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Deuxième guerre civile libyenne

Guerre débutée en 2014
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir guerre civile libyenne.
Deuxième guerre civile libyenne
Description de cette image, également commentée ci-après
Libye en avril 2019
Informations générales
Date en cours
(5 ans, 3 mois et 1 jour)
Lieu Libye et Tchad
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de la Libye Gouvernement de salut national
(Congrès général national
(2014-2016 et 2017))

Conseil suprême des Touaregs
UFDD[1]


Soutiens :
Drapeau du Qatar Qatar
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau de l'Ukraine Ukraine[2]
Drapeau de la Libye Gouvernement de Tobrouk puis de Benghazi
(Chambre des représentants)

Flag of the Toubou Front for the Salvation of Libya.svg Front toubou pour le salut de la Libye[3] Rassemblement des forces pour la libération du Soudan


Soutiens :
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis
Drapeau de la France France[4]
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Drapeau de la Russie Russie[5]
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie[6],[7]
Drapeau de la Libye Gouvernement d'union nationale
(Conseil présidentiel et Haut Conseil d'État)
(depuis 2016)
  • Garde présidentielle
  • Brigades de Misrata (2016-2017)
  • Gardes des installations pétrolières (depuis 2016)[8]
  • Conseil suprême des Touaregs (depuis 2016)

Drapeau du Tchad CCMSR
Drapeau du Tchad UFR
Drapeau du Tchad UFDD
Drapeau du Tchad FACT
MJRN


Soutiens :
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni[9]
Drapeau de l'Italie Italie[10]
Conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi


Conseil de la Choura des moudjahidines de Derna

ShababFlag.svg AQMI


Drapeau de l'État islamique État islamique

Commandants
Drapeau de la Libye Nouri Bousahmein
Drapeau de la Libye Khalifa al-Ghowel
Drapeau de la Libye Omar al-Hassi
Hussein al-Koni
Drapeau de la Libye Khalifa Haftar
Drapeau de la Libye Abdallah al-Thani
Drapeau de la Libye Aguila Salah Issa
Flag of the Toubou Front for the Salvation of Libya.svg Issa Abdelmajid Mansour
Flag of the Toubou Front for the Salvation of Libya.svg Barka Wardougou
Ibrahim al-Jadhran (2014-2016)
Drapeau de la Libye Fayez el-Sarraj
Ibrahim al-Jadhran (depuis 2016)
Flag of Ansar al-Sharia (Libya).svg Mohammed al-Zahawi †
Flag of Ansar al-Sharia (Libya).svg Abou Khalid al-Madani
Flag of Ansar al-Sharia (Libya).svg Abou Soufian Ben Qumu
ShababFlag.svg Salim Derby †
Flag of Jihad.svg Mokhtar Belmokhtar
ShababFlag.svg Abou Talha al-Libi
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Nabil al-Anbari
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Ali al-Anbari
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou al-Baraa el-Azdi
Forces en présence
10 000 à 15 000 hommes75 000 hommes (en 2017, selon Khalifa Haftar)[11]inconnuesFlag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg 3 000 à 6 000 hommes
Pertes
inconnuesinconnues
Drapeau de la France 3 morts[13]
inconnuesinconnues
Civils :
2 000 morts au moins[12]
Total :
13 000 morts au moins[12]

Batailles

La deuxième guerre civile libyenne[14] est un conflit opposant depuis 2014 en Libye trois gouvernements rivaux[15], différents groupes armés qui leur sont plus ou moins proches, dont plusieurs groupes djihadistes, ainsi que des groupes rebelles tchadiens et darfouri servant de mercenaires :

  • le gouvernement de la Chambre des représentants élus en 2014, internationalement reconnu jusqu'en , également appelé « gouvernement de Tobrouk », basé à l'est du pays. Ce gouvernement agglomère des réseaux tribaux, des anti-islamistes et des ex-kadhafistes recyclés dans les institutions nées de la révolution de 2011[17]. Son principal bras armé est l'auto-proclamée « Armée nationale libyenne » commandée par le général Khalifa Haftar et est ponctuellement soutenu face aux djihadistes par les frappes aériennes de l'Égypte et des Émirats arabes unis ;

Sommaire

Contexte politiqueModifier

Après les élections du 7 juillet 2012, la Libye est gouvernée par le Congrès général national (CGN), l'organe législatif élu qui remplace le Conseil national de transition. Les islamistes contrôlent le CGN, présidé par un islamiste modéré, Mohamed Youssef el-Megaryef, jusqu'à sa démission le , à qui succède Nouri Bousahmein (chef de l'État), élu le [20],[21].

Des groupes armés prennent le contrôle d'installations pétrolières. Le président est rapidement accusé d'abuser de ses pouvoirs pour réprimer les débats et enquêtes[22]. Le CGN décide d'appliquer la charia au pays en décembre 2013[23] et de prolonger unilatéralement son mandat au-delà du terme prévu (janvier 2014).

Le , le général Khalifa Haftar, un ancien officier supérieur sous le régime de Kadhafi revenu de son exil aux Etats-Unis en 2011, ordonne la dissolution du CGN et en appelle à la formation d'un comité de gouvernement intérimaire pour superviser de nouvelles élections. Le CGN rejtte ses demandes et dénonce une tentative de « coup d'État ».

Le , le Premier ministre Ali Zeidan, incapable d'assurer l'ordre en Libye et de reprendre le contrôle des installations pétrolières tombées aux mains de groupes armés depuis , est destitué par le CGN et prend la fuite. L'intérim est assuré par Abdallah al-Thani[24].

Le général Haftar entame alors une tentative de reconquête des zones passées aux mains de groupes armés salafistes à Benghazi tandis que des milices rivales s'affrontent pour le contrôle de l'aéroport de Tripoli. Dans chacun des deux cas, ce sont finalement des milices islamistes qui s'imposent sur le terrain.

ChronologieModifier

2014Modifier

Article détaillé : Bataille de Benghazi (2014).
 
Le général Haftar qui a lancé l'opération anti-islamiste le 16 mai 2014.

