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Léon Walras

économiste néo-classique français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Walras.
Léon Walras
Walrass.jpg
Biographie
Naissance
Décès
(à 75 ans)
Clarens
Nom de naissance
Marie Esprit Léon WalrasVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Père
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
travaux sur l'équilibre général et la Loi de Walras, le développement du concept d'utilité marginale
Mouvement

Léon Walras, né à Évreux le et mort à Clarens le , est un économiste français.

Il a été considéré par Joseph Schumpeter comme « le plus grand de tous les économistes[1] ».

Walras a décrit l’équilibre général de concurrence pure et parfaite et a cherché à montrer que cet équilibre est optimal. Il a voulu dire par là que l’équilibre de concurrence parfaite permettrait le plein emploi de tous les facteurs de production : toute la population active serait occupée et tous les capitaux seraient utilisés. Il permettrait de satisfaire toutes les demandes solvables. Cette idée a été critiquée par Keynes (les économistes d’influence keynésienne continuant d’ailleurs à s’opposer à cette vision du fonctionnement du marché), ainsi que nombre de libéraux, particulièrement ceux adhérant aux théories de l’école autrichienne. La procédure de « tâtonnement walrasien » vers l’équilibre n’a rien à voir avec ce que l’on entend habituellement par marché : les échanges bilatéraux y sont interdits, toutes les offres et toutes les demandes convergent vers un commissaire-priseur qui affiche les prix : le marché est parfait et fournit des informations justes à l’ensemble des acteurs.

Sommaire

BiographieModifier

un seul diplôme : le bacModifier

 
Le gave de Pau au sortir du cirque de Gavarnie

Né en 1834, Léon Walras est le fils d’Auguste Walras, un normalien qui fera une carrière dans l'éducation nationale d'abord comme professeur de philosophie, puis comme inspecteur d'académie. Le père est aussi passionné d'économie. [2]. Léon walras étudie au collège de Caen en 1844, puis au lycée de Douai en 1850. Il est diplômé bachelier-ès-lettres en 1851 et bachelier-ès-sciences en 1853 à la suite de quoi, il se présente au concours d'entrée à l'École Polytechnique et échoue. En 1854, il tente une nouvelle fois le concours et échoue à nouveau[2]. À la demande de son père, l s'inscrit alors en tant qu'élève externe à l'École des Mines de Paris mais ne réussit pas les examens qui lui aurait permis de poursuivre sa scolarité dans cette école[3].

En 1856,il se consacre à la littérature et envoie à la Revue des Deux Mondes, un roman Francis Sauveur qui lui sera retourné et qu'il fera publier à compte d'auteur. À cette époque, le père Auguste Walras souffre des échecs de son fils. Par ailleurs, il doit subvenir au moins en partie aux besoins du fils ainsi que de ceux de la personne, une mère célibataire, avec laquelle il vit maritalement [4]. On doit ici noter que Léon Walras est le seul fils qui reste à Auguste Walras après la mort de son frère Henri ( né en 1836 et mort en 1847) et celle de son autre fils Louis (né en 1844 et mort en 1858)[5]. Le père va influencer le destin du fils. C'est lors d'une promenade le long du Gave avec son père alors inspecteur d'académie à Pau que Léon Walras décide de se consacrer à l'économie[5].

« mon père m'affirma avec énergie qu'il y avait deux grandes tâches à accomplir pour le XIXe siècle : achever de créer l'histoire et commencer à créer la science sociale. Il ne soupçonnait pas alors combien Ernest Renan devait lui donne satisfaction sur le premier point. Le second, qui l'avait préoccupé toute sa vie, le touchait plus sensiblement encore. Il y insistait avec une conviction qu'il fit passer en moi. Et ce fut alors que, devant la porte d'une campagne appelée "Les Roseaux", je lui promis de laisser la littérature et la critique d'art pour me consacrer entièrement à la continuation de son oeuvre (Autobiographie, Jaffé, tome 1, p.2)[6] »

Walras de la fin des années 1850 à 1869Modifier

 
Jules Simon, une connaissance de Léon Walras photographié par Nadar, vers 1855-1859.

Après cette « illumination », Walras se met à écrire des articles dans la La Presse (France) d'Émile de Girardin et dans Journal des économistes ainsi que des livres dans le domaine de l'économie politique. C'est en écrivant L'Économie politique et la Justice, un livre de réfutation des thèses de Proudhon qu'il a sa seconde illumination. Il écrit :

« j'y transcrivis les lois de variation de valeur des capitaux et des services fonciers, personnels et mobiliers dans une société progressive telles que mon père les avait fournies dans sa Théorie de la richesse sociale; mais il m'apparut dès lors que, faite dans le langage ordinaire, la démonstration de ces lois était insuffissante et, que pour la rendre rigoureux, il eût fallu lui donner la forme mathématique (Etudes d'économie appliquée, p.466)[7]. »

En fait, cette conversion à la mathématisation de l'économie doit beaucoup aux remarques que le polytechnicien Saint-Simonien Lambert-Bey lui a faites au sujet du livre évoqué précédemment. C'est lui qu'il lui a fait remarquer qu'il ne fallait pas seulement affirmer « que la libre concurrence procure le maximum d'utilité [8] » mais qu'il fallait aussi le prouver mathématiquement.

En 1860, les radicaux arrivés au pouvoir à Lausanne en Suisse réunissent un congrès consacré à l'impôt. Walras a l'incitation et sur les idées de son père y participe. Il défend l'idée paternelle d'une nationalisation des sols dont la location doit servir à financer l'État. Cette idée paternelle l'amène à critiquer d'autres modes de financement du gouvernement dont l'impôt sur le capital que défend Émile de Girardin patron de La Presse et l'impôt sur le revenu que promeut à ce même congrès Joseph Garnier patron du Journal des économistes[9]. Bref lors de ce congrès, il se met à dos ses deux principaux employeurs et n'obtient qu'un quatrième accessit[10]. Toutefois, il est remarqué par Louis Ruchonnet un homme politique de Lausanne appelé à un grand avenir[8].

En 1861, il demande l'autorisation de faire paraître un hebdomadaire de trente page intitulé l'Economiste et se heurte au refus du ministère de l'intérieur[8]. En 1862, grâce aux liens de son père avec la famille Say, il entre au secrétariat des chemins de fer du Nord, un emploi assez peu rémunérateur. À cette époque il tente aussi de rédiger en collaboration avec le polytechnicien Jules du Mesnil-Marigny un Traité d'économie politique[8].

