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Papouasie (province indonésienne)

province d'Indonésie
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Papouasie.

Papouasie
(id) Papua
Blason de Papouasie
Héraldique
Drapeau de Papouasie
Drapeau
Papouasie (province indonésienne)
Carte de localisation de la province.
Administration
Pays Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Statut Province à statut spécial
Capitale Jayapura
Date(s) importante(s) 1er mai 1963 : création ; 1er janvier 2000 : dénomination actuelle
Gouverneur Lukas Enembe, S.IP
Fuseau horaire UTC+9
Démographie
Population 2 833 381 hab. (2010)
Densité 9,1 hab./km2
Rang 21e
Géographie
Altitude Max. (Puncak Jaya) 4 884 m
Superficie 309 934,4 km2
Rang 1er
Divers
Langue(s) Indonésien, 271 langues papoues et austronésiennes[1]
Groupes ethniques Papou

Melanésian (notament Aitinyo, Aefak, Asmat, Agast, Dani, Ayamaru, Mandacan, Biak, Serui) Javanais Bugis Mandar Minangkabau Batak Minahasan Et Minorités Chinois

Religion(s) Protestantisme (51,2 %)
Catholicisme Romain (25 %)
Islam (25 %)
Autres (2,5 %)
Liens
Site web www.papua.go.id

La Papouasie, en indonésien Papua, est le nom d'une province d'Indonésie, située en Nouvelle-Guinée occidentale, qu'elle partage avec l'autre province indonésienne de Papouasie occidentale. Elle partage le même nom que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, située dans la partie orientale de la Nouvelle-Guinée.

Ancienne Nouvelle-Guinée néerlandaise, Irian Barat (de 1969 à 1973), puis Irian Jaya (de 1973 à 2002), cette province d'Indonésie occupe la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée dont elle a été détachée en 2003, la Papouasie occidentale, à l'extrême ouest est dit Vogelkop. Sa capitale est Jayapura. Bien avant l'arrivée des Européens, les régions côtières de Nouvelle-Guinée et surtout les îles se trouvaient dans la mouvance du sultanat de Ternate, en partie peuplé de Papous, ce dont les Hollandais tirèrent argument pour inclure la Nouvelle-Guinée occidentale dans les Indes néerlandaises. Toutefois lorsqu'ils reconnurent en 1949 l'indépendance de l'Indonésie, les Pays-Bas conservèrent ce territoire. L'intervention successive de l'ONU permit en 1963, après l'accord de New York et la mise en place de l'UNTEA, son transfert à l'Indonésie, officiellement confirmé en 1969 par un « acte de libre choix ». Le Congrès papou, qui conteste ce transfert, a proclamé l'indépendance en juin 2000, ce qui a ravivé les tensions entre les communautés : il s'ensuit depuis 1963 une guérilla faiblement armée mais durement réprimée qui se poursuit encore et a été ravivée en 2001.

ÉtymologieModifier

Article connexe : Etymologie de la Papouasie.

Le nom de l'île de Papouasie vient de Papua, lui-même dérivé du mot Papo-Ua, nom donné par le sultanat de Tidore aux terres profondes de l'île et qui signifie « Terre ni unie ni unifiée ». En effet, aucun roi ne règne sur l'île à cette époque, contrairement au reste de l'archipel des Moluques[2]. Le mot Papo signifie littéralement « à unir » et Ua signifie « pas unie », ce qui peut être rapproché du fait que le territoire a été à la fois « uni à Tidore » et « unifié en partie par Tidore ». De plus, le territoire de l'actuelle province de Papouasie occidentale était vassal du sultanat de Ternate au sein du groupe de l'Uli Siwa, contrairement au sultanat de Tidore qui était suzerain du groupe de l'Uli Lima[2],[3].

Incidemment, les Tidorais ont commencé à utiliser le terme Papua pour désigner la population et le territoire des terres profondes de l'île, certaines tribus papoues, habitant les hautes terres centrales et des forêts marécageuses du sud de la Papouasie, étant différentes tant physiquement que dans leur mode de vie des Ternatais.

Dans les dialectes de Ternate, l'expression « Papa-Ua » signifie « pas de père » ou « orphelin », qu'on peut ainsi rapprocher du fait qu'il n'existait aucun roi ou sultan régnant sur l'île[4].