Le , des affrontements éclatent à Benghazi entre d'anciens insurgés de la guerre civile de 2011, à savoir d'un côté les partisans du général à la retraite Khalifa Haftar, regroupés sous le nom d'« Armée nationale libyenne », et de l'autre la Brigade du 17 février et les salafistes d'Ansar al-Charia[25],[26].

Le , les troupes d'Haftar prennent d'assaut le bâtiment du Parlement à Tripoli[27], notamment les brigades de Zintan[28]. Le général déclare que son objectif est de rétablir la légitimité de l'État libyen et qu'il s'agit d'une guerre contre le terrorisme[29],[30],[31]. Cependant, cette offensive, nommée Opération Dignité, n'est pas approuvée par le gouvernement libyen, qui donne l'ordre à l'armée régulière de contrôler "tous les groupes armés" opérant dans Benghazi[25]. Le chef d'état-major de l'armée libyenne, Abdessalem Jadallah, appelle « l'armée et les révolutionnaires à s'opposer à tout groupe armé qui tente de contrôler Benghazi par la force des armes »[26].

Au moins 36 personnes[32] sont tuées dans la nuit du 28 ou dans la ville de Benghazi au cours de violents affrontements entre forces spéciales libyennes et combattants islamistes[33], alors que le , un avion militaire engagé dans des combats aux côtés des forces du général Haftar s'écrase[34] et que des groupes armés islamistes, dont Ansar al-Sharia, s'emparent d'une base militaire qui servait de quartier général à la brigade Al-Saiqa loyale au général Haftar[35]. En août, Ansar al-Charia annonce la fondation d'un « émirat islamique » à Benghazi[36].

Parallèlement, le 13 juillet commencent des combats pour le contrôle de l'aéroport de Tripoli entre milices rivales. Le , plusieurs obus tombent sur le terminal de l'aéroport international de Tripoli. Des combattants venus de Misrata, la capitale économique à 200 km à l'est de la capitale, tentent de déloger des miliciens originaires de Zintan, à 160 km au sud-ouest de Tripoli, qui contrôlent le site depuis le renversement du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, après avoir pris de Tripoli avec l'aide de la Coalition[37].

Ces combats s'étendent le à la route de l'aéroport dans le sud de la capitale libyenne, notamment autour du quartier d'Abou Slim, situé à une quinzaine de kilomètres de l'aéroport[38]. Le , les combats autour de l'aéroport de Tripoli se poursuivent. Des explosions sont entendues depuis le centre de la capitale et des colonnes de fumée visibles au-dessus du secteur de l'aéroport[39]. Le , le bilan est de 97 personnes tuées et 400 autres blessées[40]. Le même jour, 23 ouvriers égyptiens périssent dans la destruction de leur foyer par une roquette dans ce secteur[32]. Le , les combats reprennent dans le sud de Tripoli. Les détonations de pièces d'artillerie et de canons anti-aériens retentissent dès l'aube, au lendemain d'une journée de cessez-le-feu temporaire négocié pour permettre aux pompiers d'éteindre l'incendie faisant rage dans un dépôt de carburants touché par une roquette. Le bilan est de 200 morts depuis deux semaines[41]. En , selon l'agence officielle soudanaise Suna, dix-huit Soudanais sont tués à la suite d'un tir de roquette dans la banlieue de Tripoli, sans précision de date et d'heure de l'incident[42].

Le , après 10 jours d'affrontements, l'aéroport tombe finalement aux mains des islamistes[43],[44].

À la suite de ces événements, le Maroc se place en état d'alerte aérienne[45]. Selon The New York Times, des avions émiratis et égyptiens lancent des mesures de rétorsion en menant des frappes à plusieurs reprises contre des milices islamistes à Tripoli[46].

À la mi-août, des dissensions commencent à apparaître à Benghazi entre islamistes proches des Frères musulmans et djihadistes qui disent avoir été marginalisés au sein du Congrès général national[47]. En effet, le 16 août, un groupe des Frères musulmans composé d'islamistes plus modérés annonce un nouveau conseil pour faire face aux problèmes de la ville, appelé le Conseil de la Choura de Benghazi. En réponse, le Conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi, djihadiste, l'accuse de s'emparer du pouvoir et des gains réalisés par les djihadistes et annonce qu'il ne le reconnaîtra pas[48].

Au mois de septembre, les brigades de Fajr Libya étendent leur contrôle du centre de Tripoli. La Chambre des représentants se réfugie sur un ferry grec à Tobrouk (le Elyra de la compagnie ANEK Lines[49],[50]). Le Congrès général national est rétabli[51],[52].

Le , la Libye affirme qu'un avion de transport militaire soudanais rempli de munitions à destination d'un aéroport de Tripoli sous le contrôle d'un groupe armé est entré dans son espace aérien[53].

Article détaillé : Bataille de Kikla.

De violents combats éclatent dans la ville de Kikla et ses environs le 11 octobre lorsque les brigades de Zintan lancent une offensive pour prendre le contrôle de plusieurs villes et routes dans le djebel Nefoussa aux mains de Fajr Libya, faisant au moins 23 tués. De nombreux habitants blessés dans les combats sont traités dans les établissements médicaux de Gharyan. L'intensification des combats dans le djebel de Nefoussa a soulevé des craintes de la perspective d'une guerre tribale et ethnique plus large[54].

Article détaillé : Bataille de Benghazi (2014-2017).

Le , alors que les combats se poursuivent à Gharyan[55], les troupes fidèles à Haftar lancent des attaques aériennes et terrestres contre Ansar-al-Charia et la Brigade du 17 février à Benghazi. Haftar affirme qu'il s'agit de la phase finale de l'opération Dignité et qu'il démissionnera de son poste à la fin de l'opération pour nommer un nouveau chef d'état-major[56]. Il existe des rapports contradictoires quant à une éventuelle participation ou soutien de l'Égypte à l'offensive[57].

Le , le Majilis Choura Chabab al-Islam, qui contrôle une partie la ville côtière de Derna, annonce prêter allégeance à l'État islamique[58],[59],[60].

Le , les brigades de Zintan attaquent la ville de Kikla tuant dix-huit combattants de Fajr Libya et en blessant quatre-vingt quatre autres[61]. Le 5 novembre, le bilan est de 142 morts et 518 blessés[62].