Durant les années 1860, la question sociale et sa résolution par l'association et la coopération est au centre des réflexions des gens que fréquentent les Walras. En 1864, elle amine le premier professeur d'économie politique de la faculté de droit de Paris, Batbie qui s'inspire des tentatives réformistes allemandes. C'est dans ce contexte que naît la Caisse d'Escompte des Associations populaires dont Léon Walras devient directeur[11]. L'équipe dirigeante de cette banque se compose de nombre de personnes promises à un bel avenir politique : Léon Say (1826-1896), futur ministre des finances, Jules Simon futur Président du Conseil, le Duc Louis Decazes futur ministre des affaires étrangères[11]. A partir de 1868 la Caisse est en difficulté et est mise en liquidation en 1869. Cette affaire scellera la fin de l'amitié entre Léon Walras et Léon Say et connaîtra un nouveau rebondissement lorsque le Figaro en 1883 mènera campagne contre Léon Say[12].

En 1869, il se marie reconnaissant le fils qui n'est pas de lui et la fille qu'il a eu avec sa compagne. En 1870, sa vie jusque là surtout marquée par l'échec connait un nouveau départ lorsque Louis Ruchonnet vient lui proposer de postuler à la chaire d'économie politique de l'université de Lausanne[13].

Université de LausanneModifier

 
Louis Ruchonnet, avocat, homme politique, deux fois président de la Confédération suisse, l'homme qui a parié sur Léon Walras

Louis Ruchonnet, ami de Jules Ferry, membre du parti radical vaudois, est alors conseiller d'État en charge de l'Instruction publique et des Cultes pour le Canton de Vaud. Il veut créer une université de recherche. Dans le discours qu'il tint lorsqu'il procède à l'installation de Walras, il déclare :

« Il faut que la science aborde résolument le problème de l'avenir et qu'elle parle avec cette liberté entière dont la science a le privilège. Cette étude...où se fera-t-elle ? Sera-ce dans ces grandes villes....? Je ne le pense pas, et je me permets de demander si notre petite patrie ne serait peut-être pas un sol propice pour la science sociales[14]. »

Dans sa lettre de candidature Walras se positionne plus comme un chercheur que comme un professeur, quand la France de la Troisième République à travers le concours d'agrégation est sur le point de faire le choix inverse. Son programme de recherche vise à substituer à la division production/distribution/consommation celle la division économie pure/économie appliquée/économie sociale et à promouvoir l'économie mathématique[15]. Mais Walras insiste également sur l'économie sociale, un point important pour Ruchonnet. Outre Walras, deux autres candidats un français et un italien postulent à la chaire. Comme le Jury est divisé,  Walras est pris dans un premier temps en qualité de professeur extraordinaire. Il ne deviendra professeur ordinaire qu'en juillet 1971 après avoir fait ses preuves [16].

En 1872, Walras qui a résolu en théorie « le problème de la théorie mathématique de l'échange » l'expose durant quatre heures à Ruchonnet qui à cette occasion lui octroie une hausse de sa rémunération [17]. Lorsqu'il a rédigé son premier grand livre Eléments d'Economie politique pure ce sont encore les autorités vaudoises qui trouvent l'éditeur et qui achètent la centaine d'exemplaires que Walras envoie à des collègues étrangers [18]. En 1875, il publie les Equations de l'échange, et en 1876, les Equations de la production et les Equations de la capitalisation qui seront regroupés dans un ouvrage unique :la Théorie mathématique de la richesse Sociale[19]. En 1877, il fait paraître la seconde édition largement remaniée des Eléments d'Economie Politique Pure[19]

A la fin des années 1870, avec l'arrivée des républicains au pouvoir en France, il pense rentrer en France d'autant que sa femme est gravement malade. Toutefois malgré l'amitié que lui porte Jules Ferry cela s'avére impossible[20]. Les causes en sont nombreuses, la moindre n'étant pas celle liée à l'absence de diplôme de l'enseignement supérieur[21]. Parmi les autres causes, il est loisible de citer les plan Walras sur l'enseignement supérieur en général et sur celui de l'économie en particulier. En effet selon Walras, il conviendrait en France d'établir une séparation nette entre économie pure et pratique économique et à confier l'enseignement de l'économie à de nouvelles facultés de sciences politiques au détriment de l'École Libre des sciences politiques récemment créée et des facultés de droit[22]. des idées qui vont radicalement à l'encontre de ce que va faire la Troisième République qui va renforcer l'École Libre des Sciences Politique et confier l'enseignement du l'économie aux facultés de droit. Si la France n'est guère enthousiaste à l'accueillir par contre, les Vaudois tiennent à le conserver et acceptent en 1880 d'augmenter son salaire pour le porter au maximum prévu par les textes[23].

A Lausanne Léon Walras bénéficie d'une liberté universitaire dont il se félicite. Quand un problème touche son domaine d'expertise, il est à l'occasion consulté comme c'est le cas lors de la « révision de la loi du 8 mars 1881 sur l'émission et le remboursement des billets de banque »[24]. Parfois aussi, il donne son avis sans avoir été consulté. C'est notamment le cas en 1881 quand suite à la cessation par les pays de l'Union Latine de la frappe d'écus d'argent, il établit une théorie mathématique du bimétallisme qu'il demande à Ruchonnet de défendre à la conférence monétaire internationale d'avril 1881.

En 1883, il publie une seconde édition de la augmentée de la Théorie mathématique du bimétallisme , de la Théorie mathématique du billet de banque et de la Théorie mathématique du prix des terres et de leur rachat par l'État [19]

Les dernières années 1893-1910Modifier

 
Theodore Roosevelt, l'homme qui fut prix Nobel de la paix en 1906, l'année où Walras a postulé pour cette distinction en 1904.

En 1893, Vilfredo Pareto lui succède à l'université de Lausanne. En 1896, il fait paraître sa deuxième oeuvre majeure les Etudes d'économie sociale et en 1898 sa troisième oeuvre majeure : Les Etudes d'économie politique appliquée. Enfin en 1900, il publie une version remaniée des Eléments d'Economie Politique Pure. [19].

Durant les dernières années de sa vie, presque ruiné par les dépenses effectuées pour faire connaître sa pensée, il cherche une solution pour conserver ses papiers. Pour obtenir la somme nécessaire et assurer l'avenir financier de sa fille Aline Walras, il postule en 1906 au prix Nobel de la paix. Si la démarche peut paraître incongrue, il convient de rappeler qu'en 1901, un économiste français Frédéric Passy a été prix Nobel de la Paix[25]. Quoiqu'il en soit le lauréat cette année là, sera Theodore Roosevelt, pas Walras. seul perdurera de ce projet, un livre écrit pour soutenir sa candidature La Paix par la justice sociale et l'échangepublié en 1907[26]. En 1908, il publie également Economique et mécanique[26].

