Histoire de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

étude et narration du passé de Papouasie-Nouvelle-Guinée

L'histoire de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en tant qu'État souverain ne commence qu'en 1975, mais l'histoire de ce territoire et de sa population remonte à la Préhistoire et comprend de très anciennes traces d'agriculture et de civilisations comme celle de Lapita.

PréhistoireModifier

Les données archéologiques indiquent que l'homme est arrivé en Nouvelle-Guinée, aux alentours de - 60 000 ans avant Jésus Christ probablement par l'Asie du Sud-Est lors d'une période glaciaire où l'océan était plus bas et les traversées plus courtes entre les îles.

Ces premiers découvreurs sont des chasseurs et cueilleurs. Ils sont les ancêtres des Papous. Il y a environ 10 000 ans, ils développent l'agriculture, faisant de la Nouvelle-Guinée l'une des rares parties du monde à avoir inventé l'agriculture de manière indépendante, et cela bien avant l'Europe ou même la plus grande partie de l'Asie. Ils élèvent des gallinacés, des suidés et cultivent des plants d'igname[1],[2]. Le site agricole de Kuk, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008, en demeure l'un des témoins.

Il y a quelque 3 500 ans, des migrants austronésiens atteignent la Nouvelle-Guinée orientale et se mêlent aux populations papoues sur la côte septentrionale et dans les îles Bismarck[1], créant la civilisation de Lapita-Watom.

 
Carte portugaise incluant la Nouvelle-Guinée, vers l'an 1600.

Arrivée des premiers EuropéensModifier

Les premiers Européens à avoir vu la Nouvelle-Guinée furent les navigateurs portugais naviguant dans le Pacifique Sud au début du XVIe siècle. Vers 1526, Dom Jorge de Meneses arrive sur l'île principale et la nomme « Papouasie », nom qui provient de papu, que certains auteurs disent dériver d'un mot malais signifient « crépu », comme les cheveux des Mélanésiens (confondus avec les Papous). Le nom de Nouvelle-Guinée est attribué à la région au XVIe siècle par un explorateur espagnol en raison de la ressemblance extérieure du pays et des populations locales avec la Guinée d'Afrique et ses habitants.

Bien que les navigateurs européens aient régulièrement visité les îles alentour, les habitants restent peu connus des Européens jusque dans les années 1870. À cette époque, l'anthropologue russe Nikolaï Mikloukho-Maklaï mène plusieurs expéditions en Nouvelle-Guinée et s'attache à décrire le mode de vie des habitants de l'île.

Territoire de PapouasieModifier

En 1883, la colonie du Queensland a le projet d'annexer le sud-est de la Nouvelle-Guinée mais cette annexion est refusée dans un premier temps par le gouvernement britannique. Le , un protectorat britannique est proclamé sur la côte sud-est de la Nouvelle-Guinée et ses îles adjacentes. Le protectorat britannique appelé Nouvelle-Guinée, est annexé le (ou vers) le , la date exacte n’étant pas certaine.

 
Le drapeau allemand hissé à Mioko en 1884.

L'île de Nouvelle-Guinée est partagée entre l'Allemagne (qui occupe en 1884 la partie nord-est de l'île de Nouvelle-Guinée et les îles environnantes), l'Australie qui, à partir de 1902, administre le Territoire de la Papouasie soit la partie sud-est de l'île de Nouvelle-Guinée, et les Pays-Bas (qui occupent la Nouvelle-Guinée occidentale). L'île est stratégiquement importante, car située à proximité immédiate de l'Australie.

Nouvelle-Guinée allemandeModifier

Du côté de l'Empire allemand, l'administration de ce territoire est confiée en 1885 à une société commerciale, la Compagnie de Nouvelle-Guinée allemande (en allemand Deutsch-Neuguinea Kompagnie). Au titre de sa charte constitutive, la Compagnie de Nouvelle-Guinée allemande exerce des droits souverains sur le nouveau territoire. Elle possède également la capacité de « négocier » directement avec les habitants autochtones. Les relations avec les puissances étrangères restent, quant à elles, aux mains du gouvernement allemand. En 1899, le gouvernement impérial allemand prend le contrôle total du territoire, par la suite connu sous le nom de Nouvelle-Guinée allemande.

En 1909 des prêtres allemands (comme Otto Meyer, découvreur des poteries Lapita de Watom, actuellement exposées au musée de l'Homme de Paris) mais aussi français (comme Louis André Navarre) établissent des missions catholiques et protestantes sur la côte et dans les îles Bismarck. Des expéditions scientifiques enrichissent les collections du Musée d'histoire naturelle de Berlin qui révèlent au public, entre-autres, la variété des paradisiers de Papouasie, et du Musée colonial allemand qui présente un grand panorama côtier, des huttes et des maisons avec des bateaux traditionnels et une activité de pêche[3].