Le 5, une milice touarègue aurait pris le contrôle du gisement pétrolier d'El Sharara dans le Fezzan[63].

Le , des bombes explosent à Tripoli près des ambassades égyptienne et émiratie sans faire de dégâts ni victimes[64].

Le , des avions de combat loyaux à Haftar attaquent l'aéroport de Milaga à Tripoli. L'attaque entraîne la fermeture temporaire de ce dernier, mais les installations aéroportuaires ne sont pas endommagées[65]. Le 25 novembre, un deuxième raid aérien est mené contre Mitiga[66].

Le , selon des sources locales, sept personnes dont cinq travailleurs étrangers, sont tuées et 25 autres blessées lors d'un raid aérien mené par les forces pro-Haftar contre la ville portuaire de Zouara dans l'ouest du pays[67].

Le , une roquette atteint un réservoir pétrolier à al-Sedra. Par ailleurs 19 soldats du bataillon 136 sont tués lors d'une attaque de miliciens de Fajr Libya (en) à Syrte alors qu'ils surveillaient une centrale électrique[68].

2015Modifier

Le , Fajr Libya et l'armée nationale libyenne annoncent un cessez-le-feu[69] et les négociations reprennent à Genève le 26 selon l'ONU[70].

Le , une attaque terroriste, revendiquée par l'organisation État islamique, menée contre l'hôtel Corinthia à Tripoli provoque la mort de 9 personnes dont 5 étrangers[71] parmi lesquels un ressortissant français employé de la compagnie aérienne Buraq Air[72].

Amnesty International publie un rapport indiquant que plusieurs dizaines de personnes au moins ont été enlevées et exécutées par les deux camps[73].

Début février, une centaine de pick-up de l'État islamique parade à Nofilia[74]. Le 14 février, 800 hommes de l'EI prennent le contrôle d'une partie de la ville de Syrte[75],[74]. Le lendemain, l'organisation annonce la décapitation de 21 coptes égyptiens[76] et en représailles, l'Égypte bombarde des positions de l'EI à Derna, faisant peut-être une cinquantaine de morts selon un haut gradé libyen, dont sept civils selon Amnesty International[77],[78]. L'exécution des coptes provoque également la fuite hors de Libye de 25 529 Égyptiens en douze jours[79],[78].

Officiellement Fajr Libya demeure dans le déni vis-à-vis de l'État islamique et nie la présence de ce groupe sur le sol libyen, il mobilise cependant un millier d'hommes et annonce son intention de reprendre Syrte[74]. Le 20 février, trois véhicules piégés explosent à al-Qoba, dans l'est, faisant 40 morts et 70 blessés[80]. L'attaque est revendiquée par l'État islamique[81].

Le 3 mars, des djihadistes prennent le contrôle des champs pétrolifères d'Al-Bahi et Al-Mabrouk, dans le centre du pays[82].

Le 14 mars, des combats éclatent près de Syrte et Noufliyeh entre l'État islamique et des membres de la milice Fajr Libya proche du gouvernement rebelle du Congrès général national. Ils auraient fait au moins 14 morts du côté des miliciens et 15 chez l'EI, dont un chef, le Tunisien Ahmed Rouissi[83],[84],[85],[86],[87].

Le 1er avril 2015, le chef du gouvernement libyen rebelle, Omar al-Hassi, rejette son limogeage décidé la veille par le Congrès général national qui contrôle Tripoli avec la milice Fajr Libya [88]. Omar al-Hassi, un universitaire de 55 ans, avait été nommé en au poste de chef du gouvernement en août 2014 à la suite de la prise de Tripoli par la milice Fajr Libya[88]. Mais sa gestion des affaires politiques et sécuritaires est contestée par des membres du CGN qui ont réclamé son départ. On lui reproche notamment, selon une autre source parlementaire, de n'avoir pas congédié des ministres accusés de « corruption »[88]. Après la prise de Tripoli par Fajr Libya, le gouvernement et le Parlement reconnus par la communauté internationale s'exilent dans l'est du pays. L'ONU tente d'arracher un accord sur un gouvernement d'unité nationale auprès des deux principaux camps qui se disputent le pouvoir[88].

Le 13, l'ambassade sud-coréenne à Tripoli est attaquée par deux hommes armés, faisant deux morts et un blessé. Quelques heures plus tard, une bombe explose près de l'ambassade marocaine. Les attentats sont revendiqués par l'organisation État islamique[89].

Le 17, des combats ont lieu à Tajoura, près de Tripoli, entre les forces du gouvernement de Tobrouk et celles du gouvernement de Tripoli. 14 à 32 soldats de l'ANL sont tués, ainsi que quatre miliciens de Fajr Libya et trois femmes[90].

Au sud-ouest libyen, à Ubari, des affrontements opposent également Touareg et Toubous depuis octobre 2014[91]. Les Toubous, qui vivent à cheval sur la Libye, le nord du Tchad et du Niger, sont impliqués depuis février 2015 dans des affrontements meurtriers avec des tribus locales du sud du pays, notamment à Koufra et Sebha[92]. Les 18 et 19 mai, des combats entre des milices de ces deux communautés font au moins 17 morts et 16 blessés[93].

Le 28 mai 2015, l'État islamique en Libye prend possession de l'aéroport de Syrte[94]. Puis le 9 juin, il s'empare d'une centrale électrique à l'ouest, prenant ainsi le contrôle de toute la ville de Syrte[95].

Le 10 juin, l'émir de la brigade des martyrs d'Abu Salim et son numéro 2 sont assassinés à Derna par les hommes de l'État islamique. Des combats s'engagent alors dans le ville entre l'EI et le Conseil des moudjahidines de Derna, une coalition de groupes djihadistes rivaux fondée par Abu Salim et proche d'al-Qaïda. Après 10 jours d'affrontements et plusieurs dizaines de morts, l'EI est chassé du centre de Derna[96],[97]. Le 11 juillet, l'EI reconnaît avoir été chassé de Derna[98].

