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Bassin Indo-Pacifique

Zone couverte par le bassin Indo-Pacifique

Le bassin Indo-Pacifique est une région biogéographique océanique qui comprend les zones tropicales et subtropicales de l'océan Indien et de la partie occidentale de l'océan Pacifique. Ces deux océans possèdent en effet en commun une même source principale originelle de biodiversité centrée sur l'archipel indonésien. De nombreuses espèces marines et littorales se trouvent ainsi représentées aussi bien dans l'océan Indien que dans le Pacifique, alors que l'océan Atlantique qui n'est pas relié aux précédents par des eaux tropicales possède une faune et une flore souvent différentes.

Le bassin Indo-Pacifique inclut les mers annexes, comme la mer Rouge, mais exclut les parties tempérées et polaires des deux océans ainsi que la partie orientale de l'océan Pacifique le long des côtes américaines qui constitue un domaine biogéographique bien distinct.

Le concept géopolitique, remonte à l'époque ou l'Empire britannique était une double monarchie où, depuis les Indes, régnait le Raj britannique, qui a joué un rôle de puissance indo-pacifique de 1858 à 1947, après avoir pris le relais de la Compagnie britannique des Indes orientales. Cette dernière fut en son temps l'entreprise commerciale la plus puissante au monde, détenant le monopole du commerce dans l'océan Indien et dominant les flux commerciaux avec l'Asie.

Histoire et conceptModifier

L'Indo-Pacifique, une échelle qui a une histoireModifier

 
Membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN)

Ce concept monte en puissance depuis 2012, impulsé par l'Australie et le Japon, embrassé avec fougue par la France depuis 2018[1], et avec plus de circonspection par les États-Unis sous Donald Trump et l'ANSEA (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) - malgré les réticences de Singapour.

Historiens et géographes ont depuis longtemps montré que derrière les dénominations géographiques se cachent toujours des enjeux politiques, souvent de pouvoir, et parfois de domination. La pertinence de l' « Amérique latine », la question de savoir comment appeler le « Golfe » (Arabo-Persique ? Persique ?), l'eurocentrisme du « Moyen-Orient » et de l' « Extrême-Orient », l'émergence de l' « Asie du Sud-Est » dans les analyses américaines durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, les contestations des appellations de possession (océan « Indien », mers « de Chine », mer « du Japon » ...), la liste des usages anciens est plus en plus remise en cause. En même temps, et alors qu'on parle de « tournant spatial » dans les sciences sociales conduisant à revisiter les cadres spatiaux traditionnels, la réactivation et la création d'expressions se poursuivent[2]'[3].

La chute de l'Union soviétique a redonner de l'élan aux réflexions et slogans sur l'échelle eurasiatique. Au même moment, l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation), crée en 1989, donnait ses lettres de noblesse à l'expression « Asie-Pacifique »[4]. Cette expression avait d'abord été utilisé par le Japon, lorsque, dans les années 1960, il commençait à se réengager en Asie. Avec l' Asie-Pacifique, le Japon mariait l'Asie « jaune » et le Pacifique « blanc ». Seule pays développé d'Asie, il pouvait être le lien entre l'aide occidentale et les pays en voie de développement de la région.

L'expression s'est véritablement imposée à la fin des années 1980, décennie qui avait vu fleurir les expressions « siècle du Pacifique » et « Pacific Rim » (bordure du Pacifique), et rappeler les prophéties du XIXe siècle qui voyait le centre du monde glisser de la Méditerranée à l'Atlantique et bientôt dans le Pacifique. L'APEC, symbole du « recentrage économique » de l'Asie (en 1990, le Japon exporte désormais davantage vers l'Asie que vers les États-Unis, tandis que s'estompe le « rideau de bambou » qui avait divisé l'Asie en deux camps durant la guerre froide)[5] et de la montée en force du discours, avant la crise asiatique de 1997[6], sur les valeurs asiatiques permettant une croissance supérieur à celle de l'Occident couplée à la stabilité politique[7].

