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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Delumeau.

Jean Delumeau, né le 18 juin 1923 à Nantes, est un universitaire et historien français spécialiste des mentalités religieuses en Occident et, plus particulièrement du christianisme de la Renaissance et de l'Époque moderne.

BiographieModifier

Carrière universitaireModifier

Élève au lycée Thiers de Marseille, il prépare le concours d'entrée de l'École normale supérieure, où il a comme professeurs Roger Mehl[1] (philosophie). Il est admis à l'ENS (promotion 1943), agrégé d'histoire, membre de l'École française de Rome et docteur ès lettres, il a enseigné l'histoire à l'École polytechnique, à l'université de Rennes II et à l'université de Paris I[2].

Détaché au Centre national de la recherche scientifique de 1954 à 1955, directeur du Centre armoricain de recherches historiques de 1964 à 1970 et directeur d'études à à l'École pratique des hautes études de 1963 à 1975 puis à l’École des hautes études en sciences sociales de 1975 à 1978, il est professeur puis professeur honoraire au Collège de France, où il occupa de 1975 à 1994 la chaire d'« Histoire des mentalités religieuses dans l'Occident moderne »[3],[4].

Membre du comité éditorial de plusieurs revues académiques et professeur invité dans plusieurs universités d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie, il est également membre honoraire de l'Institut universitaire de France et de l'Academia Europaea.

Membre de l'InstitutModifier

Élu le , membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, au fauteuil de Georges Dumézil[5].

Son épée d'académicien lui a été remise le par Philippe Wolff. Au cours de la cérémonie, des allocutions ont été prononcées par Nicole Lemaître, Alain Cabantous, Michel Mollat du Jourdin, Philippe Wolff et lui-même.

« De la peur, liée au pêché, vous avez trouvé et, avec les générations antérieures, éprouvé comme nous tous la prégnance, entretenue par une éducation incitant au scrupule. Vous y voyez, non sans raison, une des racines de la déchristianisation contemporaine. Cependant, votre propre anxiété désamorçait déjà le découragement. Alors, répondant à une attente, l’un de vos derniers livres, Rassurer et protéger, présente tout grand l’abri tutélaire du manteau de la Vierge intercédante. »

— Mollat du Jourdin

« Je suis fier et heureux, cher Philippe Wolff, de recevoir de vos mains cette épée que mes enfants ont choisie du début du XIXe siècle afin de l'accorder au costume dessiné par David. Dans la ligne de ce qui vient d'être dit, je veux délibérément placer mon intervention et mes remerciements sous le signe de l'amitié. (…). L'épée fine, élégante et chronologiquement bien datée que je porterai désormais grâce à vous sous la coupole additionne à mes yeux trois significations. D'abord, elle me rappellera jusqu'en bout de carrière la chaleureuse sympathie dont vous m'avez entouré ce soir ; elle symbolise ensuite un attachement à l'histoire que j'ai manifesté dès l'enfance ; elle exprime enfin une sobriété de style dont j'aimerais faire passer quelque chose dans mon écriture[6] »

En 2002, il est en vain candidat à l'Académie française[7].

Fonctions honorifiques et engagementsModifier

Il est membre d'honneur de l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine culturel français[7]. Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix[8].

Le , il fait partie des signataires d'une tribune de chercheurs et d'universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l'enseignement supérieur et la recherche[9].

Vie privéeModifier

Il est le père de l'historien Jean-Pierre Delumeau[10].

DécorationsModifier

Docteur honoris causaModifier

Autres distinctionsModifier

Le spécialiste de l'évolution de la conscience religieuseModifier

Les ouvrages majeurs sur les thèmes qu'il travaille particulièrement concernent :

  • les pulsions avec en 1978 : La Peur en Occident, XIVe-XVIIIes[16],[17] et en 1983 : Le Péché, la Peur, la culpabilisation en Occident[18],[19] ;
  • les institutions avec en 1990 : L'Aveu et le Pardon, XIIIe-XVIIIes[20] ;
  • les représentations avec en 1992 : Le Jardin des Délices[21],[22].

ŒuvresModifier

Les ouvrages de Jean Delumeau ont été traduits dans de nombreuses langues dont le japonais, le portugais, le tchèque, le roumain, l'hongrois et l'italien.

  • Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du XVIe siècle, Paris, De Boccard, 1957[23].
  • L’Alun de Rome, XVe-XVIIIe siècles, Paris, École Pratique des Hautes Études, 1962[24].
  • Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1965.
  • Le Mouvement du port de Saint-Malo, 1681-1720 [sous la dir. de], Paris, Klincksieck, 1966.
  • La Civilisation de la Renaissance, Paris, Arthur. Coll. « Les grandes civilisations », 1967[25].
  • Histoire de la Bretagne [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1969.
  • Le Catholicisme de Luther à Voltaire, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1971[26].
  • L’Italie de Botticelli à Bonaparte, Paris, Armand Colin, 1974, (réédité en 1991 chez Armand Colin sous le titre L'Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle).
  • Rome au XVIe siècle, Paris, Hachette, 1975.
  • La Mort des pays de Cocagne. Comportements collectifs de la Renaissance à l’âge classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976[27].
  • Le Christianisme va-t-il mourir ?, Paris, Hachette, 1977[28].
  • La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles). Une cité assiégée, Paris, Fayard, 1978[29].
  • Histoire vécue du peuple chrétien, 2 vols [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1979[30].
  • Le Péché et la peur : La culpabilisation en Occident (XIIIe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 1983[31].
  • Ce que je crois, Paris, Grasset, 1985.
  • Le cas Luther, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1986.
  • Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et des calamités en France [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1987.
  • La Première communion : quatre siècles d'histoire [sous la dir. de], Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1987.
  • Rassurer et protéger. Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois, Paris, Fayard, 1989[32].
  • Injures et blasphèmes [sous la dir. de], Paris, Imago, 1989.
  • L'aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1990[33].
  • Histoire des pères et de la paternité [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1990[34].
  • Une histoire du Paradis. I : Le Jardin des délices, Paris, Fayard, 1992.
  • Le Fait religieux [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1992.
  • La Religion de ma mère : Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi [sous la dir. de], Paris, Éditions du Cerf, 1992[35].
  • Le Savant et la foi : des scientifiques s'expriment [sous la dir. de], Paris, Flammarion, 1993.
  • Une histoire du Paradis. II : Mille ans de bonheur, Paris, Fayard, 1995[36].
  • Histoire artistique de l'Europe : La Renaissance (avec Ronald Lightbown), Paris, Le Seuil, 1996.
  • L'Historien et la foi [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1996.
  • Des Religions et des Hommes (avec Sabine Melchior-Bonnet), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1997[37].
  • Entretiens sur la fin des temps (avec Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Jean-Claude Carrière), Paris, Fayard, 1998.
  • Une histoire de la Renaissance, Paris, Perrin, 1999.
  • Une histoire du Paradis. III : Que reste-t-il du Paradis ?, Paris, Fayard, 2000[38].
  • Chrétiens, tournez la page (avec Yves de Gentil-Baichis, René Rémond, Marcel Gauchet, Danièle Hervieu-Léger, Paul Valadier), Paris, Bayard, 2002.
  • Guetter l'aurore. Un christianisme pour demain, Paris, Grasset, 2003[39].
  • Jésus et sa passion (avec Gérard Billon), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 2004.
  • La plus belle histoire du bonheur (avec André Comte-Sponville et Arlette Farge), Paris, Le Seuil, 2004.
  • Le Fait religieux, tome 1: Le Christianisme [sous la dir. de], Paris, Fayard, 2004.
  • Histoire des mentalités religieuses dans l'occident moderne, Paris, Collège de France / Le Livre Qui Parle, 2005.
  • Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008[40].
  • À la recherche du paradis, Paris, Fayard, 2010[41].
  • La seconde gloire de Rome. XVe-XVIIe siècle, Paris, Perrin, 2013[42].
  • De la peur à l'espérance, Paris, Robert Laffont. Collection « Bouquins », 2013[43].
  • L'avenir de Dieu, Paris, Éditions du CNRS, 2015[44],[45].

BibliographieModifier

  • Collectif, Homo Religiosus. Autour de Jean Delumeau, Paris, Fayard, 1997.

