres- à l'apparition de l'imprimerie et aux grandes découvertes. De ce point de vue, le nouveau monde qui s'ouvre offre tout à coup des perspectives sur le plan économique.

Les besoins de réforme se font sentir depuis le XIVe siècle, justement sur ces questions. En effet, certains aspects économiques pervers de cette époque, comme le trafic des indulgences, sont de plus en plus mal ressentis par la population, en particulier dans les pays du nord de l'Europe. Les grandes découvertes, le commerce transatlantique et le traité de Tordesillas -qui partage les sphères d'influence dans le nouveau monde- favorisent un enrichissement rapide des pays du sud de l'Europe tandis que les Pays du Nord de l'Europe se sentent injustement exclus.

Les guerres de religion à la suite de la Réforme font émerger l'idée du libre-échange qui sera formulée plus tard par Hugo de Groot (Grotius).

La Réforme protestanteModifier

La Réforme protestante de Luther se construit ainsi autour d'une réaction contre le système des indulgences.

Parmi les réformateurs protestants, Jean Calvin défend le prêt à intérêt, en préconisant un taux modéré de 5 %. Le crédit peut ainsi se développer dans les villes protestantes.

La Réforme protestante se développe donc dans ce climat de changement de mentalité, dans lequel le travail prend davantage de valeur par rapport au commerce pur. C’est la célèbre thèse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905). Elle explique qu’avec la Réforme, le travail devient une nouvelle vertu : auparavant destiné à la seule survie, il devient l’origine de la richesse et de son accumulation qui, selon la logique protestante de la prédestination, serait un signe d’« élection divine ». Le travail et la richesse qu’il produit concourent à la gloire de Dieu ; le temps est précieux et l’épargne devient une vertu. La pensée protestante transmettrait aussi selon lui l’éthique du métier, mais assurerait surtout une rationalité plus grande que celle permise par la pensée catholique. Ce faisant, elle lève de nombreux obstacles moraux à l’activité économique.

En 1516, Thomas More fait une première critique des conséquences sociales de la naissance de ce nouveau système économique, que marquait le mouvement des enclosures[19] en Angleterre en décrivant dans Utopia une société imaginaire ou règnerait un régime de communautaire, sans aucune monnaie. Les échanges y étaient régis par un système de troc. Toutefois, on ne peut considérer Utopia comme un traité d'économie, et encore moins réduire la pensée de Thomas More à ce seul ouvrage : Thomas More n'était pas un économiste, mais plutôt un juriste, un homme politique, et un théologien (voir l'œuvre complet dans l'article Thomas More). Il est probable que, vu le peu de facilité dans l'impression, la traduction, et la diffusion des ouvrages à l'époque moderne, la postérité ait effectué un biais sur la pensée et l'œuvre de Thomas More, prenant Utopia comme argument pour la satire d'un système de privilèges aux limites, puis pour la construction de pensées uniformisantes, que nos contemporains assimilent vite, sans doute par un effet d'historicisme, au communisme.

École de SalamanqueModifier

Parallèlement, en Espagne, l'École de Salamanque, à partir de la théorie des droits naturels, propose une conception subjective de la valeur et justifie la propriété privée et la liberté des échanges. Ses auteurs principaux sont les jésuites Francisco de Vitoria (14831546), Martín de Azpilcueta (14931586), Domingo de Soto (14941560), et Luis de Molina (15351600). Cette tradition sera reprise par les classiques français et l'Ecole autrichienne.

Martín d'Azpilcueta est un précurseur de la théorie quantitative de la monnaie. Ses réflexions économiques portent sur les effets de l'arrivée en grande quantité de métaux précieux des Amériques, et l'inflation européenne qui en découle. Il définit la théorie de la valeur-rareté : tout bien devient plus cher lorsque la demande est plus forte que l'offre. C'est la quantité de métal précieux dans un pays qui détermine le pouvoir d'achat de sa monnaie. Il défend le prêt à intérêt, contre les recommandations alors de l'Église catholique romaine.

Autres Réformateurs précurseurs de l'économie moderneModifier

Ces précurseurs vont contribuer à émanciper la pensée économique des réflexions scolastiques. Après eux l'économie est désormais une branche distincte de la philosophie et de la théologie. Les penseurs en économie ne sont plus issus de l'Église ni des milieux politiques. Ils ouvrent la voie aux idées d'abord mercantilistes puis physiocratiques qui seront successivement, chacune à leur manière, les principaux contributeurs à l'autonomisation progressive de la discipline «Économie». Après eux, la voie sera dégagée pour les fondateurs de la pensée économique moderne et notamment l'École dite Classique.

Pierre de Boisguilbert[21] qui dénonce la ruine de la consommation : «Pour trouver les causes de la ruine de la France, il ne faut que découvrir celle de la ruine de la consommation : il y en a deux essentielles… la consommation a cessé parce qu'elle est devenue absolument défendue et absolument impossible. Elle est devenue impossible par l'incertitude de la taille… enfin la consommation est devenue impossible par les Aides et par les Douanes sur les sorties et passages du royaume »[22]
Sébastien Le Prestre, Marquis de Vauban (1663-1707) met en avant son « Projet de la Dime Royale » (1707) où est proposé de remplacer -comme le feront plus tard les Physiocrates- toutes les taxes existantes par un impôt unique de 1/10° prélevé sur la terre.
  • Richard Cantillon (1680-1704), économiste irlandais vit à Paris. Il annonce la phase scientifique de l'économie politique par la publication en 1755 d'un magistral « Essai sur la nature du commerce en général» dans lequel il est le premier à présenter une vue cohérente des phénomènes économiques[23] et des intuitions remarquables sur le revenu minimum, le rôle de la monnaie et de l'intérêt. Il analyse avec pénétration - avant Jean-Baptiste Say- la fonction de l'entrepreneur : Celui-ci effectue des paiements certains aux facteurs de production et vend à des prix incertains, assumant ainsi les risques de production[24]. Il définit pour la première fois les circuits économiques globaux : Schumpeter[25] lui attribue la paternité du « Tableau Économique » dont Quesnay va donner une formulation plus précise. Outre François Quesnay, il inspire les physiocrates, ainsi qu'Adam Smith : Richard Cantillon est en effet l'un des rares auteurs économistes à être cité par ce dernier dans son traité[26] , publié en 1776.

Mercantilisme (1450-1750)Modifier

Article détaillé : Mercantilisme.

Jusqu'au Moyen-Âge, les questions économiques sont traitées sous l'angle de la religion et les théologiens sont les principaux penseurs des questions économiques. À partir des XVe et XVIe siècles, un tournant majeur est amorcé par les marchands et les conseillers des princes. Dans Le Prince (1513), Nicolas Machiavel explique que « dans un gouvernement bien organisé, l'État doit être riche et les citoyens pauvres ».

Sur le fond et d'un point de vue plus économique, le premier écrit qui contribue fortement au débat paraît en 1615, sous la plume d'Antoine de Montchrestien : son Traité d'économie politique utilise pour la première fois l'expression d'économie politique.

Avec lui, le Français Jean Bodin, l'Espagnol Luis de Ortiz et l'Anglais William Petty préparent l'avènement des idées mercantilistes qui occupent le devant de la scène durant la période allant de 1450 jusque vers 1750[27] et qui continue d'influencer - jusqu'à aujourd'hui- sous des formes diverses le débat des idées.

Ce mouvement naît dans une période qui se caractérise par la rencontre de deux tendances particulièrement favorables au changement : d'une part l'essor du « capitalisme commercial », encouragé par la multiplication des transports, les grandes découvertes ; d'autre part l'émergence de la notion d'État et des monarchies absolues en France et en Espagne entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle qui doivent tout faire pour s'imposer sur deux fronts : front extérieur face aux puissances étrangères (pouvoir papal et pouvoirs rivaux en Europe), front intérieur pour unifier la population et le territoire[28].