En 1914, les troupes australiennes occupent ce territoire après des combats contre les troupes allemandes.

La Nouvelle-Guinée orientale restera sous contrôle australien pendant toute la Première Guerre mondiale et jusqu'en 1921.

 
Un bombardier allié A-20 attaque un navire marchand japonais lors de la bataille de la mer de Bismarck, mars 1943.
 
Un autochtone, Raphael Oimbari, aide un soldat australien blessé, George Whittington, durant la campagne de Nouvelle-Guinée. Les auxiliaires autochtones sont célébrés par les Australiens comme étant des « anges aux cheveux crépus » (en).

Seconde Guerre MondialeModifier

En 1941, au cours de la guerre du Pacifique, le nord du Territoire de Papouasie est envahi par le Japon, tandis que le sud est régi par l'administration militaire australienne de Port Moresby. Les Japonais mettent les habitants de leur zone d'occupation au travail forcé à leur service. La campagne de la Nouvelle-Guinée est l'une des principales campagnes militaires de la Guerre du Pacifique. Côté allié, l'île et les différents territoires qui la composent sont sous la responsabilité du général Douglas MacArthur (Zone Sud-Ouest du Pacifique). Les derniers éléments de la 18e armée japonaise, basée à Rabaul sous les ordres du général Hatazō Adachi, se rendent fin .

1945-1975 : vers l'indépendanceModifier

Après la Seconde Guerre mondiale, la colonie est administrée par l'Australie dans le cadre d'un mandat de l'Organisation des nations unies. Ce n'est qu'en 1954 qu'un survol aérien permet aux Australiens de découvrir des vallées inexplorées dans les Hautes-Terres, région de l'intérieur de l'île de Nouvelle-Guinée, difficilement accessible. Elles sont peuplées de quelques dizaines de milliers d'autochtones. Dans les décennies 1950 et 1960, de nombreux prêcheurs néo-protestants australiens et néo-zélandais, mais aussi britanniques et américains, arpentent le territoire et implantent, pour convertir les populations, de nouvelles missions qui sont en même temps des dispensaires, des écoles et des centres d'apprentissage de l'anglais. En 1961, les autochtones de la colonie sont invités à participer pour la première fois à des élections ; ils élisent une minorité des membres du Conseil législatif puis, à partir de 1964, une majorité. En 1971, la colonie unifiée de « Papouasie et Nouvelle-Guinée » est renommée « Papouasie-Nouvelle-Guinée ». En 1973, elle obtient l'autonomie sur le plan de la politique intérieure ; Michael Somare devient le chef du Conseil exécutif[4].

Depuis l'indépendanceModifier

Le pays obtient sa pleine indépendance le , avec Michael Somare comme premier ministre. Il doit immédiatement faire face à un mouvement sécessionniste sur l'île de Bougainville, où se trouve l'immense mine de cuivre de Panguna, cruciale pour l'économie du pays. La population de Bougainville proteste contre les dégâts environnementaux provoqués par l'exploitation de la mine, ainsi que contre le peu de retombées économiques pour les habitants. Le gouvernement Somare parvient à réintégrer l'île dans le nouvel État papou-néo-guinéen, en échange de l'octroi d'une certaine autonomie et d'un petit pourcentage des bénéfices de la mine. Michael Somare et son parti le Pangu Pati remportent les premières élections législatives post-indépendance, en 1977[5].

En , l'île de Bougainville entre à nouveau en rébellion, toujours en raison des activités de la mine. L'Armée révolutionnaire de Bougainville (BRA) déclare l'indépendance de l'île ; la mine est contrainte de fermer. La Papouasie-Nouvelle-Guinée impose un blocus contre Bougainville et y déploie ses forces armées. S'ensuit une décennie de violences, faisant près de 20 000 morts. En 1994, le gouvernement négocie un accord avec certains des sécessionnistes, amenant à la mise en place d'un gouvernement de transition pour la province. Mais la BRA refuse de s'y associer, et le chef du gouvernement de transition, Theodore Miriong, est assassiné. En 1997, le premier ministre Julius Chan fait appel aux mercenaires britanniques de Sandline International pour mater la rébellion de Bougainville. Le commandant des forces armées de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Jerry Singirok (en), affirme que le premier ministre abandonne ainsi une mission régalienne de l'État et exige la démission du gouvernement. Des manifestations massives exigent elles aussi le départ de Julius Chan, qui démissionne deux jours plus tard. Il est battu aux élections législatives trois mois plus tard ; Bill Skate lui succède et entame des discussions en vue d'une résolution paisible de la crise sur Bougainville. La Nouvelle-Zélande agit comme médiatrice, aboutissant à un cessez-le-feu en 1998 puis à un accord de paix en 2001. Bougainville demeure une province de la Papouasie et Nouvelle-Guinée, mais bénéficie d'une autonomie nettement accrue et du contrôle de la mine du Panguna. L'accord reconnaît par ailleurs que les terres et les ressources minières de l'île appartiennent exclusivement aux populations locales. La réouverture potentielle de la mine demeure un sujet controversé et non résolu. Joseph Kabui, ancien commandant de la BRA, remporte la première élection présidentielle de la nouvelle Région autonome de Bougainville[5],[4].

