Jean Tirole

économiste français

Jean Tirole, né le à Troyes[3], dans l'Aube, est un économiste français.

Il est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), président de la fondation Jean-Jacques-Laffont - Toulouse School of economics (TSE), directeur scientifique de l’Institut d'économie industrielle (IDEI) de Toulouse et membre fondateur de l' Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST)[4] et professeur invité au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 2011.

En 2014, il reçoit le prix Nobel d'économie, « pour son analyse du pouvoir de marché et de la régulation ».

FormationModifier

Jean Tirole étudie en classes préparatoires au lycée Henri-Poincaré de Nancy[5] et intègre l'École polytechnique[6],[1] dans la promotion 1973. Jean Tirole est ingénieur général des ponts et chaussées[6].

Il est titulaire d'un doctorat de 3e cycle en mathématiques de la décision à l'université Paris-Dauphine (1978).

Il est également titulaire d'un Ph.D. en sciences économiques obtenu au Massachusetts Institute of Technology sous la direction d'Eric Maskin (Prix de la Banque de Suède en sciences économiques 2007). Il y découvre une ambiance "assez unique" : « le bouillonnement intellectuel, la dévotion à l’enseignement des professeurs, la passion d’une discipline économique à la fois rigoureuse et tournée vers les applications, tout cela fait partie de la culture du MIT, où les étudiants sont perçus comme de futurs collègues »[7]. C’est dans ces conditions qu’il débute sa thèse, sous la direction du professeur Eric Maskin, de trois ans son aîné. Ce dernier joue un rôle déterminant dans son apprentissage, lui faisant entrevoir les perspectives de recherches en théories des jeux et de l’information. De plus, généreusement, il consacre, en dehors de ses cours, des moments de lectures en commun avec Drew Fudenberg (désormais professeur à Harvard). « J’ai tout de même interagi, comme il est de coutume aux États-Unis, avec d’autres enseignants, et j'ai eu la chance de suivre plusieurs cours en macroéconomie, économie publique, économie internationale… ce qui m’a permis d’acquérir des connaissances transversales à mon sujet de thèse »[8].


Recherches académiquesModifier

Jean Tirole a apporté des contributions décisives dans les domaines de recherche suivants : l'économie industrielle, la régulation des industries de réseau et du système bancaire, la finance d'entreprise, l’économie internationale, et les liens entre l’économie et la psychologie[9]. Elles ont un thème unificateur : la méthodologie de la théorie des jeux et de la théorie de l’information.

Contribution généraleModifier

Selon le comité du "Prix Nobel d'économie"[10], "les travaux de recherche de Jean Tirole se caractérisent par leurs études approfondies, le respect des spécificités des différents marchés et l’utilisation adroite de nouvelles méthodes d’analyse économique. Il a poussé très avant l’étude des principales problématiques relatives aux oligopoles et à l’asymétrie de l’information, mais il est également parvenu à rassembler ses conclusions et celles d’autres chercheurs dans un cadre cohérent permettant l’enseignement, une mise en application et une recherche continue. L’accent mis par Jean Tirole sur les théories normatives de la régulation et de politique de la concurrence a donné une importance majeure à ses travaux d’un point de vue pratique".

Théorie de la régulation des industries de réseaux et des monopoles naturelsModifier

Les difficultés d’information du régulateurModifier

En 1986[11], Jean Tirole et son collègue Jean-Jacques Laffont firent une importante contribution à la théorie de la réglementation[12],[10]. Ils montrèrent comment un ensemble précis de contrats de production permettait de contourner le problème d’information asymétrique sur un marché où l’autorité de régulation ne sait pas exactement quels sont les coûts et les choix de techniques de production opérés par un monopole.

Le problème central est de fournir une rétribution qui soit suffisamment importante pour que la production soit rentable, sans pour autant permettre aux entreprises de réaliser des profits inutilement élevés financés par les recettes fiscales. Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole montrèrent comment le régulateur pouvait résoudre ce dilemme. Voici comment ils solutionnèrent élégamment le problème : les autorités peuvent pallier leur déficit d’informations relatif aux conditions dans lesquelles l’entreprise opère en permettant à cette dernière de faire un choix parmi un ensemble de contrats habilement élaborés. Quel que soit le type de producteur, ce dernier choisirait le contrat qui lui semble le meilleur uniquement en fonction de ses intérêts propres. Un producteur dont les coûts sont importants et difficilement compressibles choisirait un contrat avec une rétribution élevée comparativement à ses coûts, et aurait donc peu d’intérêt à diminuer ces derniers. Un producteur pouvant réduire ses coûts avec plus de facilité choisirait un contrat avec une rétribution relativement faible comparativement à ses coûts, mais opterait pour un prix plus élevé pour les services qu’il fournit ; il serait donc fortement incité à réduire ses coûts. Un contrat unique qui se voudrait un compromis entre ces deux situations se traduirait par des profits inutilement élevés, dans le cas où l’entreprise peut facilement réduire ses coûts.

Durant les années 1980 et 1990, Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole appliquèrent leur théorie à toute une série de problèmes[12],[10]. Ils synthétisèrent leurs résultats dans un livre sur les marchés publics et la réglementation publié en 1993 pour la publication anglaise[13] et 2013 pour la publication française[14], qui a grandement influencé la pratique de la réglementation. Leurs résultats théoriques relatifs à l’efficacité des différents types de réglementation ont par ailleurs été plutôt bien corroborés par des études empiriques portant sur différents secteurs économiques[10].

La dynamique de la régulationModifier

Dans de nombreux cas, des questions se posent quant au calendrier réglementaire : sur quelle période doit-on concevoir le premier ensemble de règles et comment faut-il le revoir et le renouveler ?

Jean Jacques Laffont et Jean Tirole se penchèrent sur ces questions dans deux articles importants publiés en 1988[15] et en 1990[16].

Supposons que le régulateur et le producteur ne puissent signer ensemble un contrat à long terme, mais seulement une série de contrats à court terme. Cela signifie que les actions en cours du producteur peuvent affecter sa réglementation future. Si un producteur à faibles coûts travaille dur et réalise ainsi des profits importants durant la première période contractuelle, il se peut que le régulateur accentue les contraintes du contrat suivant de façon à réduire son potentiel de profits. Le risque est alors que le producteur anticipe cet effet de cliquet et, conséquemment, travaille moins dur, pénalisant ainsi l'activité. Si les autorités ne peuvent établir des contrats à long terme, il est alors impossible d’obtenir du producteur qu’il opte pour un effort approprié à un coût raisonnable, et donc qu’il révèle indirectement ses coûts. En lieu et place, les autorités doivent alors utiliser des incitations plus faibles et découvrir au fur et à mesure les conditions de coûts du producteur : cela se fera rapidement si l’activité est complexe et non rentable, et plus lentement si elle est simple et lucrative[10].

