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Antoine de Montchrestien

poète, dramaturge et économiste français
Antoine de Montchrestien
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Antoine Monchrestien de Watteville, né à Falaise en 1575 et tué aux Tourailles le , est un poète, dramaturge et économiste français. Il a été le premier à employer le terme d’« économie politique »[1].

BiographieModifier

Fils d’un apothicaire venu chercher fortune à Falaise[2], Montchrestien s’est retrouvé orphelin en bas âge. Placé sous la tutelle d’un gentilhomme protestant nommé Saint-André Bernier, qui, en qualité de proche voisin, avait été condamné par justice à s’en charger[3], celui-ci l’a dépouillé.

Caen était alors une école de poésie. La guerre civile ayant amené le Parlement de Normandie à Caen, 1589 à 1594, son chef, le premier président Claude Groulard, juriste et érudit versé dans la connaissance de l’antiquité, a bientôt été frappé de ses dispositions poétiques et les encourager. Il avait aussi attiré les regards du gouverneur de Caen en dédiant à sa femme, Mme de La Vérune, sa première œuvre, une Sophonisbe inspirée, sans doute, par la traduction que Mellin de Saint-Gelais avait donnée de la tragédie du Trissin, et qui, imprimée à Caen, en 1596, fut, a été bien accueillie[2]:18.

Tout poète qu’il était, Monchrestien a néanmoins montré son humeur querelleuse lors d’une dispute avec le baron de Gourville ou Gouville, qui était accompagné d’un de ses frères et d’un soldat : après leur avoir tenu tête à tous trois, il a succombé dans ce combat inégal, et a été laissé pour mort. En ayant, toutefois, réchappé et guéri de ses blessures, il a porté plainte contre ses adversaires et obtenu 12 000 francs de dommages-intérêts, somme qui lui a donné les moyens de faire quelque figure dans le monde. C’est alors qu’il a pris le nom de Vatteville[3]. Selon Malherbe[4], son nom de famille était « Mauchrestien », mais parce que ce nom ne lui plaisait pas, il l’avait changé en « Montchrestien », avant d’y ajouter un nom de terre, pour s’appeler, en tête de ses tragédies, Antoine de Montchrestien, sieur de Vasteville, puis être désigné sous le nom de baron de Vatteville, dans les histoires tragiques de Saint-Lazare[2]. Une fois les douze mille francs dépensés, il a poursuivi en règlement de compte son tuteur, qui a été condamné à lui restituer son patrimoine à hauteur de mille francs[1].

Il a ensuite pris le parti d’une dame de bonne maison contre un mari riche, mais invalide et faible d’esprit, et poursuivi un procès pour elle. Le mari mort, il a épousé la veuve reconnaissante, épisode évoqué dans deux poèmes publiés à la suite de ses Tragédies : Suzanne et Une bergerie. Riche, bien accueilli chez le président Groulard qu’il était venu retrouver à Rouen, il menait une vie de gentilhomme, et semblait même vouloir renoncer à la tragédie, déclarant, dans une dédicace au Prince de Condé, que son humeur de maintenant est plus portée à un autre sujet d’écrire. Ayant cependant perdu sa femme et, avec elle, la fortune qu’elle lui avait apportée, son mariage a été, après de longs débats, déclaré nul, et les avantages qu’il lui avait assurés supprimés du même coup[2]:20.