HistoireModifier

Le sultanat de Ternate et celui de Tidore ont contrôlé et maintenu une sphère d'influence sur certaines parties de l'ouest de la Nouvelle-Guinée tout au long de leur histoire[5]. En 1660, un accord est trouvé entre le sultanat de Tidore et le sultanat de Ternate pour le partage de l'île de Papouasie. Cet accord, conclu sous la supervision du gouvernement des Indes orientales néerlandaises, aboutit à la reconnaissance de la possession de l'île de Papouasie dans son entièreté par le sultanat de Tidore[6]. Un récit hollandais contemporain indique que les musulmans de Céram avaient l'habitude de se marier avec des femmes de tribus papoues de Papouasie occidentales, et d'instruire les enfants de ces unions dans la religion musulmane [7]. Ce même récit rapporte que les musulmans de Céram contrôlaient le commerce et les villes portuaires de la Papouasie occidentale.

La Papouasie comme « fin de l'Océan »Modifier

Vers la fin de l'an 500 après JC, les marchands Indiens et Chinois connaissent l’existence de l'île de Papouasie. En atteste le journal d'un commerçant chinois du Ve siècle, expliquant avoir obtenu des épices en provenance de Tungki, nom repris par la suite par les commerçants chinois pour parler de la Papouasie.

À partir du VIIe siècle, de nombreux commerçants musulmans venus notamment de Perse et du Gujarat ont commencé à arriver en Papouasie, qu'ils appelaient « la fin de l'océan » (Dwi Panta ou Samudrananta). Selon les traditions orales du peuple Biak de l'île de Papouasie, il existait autrefois (sans doute à partir du XVe siècle), des relations et de nombreux mariages royaux entre les chefs tribaux de Biak et les héritiers royaux du sultanat de Tidore[8].

L'arrivée des Portugais au sultanat de TernatModifier

Entre 1500 et 1521, le sultanat de Ternat avait à sa tête le sultan Bayanul'Allah, connu pour avoir entre autres propagé l'islam dans tout son royaume jusqu'aux territoires même hors de son contrôle. Ce dernier habitua son peuple aux nouvelles techniques de construction navales et aux nouvelles stratégies militaires obtenues suite à divers contacts, notamment avec les Arabes et les Turcs, afin de renforcer les troupes de son sultanat[9],[10].

En 1512, le Portugais Antonio de Abreu, parti de Malacca, à la tête d'une expédition dont l'objectif était les îles Banda, fait naufrage dans l'île d'Ambon. Il embarque sur un bateau local et atteint Ternate où il part à la rencontre du sultan et découvre rapidement que l'île est à l'origine des clous de girofles tant recherchés par les marchands européens. Il obtient l'approbation du sultan, qui autorise le Portugal à établir un comptoir commercial à Ternate. L'expédition portugaise avait pour but de mettre la main sur le commerce des épices de Maluku et avait l'intention de prendre rapidement le contrôle de Ternate. En 1521, le sultan Bayanul'Allah meurt alors que ses héritiers sont encore très jeunes, son fils Hidayatullah n'a alors que six ans. Celui-ci est quand même couronné nouveau sultan de Ternate : sa mère, la Sultana Nukila, et son oncle, le prince Taruwe, prennent les décisions importantes. En 1526, le père de l'impératrice Nukila, le sultan Almansur de Tidore, meurt, laissant le trône de Tidore vacant. Le seul héritier ayant droit à ce titre est son petit-fils, à savoir le sultan de Ternate Hidayatullah. Néanmoins, l'unification de Ternate et de Tidore complique la tentative des portugais de conquérir l'archipel de Maluku, qui était aux XVIe l'unique source d'approvisionnement mondiale en clous de girofle. Le gouverneur portugais persuade donc en secret le prince Taruwese de s'opposer à la proposition tout en lui promettant de soutenir ses demandes concernant le trône de Ternate. Finalement, le prince Amiruddin est nommé sultan de Tidore en 1526 et en 1528, le sultan Hidayatullah est officiellement couronné sultan de Ternate[9],[2].

Un an plus tard, les Portugais et le prince Taruwese effectuent un coup d'Etat contre le sultan Hidayatullah qui réussit à néanmoins à fuir à Tidore chez son oncle le sultan Amiruddin. Après avoir appris que Hidayatullah a obtenu l'asile à Tidore, Taruwese demande à Amiruddin de le lui livrer, ce que refuse Amiruddin. Une force conjointe Ternato-Portugaise envahit alors Tidore, mais Hidayatullah réussit encore à fuir à Jailoloa.