En 1908, l'université de Lausanne envisage de lui rendre hommage, son jubilé se tiendra en juin 1909. Un médaillon en bronze à son effigie sera alors dévoilé dans le lequel on peut lire[27] :

A Marie Esprit Léon Walras
Né à Evreux en 1934
Professeur à l'Académie et à l'Université de Lausanne qui le premier a établi les conditions générales de l'équilibre économique fondant ainsi l'"École de Lausanne,
Pour honorer 50 ans de travail désintéressé.

Mise en perspective de la pensée de Walras époqueModifier

La pensée économique au temps de WalrasModifier

Lorsque Walras commence à s'intéresser à l'économie la pensée libérale de Jean-Baptiste Say, ancien professeur au Conservatoire national des arts et métiers puis au Collège de France domine en France. Les successeurs de Say possède à travers le contrôle d'institutions clés comme le collège de France ou la Société d'économie politique un monopole sur la pensée économique qui durera jusqu'à la création de chaires d'économie politique dans les Facultés de Droit en 1877[28].En 1832, C'est Rossi un libéral qui a succèdé à Say au collège de France. Lui succédera en 1864, Michel Chevalier un autre libéral puis en 1879, son gendre Paul Leroy-Beaulieu. Vers 1870, l'idée que l'économie est une « science stagnante » est assez répandue en France. Par exemple, Jean-Gustave Courcelle-Seneuil [29] écrit « la tâche de l'économie politique est aujourd'hui remplie ou peu s'en faut. On ne saurait guère y ajouter que des controverses dépourvues d'intérêts ou des déviations redoutables ». D

En Allemagne vers 1850, se développe l'école historique allemande[30] dont nous reparlerons plus loin, tandis qu'en Angleterre fin 1860 début 1870, le système Ricardo-Mill perd de sa crédibilité tandis que l'école historique anglaise autour de Cliffe Leslie n'arrive pas à s'affirmer. Finalement c'est l'école d'Alfred Marshall qui s'imposera tant au plan national qu'international[31]

La demande d'économie au temps de WalrasModifier

 
Jules Ferry un ami de Léon Walras et de Louis Ruchonnet.

Trois grands secteurs commençent à ressentir le besoin d'économistes experts : l'administation, les chemins de fer et les banques. En France la Troisième République (France) choisit de ne pas suivre la Deuxième République (France) en ne créant pas pour le personnel politique et administratif une école nationle d'administration. Elle préfère confier cette tâche aux facultés de droit et créer en 1877, une quinzaine de chaire d'économie dans ces établissements[32].} Comme ces chaires seront occupées par des agrégés ou docteur en droit, de facto, elles ne peuvent pas accueillir le bachelier Walras. Le choix des facultés de droit s'explique en partie par l'influence de l'école historique Allemande qui présente un triple attrait : elle s'occupe de la question sociale, elle bénéficie de l'aura très forte au 19e siècle de la science allemande, elle est purement empirique ce qui convient bien aux juristes qui dominent alors l'économie politique universitaire en France. Toutefois cet empririsme conduit à un effondrement en France de la recherche théorique[33] que Charles Gide déplore dès 1881

«  Les recherches spéculatives sur le principe de la science économique, sont tombées, en France, dans un profond discrédit....Qu'est-ce que cela : la théorie de l'économie politique ? On n'en veut plus, du moins en France, de théorie économique et on n'en fait plus. On s'occupe de statistiques, de démographie, de finances, de législation économique, de sociologie peut-être, de tout ce qui ressemble à l'économie politique sans en être[34]. »

Les besoins des chemins de fer et des banques seront couverts par les écoles d'ingénieurs[35] qui formeront les experts qui prendront la relève des économistes libéraux littéraire. La conséquence est que là aussi l'évolution joue contre Walras. dans un contexte français, il paraît difficile de nommer un simple bachelier professeur dans ces écoles alors qu'on dispose d'ingénieurs aptent à occuper les postes.

L'influence du père sur le filsModifier

Le père de Walras a élaboré une doctrine d'économie politique essentiellement basée sur trois points clés qu'il va transmettre à son fils. Tout d'abord, il veut en finir avec la division de l'économie introduite par Jean Baptiste Say entre Production, Distribution et consommation de richesse[36]. Par ailleurs, il veut bâtir une théorie de la valeur basée sur l'utilité et la rareté comme il en a posé les bases dans son exposé devant l'Académie des sciences morales et politique dans Mémoire sur l'origine de la valeur d'échange -Exposition critique et réfutation des opinions les plus accréditées chez les économistes sur cette question[37]. Enfin, il transmet à son fils l'idée que la terre, richesse non produite, doit être nationalisé et doit servir de base à l'impôt après suppression des impôts sur le revenu et le capital. À l'époque cette idée est relativement à la mode puisqu'on la retrouve sous des formes diférentes chez Spencer[Lequel ?], Henry George et chez Tolstoï. Mais, il s'agit d'une idée qui provoque une forte opposition à une époque où la moitié de la production nationale est issue de l'agriculture et où la propriété est considérée comme la garante de l'ordre social [37].

Dans une lettre du 1° avril 1860, Auguste Walras d'une certaine façon fixe les objectifs que doit suivre son fils pour continuer et magnifier sa doctrine.

« Imagine toi qu'avec les idées que tu as dans la tête, tu es appelé à prendre et à porter le sceptre de l'économie politique. De tous ceux qui s'occupent aujourd'hui de cette science, les uns, et c'est le plus grand nombre, n'y entendent absolument rien; les autres, dépourvus de toute originalité et de toute invention, ressassent, à perte de vue, les idées qu'ils ont empruntées à leurs maîtres, et s'obstinent à défendre des théories qui les laisseraient à sec, s'ils avaient le bon esprit de s'en défaire. Notre doctrine est la seule large, élevée, complète[36]. »