En 1604, sa vie prend un tour radical lorsqu’il tue en duel, près de Bayeux, le fils du sieur de Grichy-Moinnes. Accusé d’homicide, il demande au roi Henri IV la faveur d’aller se battre à l’armée au lieu de périr sur l’échafaud, mais doit, après avoir vainement protesté de son innocence, s’exiler en Hollande et en Angleterre, où il s’attire les bonnes grâces du roi Jacques Ier avec sa tragédie de l’Écossaise. En souvenir de sa mère, Jacques Ier a écrit même au roi Henri IV pour solliciter sa grâce. Il revient au bout de quelques années, un homme changé, délaissant la poésie pour se consacrer à d’autres activités telles que la traduction des Psaumes en vers ou une rédaction de l’histoire de la Normandie. Retiré à Chatillon-sur-Loire, il s’est occupé de fabriquer des instruments en acier, des lancettes, des couteaux, des canifs, des ustensiles de quincaillerie[5], qu’il allait vendre à Paris. Il a continué plusieurs années ces travaux industriels pendant ses ennemis répandaient le bruit qu’il faisait de la fausse monnaie[2]:23. Dans les années suivantes, il s’est livré à des entreprises maritimes, essayant de réaliser, pour son compte, les conseils qu’il prodiguait, dans son Traité d’Économie politique, d’engager sur mer la lutte avec les Anglais et les Hollandais. Vers 1619, il il s’occupait de commerce maritime et de colonisation, tentant, à Rouen, de faire un embarquement, et en procès avec un sieur de Pont-Pierre, pour un navire qu’il a frété[2]:25.

En 1621, la guerre civile entre catholiques et protestants ayant repris, les calvinistes les plus fervents se sont réunis à La Rochelle pour instituer une sorte d’organisation fédérale et républicaine de la France. Montchrestien a été parmi les premiers à se signaler dans cette prise d’armes. Alors qu’il était depuis deux ou trois ans gouverneur de Châtillon-sur-Loire, il a quitté cette place avec ses hommes pour se jeter dans la révolte. Après avoir pris, mais échoué à conserver Jargeau, il est allé prendre la place-forte de Sancerre qu’il a également dû abandonner, le [2]:35. Ayant pris la ville et le château de Sully, il a obtenu du prince Condé le droit de pouvoir quitter la ville. Arrivé à La Rochelle, à la fin de , les Protestants l’ont chargé d’organiser la guerre en Normandie[2]:35.

Ayant quitté La Rochelle, au mois d’aout, pour entreprendre de tenter de soulever les Huguenots de Normandie, il est descendu, le , quatre jours avant celui fixé pour le ralliement prévu, sur les neuf heures du soir, avec cinq de ses capitaines et son valet de chambre, tous bien armés, dans une hôtellerie du bourg des Tourailles. Entré dans une chambre du premier étage, il a commandé à son valet de lui faire promptement servir à souper, de faire repaitre les chevaux et de les tenir prêts à partir dans deux heures. L’hôte, en voyant un voyageur si pressé, a couru en toute hâte avertir le seigneur du lieu, Claude Turgot[6], qui, sans perdre de temps, a emmené deux gentilshommes en visite chez lui, quatre gentilshommes et trois soldats, ses plus proches voisins, ses domestiques armés pour venir, tous réunis, au nombre de vingt, cerner l’hôtellerie. Sommé de se rendre, Montchrestien a refusé et s’est défendu bravement, tuant les trois premiers qui se présentaient, mais, au bas de l’escalier, atteint d’un coup de pistolet par un vieux gentilhomme, il est tombé à son tour pour expirer bientôt, achevé à coups de pertuisane. Son valet, blessé à ses côtés, a été pris, tandis que les cinq autres s’échappaient par une fenêtre, emportant ses papiers et mémoires[2]:38-9.

La mort de Montchrétien a été un événement public. Là, ne devait pas se terminer la tragédie de sa mort. Son cadavre a été transporté à Domfront, où les juges l’ont condamné, le , comme coupable de lèse-majesté au premier chef, à être trainé sur la claie, à avoir les membres rompus et brulés et les cendres jetées au vent. Quelques jours après, le Parlement de Rouen a disputé ces restes aux juges de Domfront, mais sa mort a mis fin à la conspiration de six mille hommes, qui devait déclencher le soulèvement en Normandie[2]:40.