L’indépendance du régulateurModifier

Dans la plupart des pays, le cadre réglementaire est d’abord élaboré à un niveau supérieur (l’État) puis une autorité publique est chargée de définir les termes précis de la réglementation. En 1986, Jean Tirole avait analysé le système de récompense optimal dans le cadre d’une relation hiérarchique similaire, en se penchant sur un cas plus général incluant un dirigeant (le propriétaire), un superviseur (le contremaître) et un agent (le travailleur). Le principal problème est que l’autorité publique et l’entreprise ont plus d’informations sur l’activité que n’en a l’État. Si le cadre réglementaire est laxiste, il y a un risque que ces dernières s’entendent afin de dissimuler cette information à l’État, et ce au profit de l’activité : l’autorité publique se fait alors la défenseure de l’entreprise.

En 1991[17], Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole étudièrent comment la réglementation devait être conçue pour minimiser ce risque.

Le principal enseignement de leur analyse est que l’État doit établir un cadre prenant explicitement en compte le risque d’une dissimulation de l’information par le régulateur et de sa collusion avec l’entreprise réglementée. Même avec un cadre bien conçu, un régulateur se posera parfois en défenseur de l’entreprise ; cependant, et même si cette situation survient, il ne s’autorisera pas à être corrompu ou à cacher de l’information[10].

Analyse des comportements stratégiques en concurrence imparfaiteModifier

 
Joseph Stiglitz à un conférence à Mexico en 2009. Tirole et Stiglitz ont publié avec Drew Fudenberg, un article sur la course aux brevets

Les monopoles ne sont pas les seuls à nécessiter une réglementation ; les marchés oligopolistiques en ont également besoin. Jean Tirole a publié, en collaboration avec d’autres auteurs, plusieurs contributions majeures sur les théories du droit de la concurrence, parmi lesquelles des analyses des effets concurrentiels des brevets, des avancées technologiques et des investissements stratégiques. Les brevets peuvent conférer un avantage stratégique aux entreprises.

En 1983[18], Jean Tirole, Drew Fudenberg, Richard Gilbert et Joseph Stiglitz (un des lauréats du Prix 2001 en sciences économiques) analysèrent les conditions dans lesquelles se déroule la course aux brevets entre les entreprises. Ils prédirent que la course était intense dans les situations où plusieurs entreprises sont à peu près au même niveau, mais que les investissements consacrés à la recherche et au développement étaient plus faibles lorsqu’une entreprise devance de loin les autres.

Dans un article de 1984[19], Drew Fudenberg et Jean Tirole utilisèrent la théorie des jeux pour étudier la façon dont une entreprise peut influencer stratégiquement ses concurrents. Un investissement stratégique a des effets à long terme sur la profitabilité de l’entreprise. L’une des questions centrales est de savoir si les investissements rendent l’entreprise plus (ou moins) agressive en termes de concurrence future. Prenons, par exemple, un investissement qui réduise les coûts marginaux d’une entreprise. Il faut alors se demander quelle est la meilleure façon pour les entreprises concurrentes de réagir à cette compétition. Sur certains marchés, les investissements agressifs vont s’avérer payants, car les concurrents vont renoncer à gagner des parts de marché. Sur d’autres, de tels investissements ne se révèlent pas profitables, car les concurrents vont à leur tour adopter un comportement agressif. Il est donc nécessaire de connaître de façon plus approfondie les conditions particulières d’un secteur spécifique afin de déterminer le type de stratégie le plus profitable pour les entreprises de ce secteur.

Un tel savoir est important aussi bien pour les acteurs du marché que pour les autorités de la concurrence. Les acteurs peuvent commettre des erreurs s’ils tentent d’appliquer sans discernement les enseignements tirés d’un marché à un autre, et les autorités également si elles régulent les entreprises sans prendre en compte leurs conditions de marché spécifiques[10].

L'économie numérique et la concurrence sur les marchés "bifaces"Modifier

Il n’existe pas de solutions simples et standards en matière de réglementation et de politique de la concurrence, puisque celles qui se révèlent les plus appropriées diffèrent d’un marché à un autre.

En conséquence, Jean Tirole a aussi étudié les conditions des marchés spécifiques et proposé de nouvelles perspectives théoriques. Dans la tradition classique, la vente à perte est encadrée par le droit de la concurrence, puisque fixer des prix d’un niveau inférieur à ses coûts de production est une manière de se débarrasser de ses concurrents. Cependant, ceci n’est pas forcément vrai sur tous les marchés. Considérons par exemple le marché de la presse écrite, dans lequel la distribution gratuite de journaux peut être une manière d’attirer des lecteurs et donc de nouveaux annonceurs qui permettront de couvrir les pertes dues à la production et à la distribution. Dans un tel cas, l’interdiction de la vente à perte devient discutable.

Conjointement avec Jean-Charles Rochet, les travaux de Jean Tirole[20],[21] ont permis de mieux comprendre ces marchés dans lesquels des « plateformes » rassemblent de multiples communautés d’utilisateurs souhaitant interagir les unes avec les autres : les joueurs et les développeurs de jeux dans le cas de l’industrie du jeu vidéo ; les utilisateurs et les développeurs d’applications dans le domaine des systèmes d’exploitation ; les utilisateurs et les annonceurs dans le cas des moteurs de recherche[22] ou des médias ; les détenteurs de carte bancaire et les commerçants dans le cas des transactions par carte de paiement. Le défi lancé par les marchés bifaces est de trouver un modèle économique viable garantissant la participation de chacune des communautés d’utilisateurs.

L'économie de l'innovation, la concurrence et les restrictions verticalesModifier

Les analyses en amont du fonctionnement des marchés, qui concernent la recherche, le développement, la technologie, la propriété intellectuelle.

Que se passe-t-il lorsque quelqu’un jouit d’un monopole dans un domaine constituant un maillon important d’une chaîne de production ? Ce problème classique s’illustre dans un phénomène moderne : la domination du logiciel ou du système d’exploitation d’une entreprise dans son domaine d’activité. Auparavant, on pensait que de telles entreprises pouvaient réaliser des profits de type monopolistique dans leur propre domaine, mais que la concurrence les empêchait de tirer bénéfice de leur position dans le maillon suivant de la chaîne de production.

 
Oliver Hart« prix Nobel » d'économie 2016 avec qui Tirole a montré qu'une situation de monopole sur un maillon d'une chaîne de production fausse la concurrence en faveur du monopole sur le marché suivant

Dans le cadre de deux études (l’une en collaboration avec Patrick Rey en 1986[23], l’autre avec Oliver Hart en 1990[24]), Jean Tirole a démontré que cette opinion n’était pas fondée. La maîtrise d’un maillon de la chaîne permet à une entreprise en situation de monopole de réaliser des profits sur le marché du maillon suivant.