Dans ce contexte, les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613.

L'État tient un rôle primordial dans le développement de la richesse nationale, en adoptant des politiques protectionnistes établissant notamment des barrières tarifaires et encourageant les exportations. Le mercantilisme est protectionniste à l'extérieur mais vise à l'unification et au renforcement du marché national. Cette doctrine économique connaît son apogée du XVIe siècle au XVIIIe siècle, propagée par une littérature prolifique de pamphlets de commerçants ou d'États. Elle estime que la richesse d'une nation dépend de l'importance de sa population et de l'accumulation d'or et d'argent. Les nations qui n'ont pas accès aux mines peuvent obtenir l'or et l'argent en favorisant leur outil productif et en stimulant leurs exportations. Pour ce faire ils vont à la fois limiter les importations de produits finis et pousser aux importations de matières premières destinées à être manufacturées et exportées avec profit[29],[30].

Au cours de cette période, le mercantilisme est loin d'être un courant de pensée uniforme. Une « littérature éclatée » apparaît, dans laquelle les hypothèses évoluent et se diversifient, rendant l'idée d'un courant unique assez vague. Il se répand dans la plupart des nations européennes en s'adaptant aux spécificités nationales. On distingue parmi les écoles mercantilistes :

En France, les premiers ouvrages notables qui analysent le fonctionnement économique de l'État et proposent des actions au gouvernement pour améliorer son fonctionnement, sont :

En 1615, le Traité d’économie politique, d'Antoine de Montchrestien ;

En 1695, Le Détail de la France, la cause de la diminution de ses biens et la facilité du remède en fournissant en un mois tout l’argent dont le Roi a besoin et enrichissant tout le monde, de Pierre Le Pesant de Boisguilbert ;

En 1700, La Dîme royale, de Vauban.

David Hume et Adam Smith vont plus tard critiquer les mercantilistes pour leur intérêt marqué pour la monnaie et la balance commerciale. Mais en réalité les mercantilistes ne s'intéressent pas uniquement à l'amélioration de la trésorerie de l'État. William Petty par exemple développe les premières réflexions sur des thèmes modernes comme celui de la masse monétaire, de la vitesse de circulation de la monnaie, ou sur l'intérêt du plein emploi pour la richesse de tous[32].

Au XXe siècle, beaucoup d'économistes reviennent sur les critiques faites à l'encontre du mercantilisme et reconnaissent l'exactitude de certaines de leurs théories. Entre autres, John Maynard Keynes reprend dans sa Théorie Générale les réflexions liant le niveau du taux de l'intérêt avec les variations de quantité de monnaie[33].

Au total, la théorie élaborée par les mercantilistes n'est pas le fruit d'un chrysohédonisme simpliste (le fait de placer le bonheur au sein de l'or). Il est exact qu'elle préconise d'une part l'enrichissement de la Nation par l'accumulation de métaux précieux (comme l'or et l'argent sont source de la richesse), ce qui implique la constitution active d'un excédent commercial. Mais d'autre part, elle prend pour objectif le renforcement de la puissance de l'État, personnifié par le monarque absolu.

La résultante réside dans la conquête des marchés extérieurs (ventes à l'extérieur des produits manufacturés) et la préservation (ou une extension) du marché intérieur (restriction aux importations). D'où une sorte de « guerre commerciale », fondée non seulement sur le protectionnisme interne mais aussi sur l'interventionnisme externe.

On doit par ailleurs aux mercantilistes (et notamment à William Petty) le développement et l'utilisation des statistiques et des méthodes empiriques en économie. Celles-ci dérivent de leur souci de surveiller la balance commerciale et les flux de métaux précieux, et parfois d'une sorte d'obsession du numéraire.

XVIIIe et XIXe sièclesModifier

Prémices philosophiquesModifier

Bernard de Mandeville (1670-1733)Modifier

Bernard de Mandeville, écrivain anglais publie en 1714, La Fable des abeilles où il tend à opposer la vertu et la prospérité. Selon cet auteur, la richesse économique collective découle des « vices privés », en particulier de la consommation de biens de luxe condamné par les mercantilistes ou les physiocrates comme un gâchis. Cette idée de séparer la morale de l'efficacité montre la nécessité de rompre avec l'influence des valeurs et de refuser les a priori dangereux. En effet, la conclusion provocatrice de cet auteur est que les vices privés se révèlent en fait être profitables à la communauté et sont donc des « vertus collectives ». Son analyse fait de la consommation une action tout aussi utile que l'épargne et annonce les thèses futures de John Maynard Keynes. Par d'autres aspects, elle préfigure le libéralisme économique et, selon Friedrich Hayek, « l'ordre spontané »[34].

Influence des philosophes des LumièresModifier

Les philosophes des Lumières développent aussi des analyses économiques :

Montesquieu est salué par Keynes pour avoir compris le premier le rôle des taux d’intérêt comme instrument de la création monétaire dans De l’esprit des lois (1748), même si, avant lui, Jean-François Melon et surtout, Nicolas Dutot, dans ses Réflexions politiques sur les finances et le commerce (1738), ont en partie déjà fondé leurs analyses sur l'influence monétaire des taux d'intérêt. Dans cette œuvre, Montesquieu voit aussi le commerce comme source d'adoucissement des mœurs et de paix entre les nations au contraire des mercantilistes qui en faisaient le « nerf de la guerre ».

Jean-Jacques Rousseau décrit quant à lui le processus social de l’appropriation des terres, fondement de l’inégalité parmi les hommes et origine du Droit et de la société civile.

L'écossais David Hume apporte la première contribution majeure à la théorie du libre-échange en tentant de démontrer que les déséquilibres commerciaux sont naturellement corrigés par des mécanismes monétaires.

Le mouvement des physiocratesModifier

Article détaillé : Physiocratie.

Le terme « Physiocratie » ou « gouvernement par la nature » (issu du grec « phusis » la nature et « kratein » commander) a été forgé par Pierre Samuel du Pont de Nemours. C'est une école de pensée économique et politique née en France vers 1750, qui connait son apogée au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle

Le Tableau Économique de François QuesnayModifier

 
François Quesnay

Le fondateur de cette école est François Quesnay : il en devient le chef de file incontesté après la publication du Tableau économique en 1758, où il représente la circulation des richesses dans l'économie. (voir aussi : Anne Robert Jacques Turgot,1727-1781 Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766))

Le « Tableau économique » de Quesnay s'inspire de la théorie des cycles de François Véron Duverger de Forbonnais et du « zig-zag[35] » élaboré sous la direction de Vincent de Gournay et Richard Cantillon. Ces travaux révolutionnaires pour l'époque anticipent ceux d'Adam Smith : Ils s'intéressant à la création de la richesse, mais aussi et surtout à sa répartition via des diagrammes de flux et de stocks représentant de manière très élaborée le fonctionnement de l'économie.

Le but de ce groupe de marchands et de grands commis de l'État est de mettre en place les outils qui permettront au Roi de France de mieux mesurer la création de richesse et ainsi pouvoir faire de meilleures lois afin d'éviter les disettes via une production et une répartition optimisées des richesses. Cependant, en prenant pour hypothèse que le travail est la source de toute création de richesse, cette analyse va heurter de plein front les intérêts de l'aristocratie française, pour laquelle le simple fait de travailler était synonyme de dérogeance ; si un Noble travaillait et que cela venait à se savoir, il en perdait sa noblesse, et seule une lettre de réhabilitation du Roi pouvait la lui rendre.