D'une certaine façon dans les années 1860 c'est le père qui définit la stratégie du fils. C'est lui qui le pousse à proposer des articles au Journal des Economistes en voilant un peu ses idées pour mieux les faire passer, c'est lui encore qui a d'abord envisagé d'écrire une réfutation de Proudhon avant de repasser son projet à son fils qui écrira L'économie politique et la justice. C'est encore lui qui fournit à son fils le canevas du document qu'il proposera au Congrès de Lausanne sur l'impôt[38]. Il est à noter ici que si le père pour ménager sa carrière administrative a voilé sa pensée ou comme dans le cas du Mémoire sur l'origine de la valeur d'échange s'est arrêté au moment où le sujet risquait de mettre le feu au poudre, il n'hésite pas à faire prendre à son fils beaucoup plus de risques[37]. Enfin, c'est le père qui le pousse à aller en Suisse. Tout cela explique pourquoi Léon Walras, ne manquera pas une occasion de rendre hommage à son père Auguste Walras[39]

Walras et la modélisationModifier

 
Théorie mathématique de la richesse sociale, 1883

L'économie pure et la modélisation WalrasienneModifier

Comme son père Walras divise l'économie en trois champs : l'économie pure domaine du vrai; l'économie appliquée domaine de l'utile et de l'économie sociale domaine [40]. Selon lui, « l'économie politique pure est essentiellement la théorie de la saine détermination des prix sous un régime hypothétique de libre concurrence absolue » [40]. Elle est le domaine du modèle, c'est-à-dire d'un processus simplifié qui représente la réalité tout en entraînant « une mise à distance des faits et du concret qui, toujours, foisonnent en une jungle inextricable ». Pour Lui le modèle s'inscrit dans la méthode mathématique qui ne relève pas de la méthode expérimentale mais « la méthode rationnelle ». Pour Walras, la déduction à partir d'hypothèse tel le « le régime hypothétique de libre concurrence absolue » se positionne en quelque au-dessus des faits. Il écrit à ce propos :

« Ce qui est sûr, c'est que les sciences physico-mathématiques, comme les sciences mathématiques proprement dites, sortent de l'expérience dès qu'elles lui ont emprunté leurs types. Elles abstraient de ces types réels des types idéaux qu'elles définissent, elles bâtissent a priori tout l'échafaudage de leurs théorèmes et leurs démonstrations. Elles rentrent, après cela, dans l'expérience, non pour confirmer mais pour appliquer leurs conclusions [41] »

. L'économie pure est là pour aider à régler les problèmes importants et non résolus de l'économie appliquée et de l'économie sociale.

« Pour observer cette méthode, l'économie politique pure doit emprunter à l'expérience des types d'échanges, d'offre, de demande, de marchés, de capitaux, de revenus, de services producteurs, de produits. De ces types d'échanges, d'offre, de demande, de marchés, de capitaux, de revenus, de services producteurs, de produits. De ces types, elle doit abstraire, par définition des types idéaux, et raisonner sur ces derniers, pour ne revenir à la réalité que la science une fois faite en vue des applications. Nous avons ainsi sur un marché idéal, des prix idéaux qui seront dans un rapport rigoureux avec une demande et une offre idéale. Et ainsi de suite. Ces vérités pures seront-elles d'une application fréquente ? A la rigueur, ce serait le droit du savant de faire la science pour la science...Mais on verra que ces vérités d'économie politique pure fourniront la solution des problèmes les plus importants, les plus débattus, et les moins éclaircis d'économie appliquée et d'économie sociale [42]. »

Walras, ses contemporains l'ont remarqué, a tendance, comme David Ricardo et avant lui Quesnay, à accorder une grande confiance au raisonnent abstrait. Charles Gide dans son Cours de 1909 notait page 19, « la méthode abstraite de Ricardo revit dans les écoles mathématique et psychologique » en clair dans l'école de Walras et dans l'école autrichienne [43].

La modélisation Walrasienne face à ses concurrentesModifier

 
Alfred Marshall un autre grand de l'école néo-classique

L'école autrichienne adopte contrairement à Walras une modélisation sans recours aux mathématiques. Pour Hervé Dumez, c'est à fois une force, car elle séduit plus facilement les littéraires mais c'est aussi une faiblesse, car elle ne permet pas d'aussi bien comprendre certains phénomènes économiques[44].

L'école anglaise de Cambridge, à la suite d'Alfred Marshall, adopte une modélisation qui tient les mathématiques plus en retrait. Cela lui permets d'être plus compréhensible du plus grand nombre. Au contraire Walras met les mathématiques au premier plan. Selon Hervé Dumezs[44] cela tient sans doute « à sa biographie: toute sa jeunesse est hantée par l'histoire des sciences et sur son imaginaire planents les ombres de Kepler, Newton, Laplace, Lagrange ». Ce sont eux que Walras rêve d'égaler pas les grands économistes du passé qu'il semble assez mal connaître [44].

La rareté seule hypothèse de la modélisation walrassienneModifier

En fait, ce qui distingue Walras et plus généralement les néo-classiques comme Walras, Jevons ou Menger des Classiques tel Ricardo, c'est le nombre d'hypothèses. Chez ces deniers comme le note Hervé Dumez on trouve « une théorie de la rente avec ses hypothèses propres (que l'on pense à Ricardo), une théorie du salaire avec elle aussi ses hypothèses propres (démographiques et sociales) et une théorie de l'intérêt bâtie également sur des principes autonomes[45] ». Au contraire chez Walras et chez les néo-classiques la quasi unicité d'hypothèse fait pour Schumpeter la grandeur de leur théorie. C'est elle qui permet de bâtir une théorie solide des prix qui condamne la théorie classique à ne plus être qu'un cas très spécial[46].

Pour Walras, le concept central est la rareté. L'économie politique pure traite de la Richesse sociale, c'est-à-dire de « l'ensemble de toutes les choses, matérielles ou immatérielles, qui sont susceptibles d'avoir un prix parce qu'elles sont rares, c'est-à-dire à la fois utiles et limitées en quantité[47] ». Pour Ghislain Deleplace [48] « la rareté est le concept synthétiques qui rend compte [des]...deux aspects de la définition de la richesse, l'utilité et la limitation de la quantité ». Chez Walras la rareté a un sens scientifique comme la vitesse en mécanique ou la chaleur en physique. Il écrit à ce propos :

« Pour le mathématicien et le physicien, la vitesse ne s'oppose pas à la lenteur, ni la chaleur au froid, comme cela a lieu dans la langue vulgaire: la lenteur n'est pour l'un qu'une vitesse moindre, le froid n'est pour l'autre qu'une moindre chaleur. Un corps, dans le language de la science, a de la vitesse dès qu'il se meut, et de la chaleur dès qu'il est à une température quelconque. De même ici la rareté et l'abondance ne s'opposent pas l'une à l'autre: quelque abondante qu'elle soit est rare, en économie politique, dès qu'elle est utile et limitée en quantité, exactement comme un corps a de la vitesse, en mécanique, dès qu'il parcourt un certain espace en un certain temps[49]. »

 
Léon Say Caricature par Carlo Pellegrini dit « Ape », parue dans Vanity Fair en 1880.