En fait, c’est en général en faussant la concurrence sur un marché voisin que le détenteur d’un monopole peut obtenir un profit. Prenons l’exemple d’un producteur proposant une innovation brevetée qui réduit les coûts. Si les entreprises qui sont les acheteurs potentiels de cette innovation opèrent sur un marché où la concurrence est forte, il sera difficile pour le producteur de gagner beaucoup d’argent en vendant son innovation à toutes les entreprises au même moment; la concurrence sur le marché générera de faibles profits même après la réduction des coûts, et le producteur devra donc maintenir un prix bas. En revanche, si l’innovation est vendue à une seule entreprise, cette dernière réalisera un profit important puisqu'elle deviendra plus compétitive que ses concurrentes. Le producteur pourra alors fixer un prix sensiblement plus élevé. Il est toutefois très incertain que le producteur puisse s’engager à ne vendre qu’à une seule entreprise. Une fois la vente réalisée, il est intéressant pour le producteur d’effectuer d’autres ventes avec d’autres entreprises ; cependant, si son premier client prend conscience de ce risque, ce dernier sera nettement moins enclin à payer un prix élevé. Le producteur doit par conséquent promettre de ne pas réaliser d’autres ventes. Pour que cette promesse apparaisse crédible, il est alors nécessaire soit de signer un contrat de type exclusif, soit de fusionner directement les deux entreprises. Le droit de la concurrence doit donc mettre en regard ces deux considérations : d’un côté, les contrats verticaux peuvent limiter la concurrence mais, d’un autre, ils encouragent l’innovation.

Ce type de réflexion a donné une base neuve et solide à la législation et aux droits d’utilisation relatifs aux contrats verticaux et aux fusions. Voilà donc un autre exemple du même résultat général : les politiques de concurrence qui sont les plus adaptées diffèrent d’un marché à un autre[10].

Analyse des comportements au croisement de la psychologie et de l’économieModifier

Il plaide pour que les économistes ne se cantonnent pas à leurs propres outils mais adoptent une attitude davantage pluridisciplinaire, en s'appuyant sur les autres sciences sociales, notamment dans le cas de l'économie comportementale[25]. Il a notamment publié de nombreux articles sur la formation des croyances individuelles et collectives avec Roland Bénabou[26]. Ces travaux ont été présentés au Collège de France[27].

Structure de recherche et d'enseignementModifier

Jean Tirole a contribué à mettre en place des centres de recherche en économie (TSE) et en sciences sociales (IAST) de rang international à Toulouse.

Contribution à la mise en place de l'école d'économie de Toulouse[28]Modifier

 
Manufacture des Tabacs, site de l’École d'économie de Toulouse

De son bref séjour de trois ans en France (1981-84), découle le début de sa collaboration avec Jean-Jacques Laffont, rencontré en 1980 à Rio de Janeiro lors d’une conférence de la Société d’économétrie. Silencieux aux appels des universités américaines, cet économiste français au renom déjà établi en matière de théories de l’information et des choix publics, commence à construire une école d’économie à Toulouse. Nous sommes en 1982, et l’on parle de projets de réformes structurelles dans les secteurs des télécoms, de l’électricité, de la poste, des chemins de fer, etc. « Jean-Jacques et moi pressentions que les nouvelles théories de l’information et de l’économie industrielle, pourvu qu’elles soient enrichies, pouvaient offrir un éclairage important à la fois sur le choix des réformes et sur leurs limites »[8].

En septembre 1984, Jean Tirole retourne au MIT où il y enseigne dans des conditions idéales : collégialité et convivialité sont de mise au département d’économie, le tout dans un climat intellectuel remarquable (avec notamment les prix Nobel Paul Samuelson, Franco Modigliani et Robert Solow). Il y découvre les mécanismes d’une bonne gouvernance d’un département et d’une université.

En 1991, il prend une année sabbatique pour se consacrer à la finalisation du livre A Theory of Incentives in Regulation and Procurement avec Jean-Jacques Laffont. Toujours absorbé par son désir de positionner l’Université de Toulouse 1 comme l’un des meilleurs pôles économiques européens, ce dernier a créé, en 1990, l’Institut d’économie industrielle (IDEI), financé en majeure partie par les entreprises. Ce qui lui permet d’avoir plus de moyens pour fonder un département qui ait une réelle envergure internationale. D’ores et déjà, une poignée de chercheurs de premier plan ont rejoint Toulouse.

Séduit par l’esprit collectif et la volonté d’améliorer l’environnement universitaire en France, Jean Tirole, accompagné de sa famille, traverse l’océan Atlantique vers la ville rose en 1992. « J’ai surtout été porté par une totale confiance en Jean-Jacques. Au-delà d’un talent intellectuel et d'une créativité bien connus, il possédait des qualités humaines et un talent de manager remarquables », souligne notre modeste médaillé qui assure la direction scientifique de l’IDEI[8].

Outre une reconnaissance internationale pour leurs travaux en matière de réglementation des industries de réseau, les deux amis parviennent à "hisser" le groupe toulousain parmi le duo de tête des meilleures universités européennes en économie.

Initiateur de l'Institut d'études avancées de Toulouse (IAST)Modifier

Jean Tirole est à l'initiative de l'Institut d'études avancées de Toulouse (IAST)[29], institution qui vise à "aborder les questions les plus fondamentales à propos de la nature humaine et de la société". Ce programme scientifique s’organise autour de dix disciplines : l’anthropologie, la biologie, l’économie, l’histoire, le droit, les mathématiques, la philosophie, les sciences politiques, la psychologie et la sociologie[29].

Parmi les thèmes sur lesquels les chercheurs de l’IAST ont déjà publié des travaux pluridisciplinaires, on trouve : les défis éthiques des véhicules autonomes (par le psychologue JeanFrançois Bonnefon, dans Science en 2016 et Nature en 2018) ; les maladies du vieillissement chez les communautés indigènes en Amazonie (par l’anthropologue Jonathan Stieglitz dans The Lancet en 2017) et l’impact du changement économique sur la coopération au sein de ces communautés (par Jonathan Stieglitz et l’économiste Astrid Hopfensitz dans Evolution and Human Behavior en 2017) ; le rôle bénéfique du partage de l’information au sein des groupes (par le mathématicien Adrien Blanchet et le biologiste Guy Théraulaz dans Proceedings of the National Academy of Sciences en 2017) ; les biais dans les décisions des juges et des jurys (par l’économiste et juriste Daniel Chen dans Quarterly Journal of Economics en 2016 et l’économiste Arnaud Philippe dans Journal of Political Economy en 2018)[30].

Professeur invité au MITModifier

 
Le grand dôme du MIT.

Jean Tirole a un poste permanent de professeur invité au MIT. Il estime primordial « conserver un pied au MIT est primordial, car la recherche en économie s’effectue principalement aux États-Unis »[31].

D’où sa présence en famille, tous les étés, à Cambridge, afin d’y poursuivre des thématiques de recherche avec ses collègues du MIT, de Harvard et de Princeton, tout en assurant un cours de doctorat. « J’ai eu la grande chance dans ma carrière de me "trouver au bon endroit au bon moment" mais aussi de bénéficier de collaborations avec des collègues et des étudiants de très haut niveau, qui m’ont beaucoup appris », conclut cet homme décidément très modeste.

Reconnaissance académiqueModifier

 
Portrait officiel du Pr. Jean Tirole au MIT (1987).