François de Quesnay en habile politique va dans le « Tableau économique » faire reposer la source de la richesse non plus sur le travail, mais sur la capacité « miraculeuse » de la terre à produire de la nourriture à chaque printemps. Il arrivera ainsi à se concilier les bonnes grâces des rentiers terriens tout en proposant un nouveau système prenant en compte autant que se peut les idées nouvelles et permettant de dépasser le mercantilisme (et le colbertisme) sans révolutionner la société.

Turgot, Catherine II la Grande, le roi Stanislas II font aussi partie de cette école de pensée.

La richesse produite par l'AgricultureModifier

 
Tableau économique de Quesnay
En opposition aux idées mercantilistes, les physiocrates considèrent que la richesse d'un pays consiste en la richesse de tous ses habitants et non pas seulement en celle de l'État. Cette richesse est formée de tous les biens qui satisfont un besoin et non de métaux précieux qu'il faudrait thésauriser. La richesse doit être produite par le travail.

Pour les physiocrates, la seule activité réellement productive est l'agriculture. La terre multiplie les biens : une graine semée produit plusieurs graines. Finalement, la terre laisse un produit net ou surplus. L'industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture.

La Physiocratie distingue trois classes d'agents économiques :

  1. La classe des paysans, qui est la seule productive (producteurs terriens),
  2. la classe dite « stérile » composée des « marchands » et « industriels ».
  3. la classe des propriétaires.

Cette vision de l'économie est naturelle à une époque où l'immense majorité de la population est formée d'agriculteurs qui produisent tout juste de quoi assurer leur propre survie. La thèse selon laquelle la terre est la seule source de richesse, qui distingue les Physiocrates de leurs successeurs classiques, est néanmoins secondaire par rapport aux autres apports par lesquels les Physiocrates se distinguent de leurs prédécesseurs, qui ont été repris par les classiques et qui fondent l'économie moderne.

Vincent de Gournay et Turgot, souvent assimilés à l'école physiocratique, pensent au contraire que les manufactures et le commerce sont générateurs de richesses. Ils ne doivent donc pas être comptés parmi les physiocrates même si ces derniers leur ont fait beaucoup d'emprunts.

« Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises »Modifier

 
Portrait de Vincent de Gournay

Dans la controverse sur le commerce des grains qui marque le milieu du XVIIIe siècle, les Physiocrates prennent parti contre les restrictions gouvernementales au commerce des blés (qui sont à l'époque la base de l'alimentation). Plus généralement, ils affirment que la meilleure façon de maximiser la richesse de tous est de laisser chacun agir à sa guise selon ses moyens et mettent ainsi au premier plan la liberté du commerce comme principe de politique économique[36].

Vincent de Gournay a popularisé la fameuse phrase « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises », probablement due au Marquis d'Argenson, et qui passera à la postérité. Ce programme résumé en une phrase connaîtra un renouveau particulier avec la mise en avant des idées libérales dans le dernier quart du XXe siècle, les partisans du libre-échange reconnaissant les physiocrates comme des précurseurs du libéralisme économique[37].

Promouvoir et défendre l'Ordre naturelModifier

L'ordre naturel repose sur le droit naturel et se trouve gouverné par des lois qui lui sont propres. Le rôle des économistes est de révéler ces lois de la nature. Et le rôle du pouvoir est de garantir l'application du droit naturel. Ainsi, chaque homme a droit à ce qu'il acquiert librement par le travail et l'échange.

La liberté et la propriété sont des droits naturels que le souverain doit respecter et protéger en les consacrant dans le droit positif. Les physiocrates ne remettent pas en question la monarchie, mais veulent que le souverain, loin de se comporter en monarque absolu ou en despote arbitraire, se soumette au droit naturel et le fasse respecter. Respect qui impose la mise en œuvre de toute son autorité. C'est le sens de l'expression « despotisme légal » utilisée par Lemercier de la Rivière, qui s'apparente plus au concept libéral d'État minimum qu'à l'acception courante du mot despotisme.

Les classiquesModifier

Article détaillé : école classique.

L'école classique marque vraiment l'avènement de l'économie moderne. La période classique commence avec le traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776 et se termine avec la publication en 1848 des Principes de John Stuart Mill. Cette pensée est historiquement développée en Grande-Bretagne et en France. C'est Karl Marx qui invente le terme classique en opposant les économistes classiques aux économistes vulgaires. Les classiques étant ceux qui ont cherché à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux Classiques car il étend cette école jusqu'aux travaux de Pigou (1930). Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique.

Ce mouvement marque le tournant dans la pensée économique qui a commencé avec les travaux des physiocrates et se poursuit notamment avec la publication du traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776. Cette pensée se développe principalement en Grande-Bretagne et en France.

Karl Marx invente le terme classique pour distinguer les économistes « classiques » des économistes « vulgaires » : les économistes « classiques » étant -selon lui- ceux qui cherchent à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux « économistes classiques » : Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique. De la sorte cette école s'étend jusqu'aux travaux de Pigou (1930).

Adam SmithModifier

 
Adam Smith

Adam Smith (1723 - 1790, est considéré par beaucoup comme un des fondateurs de la pensée économique moderne. Son traité Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) connait un immense succès. Marwitz déclare en 1810 : « Il existe un monarque aussi puissant que Napoléon, c'est Adam Smith. » L'ouvrage est traduit et diffusé en France par JB Say au début du XIXe siècle.

  1. L'Homme est l'auteur de la Production et le principe de la Richesse. Smith contredit la thèse des physiocrates (seule la terre produit de la richesse) : Dès les premières lignes de son traité il reprend les thèses de William Petty et de Condillac pour affirmer que la richesse découle du travail de l'Homme qui n'a de cesse de s'organiser pour devenir plus efficace. Il fournit à titre d'exemple la description d'une Fabrique d'épingles, qu'il semble avoir empruntée à l'Encyclopédie. Dans les sociétés développées, le Travail produit le capital, qui doit être subdivisé en capital fixe et capital circulant, et dont le rôle est de rendre le travail plus productif. L'Epargne -définie comme une consommation différée- doit être encouragée. La prodigalité manifestée à certains égards par les mercantilistes lui semble condamnable : « L'industrie ne peut augmenter que dans la mesure où le capital augmente et le capital ne peut augmenter que dans la mesure où l'épargne s'accroit »[38].
  2. L'Homme cherche son propre intérêt : « Il ne pense qu'à son propre gain ». Le Marché est le principe d'Équilibre (La Main Invisible). En recherchant son propre gain, l'homme est conduit par « une main invisible » à servir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions : il travaille nécessairement au plus grand revenu de la Société.”. Alors qu'avec les physiocrates les échanges sont conduits par des flux, le marché de Smith résulte du libre jeu des prix.
  3. L'accumulation du capital est le principe du Progrès. Smith distingue trois états de l'économie (Progressif, stationnaire, rétrograde) et affirme qu'une accumulation de capital supérieure à l'accroissement démographique aura pour effet une hausse des salaires et des profits.

En Grande-BretagneModifier

Thomas Malthus (1766 - 1836)Modifier

Dans son ouvrage central -l'« Essai sur le principe de population » (1798))-, il explique que l'humanité est vouée à la misère : Les ressources disponibles augmentent en effet suivant une progression arithmétique (2, 3, 4…) alors que la population croît selon une progression géométrique (2, 4, 8…). Après avoir suscité une levée de boucliers, son analyse -qui conduit à prôner la restriction des naissances- se diffuse assez largement :

Elle est en phase avec le courant de dénatalité constaté de manière précoce et significative notamment en France. Elle donne des arguments aux partisans du protectionnisme agraire (voir la question du Tarif de garantie des prix agricoles mis en place en 1892 par le ministre Jules Méline).

Malthus rédige également une critique de la « Loi des débouchés » ou « Loi de Say » en pointant le rôle de l'épargne et -en particulier- de l'excès d'épargne. Thèse qui sera remarquée et reprise plus tard par Keynes dans ses analyses de la détermination de la demande effective.