Le 17 juin, le Conseil de sécurité fait une déclaration soulignant l'urgence d'une concertation nationale, et se sont félicités des initiatives internationales récentes allant dans ce sens:

  • réunion des participants au Dialogue politique libyen, au Maroc, les 8 et 9 juin, à Berlin le 10 juin,
  • deuxième forum des chefs de tribu de Libye, au Caire du 25 au 28 mai[99],
  • sixième réunion des pays limitrophes de la Libye, organisé à N'Djaména le 5 juin,
  • quatrième réunion ministérielle du Groupe de contact sur la Libye, le 12 juin[100].

Le 10 juillet à Skhirat, au Maroc, le gouvernement de Tobrouk paraphe l’accord « de paix et de réconciliation » proposé par l’ONU. Cependant les représentants du Parlement de Tripoli sont absents de cette réunion[101].

En juillet 2015, au moins 40 personnes sont tuées et des dizaines blessées dans le sud-est du pays à la suite d'affrontements entre les tribus Toubous et Touaregs[92].

Du 11 au 14 août, des combats ont lieu à Syrte. La tribu des Ferjani et des salafistes quiétistes s'insurgent contre les djihadistes salafistes de l'État islamique mais la rébellion échoue[102]. Les affrontements et la répression font 150 à 200 morts selon l'ambassadeur de Libye à Paris[103].

Le 27 septembre, 3 soldats du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale ainsi que 7 jihadistes du groupe extrémiste État Islamique (EI) sont tués dans des combats dans la ville de Benghazi, selon des sources militaires et médicales. 21 autres membres blessés du gouvernement libyen sont d'autre part soignés à l'hôpital Al-Jalaa à Benghazi. Le commandement général des forces armées annonce que ses militaires ont capturé 9 autres jihadistes dans le secteur de Saberi[104].

Le , la Chambre des représentants vote une prolongation de ses activités, qui devaient cesser le 20 octobre, à une date indéterminée[105].

Le , l'ONU propose la formation d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Fayez el-Sarraj[106]. Le Haut Conseil d'État, organe exécutif, serait dirigé par Abderrahmane Souihli[107]. Le , l'accord est rejeté par la Congrès général[108]. Le , la Chambre des représentants rejette à son tour l'accord[109].

Le , l'émissaire de l'ONU, Bernardino León, annonce la poursuite des négociations entre les deux parties[110].

Le , le ministre du Plan du gouvernement de Tripoli est enlevé par des hommes armés[111].

Le , les délégués des deux parlements signent un accord stipulant la formation d'un gouvernement d'unité dans les vingt-cinq jours, la formation de deux commission mixtes chargées, respectivement de nommer, pour la première, parmi les députés des deux blocs, le chef et les vice-chefs du gouvernement, alors que la seconde est chargée d'amender &hla Constitution adoptée sous le royaume de Libye, qui serait alors rétablie[112],[113]. Cependant, le nouveau médiateur, Martin Kobler, n'apporte pas son soutien au projet[114]. En effet, des désaccords subsistent sur la forme du gouvernement, république ou monarchie, et sur le degré d'autonomie de la Cyrénaïque[115]. L'annonce intervient alors que le chef du gouvernement désigné, Fayez el-Sarraj, devait annoncer la composition de son gouvernement et que le nouveau médiateur déclarait considérer les deux camps comme « illégitimes »[115].

La signature de l'accord, initialement prévue pour le 16 décembre, est reportée pour le lendemain 17[116]. Celui-ci prévoit la formation d'un nouveau gouvernement et la mise en place d'un Haut Conseil d'État et d'un Conseil présidentiel. L'accord est finalement signé à cette date par les vice-président des deux Parlements mais a pourtant été rejeté par des membres des deux législatures[117].

Le 16 décembre, des combats éclatent à Ajdabiya, opposant les forces du gouvernement de Tobrouk aux djihadistes d'Ansar al-Charia. Le 20 décembre, les bilan est d'au moins 17 morts et 27 blessés parmi les combattants des deux camps et les civils[118],[119].

Le , le Conseil de sécurité de l'ONU apporte son soutien à l'accord[120]. Le 31 du même mois, l'accord est finalement accepté par Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants[121],[122]. Auparavant, les présidents des deux chambres parlementaires rivales, Aguila Saleh Issa et Nouri Bousahmein, avaient refusé l'accord de l'ONU[123],[124].

2016Modifier

Le , l'État islamique lance une offensive à l'est de Syrte. Les djihadistes s'emparent de Ben Jawad et attaquent ensuite des terminaux pétroliers à Ras Lanouf, Marsa El Brega et al-Sedra. Début janvier, l'EI reçoit également l'allégeance de combattants à Ajdabiya[125],[126]. Le 7 janvier, un attentat de l'EI à Zliten, tenue par Fajr Libya, fait au moins 65 morts parmi les garde-côtes[127].

Le , un nouveau gouvernement est formé par Fayez el-Sarraj[128]. Cependant, le , la Chambre des représentants refuse d'accorder sa confiance au nouveau gouvernement[129]. El-Sarraj présente par conséquent sa démission ainsi que celle de son gouvernement[130]. Le lendemain 26 janvier, il annonce la formation d'un nouveau gouvernement dans les dix jours[131].

Le , après avoir intercepté des ressortissants marocains qui avaient tenté de rejoindre l'État islamique en Libye, en se dirigeant vers Syrte, l'Algérie cesse ses liaisons aériennes avec la Libye[132].

Le , Fayez el-Sarraj demande une semaine de plus pour former le gouvernement[133].

Le à Benghazi, Daesh abat un avion Mig de l'armée libyenne[134].

Le même mois, le gouvernement de Tripoli menace de mettre fin aux liaisons avec la Tunisie si elle ne renonce pas à interdire l'atterrissage d'avions libyens sur son territoire[135]. Le , un nouveau gouvernement est proposé[136]. Le , la séance censée approuver la composition du nouveau gouvernement, est reportée d'une semaine, faute de quorum suffisant[137]. Certains députés de Tobrouk affirment avoir été empêchés de voter[138].

Le 19 février, l'aviation américaine tue une cinquantaine de djihadistes de l'État islamique dans des frappes près de Sabratha. La nuit du 23 au 24, les hommes de l'EI font une incursion à l'intérieur de Sabratha, avant d'en être repoussés par les forces de Fajr Libya[139].