Sens de l'Indo-PacifiqueModifier

 
Itinéraire des voyages de Zheng He de 1405 à 1433.

L’ambiguïté suscité par la coexistence de différentes approches concernant l'Indo-Pacifique a concouru au succès de ce concept désormais mobilisé par les principaux acteurs régionaux, et ce malgré l'absence de consensus sur la portée politico-statégique ou même ses contours géographiques. Pour autant, cette disparité de conceptions nuit à l'intelligibilité de l'Indo-Pacifique, limitant sa portée empirique et son avenir stratégique[8].

La jonction des océans Indien et Pacifique en une seule vision stratégique a connu une fortune cyclique. L'indo-Pacifique, préfiguré dès le XVe siècle par les voyages de l'explorateur chinois Zheng He jusqu'à la Corne de l'Afrique, envisagé sous un angle stratégique par le Raj britannique comme par la France coloniale, mobilisé au moment des indépendances pour souligner l'unité de l'archipel indonésien au carrefour des océans, fait également depuis 1947 l'objet du commandement éponyme des forces armées américaines. Dans les années 1990, semblait relégué à l'arrière-plan parmi les préoccupation des puissances régionales, focalisées sur institutionnalisation du potentiel économique de l'Asia Pacific Economic Cooperation (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique - APEC) et la multiplication des défis stratégiques en Asie de l'Est.

Le lancement en 2007 du (Quad) Dialogue de sécurité quadrilatéral (en) entre les États-Unis, l'Inde, l'Australie et le Japon, et sa résurrection dix ans plus tard, ont relancé la coopération entre acteurs des deux océans[9]. La connotation stratégique de cette dernière contraste avec le ressort prioritairement économique des interaction au sein de l'APEC, par ailleurs tributaire des tension entre la Chine et les État-Unis. L'Indo-Pacifique connaît donc une nouvelle popularité, qu'illustre sa diffusion dans le vocabulaire stratégique du ministre des Armées française (depuis 2016) et sa reprise par le Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (depuis 2018)[10].

« Dans un contexte de maritimisation des échanges, les membres du Quad auxquels s'ajoutent l'Indonésie, la France et plus récemment l'ASEAN, partagent le souci de sécuriser des routes commerciales maritimes parmi les plus empruntées au monde[11]. »

Stratégie de la France en Indo-PacifiqueModifier

« Asie-Pacifique » ? Le concept d'Indo-Pacifique est d’avantage en adéquation avec la vision de la région : il englobe les océans Indiens, Pacifique et Austral où nous avons des intérêts particuliers.

Pour la France, l'Indo-Pacifique représente un continuum sécuritaire qui s'étend de Djibouti à la Polynésie française. C'est une réalité opérationnelle qui se traduit par cinq commandements militaires répartis entre trois forces de souveraineté (FAZSOI, FANC, FAPF) et deux forces de présences (FFEAU, FFDJ). La France entretient un réseau dense de 18 attachés de défenses résidents et non résidents, accrédités dans 33 pays, qui, avec le concours d'attachés de défense adjoints, d'attachés « armement » et de coopérants militaires permanents, développent la coopération bilatérale dans tous les domaines relatifs à la défense.
Ces moyens sont indispensables pour garantir la protection et la sécurité des ressortissants et des territoires français, le contrôle des zones économiques exclusives (ZEE) et pour mettre en œuvre les activités de coopération de défense de la France.

« La sécurité de demain se construit aujourd'hui. Dans ce contexte géostratégique en mutation, les ambitions de la France sont avant tout de renforcer ses liens de coopérations et de partenariats avec les pays d'un vaste espace où les bénéfices du multilatéralisme et du respect du droit international seront essentiels à la paix et à la sécurité régionales. »

— Alice Guitton[12], directrice générale des relations à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense (DGRIS).