La teneur générale des idées de Malthus contribue à forger la doctrine dite du Malthusianisme

David Ricardo (1772 - 1823)Modifier
 
David Ricardo

L'ouvrage Des principes de l'économie politique et de l'impôt en 1817 est son chef-d’œuvre d'analyse économique. Il constitue une vision d'ensemble de l'économie anglaise de son époque et développe plusieurs points théoriques importants en utilisant la méthode déductive et la formalisation des relations économiques.

Par rapport à ses prédécesseurs, Ricardo se manifeste sur le plan de la forme par un mode d'énonciation plus abstrait et plus rigoureux :

« La méthode analytique de Ricardo est entièrement fondée sur deux principes : la réduction de la complexité économique en données de plus en plus nombreuses à mesure de la progression logique et l'établissement de relations causales entre les variables qui subsistent. D'où les possibilités offertes par Ricardo à la retranscription ultérieure de son texte à l'aide des mathématiques[39]. »

Son apport théorique donne naissance ou formalise des concepts qui feront date notamment dans les domaines suivants :

  1. Valeur-travail qui devient une notion centrale en économie (et sera reprise notamment par l'analyse marxiste)
  2. L'émission monétaire
  3. Le Commerce International
  4. Le Salaire naturel
  5. La théorie de la rente

Sur le plan du fond Ricardo privilégie l'étude des phénomènes de répartition de la richesse : En 1820[40], il écrit à Malthus quelques années avant sa mort :

« L'économie politique est selon vous une enquête sur la nature et les causes de la richesse. J'estime au contraire qu'elle doit être définie : une enquête sur la distribution… De jour en jour, je suis plus convaincu que la première étude est vaine et décevante et que la seconde constitue l'objet propre de la science. »

Cobden et le Libre-Échange (1838)Modifier

Plutôt méconnue est l'influence de Richard Cobden. Elle est pourtant considérable puisqu'il est l'apôtre inlassable du Libre-échange et qu'à ce titre, il obtient en Angleterre (de 1846 à 1850) l'abolition des lois protectionnistes et douanières. En 1860, à la tête de la délégation anglaise, il négocie avec la France un traité de commerce libéral.

En FranceModifier

Jean Baptiste Say (1767-1832)Modifier

Jean-Baptiste Say est considéré comme le chef de file des économistes classiques français. Son renom est dû à la publication en 1803 de son Traité d'économie politique, mais aussi à la « Loi des débouchés », aussi appelée « Loi de Say ».

Jean-Baptiste Say a une vision quasi-matérielle de l'économie : Selon la « Loi des débouchés », les produits s'échangent contre des produits et donc l'offre crée sa propre demande.

« Il est bon de remarquer qu'un produit créé offre dès cet instant un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n'est pas moins empressé de se défaire de l'argent que lui procure sa vente pour que la valeur de l'argent ne chôme pas non plus. Or on ne peut se défaire de son argent qu'en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d'un produit ouvre dès l'instant même un débouché à d'autres produits. »

— Traité d'économie politique, 1803, Livre I

L'ouverture des débouchés étant quasiment automatique, les causes des crises de production lorsqu'elles existent doivent être recherchées ailleurs que dans le fonctionnement du marché.

La monnaie n'est qu'un voile neutre qui recouvre les transactions : Elle ne peut donc être recherchée pour elle-même. Cette conception monétaire sera reprise et développée par les tenants de la Théorie quantitative de la monnaie. Elle sera combattue par Keynes qui montre que les agents peuvent thésauriser une partie de leur revenu et ne pas ré-injecter cette somme dans le circuit économique, contrairement à ce que prétend la « Loi des débouchés »

Frédéric Bastiat (1801-1850)Modifier
Article détaillé : Frédéric Bastiat.
Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916)Modifier
Article détaillé : Paul Leroy-Beaulieu.

Aux États-Unis : Henry Charles Carey (1793-1879)Modifier

Article détaillé : Henry Charles Carey.

L'effort de synthèse : John Stuart Mill (1806-1873)Modifier

Article détaillé : John Stuart Mill.


Prémices du socialismeModifier

Les classiques et leurs analyses sont rapidement critiqués.

Jean de Sismondi (1773-1842)Modifier

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Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

En 1819, Jean de Sismondi publie ses « Nouveaux principes d’économie politique ou de la Richesse dans ses rapports avec la population » où il pointe les conséquences sociales de l'industrialisation visibles dans l’Angleterre de son époque : chômage, inégalité, paupérisation… dénonçant un libéralisme qui se construit en procurant des droits aux entrepreneurs et imposant des obligations aux ouvriers.

Il développe une pensée hétérodoxe en affirmant la prééminence du bonheur social sur la seule efficacité matérielle et rompt avec les analyses des classiques libéraux[41] :

  • Il refuse la loi des débouchés de Say selon laquelle « les produits s’échangent contre des produits et le concept d'un équilibre général obtenu par le libre jeu de la concurrence.
  • Il montre la possibilité de déséquilibres globaux dans l’économie, notamment sous la forme de crises majeures de surproduction. À ce titre, il introduit la notion de délai entre la production et la consommation (un an dans le cas de l’agriculture par exemple). Pour lui le progrès technique n’accroît pas simultanément l’offre et la demande, car son premier effet est de permettre le licenciement des ouvriers qui ne sont réembauchés qu’à moyen terme, à condition qu'entretemps les déséquilibres de court terme ne provoquent pas de crise de surproduction.
  • Il relève le pluralisme des idées et des jugements des différentes classes sociales sur l'état de l'économie et de la société
  • Il considère que l'économie doit aboutir au bonheur de tous et à la justice sociale : « Nous ajoutons que la jouissance est le seul but de cette accumulation, et qu'il y a accroissement de la richesse nationale que quand il y a aussi accroissement des jouissances nationales ».

Certaines de ses préconisations préfigurent des thèmes de réalisations futures[42] :

  • La distribution des fruits du travail aux salariés qui permet de créer une demande et favorise l'écoulement de la production sera illustrée par le Fordisme
  • La réduction du temps de travail qui évite la surproduction et le chômage, ajuste le volume d'emploi avec la consommation annonce le thème du travail choisi.

Bien que réformiste, Sismondi ne s'associe pas aux planificateurs et aux collectivistes. Il croit au marché, mais veut que des institutions en tempèrent la brutalité[43]

Le socialisme utopiqueModifier

L'époque est aussi celle de l’émergence de la pensée socialiste. Les socialistes utopiques dénoncent l’anarchie industrielle.

L'un d'eux, Charles Fourier, rêve de mettre en place des phalanstères, communauté de 1620 personnes sélectionnées pour leurs caractères et leurs aptitudes complémentaires afin que la communauté soit au mieux organisée et puisse prospérer. De nombreux phalanstères sont par exemple créés aux États-Unis. Des industriels philanthropes comme Robert Owen théorisent et montent des usines modèles où est recherchée la hausse de la productivité par la réduction du temps de travail, où sont expérimentés les cours du soir, où les familles sont prises en charges et jouissent de nombreux agréments : écoles, jardins d’enfants, etc. À l’image de Fourier, Owen rêve de mettre en place des « villages de coopération ».

Le saint-simonismeModifier

En France, le comte de Saint-Simon promeut le progressisme industriel et souhaite mettre en place une intervention technocratique de l’État basée sur la planification industrielle. L’objectif est l’amélioration des conditions de la classe laborieuse. Autour de lui se forme une véritable « secte économique », le saint-simonisme. De son côté, Charles Brook Dupont-White énonce une critique radicale du capitalisme qui annonce celle du marxisme, et propose l'intervention de l'État comme régulateur du système.