Les forces de l'ANL prennent Agedabia le 21 février après des combats qui font au moins 7 morts et 31 blessés, puis le centre-ville de Benghazi le 23 février[139],[140].

Le , l'ONU accuse tous les camps de crimes de guerre[141].

Le , le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, demande à l'Union européenne de sanctionner les dirigeants des Parlements rivaux, qui sont Khalifa al-Ghowel et Nouri Bousahmein pour Tripoli et Aguila Salah Issa pour Tobrouk[142].

Le , Fayez el-Sarraj prend ses fonctions à Tunis[143]. Par ailleurs, le gouvernement est investi sans vote de confiance, qui n'a pu avoir lieu mais qui est soutenu par la France, les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni[144]. Par ailleurs, ce gouvernement justifie sa légitimité par une pétition signée par la majorité des membres de la Chambre des représentants[144]. Le , el-Sarraj annonce que son gouvernement s'installera prochainement à Tripoli[145]. Mais le jour-même, le Parlement de Tripoli rejette la déclaration d'entrée en fonction du gouvernement d'union[146]. Le 19 du même mois, c'est au tour de celui de Tobrouk de le rejeter[147]. Le , Khalifa al-Ghowel, Premier ministre dans le gouvernement de Tripoli, rejette la médiation de Martin Kobler[148]. Le , les autorités basées à Tripoli décrètent l'état d'urgence[149]. À Tripoli, des manifestations sont organisées contre l'installation du gouvernement d'union dans la ville, qui devrait siéger dans la station balnéaire de Palm City[150]. Le , le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, appelle à l'installation du gouvernement d'union à Tripoli[151]. Ensuite, el-Sarraj arrive par voie maritime à Tripoli avec son gouvernement[152], après avoir été empêché d'atterrir par des milices[153]. Les autorités de Tripoli lui demandent de quitter la ville[154], tandis que l'ONU « se félicite » de l'arrivée du Conseil présidentiel[155]. Le jour-même, des miliciens pro-Sarraj prennent le contrôle du siège d'une chaîne de télévision pro-Congrès général national[156]. Le , dix municipalités de l'Ouest reconnaissent le gouvernement d'union nationale[157]. Une manifestation de soutien au nouveau gouvernement a lieu et rassemble trois-cents personnes à Tripoli[158]. Le jour-même, l'UE sanctionne les dirigeants des deux parlements[159]. Le même jour, Khalifa al-Ghowel et Nouri Bousahmein quittent la capitale libyenne et se replient à Misrata[160],[161]. Le , le gouvernement d'union peut quitter la base maritime de Tripoli pour visiter le reste de la ville[162]. Dans la soirée, le Conseil de sécurité de l'ONU lui apporta son soutien[163]. Le , la banque centrale, la compagnie pétrolière et le fonds souverain[164], reconnaissent le gouvernement[165]. Finalement, le , les autorités sortantes de Tripoli cèdent officiellement le pouvoir à Fayez el-Sarraj et le Congrès général national est dissout[166]. Cependant, le cabinet d'el-Sarraj prend le contrôle du site internet de la présidence du gouvernement dès le lendemain[167]. Bousahmein dépose alors un recours à la Cour suprême[168].

Le , Aguila Salah Issa, président du Parlement de Tobrouk, annonce qu'un vote de confiance se tiendrait prochainement[169]. Finalement, la Chambre des représentants décide d'organiser un vote de confiance pour le [170].

Le , le gouvernement d'union crée une chambre d'opération contre l'EI[171]. Le 10 du même mois, son gouvernement annonce la création d'une garde présidentielle [172]. En mai 2016, le gouvernement de Tobrouk, désormais non reconnu, émet sa propre monnaie[173].

Bataille de SyrteModifier

Article détaillé : Bataille de Syrte (2016).

Le 12 mai, l'État islamique s'empare de la localité d'Abou Grein, à l'ouest de Syrte[174]. Non loin de là, le 18 mai, 32 miliciens des forces du gouvernement de Tripoli sont tués dans un attentat-suicide[175]. Cependant les brigades de Misrata ralliées au Gouvernement libyen d’union nationale (GNA) progressent et reprennent Abou Grein le 19 mai[176],[10]. Le 31 mai, la Garde des installations pétrolières, ralliée au Gouvernement d'union nationale et soutenue par les forces spéciales britanniques, attaquent à l'est de Syrte et reprennent les villes de Ben Jawad et Nofilia[177],[9]. Le 8 juin, les forces du GNA entrent dans la ville de Syrte[178].

Le , la compagnie pétrolière libyenne est réunifiée, la branche dissidente de l'Est reconnaissant ainsi le gouvernement Fayez el-Sarraj[179]. Cela permettrait de relancer la production, ce que conteste le gouvernement de Tobrouk[180].

Le 12 juillet, le gouvernement d’union nationale, jusqu'alors basé dans une base navale à Tripoli, s'installe dans le centre de la capitale[181].

Le 14 juillet, le ministre de la Défense du gouvernement d'union, Al-Mahdi Ibrahim al-Barghathi, survit à une tentative d'assassinat à la voiture piégée[182].

Le 21 juillet, après que la France a annoncé la mort de trois sous-officiers des Renseignements[183], originaires de Perpignan[184], dans un crash d'hélicoptère perpétré par des djihadistes. Le gouvernement d'union proteste contre une présence militaire sans son accord, tandis que des manifestations ont lieu à Tripoli et Benghazi[185] et que des milices réclament le retrait de la France[186].

Le , les États-Unis bombardent Syrte à la demande du gouvernement d'union. De nombreux djihadistes sont tués[187].

Le 22 août, le Parlement de Tobrouk, réuni avec 101 membres sur 198, réclamant le maintien de Haftar, rejette par 1 voix pour, 39 abstentions et 61 contre, la confiance au gouvernement d'union et charge el-Sarraj de former un nouveau gouvernement[188]. Les députés pro-gouvernementaux, arguant de ne pas avoir été prévenus du déroulement du vote, contestent la légitimité du vote[189].