Le littérateurModifier

Sa première tragédie, Sophonisbe (), ayant suscité l’intérêt de Malherbe, Montchrestien a fait une seconde version de l’œuvre conforme aux principes de Malherbe, qu’il a publiée en sous le titre La Carthaginoise. Il a ensuite publié Les Lacènes puis David et Aman. Sa dernière tragédie, composée en , est Hector. Il a également composé une pastorale en prose intitulé Bergerie et un poème Suzanne. Bien que Sophonisbe (1596) ait fait l’objet d’une réécriture considérable avant d’être rééditée en sous le titre de la Carthaginoise, elle reste la plus faible des tragédies de Montchrestien. Les Lacènes lui est bien supérieure. Les beaux vers y abondent et leur étude a profité à Corneille. David est beaucoup plus faible, mais le sujet choisi n’est guère porteur. Aman est une meilleure réussite. Racine l’aurait lu et s’en serait inspiré dans Esther. Sa dernière tragédie, Hector (), est la mieux composée et marque un réel progrès dans l’art de composer les drames. Bien qu’elle ait fait l’objet d’une traduction en allemand, sa Bergerie est assez insipide et Montchrestien ne l’a pas reprise dans la 2e édition de . Ses tragédies témoignent de la prédominance du lyrisme élégiaque et choral sur l’action dramatique ; ses œuvres se soutiennent en effet par la valeur de leur style et la beauté de nombre de ses vers. On a parlé de son œuvre comme d’« une première ébauche de Corneille » et on a dit que s’il avait été mieux inspiré dans sa vie, il aurait sans doute surpassé bien des écrivains de sa génération alors qu’il est tombé dans un oubli relatif[7].

L’économisteModifier

Le grand œuvre de Montchrestien est celle d’un économiste industriel. Le terme et le concept d’« économie politique » ont fait leur apparition avec son Traité d’économie politique, qui indique spécifiquement la science de la production et de la distribution des richesses à l’échelle d’un pays. Cet ouvrage divisé en quatre parties – des manufactures, du commerce, de la navigation et des soins du prince – est représentatif des thèses mercantilistes qui se développent au XVIIe siècle. Pour accroître la richesse de la nation, il fait l’apologie du travail – obligatoire en l’occurrence – ainsi que, fait nouveau, de l’industrie et du commerce à côté de l’agriculture. Il s’agit toujours d’enrichir l’État, mais par le développement industriel. L’État doit donner l’exemple en créant de grandes activités telles que des manufactures. Il prône également l’intervention de l’État pour réglementer les professions, créer des manufactures et élaborer une politique douanière qui défende les intérêts du pays. Montchrestien est protectionniste pour les denrées produites en quantité suffisante tandis qu’il est libre-échangiste pour celles dont manque un pays à condition que celui-ci travaille suffisamment pour pouvoir se les payer. Il préconise la division du travail, accepte la richesse, s’élève contre la prodigalité mais accepte une certaine mesure de luxe. Il préconise la concurrence comme stimulant nécessaire à l’industrie. Le Traité d’économie politique est également très utile aujourd’hui dans la mesure où il donne des informations précieuses sur la France des débuts du XVIIe siècle[8],[5].

CitationsModifier

Sur l'enseignement :

« L’esprit (humain) n’est pas comme un vaisseau qui ait besoin d’estre remply seulement. Ains plustot d’estre échauffé par quelque matière qui lui engendre une émotion inventive, et une affection ardente de découvrir la vérité en chaque chose. »

— Traité de l’économie politique, p. 130.