Enfin, en Grande-Bretagne, le dernier des classiques anglais, John Stuart Mill prône que le libéralisme est la meilleure façon de produire des richesses mais indique qu’il n’est pas pour autant la meilleure façon de les répartir…

Karl Marx et le marxismeModifier

Articles détaillés : Karl Marx et Marxisme.
Au début des années 1840, des universitaires de gauche critiquent les économistes classiques et se font traiter d'« hégéliens de gauche » car ils se réclament de l'analyse critique pensée par Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Les plus célèbres penseurs issus de ce groupe sont Karl Marx et Friedrich Engels, qui écrivent ensemble ou séparément de nombreux ouvrages économiques, le plus célèbre étant Le Capital.

Le marxisme repose sur une vision philosophique du monde : le (matérialisme historique) qui entend redéfinir les domaines de la philosophie et de la sociologie.

L'économie occupe une place importante dans cette théorie hétérodoxe : avec Marx, les termes traditionnels sur lesquels repose l'économie (le travail, la propriété, la consommation, la production, le capital, l'argent…) sont redéfinis, complétés et organisés dans un système analytique se voulant logique et cohérent, mais aussi fidèle aux mouvements de la réalité historique.

Sont notamment développées des théories de la valeur et de la valeur-travail, reprises aux classiques anglais (en particulier Ricardo), mais aussi des notions originales comme la mise en évidence de l'importance de l'investisseur -apporteur de capital- dans le cycle « Argent ⇒ Marchandise ⇒ Argent », ainsi que le concept de « Plus-value » (mode de production et répartition).

Ce courant inspire des penseurs de l'économie marxiste comme Rosa Luxemburg avec L'Accumulation du capital[44] (1913), ou plus récemment Paul Baran ou Paul Sweezy.

L'école historiqueModifier

L'école historique (aussi qualifiée de courant de l'Historicisme) apparaît en Allemagne dans les années 1840 en réaction à l'universalisme des classiques. Son précurseur Friedrich List (1789-1846) considère que l'instauration du libéralisme n'est conforme qu'à l'intérêt national anglais[45] et que la supériorité de l'industrie britannique est telle que tous ne bénéficient également du libre échange. Il rejette par conséquent l'idée de « lois » économiques dissociées de leur contexte historique, social et institutionnel.

Pour elle, le développement économique ne peut être analysé grâce à une construction purement logique. Cette réaction est inspirée par le mouvement du positivisme :

« Tout ce qu'on appelle logique, métaphysique, idéologie est une chimère et une rêverie, quand ce n'est point une absurdité[46]. »

« La prospérité d'un peuple ne dépend pas comme Say le pense de la quantité de richesses et de valeurs échangeables qu'il possède, mais du degré de développement des forces productives. Si les lois et les institutions ne produisent pas directement des valeurs, elles produisent du moins de la force productive et Say est dans l'erreur quand il soutient qu'on a vu des peuples s'enrichir sous toutes les formes de gouvernement et que les lois ne peuvent créer de la richesse[47]. »

L'Allemagne est le pays où fleurit la pensée historiciste. Celle-ci trouve un large écho et contribue même à rendre ce pays plus ou moins imperméable -pendant la période allant de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle - aux influences exercées par le courant marginaliste en Europe. L'école historique allemande se forme dans les années 1840 avec les écrits de Bruno Hildebrand (1812-1878), Karl Knies (1821-1898) et surtout de Wilhem Roscher (en) (1817-1894). Ce dernier inaugure le mouvement avec son « Précis d'économie politique d'après la méthode historique[48] » où il déclare que la recherche économique doit être pluridisciplinaire, incorporant en non seulement les méthodes des économistes mais aussi celles des historiens et des sociologues. « La meilleure méthode étant celle de l'histoire et de l'éventuelle recherche des régularités et des différences, ce qui conduit au relativisme et à l'abandon de l'idée d'une science économique formalisable et universelle »[49]

Par la suite, Gustav von Schmoller, Adolph Wagner, Werner Sombart et Max Weber entre autres contribuent à cette école.

L'école historique anglaise se développe parallèlement et indépendamment de sa consœur germanique. Bien que s'appuyant sur une importante tradition empiriste et inductiviste héritée de Bacon et de Hume, elle n'aura pas la même aura que cette dernière. Il faut néanmoins remarquer que durant la période de transition séparant la domination de l'économie classique ricardienne et l'émergence du marginalisme dans les années 1870, l'école historique anglaise constitue -pour un temps- l'orthodoxie de l'économie politique britannique. Ainsi, W.S. Jevons aura toutes les peines du monde à s'imposer dans le milieu académique.

Très influencée par les auteurs allemands, la version française de l'historicisme n'a qu'une portée limitée et une unité contestable : le rejet de l'école de Lausanne et de Léon Walras semblent en constituer le principal élément fédérateur. Ses principaux contributeurs sont Charles Gide (1847-1932) et François Simiand (1873-1935). Par contre, la recherche historique en France est profondément rénovée par l'important mouvement de l'École des Annales. L'un de ses héritiers particulièrement fécond dans le domaine de l'histoire économique sera l'historien Fernand Braudel.

École néoclassique et révolution marginalisteModifier

Article détaillé : École néoclassique.
 
Vilfredo Pareto

L'École néoclassique naît de la « révolution marginaliste » dans les années 1870.

L'école de Vienne : Calcul différentiel et Utilité marginaleModifier

Cette école est la première à utiliser l'utilité marginale comme déterminant de la valeur des biens et le calcul différentiel comme instrument principal de raisonnement. Elle se caractérise en particulier par une extrême mathématisation. Elle se constitue à partir des travaux de Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger (1840-1921) et Léon Walras (1834-1910). D'où les trois écoles issues du marginalisme : l'École de Lausanne, avec Léon Walras et Vilfredo Pareto ; l'École de Vienne, avec Carl Menger (voir ci-dessous) et l'École de Cambridge, avec William Jevons. Fin XIXe siècle, ces auteurs réorientent l'origine de la valeur vers les conceptions avancées autrefois par Condillac (idées qui avaient été éclipsées par la notion classique de cout de production) et définissent la valeur par rapport à l'utilité de la dernière portion ou quantité disponible d'un bien, soit son utilité dite marginale. Le procédé est appliqué à bon nombre de mécanismes de détermination économique : répartition des biens, valeur des biens de production, niveau de l'Intérêt, valeur de la monnaie. [réf. nécessaire]

L'École de Lausanne : l'Équilibre en économie pureModifier

Léon Walras (1834-1910)Modifier
Léon Walras s'attache à bâtir un modèle descriptif de l'activité économique :
  1. il reprend la méthodologie des travaux d'Augustin Cournot et Arsène Jules Dupuit (ingénieur des Ponts et Chaussées) qui appliquent les mathématiques à l'étude des prix (concurrence parfaite, duopole, monopole…)
  2. il décrit un modèle idéal, montrant l'interdépendance générale des variables économiques,incluses dans des relations mathématiques.
  3. il fournit une vision globale de l'économie, et le schéma le plus large d'une économie statique : il fait à ce titre l'admiration de J Schumpeter qui le qualifie de plus grand de tous les économistes.

Bien que Walras ne soit pas libéral, son œuvre contribue à renforcer les tenants du Libéralisme : Le modèle, représentatif d'une économie pure, et fonctionnant sous l'hypothèse de la concurrence parfaite (hypothèse à vrai dire idéale) est fréquemment invoqué par les libéraux pour démontrer et défendre la perfection du régime de concurrence (qui ne peut être en vérité un régime de fait).

Vilfredo Pareto (1848-1923)Modifier
Article détaillé : Vilfredo Pareto.