Jean Tirole, ancien président de la Société d'économétrie et de l’European Economic Association, est docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles (1989), de l'Université de Montréal (HEC, 2007), de la London Business School (2007), de l'université de Mannheim (2011), de l’Athens University of Economics and Business (2012), de l'université de Rome « Tor Vergata » (2012), de l'université Hitotsubashi (2013), de l'université de Lausanne (2013). En 1993, il a reçu le prix Yrjö Jahnsson (qui récompense tous les deux ans un économiste de moins de quarante-cinq ans en Europe) et est nommé membre honoraire étranger de l’Académie américaine des arts et des sciences et de l’American Economic Association. Depuis 2011, il est membre de l'Académie des sciences morales et politiques. En 2012, il reçoit le grand prix de l'Académie d'Occitanie. Fait Honorary Fellow de la Royal Society of Edinburgh, 2013.

Récipiendaire de la médaille d'argent du CNRS en 2002[32], il reçoit en 2007 la médaille d'or du CNRS, ce qui en fait le second économiste après Maurice Allais à recevoir cette distinction[3],[33]. Il est le premier lauréat du prix BBVA Foundation Frontiers of Knowledge Awards en économie, finance et management (2008). Il obtient en 2010 le prix Claude Lévi-Strauss[34], qui vise à reconnaître et à valoriser l'excellence de l'œuvre d'un chercheur en sciences humaines ainsi que le prix en finance décerné conjointement par le Mathematical Sciences Research Institute (MSRI) de Berkeley et le Chicago Mercantile Exchange. Il a reçu le Ross Prize 2013 et le prix Erwin Plein Nemmers d'économie 2014[35].

En 2014, il est nommé membre du Conseil stratégique de la recherche[36]. Puis il devient le troisième français, après Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 1988, à recevoir le « prix de la banque de Suède en sciences économiques » pour son « analyse du pouvoir de marché et de sa régulation »[37].

L'académie du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel dans sa note le désigne comme "l’un des économistes les plus influents de notre époque. Il est l’auteur de contributions majeures en recherche théorique dans de nombreux domaines ; il a notamment clarifié la façon de comprendre et de réguler les secteurs d’activité dominés par un petit nombre d’entreprises. Le Prix 2014 récompense Jean Tirole pour son analyse du pouvoir de marché et de la régulation"[38].

Jean Tirole est considéré comme l'un des économistes contemporains les plus influents[39]. Ce qui est corroboré par une étude académique étudiant le facteur d'impact de ses travaux sur la recherche académique[40].

Prix et distinctionsModifier

Prises de position dans le débat publicModifier

Recherche en économieModifier

Dans son discours de réception du prix Nobel Jean Tirole déclare que "la première mission de l’économiste est de chercher à rendre ce monde meilleur. Je suis intimement convaincu que la communauté tout entière des chercheurs en économie industrielle a contribué de manière considérable à cette mission"[2].

La méthodeModifier

Dans un mémos "Assumptions in Economics"[3] datant d'octobre 2019, Jean Tirole décrit la méthode contemporaine de la recherche en économie.

Il estime notamment dans une tribune dans le journal "Le Monde" que "L’homo economicus a vécu"[45]. Il estime que "les chercheurs de demain devront être formés aux différentes méthodes et outils de toutes les sciences sociales et en comprendre les points de vue afin de mieux les combiner et ainsi atteindre une compréhension et une analyse de l’humain plus justes et plus précises. La réunification nécessitera de la part des différentes communautés scientifiques beaucoup de temps, d’efforts, d’ouverture aux techniques et aux idées des autres disciplines, ainsi que le développement d’institutions de recherche et de formation allant dans ce sens"[45].

Il intervient en 2016 contre le projet de créer une deuxième section d’économie à l’Université, appelée « Institutions, économie, territoire et sociétés » (voir Critiques).

La recherche partenariale de l'école d'économie de ToulouseModifier

L'école d'économie de Toulouse a, depuis sa création, fait la part belle à la recherche partenariale avec l’ambition de devenir l’un des meilleurs centres de recherche en économie au monde. Ses nombreux partenaires au fil des ans ont ainsi pu bénéficier des analyses économiques pointues des chercheurs de l’institution. Ces échanges sont également nécessaires aux économistes toulousains pour tester et affiner leurs théories à l’aide des problématiques rencontrées par les acteurs économiques. Les travaux de Jean Tirole sur la régulation récompensés en 2014 par le comité Nobel sont d’ailleurs issus pour partie de cette tradition de recherche partenariale.

L’économie industrielleModifier

Dans son discours de réception du "prix Nobel", Tirole a déclaré que "la théorie de l’économie industrielle s’est révélée un outil très utile pour penser l’un des défis majeurs de nos économies. Elle a façonné le droit de la concurrence et la réglementation. Tenant compte des particularités de chaque secteur, du fait que des principes généraux ne s’appliquent pas forcément à toutes les situations, elle a patiemment construit un corpus de connaissances qui a aidé d’une part les régulateurs à mieux comprendre le pouvoir de marché et les effets des interventions publiques, et d’autre part les entreprises à élaborer leurs stratégies. L’économie industrielle a parcouru un long chemin, mais beaucoup reste encore à faire. Un aspect particulièrement gratifiant en est que ce domaine est aujourd’hui en pleine ébullition, et que de nombreux jeunes chercheurs produisent actuellement des travaux passionnants[46]".

Point de vue sur les enjeux de sociétéModifier

Il développe sa position dans une note "policy" :"Competition and the Industrial Challenge for the Digital Age" publiée le 3 avril 2020[47].

Jean Tirole est membre du Conseil d'analyse économique depuis 1999. À ce titre, il a rédigé plusieurs rapports sur l’économie industrielle (rapport sur la grande distribution avec Patrick Rey ; rapport sur la propriété intellectuelle, avec Bernard Caillaud et Claude Henri).

Marché du travailModifier

 
Olivier Blanchard avec qui Tirole a travaillé au début des années 2000 sur le marché du travail

En 2003, il propose avec Olivier Blanchard une taxe sur les licenciements consistant à moduler les contributions des entreprises à l'assurance chômage en fonction du taux de licenciement, afin de responsabiliser les entreprises. Parallèlement, les auteurs suggèrent de remplacer le CDD et le CDI par un contrat de travail unique avec une augmentation progressive des droits des salariés en fonction de l'ancienneté[48]. Dans une tribune en 2017 dans Slate, il déclare

"Ayons désormais comme but de protéger le salarié plutôt que l’emploi. Malheureusement, les dirigeants politiques sont régulièrement mus par des objectifs louables mais contre-productifs: à trop protéger on ne protège plus, on a créé une société complètement duale, et on interdit à certaines catégories de personnes d’accéder à des emplois pérennes. En flexibilisant le contrat de travail, on donne finalement accès aux jeunes à des contrats bien meilleurs que les mini-CDD actuels (selon les derniers chiffres de l’Insee, la durée moyenne du CDD en France n’était plus que de 26 jours en France en 2011), qui alternent avec des périodes de chômage et encouragent peu les entreprises à former le salarié. Des CDD à répétition qui ne se convertissent que rarement en CDI: en effet, la France est, selon l’OCDE, le pays développé où le taux de conversion des CDD en CDI est le plus faible. Avec le «contrat unique», le salarié est finalement mieux protégé puisque les indemnités de chômage continuent d’exister et qu’il a accès à plus d’emplois et à de meilleurs emplois. Avec cette mesure, les entreprises ont une meilleure visibilité du coût du travail et de l’avenir, et donc une capacité accrue d’adaptation aux mutations de l’économie. Tandis qu’avec le CDI tel qu’il existe aujourd’hui, la conjoncture actuelle, et les perspectives de croissance molle à moyen terme, les entreprises ne créent plus d’emploi."[49].