Offensive du Croissant pétrolierModifier

Le à Ras Lanouf et al-Sedra, l'ANL du général Haftar lance un assaut sur le Croissant pétrolier contrôlé les Gardes des installations pétrolières d'Ibrahim al-Jadhran[190],[191]. Les pro-Haftar prennent deux terminaux pétroliers dans ces deux villes[192]. Les combats ont également lieu à Ajdabiya et Zueiteina, tenues par les forces fidèles au GNA[193]. Le 12 septembre, les forces fidèles à Haftar prennent le terminal pétrolier de Zueiteina[194]. Le 13 septembre, elles prennent celles de Brega[195]. L'Union européenne, les États-Unis et l'ONU[196] demandent le retrait des forces de Haftar[195], et condamnent les manœuvres de Haftar, approuvées en revanche par le Parlement de Tobrouk[196]. Fayez el-Sarraj enjoint aux Gardes des installations pétrolières de reprendre les positions perdues[197] puis, après le soutien apporté par les vices-Premiers ministres Ali al-Qatrani et Fathi al-Majbari à Haftar, décide d'appeler « au dialogue »[198].

Le , la compagnie pétrolière nationale, loyale à el-Sarraj, annonce la reprise de l'exportation du pétrole dans les quatre terminaux conquis, tout en recevant des ordres du Parlement de Tobrouk[199]. Les troupes de Haftar, récemment promu maréchal par les autorités de Tobrouk, restent néanmoins dans la zone pour surveiller les installations[200].

Le , les Gardes des installations pétrolières lancent sans succès une contre-attaque pour reprendre les terminaux de Sedra et de Ras Lanouf[201].

Le , après la fin des combats dans la zone et pour la première fois depuis novembre 2014, un pétrolier maltais quitta le port de Ras Lanouf chargé de barils de pétrole[202].

Le , l'Union européenne prolonge de six mois les sanctions contre Aguila Salah Issa, Nouri Bousahmein et Khalifa al-Ghowel[203].

Le , Khalifa al-Ghowel annonce que son gouvernement reprend le pouvoir après s'être emparé du siège du Haut Conseil d'État[204].

En décembre, les forces pro-Haftar mènent des opérations dans le sud-ouest de la Libye et prennent possession de al-Jofra, Barak al-Chati et Sebha[205].

Le 5 décembre, le Gouvernement d'union national achève la reconquête de la ville de Syrte alors dernier bastion de l'État islamique en Libye[206].

2017Modifier

La nuit du 18 au 19 janvier, des B-2 et des drones américains mènent des frappes aériennes contre l'État islamique à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Syrte. Les États-Unis et le Gouvernement d'union national annoncent conjointement que plus de 80 djihadistes ont été tués par ces frappes[207].

Le 3 mars, des attaques sont menées sur le croissant pétrolier par les Brigades de défense de Benghazi[208]. Ces dernières prennent aux forces du maréchal Haftar les villes et les sites pétroliers de Ras Lanouf d'As-Sidrah[208],[209],[210]. Elles les remettent ensuite au Gouvernement d'union nationale, qui avait pourtant condamné cette offensive[208]. Le 6 mars, les forces pro-Haftar annoncent le lancement d'une contre-offensive[211]. Le 7 mars, elles lancent une série de frappes aériennes sur Ras Lanouf et Naoufilia, sans succès[212]. Le , en réaction, le Parlement de Tobrouk se retire du processus de paix et des accords de Skhirat[213]. Le 14 mars, les forces pro-Haftar annoncent la libération de la totalité du croissant pétrolier, reprenant ainsi les sites de Ras Lanouf et d'al-Sedra[214].

Entre le 13 et 15 mars, des combats ont lieu à Tripoli entre le GNA — soutenu par des brigades tripolitaines — et celles du GNS — soutenu par les brigades de Misrata et des brigades amazigh — dans les quartiers de Hay al-Andalous et Gargaresh dans l'ouest de la capitale ainsi qu'au sud du centre-ville[208],[215]. Un hôpital et une chaine de télévision sont attaqués[215]. Le , le GNS est chassé du pouvoir après la prise par les forces du GNA de l'hôtel Rixos[216].

Le , les tribus du sud signent un accord pour sécuriser la frontière de leur région[217].

Le 5 avril, dans le Sud-ouest libyen, les forces du maréchal Haftar attaquent l'aéroport de Tamenhant, près de Sebha, défendue par les Brigades de Misrata affiliée aux Gouvernement d'union nationale[218]. Le 9 avril, les Brigades de Misrata annoncent le lancement d'une contre-offensive, baptisée opération « Espoir promis »[219].

Le , Fayez el-Sarraj et Khalifa Haftar se rencontrent à Abou Dhabi pour la première fois depuis la nomination de Sarraj[220]. Les deux protagonistes annoncent la publication prochaine d'un communiqué sur un accord[221]. Après cette rencontre, les forces du maréchal Haftar suspendent leur offensive dans le sud libyen[222]. Pourtant, le 18 mai, la Troisième Force, une des brigades de Misrata, ainsi que des hommes des Brigades de défense de Benghazi, attaquent la base de Brak Al-Shati, à 70 kilomètres au nord de Sahba, défendue par les troupes d'Haftar[222],[223],[224],[225]. L'assaut fait 141 morts, dont des civils, et des exécutions sommaires sont commises[222],[223],[226]. Le GNA — auquel la Troisième Force est affiliée — condamne l'attaque et suspend son ministre de la Défense[222]. Le 25 mai, les forces pro-Haftar contre-attaquent et s'emparent sans rencontrer de résistance de la base de Tamenhant, près de la ville de Sebha[227].

Le 26 mai, des combats entre les forces loyales au gouvernement d'union nationale et des groupes rivaux font au moins 13 morts et 80 blessés à Tripoli[228]. De plus, après l'attaque meurtrière contre des coptes du 25 mai 2017, l'armée égyptienne lance des raids aériens contre des camps d'entrainement terroristes dans la ville de Derna, dans l'est de la Libye[229].