C'est de la rareté, phénomène universel que découle chez Walras l'appropriation qui elle-aussi se rencontre partout dans le monde. C'est aussi de la rareté que découle la valeur d'échange. « Si le blé et si l'argent ont de la valeur, c'est parce qu'ils sont rares, c'est-à-dire utiles et en quantité limitée [50] ». Enfin la rareté pousse à l'industrie c'est-à-dire à l'augmentation de la production [48]. Pour Walras, « les prix courants ou prix d'équilibre sont égaux aux rapports des rareté. Soit autrement : Les valeurs d'échange sont proportionnelles aux raretés [51] » Chez Walras comme chez Jean-Jacques Burlamaqui et son père Auguste Walras, la source de la valeur est la rareté pas l'utilité comme chez Jean-Baptiste Say, et Condillac, ni le travail comme chez Adam Smith et David Ricardo.  

« Il y a, dans la science, trois solutions principales du problème de l'origine de la valeur. La première est celle d'A. Smith, de Ricardo, de Mac-Culloch; c'est la solution anglaise: elle met l'origine de la valeur dans le travail...La seconde est celle de Condillac et de J.-B . Say; c'est plutôt la solution française: elle met l'origine de la valeur dans l'utilité...Enfin, la troisième, qui est la bonne, est celle de Burlamaqui et de mon père A.-A. Walras: elle met l'origine de la valeur dans la rareté [52] »

La modélisation walrassienne et la prise de décision politiqueModifier

Dans un article de 1875 inttitulé "L'État et les chemins de fer" ,Léon Walras sépare nettement l'analyse économique technique issue de la modélisation et la décision politique. Pour lui l'analyse économique fixe des principes dont il faut d'abord s'assurer les cas où ils s'appliquent ou ne s'appliquent pas[53]. Pour Hervé Dumez cela l'améne à limiter le rôle de l'économiste à celui de professeur ou de chercheurs et à rejeter « la figure de l'économiste maître Jacques, à la fois président de diverses sociétés, ministre, professeur se voulant grand théoricien, comme le fut Léon Say »

Equilibre général et science économique dans les Eléments d'Economie Politique Pure (EEPP)Modifier

Walras veut se situer dans le débat sur l'économie politique qui a opposé Proudhon et Bastiat dans les années 1848. Le premier soutenait qu'il y a antinomie entre la justice et l'intérêt et le second prétendait l'inverse. Walras veut reprendre « la thèse de Bastiat pour la défendre d'une autre manière[54] ».

Marché parfaitement organisé et mécanique pureModifier

Ce qui intéresse Walras dans les EEPP, c'est de traiter de l'économie comme on traite de la mécanique pure, c'est pourquoi il suppose « toujours un marché parfaitement organisé sous le rapport de la concurrence, comme en mécanique pure on suppose d'abord des machines sans frottement[55] ». S'il introduit la notion de commissaire priseur, c'est parce que ce dernier intervient sur « la bourse des fonds publics d'un grand marché de capitaux tel que Paris ou Londre[54] » que Walras considère comme un marché bien organisé.

Walras identifie quatre marchés celui des produits, celui des services producteurs, celui des capitaux et celui des moyens de paiement [56] Walras procéde à l’étude de tous ces marchés de la même façon. Il par rechercher « la solution théorique d’un problème d’équilibre » puis étudie comment les choses se font en pratique [57]. Sur les marchés walrassiens, les agents économiques n’achètent pas « carrément » pour reprendre l’expression de Schumpeter [58], ils crient (annonce) un prix à titre d’essai jusqu’à ce que sous la houlette du commissaire priseur un prix et une quantité d’équilibre soit atteint. C’est à ce moment là seulement qu'ils peuvent s'ils le désirent denouer l'échange.

Les agents économiquesModifier

Chez Walras, la division du travail contrairement à ce qui se passe chez Marx et à un degré moindre chez ricardo est « purement fonctionnelle et ne correspond donc pas à une division de la société en classe distincte[59] ».La production est assurée par les entreprises que les ménages contrôlent [59]. Notons que si Walras accorde une attention aux entrepeneurs et soutient que :

« l'entrepreneur est donc le personnage (individu ou société) qui achète des matières premières) qui achète des matières premières à d'autres entrepreneurs, puis, loue moyennant un fermage la terre du propriètaire foncier, moyennant un salaire les facultés personnelles du travailleur, moyennant un intérêt le capital du capitaliste, et, finalement, ayant appliqué des services producteurs aux matières premières, vend à son compte les produits obtenus[60]. »

L'entrepreneur walrassien n'est pas un au sens schumpéterien c'est-à-dire au sens d'une personne disposant d'une autonomie et jouant un rôle important dans le monde économique. Comme le note Joseph Schumpeter lui-même, chez Walras le mot entrepreneur est utilisé en lieu et place du mot entreprise[61]

Les échanges et l'équilibre de marchéModifier

 
La signature de la Grande Charte (Magna carta) vue par les romantiques du 19e siècle. Pour Schumpeter Walras a rédigé la Grande Charte de la science économique

Les seize premiers chapitres de son livre EEPP, sont consacrés aux échanges de biens consommation. Walras examine d'abord les échanges de deux marchandises entre elles dans section II de l'EEPP, puis dans la section III, la théorie de l'échange de plusieurs marchandises entre elles. Il en arrive à la notion d'équilibre général, c'est-à-dire à une notion qui non seulement suppose l'équilibre des marchés mais qui également tel à analyser les interdépendances entre marché[62]. Pour qu'il y ait équilibre il faut que l'offre effective soit égale à la demande effective ce qui est obtenu par la variation des prix.

« Plusieurs marchandises étant données, dont l'échange se fait avec l'intervention du numéraire, pourqu'il y ait équilibre du marché à leur égard, ou prix stationnaire de toutes ces marchandises en numéraire, il faut et il suffit qu'à ces prix la demande effective de chaque marchandise soit égale à son offre effective. Lorsque cette égalité n'existe pas, il faut, pour arriver aux prix d'équilibre, une hausse du prix des marchandises dont la demande effective est supérieure à l'offre effective et une baisse du prix de celles dont l'offre effective est supérieure à la demande effective[63]. »

Mais ce qui est central ici c'est le système d'équation que Schumpeter [64] appelle « La Grande charte de la science économique » par lequel Wlras montre qu'il peut y avoir un équilibre économique.