ClimatModifier

Il prend régulièrement position pour mettre en place des politiques publiques rapidement pour limiter le changement climatique[50],[51]. Il est notamment en faveur pour la mise en place un principe de “pollueur-payeur”. Il estime qu'un prix universel du carbone, unique et mondial est "un mécanisme simple, sûr et transparent pour réduire les émissions".

"Si ce prix est égal à la valeur actuelle des dommages générés par les émissions, chacun est incité à intégrer dans ses choix les conséquences sur le bien-être des autres. La tarification du carbone responsabilise les acteurs. Et le caractère universel du prix élimine à la fois le problème des fuites de carbone et les émissions excessives pour consommation interne. Deux mécanismes d’application du principe “pollueur-payeur” sont envisageables : une taxe carbone ou un marché mondial de permis d’émissions. Pour compenser les pays les plus pauvres, on devrait instituer des compensations financières, par exemple en leur offrant une part prépondérante dans l’allocation initiale des permis d’émission.

Un prix du carbone a été instauré dans de nombreux pays. Malheureusement, de niveau trop faible (sauf en Suède et en Suisse) et limité dans son champ d’application, il a peu d’effets. Le marché européen de droits d’émission négociables, instauré en 2005, a retrouvé cette année une partie de son lustre après dix ans de prix extrêmement bas. La tonne de CO2 a atteint 20€ cet été, ce qui est encourageant, mais largement insuffisant pour tenir compte des dommages climatiques futurs. Il y a un débat au sein des économistes de l’environnement sur quel est la valeur actuelle des dommages futurs induits par l’émission d’une tonne supplémentaire de CO2. William Nordhaus, un des deux lauréats du prix Nobel d’économie cette année, qui a travaillé sur le sujet depuis les années 70, suggère que ce prix de 20€ n’est pas loin de cette juste valeur. Nos propres recherches à la Toulouse School of Economics, dans lesquels l’intérêt des générations futures et les incertitudes profondes du système climat-économie à long terme sont mieux pris en compte, suggère plutôt un prix du carbone autour de 40€, croissant à un taux de 4% (plus inflation) par an dans les décennies à venir. La situation actuelle en Europe est donc plutôt celle d’un principe « pollueur-demi-payeur » donc ! De plus, cette politique manque d’ambition dans la mesure où elle concerne uniquement la production d’électricité au sein de l’Union. Les transports, les importations, la construction, l’industrie, l’élevage et l’agriculture ne sont ainsi pas concernés.

Faire fonctionner un prix carbone universel sur une base du volontariat se heurte à l’avantage économique que tirent les pays à ne pas appliquer ce prix du carbone, permettant à leurs industries polluantes de produire à coûts artificiellement bas, à l’image de la politique climatique du président américain. On retrouve ici le phénomène du passager clandestin.

 
William Nordhaus prix nobel d'économie 2018 pour ses travaux sur le changement climatique

Une proposition a été faite ces dernières années par William Nordhaus : quelques pays climatiquement vertueux pourraient s’accorder pour appliquer un vrai prix du carbone de façon commune à leurs économies, et imposer une taxe de l’ordre de 5% pour toute importation en provenance de l’extérieur de cette “coalition carbone”. Outre le fait que cette taxe éliminerait le problème des fuites de carbone, elle constituerait une puissante incitation à entrer dans cette coalition. La difficulté est de former une coalition initiale suffisamment grande pour que les bénéfices d’une intégration à cette coalition initiale deviennent une évidence pour les autres pays. Il ne manque que le courage politique, quelques pays volontaires et une réforme des règles du commerce international (cette dernière devant, en ces temps de protectionnisme débridé, être validée par l’OMC sur la base d’une logique de dumping environnemental). Tenter de persuader les individus, entreprises et administrations à se comporter de façon écologique est une bonne idée, mais les effets de cette stratégie mise en œuvre depuis le constat de la Conférence de Rio en 1992 ont été minimes. Il est temps de prendre courageusement nos responsabilités et de protéger l’avenir de notre planète."[52]

Le cadre institutionnel de l'économie : l'Etat et le marchéModifier

La complémentarité des rôles de l'État et du marchéModifier

Dans son chapitre "Pour un État moderne" dans son livre "Economie du Bien Commun", Jean Tirole revient sur les nombreuses défaillances du marché et la nécessité de l'intervention de l'État.

Selon lui, la complémentarité de l'État et du marché est nécessaire "l'État ne peut faire vivre (correctement) ses citoyens sans marché ; et le marché a besoin de l'État : non seulement pour protéger la liberté d'entreprendre et sécuriser les contrats au travers du système juridique, mais aussi pour corriger ses défaillances [...]. Il responsabilise les acteurs économiques et il est responsable de la solidarité."[53]

Une nouvelle conception de l'État et réformer l'ÉtatModifier

Jean Tirole estime que la conception de l'État a changé :

"Autrefois pourvoyeur d'emplois à travers la fonction publique et producteur de biens et services à travers les entreprises publiques, l'Etat dans sa forme moderne fixe les règles du feu et intervient pour pallier les défaillances du marché et non s'y substituer. Médiocre gestionnaire d'entreprises, il devient régulateur. Il peut gérer de façon temporaire une entreprise ou une banque en faillite [...]. Il prend toutes ses responsabilités là où les marchés sont défaillants, pour créer une vraie égalité des chances, une concurrence saine, un système financier ne dépendant pas des renflouements sur argent public, une responsabilisation des acteurs économiques vis-à-vis de l'environnement, une solidarité au niveau de la couverture santé, une protection des salariés peu informés (sécurité du travail, droit à une formation de qualité), etc. Dans son fonctionnement, il est preste et réactif"[53].

Il indique que cela requiert un retour aux fondamentaux ("à quoi sert l'Etat?") et un changement des mentalités. Ainsi les « fonctionnaires ne doivent plus être "au service de l'Etat" - une expression malheureuse perdant complètement de vue la finalité de la chose publique-, mais au "service du citoyen" »[53]. Il souligne que l'Etat doit avoir les « moyens financiers de faire vivre ce système social auxquels nos concitoyens sont arrachés. Sur ce sujet, la France pourrait s'inspirer d'autres pays qui sont tout autant attachés qu'elle à leur système social, mais qui ont compris que la pérennité de ce système passait par une gestion rigoureuse des finances publiques. [...] L'Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves et le Canada sont des pays de tradition sociale-démocrate ayant préservé un service public et une protection sociale élevés. ». Il estime notamment nécessaire de réduire le nombre de fonctionnaires comme l'ont fait ces pays pour des « raisons de prudence » et parce que « l'informatique mécaniquement diminue le besoin de fonctionnaires ».