La synthèse par L'École de CambridgeModifier

Alfred Marshall (1842-1924)Modifier
Professeur à Cambridge, il introduit en Grande Bretagne les travaux des Écoles de Lausanne et de Vienne auxquels il apporte nuances et corrections :

Il perfectionne la vision de la dimension temporelle en proposant la distinction entre courte période et longue période, selon que la quantité de capital, la technique, la population, les goûts des consommateurs ont ou n'ont pas le temps de changer.

Il enrichit la démarche abstraite par une référence accrue à la réalité individuelle ou sociale et n'hésite pas à recommander des réformes sociales.

Réaction et contestation du marginalismeModifier

L'École autrichienneModifier
L’École autrichienne d’économie, issue de Carl Menger en 1871, se distingue de l'École néoclassique en ce qu'elle rejette l’application à l’économie des méthodes employées par les sciences naturelles, et qu'elle s’intéresse aux relations causales entre les évènements plutôt qu'aux mécanismes d'équilibres. Outre Carl Menger, ses représentants les plus connus sont Ludwig von Mises et Friedrich Hayek.

La tradition autrichienne se rattache aux scolastiques espagnols du XVIe siècle (École de Salamanque), via les économistes classiques français.

Elle promeut le libéralisme non seulement en matière économique mais aussi et plus généralement dans le cadre politique et social. De ce point de vue Friedrich von Hayek et ses disciples en sont les représentants les plus actifs.

L’École autrichienne est très active dans le débat d'idée puisqu'elle s’est successivement opposée à l’École historique allemande (à la suite de la Methodenstreit) ; à Léon Walras et aux néoclassiques ; aux théories de la conception objective de la valeur et donc à Karl Marx et au socialisme ; et enfin à Keynes et aux macroéconomistes.

Ces controverses sont encore vivaces et mettent la tradition autrichienne en conflit avec presque toutes les autres écoles de la pensée économique contemporaine.

L'institutionnalismeModifier

Thorstein Veblen publie en 1899 « Why is Economics not an Evolutionary Science? », le document fondateur de l'École institutionnaliste.

Il rejette de nombreux postulats de l'école néoclassique, comme l'hédonisme individuel justifiant la notion d'utilité marginale, ou l'existence d'un équilibre stable vers lequel l'économie converge naturellement.

L'École institutionnaliste comprend des héritages de l'École historique allemande. elle se développe principalement aux États-Unis, où ses représentants sont : Arthur R. Burns, Simon Kuznets, Robert Heilbroner, Gunnar Myrdal, John Kenneth Galbraith.

Les idées sont reprises dans les années 1970 par l'école de la Nouvelle économie institutionnelle qui se situent dans la lignée de la pensée introduite par Ronald Coase[50].

XXe siècleModifier

La révolution keynésienneModifier

L'impact des idées keynésiennesModifier

Article détaillé : keynésianisme.
 
Harry White saluant John Maynard Keynes (à droite, 1946)

La crise de 1929 met en exergue la portée limitée des enseignements de la théorie néoclassique : Les théoriciens orthodoxes ne parviennent pas en effet appréhender et analyser l'existence dans les années 1930 d'un phénomène de chômage massif. Sauf à invoquer la présence d'un chômage volontaire selon lequel, au taux de salaire fixé par le marché du travail, certains agents économiques ne préfèrent pas travailler. La négligence du chômage est pour John Maynard Keynes l'axe central de la critique qu'il adresse au parti conservateur :

« ce n'est pas accidentellement que le particonservateur nous a mené dans le pétrin où nous sommes. C'est la conséquence normale de sa philosophie, selon laquelle “ il ne faut pas chercher à employer tout le monde car cela conduirait à l'inflation”[51]. »

Alors que l'existence d'au moins un équilibre général est l'unique résultat démontré par la théorie néoclassique, Keynes développe au contraire une théorie qualifiée de « générale »[52], car elle rend compte non seulement des situations d'équilibre de sous-emploi, mais aussi de plein emploi et ce, pour toutes les forces de travail et de capital. Son approche théorique qualifiée d'hétérodoxe est considérée comme la première théorie macroéconomique, qui remet en question plusieurs des principes néoclassiques : la monnaie n'est pas un voile jeté sur les échanges ; le montant de l'épargne n'est pas déterminé sur le marché des capitaux ; la détermination du taux d'intérêt est monétaire et non réelle.

Keynes montre qu'une économie de marché parvient le plus souvent à un équilibre de sous-emploi durable des forces de travail et de capital. Il rompt ainsi avec l'analyse néoclassique qui considère le chômage comme « frictionnel » ou « volontaire », afin de montrer que l'économie peut durablement souffrir d’un chômage de masse que les mécanismes du marché seuls ne peuvent résoudre. Ainsi Keynes décrit une dynamique qui empêche toute reprise spontanée de l'économie. Une offre excédentaire initiale provoque des licenciements. Keynes nie la thèse néoclassique selon laquelle se produit un ajustement par les salaires, entraînant un réajustement des profits, puis un retour de l'investissement et de la croissance et in fine un retour de l'emploi. La montée du chômage crée au contraire une réduction de la demande. Cette baisse de la demande effective provoque dans l'économie une réduction des débouchés. D'où le scepticisme des entrepreneurs qui n’investissent plus ou ralentissent leurs investissements, ce qui provoque un effet négatif second d'aggravation de la crise. Il importe de ne pas oublier une autre partie de l'analyse : les taux d'intérêt monétaire déterminent principalement le niveau de l'activité économique[53].

Pour sortir de cette situation non optimale, l'« impulsion keynesienne »[54] préconise de stimuler la demande, ce qui vise à redonner confiance aux investisseurs. Pour ce faire, l’État dispose de plusieurs moyens d'intervention :

  1. Tout d’abord redistribuer les revenus des plus riches (qui ont une plus forte propension à épargner) aux plus pauvres (qui eux ont une forte propension à consommer).
  2. L’État peut aussi stimuler la création monétaire via une baisse des taux d’intérêt qui encouragera les gens à emprunter pour consommer et surtout rendra rentable des projets d'investissement dont l'Efficacité Marginale du Capital était inférieure au niveau du taux d'intérêt monétaire.
  3. Enfin l’État peut accroître ses dépenses publiques induisant une augmentation de la demande globale en lançant des programmes de grands travaux par exemple.

Pour ce faire, il peut même recourir au déficit budgétaire dont il peut espérer qu’il sera à moyen terme comblé par la reprise économique. Le financement de cette politique interventionniste s'opère soit par des prélèvements obligatoires supplémentaires, soit une émission de titres sur les marchés des capitaux. Les méthodes de Keynes qui s’appuient sur l’étude des agrégats économiques (entreprises, ménages, État…) et se distinguent de l’étude néoclassique des comportements individualistes, fondent la macroéconomie[55].

L'État-providence BeveridgienModifier

Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de succéder à la crise, un économiste et parlementaire britannique, William Beveridge, fait de nombreuses propositions visant à redéfinir le rôle de l’État d’après-guerre. Celles-ci vont profondément changer la conception du rôle de l'État dans l'économie en militant pour le renforcement de ce que l'on appelle « l'État-providence ».

En 1942, dans un premier rapport « Social Insurance and Allied Services », il propose la mise en place d’un système totalement généralisé, uniforme et centralisé dont la mission et l'organisation sont détaillées. Le régime préconisé de sécurité sociale vise à « libérer l’homme du besoin » en garantissant la sécurité du revenu, face aux aléas de la vie : maternité, maladie, décès, chômage, accident du travail

En 1944, dans un second rapport «Full Employment in a Free Society», Beveridge considère le chômage comme le « risque majeur dans nos sociétés », et comme l’aboutissement définitif de tous les autres risques (maladie, maternité…). Pour lui les fonctions régaliennes dévolues à l'État lui font le devoir de garantir le plein emploi : « Ce doit être une fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre le chômage de masse, aussi définitivement que c’est maintenant la fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre les attaques du dehors, contre les vols et les violences du dedans».