Les événements provoquent rapidement l’inquiétude de la population de Ternate. Le prince Taruwese entre rapidement en querelle avec le gouverneur portugais De Menezez, accusé par Taruwese de beaucoup trop s'ingérer dans les affaires internes du royaume. Tout cela conduit à la mort de Taruwese lors d'une révolte soutenue par les Portugais, le 31 octobre 1529.

Le frère cadet du défunt Hidayatulla, Abu Hayat II, le second fils du sultan Bayanul'Allah, est alors mis par le conseil royal de Ternate sur le trône. Le nouveau sultan, ne cachant pas son hostilité, est accusé par les Portugais d'avoir soutenu la rébellion portugaise qui a conduit à la mort du gouverneur portugais[pas clair]. Il est alors arrêté et mis en prison, avant d'être libéré en 1532 par le nouveau gouverneur portugais Vicente de Fonseca qui le remet sur le trône, avant d'être forcé à l'exil à Malacca, où il meurt un an plus tard dans des circonstances peu claires.

Par la suite, le gouverneur du Portugal réussit à persuader le conseil royal de Ternate de nommer le jeune prince Tabariji comme nouveau sultan. En parallèle de cela, Vicente de Fonceca est remplacé par Tristiao de Ataide en tant que gouverneur, celui-ci étant connu à l'époque pour sa cruauté et les massacres dont il était à l'origine[9]. Vicente de Fonceca exile le sultan Tabariji à Goa pour le remplacer par son jeune demi-frère Khairun Jamil, considéré comme manipulable par le gouverneur portugais.

Dans son exil à Goa, Tabariji rencontre le Portugais Jordao de Freitas, futur commandant de la forteresse de Ternate. Celui-ci force Tabariji à signer un accord visant à faire de Ternate un royaume chrétien vassal du Portugal tout en abandonnant la plupart des provinces du sultanat au profit du royaume portugais[2]. De plus, Vicente de Fonceca a aussi déclaré qu'à l'arrivée de Tabariji « le feu et le Saint-Esprit seront entièrement enflammés »[9] et que tous les habitants des Moluques devraient se convertir au christianisme.

L'accord arrive rapidement aux oreilles du nouveau sultan Khairun Jamil qui le rejette. Le prince Tabariji meurt en route vers le sultanat, épargnant ainsi à Ternate une nouvelle guerre civile.

L'arrivée de l'aide ottomane aux divers sultanats des quatre piliersModifier

Averti des machinations et conspirations Portugaises après son voyage à Goa en 1546, le sultan Khairun Jamil, conscient de la position de force des Portugais dans l'océan indien, ne peut pour l'instant, rompre brutalement ses relations avec les Portugais. Mais en parallèle il cherche un moyen de libérer son royaume de l'emprise portugaise. Cet objectif passe notamment par la recherche active d'un soutien extérieur et par l'intermédiaire du sultanat d'Aceh, le sultanat de Ternat établit des relations avec l'Empire Ottoman qui lui fournit armes, canons et intellectuels[11]. Les Ottomans avaient déjà conclu des alliances informelles avec divers sultanats locaux, notamment le sultanat d'Aceh en 1530[12]; ainsi l'amiral portugais Fernão Mendes Pinto rapporte que la flotte ottomane arrivée à Aceh, pour aider les sultanats de Batak, était composée de 300 janissaires ottomans, de nombreux soldats Swahilis, Somaliens, de Sindhis et de Gujaratis, et d'environ 200 marins de Janjira[12]. De plus, Khairun aspire à faire de l'archipel de Maluku une véritable force capable de rivaliser avec les Portugais, pour cela il noue des relations avec le sultanat de Jailolo et il se marie avec la fille du sultan de Tidore pour réunir sous ses ordres les deux sultanats.

En 1546, le missionnaire François Xavier accosta à Ternate et demanda l'autorisation d'évangéliser les habitants du sultanat. Le sultan autorisa les activités missionnaires à la condition que celles-ci ne soient destinées qu'aux habitants qui adhéraient encore à l'animisme et qu'aucune action ne viserait les musulmans du royaume. Pourtant, rapidement François Xavier ne respecta pas la parole donnée, cela d'autant plus que les Portugais utilisaient les activités missionnaires pour tenter de faire chuter le sultanat de Ternate en se créant de nombreux alliés chrétiens et vassaux des Portugais. Le gouverneur portugais écrivait alors au Roi de Goa: " Avec l'aide des chrétiens moro, je peux enfin rêver de faire de Maluku un nouveau vassal portugais. J'ai vu avec les yeux de mon coeur qu'il n'est pas difficile de faire ce que j'ai décrit ci-dessus sans dépenser un centime du Royaume "[13].