Il insiste sur le fait qu'« un État, une collectivité territoriale ont tout à fait la légitimité pour étendre les services publics, à condition d'augmenter les impôts pour offrir ce supplément de service public. Il s'agit là d'un choix de société sur lequel l'économiste n'a pas à se prononcer autrement que comme citoyen »[53].

Il ajoute deux bémols. D'abord, la création d'emploi public doit avoir pour justification la prestation de service public de qualité et non pas une création d'emploi public en tant que telle. « Créer des emplois de fonction publique, pour faire simple, ne crée pas d'emplois : l'augmentation des impôts nécessaires pour financer ces emplois devra bien être payée d'une manière ou d'une autre. Si par exemple, les cotisations sociales [...] sont augmentées, les biens produits par le secteur privé coûteront plus cher et le entreprises privées, perdant en compétitivité, embaucheront moins. ». Deuxièmement, Jean Tirole estime que « ces embauches se fassent plutôt sous forme contractuelle. Une collectivité territoriale qui embauche aujourd'hui oblique les choix de responsables futurs de cette collectivité pendant quarante ans ; elle augmente les impôts non pas sur une année, mais sur quarante. De plus, à l'aube de la révolution digitale, qui va révolutionner les métiers et en rendre un certain nombre obsolètes, l'embauche de fonctionnaires est une politique hasardeuse... ». Il estime ainsi nécessaire de réduire le nombre de fonctionnaires comme l'ont fait les pays scandinaves pour des « raisons de prudence » et parce que « l'informatique mécaniquement diminue le besoin de fonctionnaires »[53].

Crise financière de 2008Modifier

 
L'American International Group (AIG), au 175 Water Street, New York, une société too big to fail que la Fed a du sauver lors de la Crise bancaire et financière de l'automne 2008

Dans une tribune au Figaro en 2018, Jean Tirole revient sur la crise financière de 2008[54][55]. Il déclare que

"les excès de la finance créent des ressentiments légitimes chez les citoyens. Pour autant, la finance est indispensable à l'économie. Elle apporte des fonds aux entreprises (de la jeune pousse à l’entreprise du CAC 40), aux ménages et aux États pour couvrir leurs dépenses d’investissement et de fonctionnement. Elle fournit aux entreprises des solutions leur permettant de se couvrir contre des risques susceptibles de les déstabiliser (risques de change, de taux d’intérêt ou de défaillance d’une contrepartie …). Ce faisant, le système financier offre aux ménages des services allant des dépôts bancaires au système de paiements, en passant par l’assurance, les produits d’épargne et le financement partiel de leurs retraites. Le débat doit porter sur une question clef : comment assurer ces fonctions essentielles tout en évitant que des entités peu scrupuleuses exproprient les investisseurs ou laissent une ardoise aux États ? La difficulté provient du fait que le sujet est technique, donc nécessairement délégué à des autorités de régulation publiques et spécialisées, alors que la crise de 2008 a mis en lumière une défaillance massive de l’État. Car si l’on peut regretter le manque d’éthique de certains acteurs du monde financier, ce n’est pas une incantation ou des stigmatisations qui éloigneront les crises financières; in fine une mauvaise régulation est en cause".

Séparation des activités de marché et des activités de détail des banquesModifier

Sur la question de la séparation des activités de marché et des activités de détail il déclare que

“cette séparation a une logique, mais il faut aussi comprendre que d’une part elle n’est pas facile à mettre en œuvre et d’autre part elle n’est pas la panacée. De nombreuses banques ayant eu recours au soutien public depuis 2008 étaient soit des banques d’investissement pures (AIG, les grandes banques d’investissement américaines …), soit des banques de détail (les Cajas, les banques Allemandes, Northern Rock...). Une banque peut prendre beaucoup de risque en se concentrant sur des activités « plan-plan » : les prêts immobiliers ou aux PME, l’offre de couverture de taux de change, l’offre de produits d’épargne à taux ou principal garantis… Ces activités de fait exposent la banque à des risques macroéconomiques (fluctuations des taux d’intérêt ou de change, fluctuations des prix de l’immobilier, des actions ou des obligations…). C’est pour cela que la mise en œuvre de la séparation structurelle, telle que celle de John Vickers au Royaume-Uni, peut prévoir que la banque de détail puisse couvrir ces risques; ce qui est légitime, mais ouvre une autre boite de Pandore: la banque va-t-elle utiliser cette possibilité d’accéder aux marchés de couverture pour s’assurer ou au contraire pour accroitre son risque? L’important au fond est de s’assurer qu’au-delà d’une capitalisation correcte de leurs activités régulées, les banques de détail ne soient mises en danger par le « shadow banking », le secteur non-régulé. Tout d’abord, il faut que la banque de détail ait suffisamment de fonds propres si elle est obligée de venir au secours d’activités en dehors et que ces obligations soient clairement spécifiées. En 2007-2008, les exigences en fonds propres pour les lignes de liquidités octroyées par les banques de détail aux « conduits » hors-bilan qu’elles avaient créés lors des opérations de titrisation étaient ridiculement faibles; cette échappatoire fut depuis supprimée, mais bien sûr d’autres façons de réduire les fonds propres règlementaires par des interactions avec le shadow banking peuvent resurgir. Ensuite, il faut faire attention à ce que la banque de détail ne soit pas trop exposée au risque de contrepartie avec des acteurs non-régulés. C’est ce que j’appelle le « syndrome AIG » : le gouvernement américain fut amené à sauver cet acteur du shadow banking, parce que les contreparties d’AIG étant souvent des institutions régulées"[54][55].

EuropeModifier

En , il fait partie des signataires d'une tribune publiée dans Le Monde dénonçant les risques et les incohérences du programme anti-européen de Marine Le Pen[56].

"La construction européenne est capitale non seulement pour maintenir la paix sur le continent mais également pour le progrès économique des états membres et leur pouvoir politique dans le monde. Les évolutions proposées par les programmes anti-européens déstabiliseraient la France et remettraient en cause la coopération entre pays européens, qui assure aujourd’hui une stabilité économique et politique en Europe. Les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives, toutes menées au détriment des autres pays, sont de dangereux moyens d’essayer de générer de la croissance. Elles entraînent des mesures de représailles et des guerres commerciales. Finalement, elles se révèleront préjudiciables à la France ainsi qu’à ses partenaires commerciaux. Quand ils sont bien intégrés au marché du travail, les migrants peuvent être une opportunité économique pour le pays d’accueil. Plusieurs des pays les plus prospères au monde ont su accueillir et intégrer les émigrés.

