Post-keynésianisme

Le post-keynésianisme est un courant de pensée économique développé à partir des années 1930 en Angleterre et aux États-Unis. Présent outre-Atlantique, il se présente comme le courant le plus proche des idées originales de John Maynard Keynes.

Vue d'ensembleModifier

Identité et courantsModifier

Les post-keynésiens ne sont pas un ensemble homogène d'économistes, mais plutôt une constellation d'auteurs qui, à partir d'un socle d'idées communes relativement stable (incertitude radicale, analyse circuitiste, endogénéité de la monnaie, ...), ont développé des idées différentes.

Il ne faut pas confondre les post-keynésiens avec la nouvelle économie keynésienne, école de pensée contemporaine et concurrente, qui allie une perspective néokeynésienne et néo-classique.

Les distinctions entre les courants au sein du post-keynésiens sont changeantes et mouvantes du fait de l'absence de formalisation des familles de pensée de cette école[1]. On distingue les keynésiens de longue période comme Roy Forbes Harrod et Evsey Domar ; les keynésiens du chapitre XII comme G. L. S. Schackle ; la macroéconomie kaleckienne qui part d'une synthèse entre le marxisme et le keynésianisme (Michal Kalecki) ; l'école de Cambridge ou post-cambridgiens (Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Michal Kalecki, Piero Sraffa) ; l'école du circuit (Frédéric Poulon, Schmitt, Barrère, Marc Lavoie, Bernard Vallageas), qui schématise la circulation de la monnaie sous forme d'un circuit ;les post-keynésiens américains: Paul Davidson, Hyman Minsky, Sidney Weintraub.

DéveloppementsModifier

De 1930 à 1950, les deux principaux auteurs du post-keynésianisme sont Keynes et Kalecki. Ils donnent aux post-keynésiens leurs premiers outils et concepts. Les thèmes abordés par l'école sont alors la demande effective, la détermination de l'emploi et du revenu, ainsi que le chômage involontaire. De 1950 à 1970, les héritiers directs de Keynes (notamment anglais et italiens) se rassemblent à Cambridge et explorent des modèles, tels que le modèle de croissance et de répartition Kaldor-Pasinetti et Robinson. Le principe de la demande effective est étendu au long terme. La controverse des deux Cambridge a lieu[2].

L'école poursuit sa croissance entre 1970 et 1985 en s'institutionnalisant : le Cambridge Journal of Economics est créé en 1977, puis le Journal of Post-Keynesian Economics en 1978. Le thème le plus abordé par les recherches post-keynésiennes à cette époque sont la théorie de la firme et la théorie des prix[2].

De 1985 à 2000, Minsky est retrouvé et réétudié. Des manuels de référence sont publiés par des post-keynésiens. L'instabilité financière, l'endogénéité de la monnaie, font partie des sujets les plus abordés. Un modèle de croissance et de répartition de seconde génération (Kalecki-Steindl) est développé[2].

A partir des années 2000, le post-keynésianisme s'ouvre à de nouveaux thèmes, comme l'écologie, et fait son tournant empirique. La Review of Keynesian Economics est lancée en 2012. L'école se fait plus prescriptive, et analyse les régimes de croissance et le phénomène de financiarisation. Elle a recours plus qu'avant à l'économétrie[2].

Fonds théoriqueModifier

RéalismeModifier

En tant qu'école hétérodoxe, l'école post-keynésienne se différencie de toute théorie mainstream en adoptant des positions nettes au sujet de son épistémologie[3]. Les post-keynésiens se refusent à l'instrumentalisme, c'est-à-dire que les hypothèses qu'ils utilisent doivent être les plus réalistes possibles. Il ne s'agit pas d'utiliser des hypothèses fausses sous prétexte qu'elles auraient une fonction prédictive, mais d'utiliser des postulats réalistes pour obtenir des résultats conformes au réel[2].

Ces économistes n'utilisent donc pas les hypothèses de rationalité absolue ou limitée.