Ce comportement provoqua la colère du sultan Khairun Jamil qui finalement déclara la guerre aux Portugais : il commença par maîtriser un à un les rebelles de son royaume et à interdire toute mission Jésuite dans son royaume. Par la suite le sultan envoya un certain nombre de navires aider les sultanats alliés de Demak et d'Aceh pour prendre d'assaut les Portugais à Malacca pendant que la forteresse portugaise de Ternate serait assiégée en parallèle. En 1558, alors que le fort portugais de Ternate était assiégé, le sultan Khairun nomma son fils le prince Laulata, gouverneur d’Ambon. Celui-ci fut chargé de frapper la position portugaise dans le sud de Maluku et d'en profiter pour étendre le sultanat à de nouvelles régions. Finalement, le vice-roi portugais à Goa a envoyé une flotte importante à Ambon pour repousser les troupes du sultanat de Ternate. Les soldats portugais résistèrent un certain temps avant que le sultan Khairun ne se porte lui-même avec son armée à Ambon. Pris en étau le gouverneur portugais demanda l’ouverture de négociations de paix . Le sultan Khairun, devenu le premier roi autochtone des Moluques victorieux contre les envahisseurs portugais, a accueilli de bonne foi ces négociations. Tous les privilèges portugais concernant le monopole du commerce des épices furent supprimés, mais les Portugais furent toujours autorisés à commercer et à concurrencer librement les commerçants de l'archipel ou étrangers.

Le sultan Khairun connu pour être un dirigeant tolérant et juste autorisa le retour des centres d'activités missionnaires chrétiens et la construction d'églises à Maluku. Ainsi en quelques années, sous Khairun Jamil, le sultanat de Ternate est devenu l'un des trois sultanats les plus puissants du monde malais, et un centre islamique majeur aux côtés des sultanats d'Aceh et de Demak[11].

Nouvelle tentative portugaise et expulsion définitive des Portugais de TernateModifier

Rapidement les Portugais décidèrent de revenir à la charge, le gouverneur portugais reconstruisit en 1569 la forteresse d'Ambon et réunit ses forces en vue d'annexer définitivement le sultanat de Ternat. Voulant éviter de subir un sort similaire à celui de Malacca, le sultan Khairun Jamil forma une coalition avec notamment les sultanats des quatre piliers, le sultanat d'Aceh et le sultanat de Demak pour endiguer la menace portugaise dans l'archipel.

En parallèle, le gouverneur du Portugal Diego Lopez de Mesquita invita le sultan Khairun à visiter sa forteresse pour le rassurer sur les intentions portugaises et renouveler les accords de paix, le sultan Khairun donna suite à l'invitation et ne partit alors accompagné que d'un nombre restreint de gardes. L'invitation se révéla être un piège et en un instant le sultan fut tué avec ses gardes de « façon cruelle et sauvage » comme le rapporte la tradition, avant que son corps ne soit jeté à la mer.

Avec la perte du sultan le gouverneur portugais espérait décourager la population et les armées malaises, mais l’assassinat du sultan alors sous immunité diplomatique et lors de la fête célébrant le renouvellement de l'accord de paix a été vue comme injuste et était pour les habitants une raison supplémentaire à chasser le Portugal des terres du sultanat de Ternate.

Le fils du sultan Khairun Jamil, le prince Baabul'Allah fut nommé nouveau sultan de Ternate et dans son discours de couronnement, il jura de venger la mort de son père et de se battre jusqu'à ce que les Portugais quittent son pays, de défendre la religion de l'Islam, de faire de Ternate un grand et puissant empire militaire et d’œuvrer pour l'unité avec tous les royaumes voisins[9],[14]. Le nouveau sultan s'avéra être à la hauteur de ses prétentions et après 5 ans de guerre, le Portugal quitta définitivement Maluku en 1575. Les succès du peuple Ternat sous le sultan Baabul'Allah fut la première grande victoire indigène de l'archipel sur les puissances occidentales[2],[15].