Les disciples de KeynesModifier

Les disciples de Keynes lui restent fidèles mais vont projeter son analyse hors de son contexte original (celui d'une crise économique), pour en faire une méthode de régulation permanente des marchés. Les prolongements sont nombreux qui donnent naissance à plusieurs courants :

Les Néo-keynésiens et la théorie du déséquilibreModifier
le courant post-keynesienModifier

Le courant dit « post-keynesien » est représenté par Michal Kalecki, Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Roy Forbes Harrod, Evsey Domar (en)

Nouvelle économie keynésienneModifier

Après Keynes, L'analyse dynamiqueModifier

La dynamique des fluxModifier

Les travaux vont mettre en avant l'analyse des flux pour caractériser des phénomènes d'amplification, d'anticipation ou d'expansion.

La dynamique des forcesModifier

  • L'étude du progrès technique et de ses conséquences constitue un thème centrale d'analyse chez des auteurs comme Colin Clark, Jean Fourastié et Cobb-Douglas
  • La pression démographique comme dynamique d'évolution inspire les travaux travaux d'Adolphe Landry, Alfred Sauvy, Albert Hirschman et Walt Whitman Rostow
  • Les mobiles psycho-sociologiques sont convoqués pour compléter l'analyse des comportements des agents économiques : comportement des Entrepreneurs ou des Consommateurs, comportement réputé commun dans le cadre d'une Économie généralisée.
  • L'effet de puissance et de domination est l'objet des travaux de François Perroux : Effet de Domination et de l'économie dominante avec la déclinaison du concept depuis la firme jusqu'aux macro-décisions et à l'espace économique global. La perspective étant d'offrir une théorie générale du Progrès et de «l'Économie progressive».

La dynamique des structures, systèmes et régimesModifier

Sous l'influence de plusieurs auteurs, la définition du concept de structure économique et son rôle dans l'évolution économique se précisent ; l'économiste allemand Eugen Wagemann -Directeur de l'Institut für Konjoncturforschung de Berlin- publie « La Stratégie économique » (trad française en 1938) dans lequel est formalisée la distinction entre conjoncture (ce qui se transforme : le fonctionnement) et structure (ce qui est plus permanent : les organes).

Le sociologue allemand Walter Eucken[56] introduit la distinction entre les économies dirigées à partir d'un centre et les économies d'échange dirigées par le marché ou l'usage de la monnaie[réf. nécessaire].

L'école autrichienneModifier

L'école autrichienne, d'abord assimilée à l'école néoclassique, a toujours soutenu des positions très différentes de celles de Walras et Jevons et est maintenant considère comme hétérodoxe. [réf. nécessaire]

Ordoliberalisme ou école de FribourgModifier

L'Ordolibéralisme est un courant du libéralisme, apparu en Allemagne dès les années 1930. L'État est chargé de garantir un cadre politique, mais doit s'abstenir d'interventions sur les marchés. Walter Eucken l'avait exprimé ainsi : "Oui à la planification des structures par l'État - non à la planification et au dirigisme du circuit économique par l'État." D'autres représentants sont Franz Böhm (comme Eucken professeur à Fribourg), Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow ou Müller-Armack. Le miracle économique allemand (Wirtschaftswunder) est attribué à l'adoption de ces idées dans le système d'une économie sociale de marché par le ministre des finances Ludwig Erhard.

l'École des Choix publicsModifier

Article détaillé : Théorie du choix public.

La théorie des choix publics s'est imposée comme une discipline de l'économie qui décrit le rôle de l'État et le comportement des électeurs, hommes politiques et fonctionnaires. Elle entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan (« Prix Nobel » d'économie 1986) et Gordon Tullock.

La politique y est expliquée à l'aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences, l'argent en cause n'est généralement pas le leur (Cf. le problème principal-agent). La motivation du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l'intérêt collectif (du moins, tel qu'ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques souhaitent maximiser leurs chances d'être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser leur utilité (revenu, pouvoir, etc.)

Le monétarismeModifier

Article détaillé : monétarisme.

Au début des années 1960, plusieurs économistes menés par Milton Friedman (chef de file de l'école de Chicago) tentent de relancer la théorie quantitative de la monnaie mise à mal par les analyses keynésiennes. Étudiant le cas américain (M. Friedman et Anna Schwartz, Une histoire monétaire des États-Unis) il remarque que toute évolution brutale de la masse monétaire (aussi bien son augmentation préconisée par les keynésiens dans le cadre des politiques interventionnistes, que sa diminution dans le cadre de politique de rigueur) est synonyme de déséquilibres économiques. Renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ils recommandent une politique monétaire restrictive où l'émission de monnaie serait limitée à une proportion fixe de la croissance du PIB, assurant une expansion parallèle à celle de l’activité. Les monétaristes pronent également la mise en place d'un change flottant permettant le rééquilibrage automatique de la balance extérieure. Ces conclusions remettent en cause la base des politiques keynésiennes et suscitent de nombreux débats depuis.

Les néo-keynésiensModifier

Le courant néo-keynésien (appelé aussi « école du déséquilibre » ou des « équilibres à prix fixes ») est une synthèse des théories keynésiennes et néoclassiques. Le courant est initié par John Hicks dans les années 1930 : Son modèle IS/LM est la conversion d'un modèle succinct de la Théorie générale en termes néoclassiques. Les principaux auteurs néo-keynésiens sont : Franco Modigliani, Paul Samuelson, Robert Mundell, Robert Solow ou encore Edmond Malinvaud en France. Ces économistes s'intéressent aux fondements microéconomiques de la macroéconomie :

Sur certains points, tel celui de la rationalité, les néo-keynésiens sont plus proches des conceptions de Friedman que de celles de Keynes. Adeptes des systèmes de marché des néoclassiques, ils reconnaissent cependant le caractère non volontaire du chômage ainsi que les imperfections du marché du travail comme causes de non-réalisation du plein emploi (asymétrie d'information, aléa moral, Théorie des insiders-outsiders…).

La Nouvelle économie classiqueModifier

Article détaillé : Nouvelle économie classique.

La Nouvelle économie classique (ou Nouvelle macroéconomie classique) est un courant de pensée économique qui s'est développé à partir des années 1970. Elle rejette le keynésianisme et se fonde entièrement sur des principes néoclassiques. Sa particularité est de reposer sur des fondations micro-économiques, et de déduire des modèles macroéconomiques à partir des actions des agents eux-mêmes modélisés par la micro-économie.

Les nouveaux classiques comprennent Robert Lucas Jr, Paul Romer, Finn E. Kydland, Edward C. Prescott, Robert Barro, Neil Wallace (en), Thomas Sargent

l'École de la RégulationModifier

L'école de la régulation regroupe des auteurs comme Michel Aglietta, Robert Boyer, Alain Lipietz.

La Nouvelle économie keynésienneModifier

Article détaillé : Nouvelle économie keynésienne.

La nouvelle économie keynésienne est un courant de pensée économique né dans les années 1980 en réponse à la nouvelle économie classique. S'il retient des néokeynésiens une référence à l'équilibre général de l'école néoclassique, il en relâche l'hypothèse de l'information parfaite. Par ailleurs, il est critique envers les prescriptions de politique économique usuelles des keynésiens (déficit budgétaire et taux d'intérêts bas) qui ne tiennent pas assez compte des problèmes structurels liés au fonctionnement des marchés.

Ses principaux participants, - George Akerlof, Joseph Eugene Stiglitz, Gregory Mankiw, Stanley Fischer, Bruce Greenwald, Janet Yellen et Paul Romer, sont d'accord sur deux points fondamentaux : la monnaie n'est pas neutre et les imperfections des marchés expliquent les fluctuations économiques[57].