  1. Il suppose que n personnes possédent m marchandises qu’elles peuvent échanger de manière à améliorer la satisfaction de leur besoin [65]. Il y aura alors n(m-1) équations de comportements.
  2. Par ailleurs, il existe n équations telle que la somme de tout ce qu’une personne vend soit égal à ce qu’elle achète.
  3. Il existe également M équations telle que pour chaque marchandis le total cédé soit égal au total acquis.
  4. tout cela mène à m(n+1) conditions ou équations.
  5. Mais une des équations par exemple une équation d’équilibre du marché résulte des autres et des équations du budget des ménages. Nous avons alors m(n+1) -1 équations indépendantes pour déterminer les m prix d’équilibre et les m.n quantités échangées. Mais en fait il n’y a que m-1 prix à déterminer puisque le prix de la marchandise numéraire est égal à 1.

Nous avons donc autant d’équation que de variable est nous pouvons donc résoudre le système. Il peut donc y avoir équilibre général. En fait pour Walras il peut y avoir plusieurs équilibre mais selon lui s’il y a de nombreuses marchandises sur les marchés, alors il n'y aura en général qu'un équilibre[66].

Théorie de la productionModifier

Dans la section IV de son livre consacré à la théorie de la production, Walras distingue trois types capitaux . Les capitaux fonciers (appelés aussi terre) donnés par la nature ; les capitaux personnels (personnes) rémunérés par les salaires et enfin, les capitaux proprement dits produits comme les biens de consommation et à ce titre variable [67]. C'est l'assemblage de ces formes de capital qui permet la production. Pour Walras, sur le marché des services « se rencontrent les propriétaires fonciers, travailleurs comme vendeurs et les entrepreneurs comme acheteurs de services producteurs, c’est-à-dire de rente, de travail et de profit. » [68]. Sur le marché des produits se rencontrent les entrepreneurs sont vendeurs tandisque les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes sont acheteurs.[69]. Pour Walras [70]:

« la production sur un marché régi par la libre-concurrence est une opération par laquelle les services peuvent se combiner en les produits de la nature et de la quantité propres à donner la plus grande satisfaction possible des besoins dans les limites de cette double condition que chaque service comme chaque produit n’ait qu’un seul prix sur le marché, celui de l’offre et la demande sont égales, et que leur prix soit égal à leur prix de revient en services. »

Il est à noter que chez Walras[71] « à l’état d’équilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni bénéfices. Ils subsistent alors non comme entrepreneurs, mais comme propriétaires fonciers, travailleurs ou capitalistes dans leurs propres entrprises ou d’autres ». Dans sa théorie de la production, Walras ne néglige pas seulement le rôle des entrepreneurs, il néglige également les délais d'adaptation de la production qu'il traite partiellement dans sa théorie de la monnaie[61]. Puis Walras bâti un système d'équation pour déterminer les prix d'équilibre. Ces équation expriment d'une part « l'égalité de la somme des quantités des services employés dans toutes les industries et de l'offre totale de ces services » et d'autre part « l'égalité de la somme des coefficients de production des services qui y sont utilisés, multipliés par les prix respectifs de ces services, et du prix unitaire du produit de l'industrie » et enfin l'égalité entre le coût moyen, le coût marginal et le prix des services dans toutes les industries[72]. Il obtient ainsi autant d'équations que de variables montrant qu'un équilibre peut exister.

Théorie de la capitalisation et du créditModifier

La Théorie de la capitalisation et du crédit constitue la section V des Eléments d'économie politique pure. Il faut d'abord bien noter que Walras distingue le marché des capitaux, c'est-àdire des biens de capital avec le marché du capital « où se loue le capital monnaie. ». Chez l'économiste de Lausanne, les capitaux ne sont pas recherchés pour eux-mêmes mais pour les revenus qu'ils procurent. Il distingue les revenus bruts des revenus net obtenus par soustraction de l'amortissement et des assurances[73]. Le prix des capitaux se forment sur le marché des capitaux neufs où ceux qui veulent produire plus achètent les nouvelles machines etc. (biens de capital)à d'autres entrepreneurs.[74]. Comme ce qui importe aux investisseurs c'est le revenu,le « marché des biens de capital est réellement un marché de flux de revenus nets perpétuels ». Cela permet à Walras de ne pas se soucier des prix des biens en capital et de se préoccuper seulement du taux de revenu net que selon Schumpeter on peut identifier au taux d'intérêt tant qu'il n'y a pas de monnaie[75]. Le taux de revenu net, « sous-produit de la théorie des biens en capital »[76] entre dans toutes d'offre et de demande tandisque le prix des biens en capital est évincé. La variation du taux de revenu perpétuel provoque des réactions des capitalistes et provoque l'équilibre sur le marché des biens en capital[76].

Théorie de la circulation et de la monnaieModifier

La théorie de la circulation de la monnaie est traité la section VI des Eléments d'économie politique pure. Dans cette section, Walras fait de la monnaie et du crédit une « pièce de sa théorie générale de l'équilibre ». Pour Schumpeter[77] ce faisant, il crée « la théorie moderne de la monnaie ». Walras dans la première édition de son livre met en avant le besoin de monnaie en économie. Dans la seconde édition, ilmet en avant l'encaisse désirée par les agents et n'en fait pas une partie intégrante de sa théorie de l'équilibre général ce qu'il ne fait que dans la quatrième édition[78]. Pour Rebeyrol, l'économiste de Lausanne ne développe pas trois théories monétaires successives, mais expose trois versions d'une même idée : la monnaie existe car il est impossible autrement de procéder à des transactions[79]. Pour Schumpeter la théorie de monnaies couronne l'édifice Walrassien dont le rez-de-chaussée est constitué par la théorie du marché des biens de consommation, le premier étage par la théorie de la production et du marché des services producteurs et le troisième étage le marché du « capital circulant, c'est-àdire des stocks de biens nécessaires pour que tout continue à fonctionner »[80]. C'est par l'intermédiaire des stocks que Walras introduit la monnaie comme différent de la notion jusque là employé ppar Walras de numérair (un simple élément de proportionnalité). Les stocks permettent la synchronisation du processus économique dans la mesure où ils permettent de régler la question des décalages. Le prix des stocks dans ce contexte est différent du service rendu par le stocks dans la mesure où il faut introduire la notion de capital immobilisé et qu'il faut ayer cette immobilisation. Dans cette section Walras introduit donc également la notion de capital qu'il distingue du marché des biens de capital. L'idée étant que que les capitalistes épargnent en monnaie pas en biens de capital. Il existe donc chez Walras un prix d'équilibre (i.e, un taux d'intérêt d'équililibre) qui égalise le besoin ressenti de monnaie encaisse désirée et la quantité de monnaie existante[81]. Joseph Schumpeter reproche ici à Walras de négliger « l'influence des variations du taux d'intérêt sur le total des transactions, donc sur l'encaisse désirée »[81]