Apogée du sultanat de Ternate et relation avec l'île de PapouasieModifier

C'est sous la direction du sultan Baabul'Allah que le sultanat de Ternate atteignit son apogée : il s'étendait du nord et du centre de Sulawesi à l'ouest jusqu'aux îles Marshall à l'est, du sud des sultanats de Sullu (actuelles Philippines) au nord aux îles Nusa Tenggara au sud[16].

 
Sultanat de Ternate sous le règne du sultan Babul'Allah en 1580

Le sultan Baabullah était surnommé par ses contemporains le souverain des 72 îles habitées, ce qui faisait du sultanat de Ternate le plus grand royaume islamique de l'est de l'Indonésie, qui avec les sultanats d'Aceh et de Demak contrôlaient la plus grande partie des régions occidentales et centrales de l'archipel à l'époque[2].

L'historien britannique et théologien anglican Thomas W. Arnold, rapporte dans ses livres The Preaching of Islam et Neiuw Guinea, que l'islam était présent et très largement implanté en Papouasie lors de l'arrivée des missionnaires chrétiens. Ces derniers étaient par ailleurs escortés et guidés par des guides locaux musulmans. Selon les procédures de l'époque, chaque étranger qui voulait se rendre en Papouasie devait demander l’autorisation des sultans Salawati, sultanat vassal de Ternate. Ainsi les deux missionnaires allemands, Ottow et Geissler se rendirent sur l'île à bords d'un navire blanc accompagné de guides musulmans.

Durant le XVIIe siècle, certaines régions de la Papouasie (Waigeo, Misool, Waigama et Salawati…) avaient embrassé l'islam. Thomas W. Arnold rapporte : « Certaines tribus papoues de l'île de Gebi, entre Waigyu et Halmahera, sont musulmans. [...] dans le centre de l'île même, seules quelques personnes ont adopté l'Islam. Cette religion a été introduite pour la première fois sur la côte ouest par des commerçants musulmans qui essayaient de prêcher parmi la population, et ce depuis 1606. Mais il semble que les progrès ont été très lents ». Néanmoins, contrairement aux missionnaires néerlandais, les missionnaires musulmans ne tenaient que rarement des registres de leurs activités ce qui fait que la date exacte de l'arrivée de l'islam sur l'île reste controversée. Ce qui semble probable est que la propagation de l'islam était relativement réduite aux côtes et routes commerciales majeures de l'île de Papouasie tout en étant majoritaire dans les villes portuaires et les îles alentours et dans les provinces actuelles de Papouasie occidentale.

À en juger par les recherches anthropologiques conduites par Harsja W. Bachtiar en 1963, il est rapporté ce qui suit : « plusieurs régions de l'Irian occidental [=Papouasie] sont devenues le domaine du sultan Tidore et du sultan Banda. Dommage car il n’y a pas de traces sous forme de déclarations écrites, nous ne savons pas quand et où se trouvent également des Indonésiens venus d’îles indonésiennes en dehors de la région de l’Irian occidental. En général, ils ont embrassé l'islam. [...] Depuis que des missionnaires religieux des Pays-Bas ont déployé des efforts pour diffuser le christianisme en Irian occidental, le nombre d'Indonésiens non autochtones a augmenté en Irian occidental en raison de l'utilisation de travailleurs originaires de diverses îles du Pacifique amenés dans le but d'aider les missionnaires religieux, en particulier en tant que professeurs et infirmières. Beaucoup de gens qui suivent le christianisme sont émigrés des îles Maluku telles que Kei, Ianimbai, Banda et Sangir [eux-mêmes enfants des esclaves amenés par les Hollandais pour repeupler les divers îles de l'archipel Banda après les massacres de Benda] »[17],[18].