Il y a une grande différence entre choisir de ne pas rejoindre l’euro en premier lieu et en sortir après l’avoir adopté.

Il faut renouveler les engagements de justice sociale, et ainsi garantir et développer l’équité et la protection sociale, en accord avec les valeurs traditionnelles de la France, de liberté, d’égalité et de fraternité. Mais l’on peut et l’on doit parvenir à cette protection sociale sans protectionnisme économique. Alors que l’Europe et le monde font face à des épreuves sans précédents, il faut plus de solidarité, pas moins. Les problèmes sont trop sérieux pour être confiés à des politiciens clivants."

Mouvement des gilets jaunesModifier

 
Revendications du RIC inscrite sur un gilet de haute visibilité lors du mouvement des Gilets jaunes (France, ).

En , Jean Tirole publie une tribune où il juge que les revendications du mouvement des gilets jaunes sont « pleines de contradictions ». Il estime que : « les gilets jaunes ne formulent aucune proposition concrète en réponse à deux facteurs qui alimentent principalement les inégalités en France : l’éducation et l’accès au marché du travail ». Il affirme que la perception des citoyens de la situation économique du pays n'est pas en phase avec la réalité et qu'on ne peut pas rigoureusement affirmer que la France soit un pays inégalitaire. Il défend le modèle de la démocratie représentative car « les représentants du peuple sont en mesure de consacrer davantage de temps à une réflexion autour des compromis nécessaires aux différents choix de mesures politiques, et ont davantage accès à l’expertise que les citoyens moyens ». Ainsi, il s'oppose à l'idée d'un référendum d'initiative citoyenne parce que « ces consultations pourraient également conduire à toutes sortes de politiques économiques démagogiques »[57],[58].

Dystopie digitaleModifier

Dans ses travaux[59], Jean Tirole s'est penché sur questions numériques à travers le cas de la notation sociale et les problèmes qu’elle génère : il parle de risque de “dystopie digitale”. Il revient sur ses travaux dans un entretien accordé au Nouvel Observateur[60]

"C’est le système chinois de notation sociale qui m’a amené à me pencher sur ces système. Mais il ne faudrait surtout pas réduire ces questions à la seule Chine, même si c’est le système le plus avancé. [...] Certains critères pour déterminer une note peuvent en effet être raisonnables, objectifs et communément admis comme bénéfiques pour la société : remboursement ou non de ses dettes, absence de fraude fiscale, comportement respectueux de l’environnement ou du code de la route, pas de délits…

Mais d’autres sont très facilement manipulables, subjectifs ou peuvent être liés à des comportements qui ne sont pas admis par la majorité des individus et le pouvoir central : par exemple vos opinions politiques, votre religion, les commentaires que vous laissez en ligne, le fait de relayer ce qui est considéré comme des fake news, voire même si vous considérez que la notation sociale est une bonne ou mauvaise chose…

Le danger, c’est évidemment que fasse partie de votre notation sociale des critères qui sont manipulables et subjectifs ou bien divisent la société comme l’orientation sexuelle: cela obligerait les individus à se conformer aux attentes de la puissance publique ou de la majorité.

On n’ose imaginer ce que pourrait faire un régime autoritaire ou populiste d’un tel système! A quel point la vie quotidienne des individus, et notamment des minorités, pourrait s’en trouver fortement entravée, pour travailler, se déplacer, étudier. Sans oublier que des événements comme les révoltes populaires auraient encore plus de mal à naître. Parce que la notation sociale pourrait se baser sur la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle pour promouvoir la “culpabilité par association”.

De la même manière que le “tracking” va enregistrer vos interactions sociales pour freiner la propagation du covid-19, on peut imaginer que les systèmes de notation sociale pourraient intégrer dans leurs critères les relations sociales de la personne, et donc la pousser à ne pas fréquenter des individus mal notés pour ne pas l’être à son tour. Voilà comment nourrir l’ostracisme et tuer toute résistance à un régime autocratique. Nos démocraties semblent quand même loin de tels comportements!

Attention à ne pas croire les démocraties à l’abri de telles dérives, il est toujours possible de glisser d’une démocratie à une démocratie illibérale, puis ensuite à un régime autoritaire. C’est pour cela qu’il faut réfléchir dès maintenant à la notation sociale, comme on aurait dû le faire avant la crise épidémique pour le traçage des relations sociales. Il faut des remparts juridiques, des garde-fous constitutionnels.

Réponse au Covid-19Modifier

Dans un entretien à Paris Match le 18 avril 2020[61], Jean Tirole estime que "l’une des premières préoccupations à court terme est de conserver l’appareil productif. Les politiques mises en œuvre en France ou dans d’autres pays pour maintenir l’emploi, protéger les PME, les entreprises industrielles dans les secteurs les plus affectés et les banques, vont dans le bon sens. Il faut aussi protéger les plus fragiles des salariés, les indépendants ou les chômeurs. Ces derniers ne sont aucunement responsables de la situation actuelle qui les empêche de gagner leur vie ou de retrouver un emploi."

En mai 2020 il est choisi par le président de la république, pour réunir avec Olivier Blanchard une commission de 26 économistes chargés de faire des propositions concernant les enjeux du climat, des inégalités et de la démographie.

CritiquesModifier

Jean Tirole est régulièrement critiqué par les économistes « hétérodoxes »[62], qui l'accusent d'avoir une vision libérale et de vouloir imposer une forme de « pensée unique » en économie[63].

 
Logo d'Alternatives Economiques

Lors de l'attribution du prix Nobel à Jean Tirole, les "adversaires du libéralisme économique[64]", tel que la revue mensuelle Alternatives économiques, estimaient que Jean Tirole était favorable à la privatisation du service public, au « capitalisme financier » et opposé au droit du travail. Il est critiqué comme étant représentatif de la ligne néoclassique « orthodoxe »[65]. Pour L'Humanité, « Jean Tirole trouve que les travailleurs du bas de l’échelle sont trop payés. Mais il ne décèle aucune contradiction dans le fonctionnement du système de production capitaliste. Dès lors son ennemi c’est le travailleur victime de l’exploitation, pas la finance »[66]. Cependant, comme le souligne David Encaoua[67], professeur émérite à l'Université Paris I : "Jean Tirole n’est pas l’exégète d’une économie de marché libre de toute intervention publique ou l’apôtre de la « puissance du marché » comme certains commentaires l’ont laissé entendre en France mais ce qui lui a valu le prix Nobel, ce sont précisément des travaux qui justifient, au nom de l’intérêt général, la nécessité pour les pouvoirs publics de surveiller, contrôler et réglementer les marchés, que ces marchés soient dominés par un petit nombre d’entreprises en situation d’oligopole ou qu’ils soient en situation de monopole naturel. Les travaux de Jean Tirole sont d’autant plus importants qu’ils se situaient en rupture à la doxa dominante au moment de leur émergence"[68].