Notes et référencesModifier

  1. Jean Delumeau, L'Avenir de Dieu, CNRS Editions, (ISBN 9782271088420, lire en ligne)
  2. « Jean Dolumeau », sur babelio.com
  3. a b c d e f g et h « Jean Delumeau », sur college-de-france.fr
  4. « Jean Delumeau », sur sorbonne.fr
  5. a b c d e f et g « DELUMEAU Jean, Léon, Marie, Joseph, André », sur aibl.fr
  6. J. Delumeau, in Hommage à Jean Delumeau à l'occasion de son élection à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1990, p. 29-30.
  7. a et b « Candidatures au fauteuil de M. Léopold Sédar Senghor (F16) », sur academie-francaise
  8. « La mémoire vive de Jean Delumeau », sur lavie.fr,
  9. « Des universitaires et chercheurs appellent à soutenir Emmanuel Macron », sur petiteau-natalie.blogspot.fr, . La tribune est relayée le lendemain par Le Monde : « “Nous, universitaires et chercheurs, tenons à manifester notre soutien à Emmanuel Macron” », sur lemonde.fr, .
  10. « Jean-Pierre Delumeau », sur babelio.com
  11. Ordre de la Légion d'Honneur. Décret du 31 décembre 1989 portant promotion et nomination
  12. Décret du 31 décembre 1999 portant promotion
  13. Décret du 7 mai 2007 portant promotion et nomination
  14. Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres.
  15. a b c et d « Jean Delumeau », sur academie-francaise.fr
  16. « La peur et l'historien », Communications, vol. 57,‎ , p. 17-23 (lire en ligne)
  17. « Face à la mort, Jean Delumeau invite à l’espérance », sur religions.blogs.ouest-france.fr,
  18. « Jean Delumeau : "L'enfer est devenu un tabou" », sur lepoint.fr,
  19. Guillaume Cuchet, « Jean Delumeau, historien de la peur et du péché : Historiographie, religion et société dans le dernier tiers du 20e siècle », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, vol. 107,‎ , p. 145-155 (lire en ligne)
  20. « Jean Delumeau, à la gauche du Seigneur », sur lemonde.fr,
  21. « Jean Delumeau : À la recherche du paradis », sur canalacademie.com,
  22. « Christianisme en espérance », sur la-croix.com,
  23. Pocquet du Haut-Jussé B. A., « Jean Delumeau, Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du XVIe siècle. », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 65, no 3,‎ , p. 396-399 (lire en ligne)
  24. Pierre Chaunu, « L'Alun de Rome. XVe-XVIe siècles », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 19, no 4,‎ , p. 761-767 (lire en ligne)
  25. Jean-Charles Balty, « Jean Delumeau. La civilisation de la Renaissance », Bulletin Monumental, vol. 168, no 2,‎ , p. 429-430 (lire en ligne)
  26. François Lebrun, « Jean Delumeau, Le catholicisme entre Luther et Voltaire », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 27, no 2,‎ , p. 434-437 (lire en ligne)
  27. Hervé Hasquin, « Delumeau (Jean), La mort des pays de cocagne. Comportements collectifs de la Renaissance à l'âge classique », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 57, no 2,‎ , p. 515-516 (lire en ligne)
  28. Gustave Thils, « J. Delumeau, Le christianisme va-t-il mourir ? », Revue théologique de Louvain, vol. 8, no 4,‎ , p. 498-499 (lire en ligne)
  29. François Lebrun, « Jean Delumeau, La peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles). Une cité assiégée », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 34, no 6,‎ , p. 1262-1266 (lire en ligne)
  30. Émile Poulat, « Delumeau (Jean) éd Histoire vécue du peuple chrétien », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol. 51,‎ , p. 220-221 (lire en ligne)
  31. Jérôme Baschet, « Jean Delumeau, Le péché et la peur. La culpabilisation en Occident, XIIIe-XVIIIe siècles », Médiévales, vol. 6,‎ , p. 113-116 (lire en ligne)
  32. Guy Boquet, « Jean Delumeau, Rassurer et protéger, le sentiment de sécurité dans l'Occident d'autrefois », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 37, no 4,‎ , p. 687-693 (lire en ligne)
  33. Nicole Lemaitre, « Jean Delumeau, L'aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 46, no 6,‎ , p. 1299-1300 (lire en ligne)
  34. Serge Chassagne, « Jean Delumeau, Daniel Roche (dirs.), Histoire des pères et de la paternité », Histoire de l'éducation, vol. 50,‎ , p. 125-129 (lire en ligne)
  35. Catherine Marand-Fouquet, « Jean Delumeau (dir.), La religion de ma mère, le rôle des femmes dans la transmission de la foi », Clio, vol. 2,‎ (lire en ligne)
  36. Jean Séguy, « Delumeau (Jean), Mille ans de bonheur. Une histoire du paradis », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol. 92,‎ , p. 101-102 (lire en ligne)
  37. « Delumeau (Jean), Melchior-Bonnet (Sabine), Des religions et des hommes », Archives de sciences sociales des religions, vol. 114,‎ (lire en ligne)
  38. Philippe Boutry, « Jean Delumeau, Que reste-t-il du paradis ? », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 56, no 1,‎ , p. 271-275 (lire en ligne)
  39. Émile Poulat, « Jean Delumeau, Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain », Archives de sciences sociales des religions, vol. 126,‎ (lire en ligne)
  40. Françoise Hildesheimer, « Jean Delumeau. Le mystère Campanella », Bibliothèque de l'École nationale des chartes, vol. 166, no 1,‎ , p. 293-294 (lire en ligne)
  41. « La quête du paradis de Jean Delumeau », sur lepoint.fr, (consulté le 22 août 2016)
  42. « La seconde gloire de Rome XVe - XVIIe siècle », sur college-de-france.fr
  43. « Jean Delumeau, De la peur à l’espérance », sur college-de-france.fr
  44. « L’historien des religions Jean Delumeau », sur rfi.fr,
  45. « Jean Delumeau : "L'Église de François n'est pas encore moderne" », sur lepoint.fr,

Liens externesModifier