Prédominance du Sultanat de Tidore sur les Moluques et la PapouasieModifier

 
Sultan Saifudin de Tidore (règne de 1657 à 1689)

Depuis le XVe siècle un certain nombre de personnalités locales nommées par le sultan de Ternate (ou de Tidore selon les époques), sont devenues gouverneurs à Biak. Ils reçoivent une variété de titres, qui sont des titres régionaux. Un certain nombre de ces noms de poste peuvent maintenant être retrouvés dans les noms des clans et de familles. Outre le sultanat de Ternate, les Moluques plus généralement ont aussi longtemps eu des relations anciennes avec l’ouest de la Nouvelle-Guinée, sous forme d'échanges aussi bien cérémoniels que matériels[19]. Ainsi, l'île indonésienne de Banda notamment commerçait avec certaines parties de la Nouvelle-Guinée. Le sultanat de Bacan, vassal de celui de Tidore, revendiquait la suzeraineté sur les îles Raja Ampat près de la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée. Des marchands des sultanats de Kei et Aru, situés au sud des Moluques, avaient des relations avec la Nouvelle-Guinée[20]. La partie sud-ouest de la Papouasie occidentale faisait partie des terres du sultanat de Céram (qui était selon les époques vassales de Tidore ou indépendant) avec qui elle avait des relations commerciales bien établies à partir du XIVe siècle. Dans ce cadre une lingua franca spéciale était utilisée pour le commerce et pour faciliter les communications avec certaines tribus papoues éloignées des cotes: l’Onin qui était «un mélange de malais et des langues locales parlées le long des côtes de la péninsule de Bomberai »[21],[22].

Le sultanat de Tidore était, depuis la fin du XVIIe siècle, un des royaumes les plus indépendants de l'archipel de Maluku. Durant le règne du sultan Saifuddin, Tidore parvint à rejeter le contrôle et l'influence de la compagnies des Indes orientales néerlandaises permettant au sultanat de rester totalement indépendant jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. En 1660, un accord fut trouvé entre le sultanat de Tidore et le sultanat Ternate pour le partage de l'île de Papouasie. Cet accord conclu sous la supervision du gouvernement des Indes orientales néerlandaises aboutit à la reconnaissance de la possession de l'île de Papouasie dans son entièreté par le sultanat de Tidore.

 
Sultanat de Tidore et Ternate en 1800: - En Orange: Le Sultanat de Tidore. - En Orange Clair: Les états vassaux du Sultanat de Tidore - En Rouge: Le Sultanat de Ternate (sous le contrôle de la Compagnie des indes néerlandaise).

Le sultanat de Tidore atteignit son apogée sous le règne du sultan Nuku (1780-1805), couvrant entre autre l’île de Seram, des parties de Halmahera, Raja Ampat et certaines parties de la Papouasie. En novembre 1780, le sultan Nuku de Tidore a été proclamé sultan de Papouasie et de Céram (la plus grande île de l'archipel des Moluques) par ces partisans parmi diverses tribus Céramais et Papous[23],[24]. Dans ces correspondances, le sultan Nuku signait ses lettres avec la mention: "Sultan Muhammad Saifudin Sah, Roi de Papouasie", signature qu'on retrouve notamment dans la lettre qu’il envoya au gouverneur néerlandais d’Ambon, Van Pleuren[25],[26]. Certains historiens, comme Van Velzen, affirment que le Malai était une langue régionale de communication en Papouasie et non uniquement réservée au sujet de Tidore : ces historiens se basent souvent sur un récit (sur le rapport de H. Zwaardecroon et C. Chasteleijn concernent le voyage en Nouvelle-Guinée entrepris par Jacob Weyland en 1705) relatant une des premières visites européennes dans le Golfe de Cenderawasih dans l'actuelle province de Papouasie, en 1705, et comment l'équipage put communiquer avec certains habitants papous en Malai[27].

Charles D. Rowley affirme que les explorateurs malais se sont rendus jusqu’à l'est de la région du fleuve Sepik dans l’actuelle Papouasie Nouvelle Guinée lors des expéditions à la recherche des oiseaux de paradis[28],[29]. Par la suite les Britanniques, en 1793, établissent le premier poste européen à Dorey, l'actuel Manokwari, alors dans le territoire du sultanat de Tidore; néanmoins les britanniques ne le maintiennent que pendant deux ans. Les Néerlandais ne manifestaient encore aucun intérêt direct pour cette région à cette époque[27],[29].

À la fin des années 1940, les Pays-Bas reconnaissaient encore la suzeraineté de Tidore sur une grande partie de l'île de Papouasie[30]. La ville de Numbay (actuelle Jayapura) entretint des relations politiques et commerciales avec le sultanat de Ternate dès le XIXe siècle[31].