Progrès économique, tarifs, monopole et impôtsModifier

La section VII des Eléments d'économie politique pure est consacrée aux Conditions et conséquences du progrès économique ainsi qu'à la critique des système d'économie politique pure. Concernat cette dernière partie, Walras procéde à un examen critique de la doctrine des physiocrates ainsi qu'à une exposition des réfutations des théories anglaises du prix des produits, du fermage, du salaire et de l'intérêt [82]. Dans la première partie, por Walras il y a progrès économique quand « la valeur seule des coefficients de fabrication varie par diminution de ceux d'emploi de rente et augmentation de ceux d'emploi de profit »[83]. Au contraire, il y a progrès technique quand « la nature même des coefficients de fabricationvient à changer par intervention de certains services producteurs et abandon de certains autres » [83].

Walras traite des des tarifs, du monopole et des impôts à la section VIII des Eléments d'économie politique pure. Il traite ensemble des tarifs et du monopole car dans les deux cas on détermine « arbitrairement la quantité débitée ». Dans le cas du tarif on détermine arbitrairement le prix qui a son tour détermine arbitrairement la quantité dans le cas du monopole on détermine arbitrairement la quantité pour agir sur le prix[84]. Selon lui la théorie du monopole met en échec deux principes fondamentaux de la théorie des prix en concurence à savoir : le principe d'égalité entre prix de vente et de revient et le principe d'unicité du prix sur un marché. [85]. Concernant l'impôt pour Walras lesservices ne sont pas vendus sur le marché et l'État n'est pas une entreprise. Il y a donc selon ui deux manières de le doter des ressources nécessaires la propriété (Les Walras étaient nous l'avons vu favorable à cette solution) ou l'impôt[86]

L'économie sociale et appliquée de Léon WalrasModifier

Les Etudes d'économie sociales et les cours d'économie socialeModifier

Les Etudes d'économie sociales ont été publiées en 1896, tandisque les Cours d'Economie sociales n'ont été publiés dans le cadre de l'édition (1987-2005) des Oeuvres économiques complètes d'Auguste et de Léon Walras par Pierre Dockès et Jean-Pierre Potier[87]. Ces écrits sont centrés sur la question de la répartition équitable de la richesse sociale[88] et portent sur la nature humaine, sur la justice sur le rôle de l'État et son financement, sur la place de l'histoire.

La nature humaine chez WalrasModifier

La justiceModifier

Si Walras distingue la justice commutative et la justice distributive, il écrit :

« La justice commutative est celle qui préside aux échanges et qu'on représenre tenant une balance: c'est elle qui veut que, dans une course, il soit assigné à tous les coureurs un même point de départ. La justice distributive est celle qui préside aux concours et qu'on représente une couronne à la main; c'est elle qui veut que les coureurs soient représentés en raison de leur agilité, c'est-àdire dans l'ordre suivant lequel ils ont atteint leur but (EES,160 et CES, 215)[89]. »

Chez Walras, la justice l'État n'a pas à corriger les inégalités naturelles, physiques ou économiques, son seul rôle est de s'assurer que les règles du jeu soient les mêmes pour tous, il n'a pas à corriger les choses pour aider les moins favorisés ou les moins chanceux[90]

L'État et l'individuModifier

chez Walras, ill y a causalité réciproque zntre l'État et l'individu : « Si chaque personne morale est un élément essentiel de la société, la société est un élément essentiel de toute personne morale (ESS, 133)[91]. ». Pour lui l'État et l'individu sont pour reprendre les termes de Cyrille Rouge-Pullon[92].« deux types socoiaux équivalents de même valeur se partageant la richesse sociale. ». L'État ne doit pas dépendre des individus et doit rester indépendant du monde économique. Aussi pour les Walras l'État ne doit pas prélever l'impôt mais il doit être propriétaire des sols et c'est cette rente qui doit permettre son financement[92].

Comment harmoniser l'intérêt de l'État et celui des individus. Pour cela, il fait référence à la justice et se prononce pour une éducation gratuite. Walras élude la question du fonctionnement de l'État qui pourtant pose problème d'autant que chez lui, l'État étant indépendant des individus la question du contrepoids se pose[93].

Les Eléments d'Economie Politique Appliqué (EPA)Modifier

Dans ce livre Walras ne traite pas de la répartition des Richesses comme dans les Elément d'Economie Sociale(EES) mais de la « production de la richesse par les hommes en société ». Plus précisément il s'agit d'empecher « certains entrepreneurs de faire des bénéfices autrement que dans les conditions normales de la libre concurrence (EPA, 425) »[94]. Pour Walras, l'intervention de l'État « est nécessaire pour établir et maintenir la libre concurrence là où elle est possible (EPA, 26) »[95]. Concernant le marché du travail, l'État devra légiférer sur la durée du travail (il est pour la journée de huit heures), sur les questions d'hygiène ainsi que sur la fixation du prix du travail. Il devrait aussi faciliter le passage des salariés d'un secteur à l'autre[96].

Walras se prononce contre les monopoles privées qui pénalisent les clients hors les cas relevant d'une nouvelle invention. Concernant les monopoles naturels, ils doivent passer sur le contrôle direct ou indirect (contrat avec l'État) de la puissance publique[97].

Concernant l'agriculture comme c'est l'État pour lui qui doit détenir la propriété foncière, il est pour le rachat des terres et la constitution de ferme de grande échelle pratiquant les cultures intensives[98].

Si l'État doit favoriser la concurrence, l'aide aux plus démunis est du dommaine d'association volontaire par du gouvernement. « nous voulons bien que l'arméée sociale rammasse ses traînards, nous demandons seulement qu'elle ne règle pas sa marche sur la leur, sous peine de ne compter bientôt que des traînards(EPA, 284 »[99].

Walras a toute sa vie été critique du traité Cobden-Chevalier instaurant le libre-échange entre la France et le Royaume-Uni. Selon lui avant de procéder à de tels accords, il convient de procéder à des réformes prélables de manière à ne pas trop peser sur les conditions sociales des patrons et des salariés [100].