ŒuvresModifier

Tragédies
  • Sophonisbe () devient La Carthaginoise ou la liberté (, ) Gallica
  • La Bergerie () Gallica
  • Les Lacènes ou La Constance (1601) Gallica
  • David ou L'Adultère (1601) Gallica
  • Aman ou La Vanité (1601) Gallica
  • L’Escossoise, ou le Desastre Gallica (1601) devient La Reine d’Escosse (1604)
  • Hector (1604)

Poèmes (issu des Tragédies de Antoine de Montchretien, sieur de Vasteville. Plus une Bergerie et un poème de Suzanne édité en 1601) Gallica

  • Suzanne ou la Chasteté Gallica
  • Les Derniers propos de feu noble dame Barbe Gallica
  • Tombeau (comprenant Stances et Complainte de la ville de Roüen sur ladite mort) Gallica
  • Sonnet Gallica
  • Sur la mort de Mademoiselle de Helins Gallica
  • Tombeau de Monsieur de Breauté le Jeune, épitaphe Gallica
  • Sur le décès de Monsieur de Languetot Président en la Cour de Parlement de Rouën - Stances Gallica
Pastorale
  • La Bergerie ()
Économie
  • Traité d’économie politique (1re version en 1615, la complète en 1616)
  • Traité de l'économie politique, édition critique par François Billacois, Genève, Droz, 1999.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Arsène Darmesteter, Morceaux choisis des principaux écrivains en prose et en vers du XVIe siècle : publiés d’après les éditions originales ou les éditions critiques les plus autorisées et accompagnées de notes explicatives, Paris, Charles Delagrave, , 389 p. (lire en ligne), p. 352.
  2. a b c d e f g h i et j Aristide Joly, Antoine de Montchrétien : poète et économiste normand, Caen, E. Le Gost-Clérisse, , 133 p. (lire en ligne), p. 13.
  3. a et b Joseph-François Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 29, Mon - Mys, Paris, Madame C. Desplaces, , 674 p. (lire en ligne), p. 57.
  4. Hector de Masso La Ferrière-Percy, Histoire du canton d'Athis : avec une étude sur le protestantisme en Basse-normandie, Paris, Auguste Aubry, , 589 p. (lire en ligne), p. 508.
  5. a et b Jules Duval, Mémoire sur Antoine de Montchrétien : sieur de Vateville, auteur du premier Traité d’économie politique, Paris, Guillaumin et Cie, , 197 p. (lire en ligne), p. 9.
  6. Ancêtre de Anne Robert Jacques Turgot.
  7. Louis Petit de Julleville, Le Théâtre en France : histoire de la littérature dramatique, depuis ses origines jusqu'à nos jours, Paris, Armand Colin, , xii-433 p., 1 vol. ; in-18 (lire en ligne), p. 92-6.
  8. Charles Coquelin, Dictionnaire de l'économie politique : contenant l’exposition des principes de la science l’opinion des écrivains qui ont le plus contribué à sa fondation et à ses progrès, t. 2 J. – Z., Paris, Guillaumin et Cie, , 3e éd., 227 p. (lire en ligne), p. 227.

Éditions modernes des tragédiesModifier

  • Louis Petit de Julleville, 1891.
  • La Reine d’Écosse, G. Michaut, Fontemoing, 1905 et C.N. Smith, Londres, Athlone Press, 1972.
  • « Hector », Théâtre du XVIIe siècle, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1975, p. 5-83.

ÉtudesModifier

  • Paul Dessaix, Montchrétien et l’économie politique nationale, Paris, A. Pedone, , 125 p. (OCLC 878314560).
  • Claude Le Roy, Montchrestien, l'audacieux, Milon-La-Chapelle, H & D, coll. « les poètes de rime et d'épée », , 193 p., 21 cm (ISBN 978-2-91426-616-1, OCLC 476808789, lire en ligne).
  • (en) Richard M. Griffiths, The Dramatic Technique of A. de Montchrestien : rhetoric and style in French Renaissance tragedy, Oxford, 1970.
  • Micheline Sakharoff, « Montchrestien. Le stoïcisme ou la liberté négative. Une demi-efficacité », Revue des Sciences Humaines, no 130,‎ , p. 161-7.
  • André Vène, Montchrétien et le nationalisme économique, Paris, Sirey, , 110 p., 25 cm (OCLC 781939036).

SourcesModifier

Liens externesModifier