Histoire de la disciplineModifier

On[Qui ?] s'est longtemps interrogé sur la légitimité d'inclure dans le champ d'analyse les écrits antérieurs à la seconde moitié du XVIe siècle. Si les idées des mercantilistes et des physiocrates sont généralement prises en compte, l'histoire de la pensée économique ne pouvait réellement débuter qu'avec Adam Smith[58]. Alors que l'économie ne semble être considérée jusque là au mieux comme « secondaire », un des mérites de Smith a été de préciser son rôle et sa place dans la société globale, voire pour certains de ses disciples constituer le principe unificateur des sociétés[59].

La vision euro-centrique ou occidentalo-centrique a été remise en cause suite à une meilleure connaissance des civilisations anciennes. Depuis, la perspective a changé et nécessite un élargissement de l'horizon espace-temps traditionnellement considéré[réf. nécessaire].

Place de l'histoire de la pensée économique dans l'enseignement de l'économieModifier

Il existe un débat sur la place que doit occuper l'histoire de la pensée économique dans l'enseignement de l'économie. Par exemple, Jean Tirole, lauréat du prix Nobel d'économie en 2014, défend une « initiation pragmatique à l'économie" faisant par définition l'économie de l'histoire de la pensée: "L’enseignement de pensées économiques obsolètes et de débats entre économistes anciens [...] ne correspondent pas aux besoins des lycéens et des étudiants[60]. »

Mais l'histoire de la pensée économique peut encore compter sur certains alliés qui pensent que les économistes n'ont rien à perdre que leurs chaînes et ont au contraire un monde à gagner grâce à elle. "A mon signal déchaîne les enfers": dans la biographie de Marshall qu'il rédige, J. M. Keynes dégaine en effet une toute autre définition du bon économiste, il est pour lui un "oiseau rare" dont une des qualités est de pouvoir comprendre l'économie contemporaine à la lumière du passé:

"[T]he master-economist must possess a rare combination of gifts. He must reach a high standard in several different directions and must combine talents not often found together. He must be mathematician, historian, statesman, philosopher-in some degree. [...] He must study the present in the light of the past for the purposes of the future."[61]

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. Klaas Veenhof, Aspects of Old Assyrian Trade and its Terminology, p. 397.
  2. Francis Joannès, article « Sagesse » dans le Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 750.
  3. Jha 1998, p. 267–282
  4. (en) I. W. Mabbett, « The Date of the Arthaśāstra », Journal of the American Oriental Society, American Oriental Society, vol. 84, no 2,‎ , p. 162–169 (DOI 10.2307/597102, JSTOR 597102)
  5. Sihag 2005, p. 723-755
  6. L. K. Jha, K. N. Jha (1998). "Chanakya: the pioneer economist of the world", International Journal of Social Economics 25 (2-4), p. 267–282.
  7. Waldauer, C., Zahka, W.J. and Pal, S. 1996. Kauṭilya's Arthashastra: A neglected precursor to classical economics. Indian Economic Review, Vol. XXXI, No. 1, pp. 101-108.
  8. Tisdell, C. 2003. A Western perspective of Kauṭilya's Arthasastra: does it provide a basis for economic science? Economic Theory, Applications and Issues Working Paper No. 18. Brisbane: School of Economics, The University of Queensland.
  9. Sihag, B.S. 2007. Kauṭilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity. Humanomics 23 (1): 5-28.
  10. (en) B.S. Sihag, Kautilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity., Humanomics 23(1): 5–28, 2007
  11. Denis 1966, p. 17
  12. Denis 1966, p. 29
  13. Les Lois, 741
  14. J. Boncœur et H. Thouement, in Histoire des Idées économiques, TI de Platon à Marx, Nathan Paris 1989, (ISBN 978-2-09-188977-1)
  15. Boncœur et Thouement, op. cit.
  16. Schumpeter 1954, p. 97–115
  17. a, b, c et d Giacomo Todeschini (2004), Richesse franciscaine. De la pauvreté volontaire à la société de marché, éd. Verdier, 2008, chap. I
  18. a et b Giacomo Todeschini (2004), Richesse franciscaine. De la pauvreté volontaire à la société de marché, éd. Verdier, 2008, chap. I et notamment p. 21 sq.
  19. imposition de la propriété privée des terres
  20. Hans Schmauch: Nikolaus Coppernicus und die preußische Münzreform. Braunsberg 1940; Nicolaus Copernicus Gesamtausgabe. Band V, S. 113
  21. Factum de la France, 1707
  22. cité par H.Denis in Histoire de la Pensée Économique, Thémis, Paris 1966
  23. Raymond Barre, Traité d'économie politique, Thémis 1966, Tome I p.32
  24. R. Barre, op. cit.
  25. History of Economic analysis, New York, 1954, p.222
  26. Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
  27. Villey 1985, p. 37
  28. Heckscher 1955, p. 20
  29. The New Encyclopedia Britannica, 2007, vol. 8, p. 26
  30. Blaug 207, p. 343
  31. Villey 1985, p. 53
  32. HULL C.H., The Economic Writings of Sir William PETTY, Cambridge, 1899.
  33. Voir les textes des mercantilistes Malynes et Misselden cités par E.F. Heckscher dans «Mercantilism » (Stockholm 1931) et repris par Keynes dans sa «Théorie Générale » (Trad française Paris 1939, P.355).
  34. Friedrich Hayek, "Lecture on a Master Mind : Dr Bernard Mandeville", Proceedings of the British Academy, 1966, vol. 52, p. 125-141
  35. Simone Meysonnier, La Balance et l'horloge, La genèse de la pensée libérale en France au XVIIIeme siècle, ed. Les éditions de la passion.
  36. Les physiocrates sont les premiers libéraux ; ils considèrent que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie et qu'il doit respecter les lois physiques qui la guident. Les intérêts individuels, et surtout ceux des agriculteurs, sont conformes à l'intérêt général. Il faut respecter l'ordre naturel de l'économie et respecter la propriété privée. Marc Montoussé, Théories économiques, Paris, Bréal, 1999, p. 11
  37. Idem
  38. Richesse des Nations Chap 4.
  39. Préface de Pierre Dockès aux Principes de l'économie politique et de l'impôt, Flammarion Paris 1971
  40. Lettre à Malthus du 9 octobre 1920, citée par A. Piettre, Fondements, moyens et Organes de la répartition du revenu national, in Annales des 35° Semaines sociales Dijon 1932, Éditions de la Chronique sociale (1952)
  41. Histoire des pensées économiques, Sirey, Paris, 1993, p.245
  42. Histoire des pensées économiques, op cit, p.248
  43. Histoire des pensées économiques, op. cit., p.249
  44. Rosa Luxembourg : R. Luxemburg : L'accumulation du capital
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  50. dans son article de 1937 : « The nature of the firm »
  51. Essais de persuasion, Gallimard 1929, traduction française 1933
  52. « Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie », publiée en février 1936 et traduite en français chez Payot vers 1942
  53. Théorie Générale, chap 17
  54. Théorie économique et impulsion keynésienne, A. Barrère, Dalloz Paris 1952
  55. on peut toutefois noter que Ricardo avait déjà fait des études sur l’influence de la répartition des revenus entre classes sociales
  56. Grundlagen der Nationalokônomie, Iéna 1941
  57. Marc Montoussé (1999), Théories économiques, Paris, Bréal, p.242
  58. Béraud 1992, p. 1549
  59. Béraud 1992, p. 15
  60. Tirole, Jean, Economie du bien commun, PUF Presses universitaires de France, , 640 p.
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BibliographieModifier

Textes importants dans l'histoire de la pensée économiqueModifier

Chine ancienneModifier

Grèce antiqueModifier

Textes sur l'histoire de la pensée économiqueModifier

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Articles connexesModifier