En 2015, certains chercheurs en sciences sociales, notamment du groupe des "économistes atterrés", souhaitaient la création au sein du Conseil national des universités d'une section « Institutions, économie, territoire et sociétés ». Jean Tirole s'oppose à celle-ci dans une lettre ouverte à la ministre chargée de l'Enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem, dans laquelle il considère qu'elle serait "une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays"[69]. "Il est indispensable que la qualité de la recherche soit évaluée sur la base de publications, forçant chaque chercheur à se confronter au jugement par les pairs. C’est le fondement même des progrès scientifiques dans toutes les disciplines. Chercher à se soustraire à ce jugement promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme. Les économistes autoproclamés « hétérodoxes » se doivent de respecter ce principe fondamental de la science. La création d’une nouvelle section du CNU vise à les soustraire à cette discipline"[69]. La section en question ne sera finalement pas créée.

Personnalité et vie privéeModifier

Il est le fils d'un médecin et d'une enseignante. Il a trois enfants[70]. Il est cousin de Maxime Renahy[71].

Lors de la remise du prix Nobel, il rappelle que : « notre incapacité à prévoir ou à prévenir la crise financière est un rappel douloureux des dangers de l’arrogance. Il est vrai que nous avions travaillé sur la plupart de ses ingrédients, mais comme un virus qui ne cesse de muter, de nouveaux dangers apparaissaient alors que nous croyions avoir compris et évité les dangers existants. La nécessité de l’humilité s’applique aussi au domaine récompensé par le Prix. »
Ainsi, il déclare que « La sagesse m’encourage donc à revenir aussi vite que possible à mon laboratoire, auprès des collègues grâce auxquels je reçois ce Prix, en bref, à la vie merveilleuse du chercheur. Mais je vouerai une reconnaissance profonde et permanente au Comité pour l’immense honneur qu’il m’a accordé, et à la Fondation Nobel et à la Suède pour la mission extraordinaire qu’ils se définirent : attirer l’attention sur la Science, année après année ». Il déclare également à plusieurs reprises "ce n'est pas parce que j'ai le prix Nobel que j'ai la science infuse"[72].

PublicationsModifier

 
Conférence de Jean Tirole à l' Ecole polytechnique

Jean Tirole a publié plus de 200 articles d'économie dans des revues à comité de lecture ainsi que 10 ouvrages académique et un livre destiné au grand public : "L'Économie du Bien Commun"[73].

Publications académiquesModifier

Jean Tirole est l'auteur de d'environ 200 articles publiés en anglais dans des revues internationales et de 32 publications en français[74].

Livres académiquesModifier

  • Dynamic Models of Oligopoly (avec D. Fudenberg), 1986.
  • The Theory of Industrial Organization, MIT Press, 1988. Description
  • Dynamic Models of Oligopoly (avec Drew Fudenberg, Harwood Academic Publishers GMbH, 1986.
  • Game Theory (with D. Fudenberg), MIT Press, 1991.
  • A Theory of Incentives in Regulation and Procurement (avec J.-J. Laffont), MIT Press, 1993.
  • The Prudential Regulation of Banks (avec M. Dewatripont), MIT Press, 1994.
  • Competition in Telecommunications, MIT Press, 1999.
  • Financial Crises, Liquidity and the International Monetary System, Princeton University Press, 2002.
  • Protection de l'emploi et procédures de licenciement (avec Olivier Blanchard), La documentation française, 2013 [lire en ligne]
  • The Theory of Corporate Finance, Princeton University Press, 2005. Description.
  • Balancing the Banks (avec Mathias Dewatripont, et Jean-Charles Rochet), Princeton University Press, 2010.
  • Inside and Outside Liquidity (avec Bengt Holmström), MIT Press, 2011.
  • Théorie de l'organisation industrielle, Economica, 2015

Livre grand publicModifier

Conférences internationalesModifier

Jean Tirole a par ailleurs été invité comme conférencier d'honneur ("keynote speaker") à plus de soixante-quinze grandes conférences.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Ouvrir la « Page d’accueil », sur polytechnique.edu, Palaiseau, bibliothèque de l’École polytechnique (consulté le 13 septembre 2018), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Jean Tirole », résultat obtenu : « Tirole, Jean Marcel Pierre (X 1973) ».
  2. «
  3. a et b « Jean Tirole, Le quotidien en équations », Le Monde du 21 septembre 2007.
  4. INSTITUT D' ÉTUDE AVANCÉE À TOULOUSE.
  5. « Un ancien élève du lycée Henri-Poincaré prix Nobel d’économie !! | Lycée Henri-Poincaré », sur h-poincare.fr (consulté le 10 janvier 2016).
  6. a et b De la promotion X1973, cf. « Fiche de Jean Tirole », sur polytechniciens.com, Paris, Association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique (l’AX) (consulté le 13 septembre 2018) ; y est notamment indiqué le grade de Jean Tirole dans la fonction publique : « ingénieur généraal des ponts et chaussées ».
  7. « Portrait de Jean Tirole, médaille d'or du CNRS », CNRS,‎ (lire en ligne)
  8. a b et c « Jean Tirole : de la théorie des jeux et de l'information aux sciences humaines — Sciences économiques et sociales », sur ses.ens-lyon.fr (consulté le 5 mai 2020)
  9. David Encaoua, « Pouvoir de marché, stratégies et régulation : Les contributions de Jean Tirole, Prix Nobel d’Économie 2014 », Revue d'économie politique 2015/1 (Vol. 125),‎ (lire en ligne)
  10. a b c d e f g et h (en) Economic Sciences Prize Committee of the Royal Swedish Academy of Sciences, « Scientifc Background on the Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 2014 JEAN TIROLE: MARKET POWER AND REGULATION », THE ROYAL SWEDISH ACADEMY OF SCIENCES,‎ (lire en ligne)
  11. Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole, « Using Cost Observation to Regulate Firms », Journal of Political Economy, vol. 94, no 3,‎ , p. 614–641 (ISSN 0022-3808, lire en ligne, consulté le 4 mai 2020)
  12. a et b « Économie publique/Public economics », sur journals.openedition.org (consulté le 4 mai 2020)
  13. (en) The MIT Press, « A Theory of Incentives in Procurement and Regulation | The MIT Press », sur mitpress.mit.edu (consulté le 5 mai 2020)
  14. « Théorie des incitations et réglementation », sur www.economica.fr (consulté le 5 mai 2020)
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  23. Patrick Rey et Jean Tirole, « The Logic of Vertical Restraints », The American Economic Review, vol. 76, no 5,‎ , p. 921–939 (ISSN 0002-8282, lire en ligne, consulté le 5 mai 2020)
  24. Oliver Hart, Jean Tirole, Dennis W. Carlton et Oliver E. Williamson, « Vertical Integration and Market Foreclosure », Brookings Papers on Economic Activity. Microeconomics, vol. 1990,‎ , p. 205–286 (ISSN 1057-8641, DOI 10.2307/2534783, lire en ligne, consulté le 5 mai 2020)
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  63. Les économistes orthodoxes tentent de réduire au silence les économistes hétérodoxes..
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