La diffusion jusque dans les années trenteModifier

En FranceModifier

Son oeuvre dés la parution de son livre Eléments d'économie pure est contestée. Le Journal des Economistes adopte d'abord la stratégie du silence, puis quand les idées commencent à se répandre suite notamment à un compte rendu de Charles Gide en 1883 sur La Théorie de la richesse sociale, elle entre prend une étude critique qu'Hervé Dumez qualifie de « torpillage » confié à un mathématicien Otts. Deux grands angles d'attaque sont employés. Le premier consiste dire de façon sophistiqué ce qui sera souvent reproché à Walras à savoir : « on ne met pas la liberté en équation ». Le second angle reprend le thème de refus du modèle. Pour lui l'économie est une part du social et ne peut lui être disjoint[101]

En AllemagneModifier

Dans les pays de langue anglaiseModifier

L'actualité de l'oeuvreModifier

NotesModifier

  1. "The greatest of all economists." Schumpeter, History of Economic Analysis, 1954, p. 827.
  2. a et b Dumez 1985, p. 127.
  3. Dumez 1985, p. 128.
  4. Dumez 1985, p. 143.
  5. a et b Rouge 2011, p. 10.
  6. Dumez 1985, p. 131.
  7. Dumez 1985, p. 132.
  8. a b c et d Dumez 1985, p. 133.
  9. Dumez 1985, p. 132.
  10. Dumez 1985, p. 155.
  11. a et b Dumez 1985, p. 135.
  12. Dumez 1985, p. 137.
  13. Dumez 1985, p. 139.
  14. Dumez 1985, p. 162.
  15. Dumez 1985, p. 157.
  16. Dumez 1985, p. 159.
  17. Dumez 1985, p. 164.
  18. Dumez 1985, p. 225.
  19. a b c et d Rouge 2011, p. 16.
  20. Dumez 1985, p. 184.
  21. Dumez 1985, p. 187.
  22. Dumez 1985, p. 186-190.
  23. Dumez 1985, p. 200.
  24. Dumez 1985, p. 167.
  25. Dumez 1985, p. 242.
  26. a et b Rouge 2011, p. 18.
  27. Dumez 1985, p. 243.
  28. Dumez 1985, p. 65.
  29. Dumez 1985, p. 62.
  30. Dumez 1985, p. 66.
  31. Dumez 1985, p. 99.
  32. Dumez 1985, p. 79-80.
  33. Dumez 1985, p. 74-75.
  34. Dumez 1985, p. 80-81.
  35. Dumez 1985, p. 80.
  36. a et b Dumez 1985, p. 144.
  37. a b et c Dumez 1985, p. 145.
  38. Dumez 1985, p. 146.
  39. Dumez 1985, p. 151.
  40. a et b Dumez 1985, p. 84.
  41. Dumez 1985, p. 85.
  42. Dumez 1985, p. 85-86.
  43. Dumez 2005, p. 87.
  44. a b et c Dumez 1985, p. 89.
  45. Dumez 2005, p. 99.
  46. Dumez 2005, p. 98.
  47. Walras 1976, p. II.
  48. a et b Deleplace 2007, p. 204.
  49. Walras 1976, p. 22.
  50. Walras 1976, p. 26-27.
  51. Walras 1976, p. 101.
  52. Walras 1976, p. 164.
  53. Dumez 1985, p. 113.
  54. a et b Walras 1976, p. 40.
  55. Walras 1976, p. 45.
  56. Schumpeter 2004 p.331)..
  57. Schumpeter 2004, p. 331.
  58. Schumpeter 2004, p. 332).
  59. a et b Deleplace 2009, p. 209.
  60. Walras 1976, p. 196.
  61. a et b Schumpeter 2004, p. 342.
  62. Deleplace 2007, p. 208.
  63. Walras 1976, p. 133.
  64. Schumpeter 2004, p. 291.
  65. Schumpeter 2004, p. 334.
  66. Schumpeter 2004, p. 337.
  67. Deleplace 2009, p. 211.
  68. Deleplace 2009, p. 191.
  69. Deleplace 2009, p. 192.
  70. Walras 1976, p. 231.
  71. Walras 1976, p. 194.
  72. Schumpeter 2004, p. 345.
  73. Walras 1976, p. 245.
  74. Pirou 1934, p. 218.
  75. Shumpeter 2004, p. 351.
  76. a et b Shumpeter 2004, p. 352.
  77. Schumpeter 2004, p. 429.
  78. Schumpeter 2004, p. 353.
  79. Deleplace 2009, p. 227.
  80. Schumpeter 2004, p. 354.
  81. a et b Schumpeter 2004, p. 356.
  82. Walras 1976, p. 401.
  83. a et b Walras 1976, p. 373.
  84. Walras 1976, p. 434.
  85. Pirou 1934, p. 192-193.
  86. Walras 1976, p. 449.
  87. Rouge 2011, p. 68.
  88. Rouge 2011, p. 69.
  89. Rouge 2011, p. 77.
  90. Rouge 2011, p. 79.
  91. Rouge 2011, p. 80.
  92. a et b Rouge 2011, p. 81.
  93. Rouge 2011, p. 84.
  94. Rouge 2011, p. 91.
  95. Rouge 2011, p. 92.
  96. Rouge 2011, p. 93.
  97. Rouge 2011, p. 95-96.
  98. Rouge 2011, p. 98.
  99. Rouge 2011, p. 99.
  100. Rouge 2011, p. 101.
  101. Dumez 1985, p. 94.

PublicationsModifier

BibliographieModifier

  • Cyrille Rouge-Pullon, Introduction à l'œuvre de Walras, 1996, p. 9-14
  • Olivier Robert, Francesco Panese, Dictionnaire des professeurs de l’Université de Lausanne dès 1890, Lausanne, 2000, p. 1314
  • Antoine Rebeyrol, 1999, La pensée économique de Walras, Dunod.
  • Michio Morishima, L'économie walrasienne: une théorie pure du capital et de la monnaie, éd. Economica, Paris, 1979.
  • Hervé Dumez, L'économiste, la science et le pouvoir : le cas Walras, Paris,
  • Cyrille Rouge-Pullon, Léon Walras; vie, oeuvre, concepts, Paris, Ellipses,
  • Ghislain Deleplace, Histoire de la pensée économique,
  • Gaétan Pirou, Les théories de l'équilibre économique de L.Walras & V.Pareto, domat-Monchrestien,

Articles connexesModifier

Liens externesModifier