Contexte moderneModifier

Avant 2000, la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée constitue une province unique de l'Indonésie sous le nom d'Irian Jaya puis de Papua à partir de 2000. En , le gouvernement indonésien crée la province de Papua occidentale en séparant la partie extrême-occidentale de la Nouvelle-Guinée (la péninsule de Doberai, dite Vogelkop, « tête d'oiseau » en néerlandais, et ses îles environnantes), du reste de la province qui conserve le nom de Papouasie. Cette séparation est particulièrement contestée par l'Organisation pour une Papouasie libre qui revendique depuis les années 1950 l'indépendance de la Nouvelle-Guinée occidentale.

Divisions administrativesModifier

 
Carte montrant les kabupaten des provinces de Papua et de Papua occidental en 2001.

La province comprend 28 kabupaten :

et une kota :

La formation de nouveaux kabupaten a été décrétée par le gouvernement indonésien lors des dernières années, plusieurs d'entre eux situant dans la région des hautes-terres centrales.

TourismeModifier

La vallée de Baliem est très réputée pour les treks dans les montagnes . Pour y aller, il faut prendre un avion pour Wamena ou bien marcher plusieurs jours. À peine 50 000 touristes y sont allés en 2013 (source : OMT). Un permis est nécessaire mais il s'obtient très facilement, sur simple demande et gratuitement, au commissariat de Jayapura par exemple (à la date de janvier 2019).

Notes et référencesModifier

  1. ethnologue.com dans ethnologue.com
  2. a b c d e et f « Le Temps du Rêve. », sur sites.google.com (consulté le 21 novembre 2019)
  3. (en) Bilveer Singh, Papua: Geopolitics and the Quest for Nationhood,
  4. (id) Tarmidzy Thamrin, Boven Digoel: lambang perlawanan terhadap kolonialisme, , Page 101
  5. (en) Eric Hirsch et Will Rollason, The Mélanesian World, , Page 64
  6. White, Osmar. Parliament of a Thousand Tribes, Heinemann, London, 1965
  7. Indonesian New Guinea Adventure Guide: WEST PAPUA / IRIAN JAYA (Page 38) David Pickell
  8. Rutherford, Danilyn, Raiding the land of the foreigners : the limits of the nation on an Indonesian frontier, Princeton University Press, (ISBN 0-691-09590-6, 978-0-691-09590-5 et 0-691-09591-4, OCLC 473269258, lire en ligne)
  9. a b c d et e M. Adnan Amal, "North Maluku, Journey History 1250 - 1800 Volume I", Université de Khairun, Ternate 2002.
  10. Charles A. Truxillo, Crusaders in the Far East: The Moro Wars in the Philippines in the Contexte of the IberoIslamic Wordl War, , Page 115
  11. a et b Ricklefs, M. C. (Merle Calvin), A history of modern Indonesia since c. 1300, Macmillan, (ISBN 0-333-57689-6, 978-0-333-57689-2 et 0-333-57690-X, OCLC 30320024, lire en ligne)
  12. a et b (en) Azyumardi Azra, Islam in the Indonesian World: An Account of Institutional Formation, Page 36, 169
  13. John Villiers, "The Jesuit Mission in Moro 1546-1571," Op.cit., p. 277.
  14. Kepulauan Rempah-Rempah, Perjalanan Sejarah Maluku Utara (1250 - 1950); Page 50
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  17. Wartawan Ali Athwa., « “Islam Atau Kristen Agama Orang Irian (Papua)” », Majalah Hidayatullah
  18. (id) « PENDUDUK MUSLIMLAH YANG MENGANTARKAN PENGINJIL KRISTEN DI PAPUA »
  19. Clive Moore, New Guinea : Crossing Boundaries and History, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2003, p. 73
  20. Roy F. Ellen, On the Edge of the Banda Zone: Past and Present in the Social Organization of a Moluccan Trading Network, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2003
  21. Goodman, Thomas. 2002. The Rajas of Papua and East Seram during the early modern period (17th – 18th centuries)
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  26. ANRI Ternate No.138, Various letters concerning Prince Nuku of Tidore, no 109. as quoted in Katoppo, Nuku, 237.
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  31. "Jelajah Sepeda Papua – Jayapura, Cahaya Dari Timur". Jelajah Sepeda Papua (in Indonesian). Jakarta: KOMPAS. KOMPAS. p. 24. Retrieved 6 June 2015. Fabio Maria Lopes Costa (5 June 2015).

Voir aussiModifier

Lien externeModifier

  • 2014, programme d'exploration de la biodiversité des karsts de Papouasie-Occidentale

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