Incertitude radicaleModifier

Les post-keynésiens s'appuient sur le contexte d'incertitude radicale pour rejeter les modélisations économiques qui se basent sur un comportement unique et maximisateur des agents économiques. Il s'agit d'un point d'achoppement majeur avec le néoclassicisme[2].

Autonomie de la macroéconomieModifier

Les post-keynésiens affirment une approche holiste, et non individualiste, de l'économie. S'ils ne rejettent pas nécessairement toute forme de microéconomie, ils fonctionnent sur des bases macroéconomiques. Ainsi, Frédéric Poulon affirme la possibilité d'une macro-économie autonome par rapport à la micro-économie, et revendique un domaine d'analyse et de réflexion propre à la macro-économie, qui ne se résume pas toutefois à une simple « comptabilité nationale[4] ».

Objets d'analyseModifier

Ce courant de pensée ne vise pas, comme l'école néoclassique, à résoudre des problèmes liés à l'allocation des ressources rares. Le post-keynésianisme place au centre de son analyse les problèmes de production, de reproduction, de croissance et de circulation des marchandises, des revenus et de la monnaie[2].

ThèsesModifier

Monnaie et inflationModifier

Les post-keynésiens considèrent la monnaie comme endogène. L'inflation est dès lors analysée d'un point de vue de la poussée des coûts (inflation par la demande), et non du point de vue l'augmentation de la masse monétaire (théorie quantitative de la monnaie)[5].

ChômageModifier

Le chômage est interprété, non pas comme une conséquence d'un coût du travail trop élevé, mais comme un déficit de demande effective de la part des entrepreneurs[2].

CroissanceModifier

Les post-keynésiens se sont basés sur le modèle de Harrod-Domar pour interpréter la croissance en tant que phénomène déséquilibré. La croissance n'est, pour les post-keynésiens, jamais sur un sentier vertueux de croissance stable et équilibrée. Aucune force endogène au système économique ne permet de stabiliser les fluctuations.

Économistes Post-KeynésiensModifier

Principaux économistes post-keynésiens de la première et de la deuxième génération après Keynes:

BibliographieModifier

  • Collectif, Théories monétaires post keynésiennes sous la direction de Pierre Piégay et Louis-Philippe Rochon (éditions Economica) (ISBN 2-7178-4614-X)
  • Marc Lavoie, L'économie postkeynésienne, Paris, La Découverte « Repères », 2004. (ISBN 9782707142665)
  • Franck Van de Velde, Monnaie, chômage et capitalisme, Presses Univ. Septentrion, 2005. (ISBN 2859398686)
  • Willy van Rijckeghem, The Stability of the Domar Model, Econometrica, Vol. 34, 1966; The Secret of the variable ICOR, The Economic Journal, Vol. 78, 1968.
  • Sébastien Charles, Macroéconomie hétérodoxe: de Kaldor à Minsky, Éditions L'Harmattan, 2006. (ISBN 2296006469)
  • Eric Berr, Virginie Monvoisin, Jean-François Ponsot (dir.), L'économie post-keynésienne. Histoire, théories et politiques, Paris, Seuil, 2018.

NotesModifier

  1. On distingue parfois les fondamentalistes, les sraffiens et les kaleckiens
  2. a b c d e f g et h Virginie Monvoisin, Éric Berr, Jean-François Ponsot et James K.. Galbraith, L'économie post-keynésienne : histoire, théories et politiques, dl 2018 (ISBN 978-2-02-137788-0 et 2-02-137788-1, OCLC 1056851742, lire en ligne)
  3. Voir Marc Lavoie, L'économie Postkeynésienne, Paris, La Découverte, 2004
  4. Voir Macroéconomie approfondie - Équilibre, déséquilibre, circuit., Paris, Cujas, 1982.
  5. S. Rousseas, 1985, A markup theory of bank loan rates, Journal of Post Keynesian Economics, 8: 135-144; J. Goldstein, 1985, Pricing, accumulation and crisis in Post-Keynesian theory. Journal of Post Keynesian Economics, 8: 121-134