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Collectif, Littératures francophones d'Asie et du Pacifique, Nathan, coll. « Littératures francophones », , 159 p. (ISBN 978-2098824058)
  • Jean-Luc Domenach et David Camroux, L'Asie retrouvée, Seuil, coll. « FDS Seuil », , 360 p. (ISBN 978-2020313896)
  • Jacques Gravereau, L'Asie majeure : l'incroyable révolution de l'Asie pacifique, Grasset et Fasquelle, , 325 p. (ISBN 978-2246552215)
  • Jean-François Sabouret et Maurice Aymard, L'Asie-Monde. Chroniques sur l'Asie et le Pacifique. 2002-2011, CNRS Editions, coll. « Etudes Imasie-Pacifique », , 600 p. (ISBN 978-2271073327)
    • L'Asie-monde II Chroniques sur l'Asie et le pacifique 2011-2013, CNRS Editions, coll. « Alpha », , 184 p. (ISBN 978-2271078728)
  • Hugues Tertrais, Thibault Leroy et Cécile Marin (Cartographe), Atlas de l'Asie du Sud-Est : Les enjeux de la croissance, Editions Autrement, coll. « Atlas/Monde », , 96 p. (ISBN 978-2746734418)
  • Jean-Marie Crouzatier, L'appropriation de la mer en Asie du sud-est, Editions L'Harmattan, coll. « Points sur l'Asie », , 262 p. (ISBN 978-2343147314)
  • Pascal Boniface, Comprendre le monde - 5e éd. - Les relations internationales expliquées à tous, Armand Colin, coll. « Comprendre le monde », , 336 p. (ISBN 978-2200624958)
  • Adrien Schu, Jean Masson et Jean-Marc Chataigner, Indo-Pacifique : un concept flottant ?, Institut Français des Relations Internationales (IFRI), coll. « Format Kindle », , 196 p. (ASIN B07XSCN9PD)
  • Rodolphe De Koninck, L'Asie du Sud-Est, Armand Colin, coll. « Collection U (4e éd.) », , 400 p. (ISBN 978-2200626587)
  • Nathalie Fau et Manuelle Franck, L'Asie du Sud-Est - Capes/Agrégation. Histoire-Géographie: Émergence d'une région, mutation des territoires, Armand Colin, coll. « Horizon », , 448 p. (ISBN 978-2200626983)
  • Pierre Grosser, L'Histoire du monde se fait en Asie -NE: Une autre vision du XXe siècle, Odile Jacob, coll. « Histoire », , 667 p. (ISBN 978-2738148773)

Notes et référencesModifier

  1. La France présente sa politique de défense en Indo-Pacifique.
  2. Michel Fouquin, Pacifique : le recentrage asiatique, Paris, Economica, 1991.
  3. L'économie mondiale.
  4. « Le sommet de l'Apec échoue à établir une déclaration commune », sur RFI, (consulté le 31 octobre 2019).
  5. Michel Fouquin, Pacifique : le recentrage asiatique, 1991.
  6. Jean-Pierre Paulet, L'Asie et la mondialisation – Croissance et crise, éd. Ellipses, coll. « Histégé », Paris, 1999, 192 p. (ISBN 978-2729849917)
  7. Jean-Luc Domenach. L'Asie retrouvée, 1997.
  8. Suivant un sondage, réalisé fin 2018 parmi 989 experts des dix États membres de l'ASEAN, 6,1 % des enquêtes jugeaient le concept d'Indo-Pacifique trop imprécis. Tang Siew Mun, Hoang Tha : The State of Southeast Asia, 2019 Survey Report, Singapour, ISEAS, 29 janvier 2019, p. 25.
  9. Quadrilateral Security Dialogue 2 (Quad 2.0) - un concept stratégique crédible ou une simple « écume dans l'océan » ?.
  10. XVIIIe Comité des signataires de l’Accord de Nouméa. Dans l’esprit de l’axe indo-pacifique.
  11. [1]. Delphine Allès (Institut national des langues et civilisations orientales).
  12. Alice Guitton va diriger la DGRIS.

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