Le 3 juin, les forces pro-Haftar s'emparent d'une base aérienne à al-Joufra, située à 500 km au sud de Tripoli. Cette base était occupée notamment par les Brigades de défense de Benghazi. Selon le porte-parole de l'ANL, celle-ci s'est également emparée des villes de Houn et Soukna, situées autour de cette base où des dépôts de munitions et des véhicules armés sont trouvés. Les forces loyales à Haftar contrôlent désormais les villes et bases militaires importantes du sud désertique libyen[230].

Le 20 juin 2017, Ghassan Salamé est nommé envoyé spécial à la tête de la mission en Libye par le Conseil de sécurité de l'ONU[231].

Le 5 juillet, le maréchal Khalifa Haftar annonce la fin de la bataille de Benghazi[232].

Le 25 juillet, Khalifa Haftar et Fayez el-Sarraj se rencontrent en France, au château de La Celle, près de Paris. Les deux hommes signent un cessez-le-feu et déclarent dans un communiqué commun : « Nous nous engageons à un cessez-le-feu et à nous abstenir de tout recours à la force armée pour ce qui ne ressort pas strictement de la lutte antiterroriste ». Ils prennent également « l'engagement solennel d’œuvrer pour la tenue des élections présidentielle et parlementaire dès que possible »[233],[234],[235],[11].

Le , le projet de constitution est voté à El Beïda[236].

Le , des combats éclatent à Sabratha[237]. Jusqu'à l'été 2017 et la conclusion d'un accord entre l'Italie et le chef local, Ahmed Dabbachi, dit Al-Ammou, cette ville était le principal point de départ des migrants vers l'Europe[237],[238]. Les affrontements opposent deux groupes : le Bataillon 48 (la milice d'Ahmed Dabbachi) et la Chambre des opérations anti-Daech, pourtant tous deux officiellement ralliés au gouvernement union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj[237],[239]. Mais le GNA prend parti contre Ahmed Dabbachi[239]. Selon Le Monde : « Les contradictions internes nourries de rivalités financières ne vont d’ailleurs pas tarder à éclater au grand jour. La montée en puissance du Bataillon 48 d’Ahmed Dabbachi qui, après avoir supervisé l’essentiel du trafic de migrants à Sabratha s’est mis à le combattre en application de l’accord secret avec Rome (générateur pour lui de multiples bénéfices) va braquer d’autres milices »[237]. L'« Armée nationale libyenne », aux ordres du maréchal Khalifa Haftar et basée à Wattiyah, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Sabratha, apporte quant à elle son soutien à la milice salafiste madkhaliste Al-Wadi à l'est de la ville[237]. Le , les forces du GNA et la milice Al-Wadi prennent le contrôle de Sabratha[240],[239]. Selon le ministère de la Santé du GNA, les combats ont fait 39 morts et 300 blessés[239]. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 14 500 migrants sont découverts par les autorités libyennes dans la région de Sabratha et 6 000 autres seraient alors toujours aux mains des trafiquants[241].

Le , deux ans après la signature des accords de Skhirat, le maréchal Haftar affirme que le mandat du Conseil présidentiel, reconnu par la communauté internationale, mais qu'il n'a jamais reconnu, a pris fin[242]. Le jour même, Mohamad Echtewi, maire de Misrata élu en 2014, est brièvement enlevé à sa sortie de l'aéroport, d'où il revenait de Turquie, puis tué[243].

Le , la commission électorale annonce que les élections présidentielles et législatives auront lieu avant le [244].

2018Modifier

En , Jaballah al-Chibani, membre de la Chambre des représentants représentant la ville de Tawarga, qualifie la révolution de février 2011 de « catastrophe », ajoutant que ceux qui diraient le contraire seraient « soit des profiteurs, soit des hypocrites », ajoutant que Kadhafi « est plus honnête qu'[eux] »[245]. Ces déclarations conduisent à l'ouverture d'une enquête parlementaire à son encontre, puisque tout député est tenu à respecter les « buts de la révolution », tandis que certains de ses collègues profèrent des insultes racistes à son égard, comme « esclave »[245].

Au même moment, malgré la signature d'un accord autorisant les habitants à revenir dans leur ville, les milices de la ville rivale de Misrata, qui ont pillé et brûlé la ville, les en ont empêchés, sachant que les premiers étaient contre Kadhafi et les seconds l'ont soutenu[246]. La signature de cet accord serait l'une des motivations du meurtre du maire de Misrata, Mohamad Echtewi, en décembre 2017[246].

En février 2018, la phase de l'enregistrement des électeurs en vue des élections est toujours en cours[247].

Le , Mahmoud al-Werfalli, l'un des commandant des forces pro-Haftar, recherché par la CPI pour des violations des droits de l'homme, se rend aux forces du maréchal[248]. Il est relâché dès le lendemain[249].

Le 22 février, des nouveaux combats éclatent à Sebha entre la tribu arabe des Oulad Souleymane et les Toubous, les premiers étant proches du gouvernement d’entent nationale dirigé par Fayez el-Sarraj et les seconds de Khalifa Haftar[250],[251],[252],[253]. Le 6 février 2018, après qu'Ahmad al-Utaybi ait refusé que sa brigade soit incorporée à l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar, la 6e Brigade est violemment attaquée par des mercenaires tchadiens et soudanais au service de l'ANL[254],[255].

Parallèlement, l'ANL lance le 19 mars une opération contre les mercenaires étrangers dans le Sud qui ne seraient pas affiliés à celle-ci[255]. Dans le cadre de son opération contre les groupes de mercenaires étrangers dans le Sud, l'ANL a envoyé des unités en provenance de Benghazi, sous le commandement de Belqassim al-Abaj, un Arabe zuwayya qui avait tenu la ville avec les forces pro-Kadhafi jusqu'au début du mois de mai 2011[255]. La force se joint au Subul al-Islam, qui avait combattu les groupes de mercenaires tchadiens et chassé les groupes rebelles darfouri avec succès[255].

Le 28 mars, les milices rivales de Misrata et de Zentan signent un accord de réconciliation[256].

Le , les différentes factions, réunies à Paris, annoncent la tenue d'élections présidentielle et législatives pour le [257].

En , des forces coalisées autour d'Ibrahim Jadhran, ancien chef des Gardes des installations pétrolières, tente en vain de reprendre le contrôle du Croissant pétrolier à l'Armée nationale libyenne[258].