En 1998, trois tsunamis frappent la côte nord-ouest de la Nouvelle-Guinée, faisant 3 000 morts[4].

En 2001, les premiers ministres papou-néo-guinéen Mekere Morauta et australien John Howard signent un accord qui établit sur l'île de Manus un centre de détention où sont confinés les demandeurs d'asile arrivés en Australie en bateau sans visa. Cette « solution du Pacifique », qui vise à dissuader la venue en Australie de migrants non autorisés, génère une controverse durable au sein de l'opinion australienne. Pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée toutefois, elle s'accompagne d'une aide économique accrue de la part de son riche voisin. En 2004, l'Australie déploie également une mission d'aide à la formation des forces de police de son ancienne colonie. Les élections législatives de 2002, qui marquent le retour au pouvoir de Michael Somare, ont en effet été chaotiques, entachées de graves problèmes logistiques mais aussi de violences entre partisans de candidats différents, faisant au moins vingt-cinq morts. Elles témoignent du sous-développement du pays en matière de services publics, dont les services de maintien de l'ordre, notamment dans les régions reculées et isolées des Hautes-Terres, boisées et montagneuses. En 2013, l'accord de détention de réfugiés envoyés par l'Australie est renforcé : désormais, toute personne ayant tenté d'atteindre l'Australie par bateau, sans visa, mais reconnue comme ayant le statut de réfugié, sera relogée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec interdiction permanente de venir en Australie. L'Australie finance la prise en charge de ces réfugiés par la Papouasie-Nouvelle-Guinée. En 2016 toutefois, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée ordonne la fermeture du camp de détention, la jugeant anticonstitutionnelle. L'Australie promet de reloger les détenus aux États-Unis, à la suite d'un accord avec le président Barack Obama[5],[4].

En 2011, le pays s'enfonce dans une crise constitutionnelle. Le premier ministre Michael Somare conteste sa destitution par le Parlement pour cause de maladie l'ayant empêché d'exercer ses fonctions. La Cour suprême reconnaît Somare comme premier ministre légitime, mais le Parlement reconnaît le nouveau premier ministre Peter O'Neill. Les deux hommes tentent simultanément de gouverner, provoquant des scissions dans les services publics, y compris dans l'armée. La crise est résolue par les élections législatives de 2012, remportée largement par les partisans de Peter O'Neill. Michael Somare accepte sa défaite et soutient le gouvernement de son rival[5],[4].

En 2014, O'Neill, soupçonné de corruption, est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la justice. Il refuse de se rendre à la police, dissout le principal organisme anti-corruption du pays et continue de gouverner, avec l'appui d'une solide majorité au Parlement[4].

ChronologieModifier

Cette frise chronologique ne prend en compte les événements que depuis le milieu du XIXe siècle. Peuplées depuis au moins 50 000 ans, la Nouvelle-Guinée et les îles environnantes sont découvertes par les Portugais au début du XVIe siècle mais n'intéressent que très peu les Européens avant les années 1860.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. a et b (en) R. Michael Bourke, "History of agriculture in Papua New Guinea", in R. Michael Bourke & Tracy Harwood, Food and Agriculture in Papua New Guinea, ANU Press, 2009
  2. (en) Ann Gibbons, "Papua New Guinea's genetic diversity withstood farming", Science, vol. 357, n° 6356, septembre 2017
  3. Albert Gouaffo: Wissens- und Kulturtransfer im kolonialen Kontext. Königshausen & Neumann, Würzburg 2007, S. 47.
  4. a b c d e et f (en) "Timeline: Papua New Guinea", British Broadcasting Corporation
  5. a b c et d (en) "Timeline of key events: Papua New Guinea's road to independence", Australian Broadcasting Corporation, 16 septembre 2015

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jean Guiart, Return to Paradise. Les dossiers oubliés : le fardeau de l'homme blanc, Le Rocher-à-la-Voile, Nouméa 2011,

Articles connexesModifier

Missionnaires

Liens externesModifier