Article détaillé : bataille de Tripoli (2018).

En septembre, des combats ont lieu à Tripoli[259],[260]. Selon l'analyste Carlo degli Abbati, « La décision de la France d'accélérer le processus électoral en fixant la date du 10 décembre a rendu la situation électrique dans le pays et a provoqué un retournement d’alliance de la part de la 7e Brigade, une milice Tarhouna qui s’est rangée aux côtés du maréchal Haftar », estime ce spécialiste de la Libye. Ayant le vent en poupe, car bien soutenu de l'extérieur, ils auraient pu tenter un coup d'Etat pour s’emparer du pouvoir. C’est probablement ce qui vient de se passer »[261].

Le , la loi électorale est adoptée par le Parlement de Tobrouk[262].

2019Modifier

Article détaillé : Offensive du Fezzan.

Le , l'Armée nationale libyenne (ANL) lance une offensive visant à prendre le contrôle du sud de la Libye, désertée par les Brigades de Misrata depuis juin 2017 et devenue une base arrière de groupes djihadistes, de groupes rebelles tchadiens et de groupes rebelles soudanais[263],[264],[265]. L'opération se fait alors en coordination avec le gouvernement tchadien et avec le soutien de la France, mais suscite l'inquiétude de l'Algérie[264],[266]. Fin janvier, l'ANL sécurise sans difficulté la ville de Sebha[267],[264],[268]. Cependant, des combats éclatent bientôt entre l'ANL et les rebelles tchadiens[264]. Le 1er février, ces derniers tentent une attaque à Ghadduwah, à 80 kilomètres au sud de Sebha[264]. Les forces de Haftar encerclent également la ville de Mourzouq, tenue par les Toubous[268]. L'opération est mal vécue par les populations touboues qui vivent dans la région : l'Assemblée nationale des Toubous condamne l'offensive et les députés libyens toubous suspendent leur participation aux travaux de la Chambre des représentants de Tobrouk[265]. Auparavant alliés d'Haftar, les Toubous apparaissent alors divisés[265].

Article détaillé : Bombardements de l'Ennedi.

Les rebelles tchadiens de l'Union des forces de la résistance (UFR) préfèrent alors quitter le sud de la Libye et regagnent le territoire tchadien[268]. Mais entre le 3 et , leur colonne est prise pour cible par l'aviation française dans le désert de l'Ennedi[268]. Une vingtaine de leurs véhicules sont détruits et entre 100 et 250 combattants se rendent aux forces gouvernementales tchadiennes[268],[269].

Le , l'ANL annonce s'être emparé du champ pétrolier d’al-Sharara, le plus grand du pays, situé près d'Oubari, fermé depuis décembre et auparavant contrôlé par des miliciens touaregs[266],[265]. Le , pour contrer la progression d'Haftar, Fayez Al-Sarraj nomme le Touareg Ali Kanna, un ancien militaire khadafiste, commandant de la « zone militaire sud »[266],[268],[265].

Le 28 février 2019, lors de négociations à Abou Dabi, le Gouvernement d'union nationale et le Gouvernement de Tobrouk concluent un accord sur l'organisation d’élections en Libye[270]. Une conférence nationale est prévue pour se dérouler entre le 14 et 16 avril[271]. Une deuxième conférence est prévue en juillet 2019 à Addis Abeba[272].

Article détaillé : Offensive de Tripoli.

Le 4 avril, Haftar demande à ses hommes de se diriger vers Tripoli[273]. Les forces pro-Haftar sont alors à 27 km de la capitale, tandis que des renforts pro-GNA arrivent de Misrata[273]. Haftar a repris Sermane et Gheriane[274]. Le lendemain, les troupes pro-Haftar sont repoussées de trois kilomètres[275].

Le 9 avril, la conférence nationale est reportée sine die[276].

ConséquencesModifier

 
Marines américains en train de se préparer à la base aérienne de Sigonella pour évacuer le personnel de l'ambassade des États-Unis à Tripoli.

Le , la Chambre des représentants adopte une loi portant sur la dissolution de toutes les milices officiellement reconnues, financées et formées après la révolution de février 2011. Sur les 104 représentants présents, 102 d'entre eux ont voté en faveur de la résolution[277]. Une date limite fixée au a été donnée pour la mise en œuvre de la loi. La Chambre avait tenté de faire passer la loi la veille mais n'avait pas réussi à s'entendre sur sa formulation. En dépit de celle-ci, il est difficile de savoir comment elle serait appliquée. Le même jour, la Chambre appelle également l'ONU et le Conseil de sécurité à intervenir en Libye pour protéger les civils et les institutions gouvernementales[278]. Un représentant affirme que la Chambre aurait été contrainte à cet appel à l'aide internationale après que des appels pour un cessez-le-feu aient été ignorés. Le 6 novembre, la Cour suprême fait invalider les élections législatives de juin 2014[279].

Le , la National Oil Corporation, compagnie pétrolière nationale de Libye réaffirme sa neutralité dans le conflit[280].

Réactions internationalesModifier

Le , le gouvernement algérien répond à une menace terroriste en envoyant une équipe de forces spéciales évacuer son personnel diplomatique hors de Libye[281]. Le 26 juillet, les États-Unis font évacuer leur ambassade à Tripoli vers la Tunisie[282]. De même que la France[283],[284] et le Royaume-Uni[285] ont évacué leur personnel diplomatique et que l'Inde et la Thaïlande ont commencé à évacuer leurs ressortissants travaillant sur le sol libyen[286],[287]. Le 23 août, la Libye voit ses droits d'accueillir la Coupe d'Afrique des nations de football 2017 révoqués en raison du conflit[288].

Le , l'Union européenne décide d'interdire de vol dans son espace aérien toutes les compagnies libyennes pour des raisons de sécurité[289].

Le , le président tchadien Idriss Déby a appelé l'OTAN à intervenir de nouveau en Libye[290].

En avril 2019, alors que le général Khalifa Haftar marche sur Tripoli, l'Union européenne donne l'ordre aux experts européens travaillant pour la mission EUBAM Libya de quitter la capitale libyenne pour se réfugier à Tunis, Tunisie, là où se trouve le siège officiel de la mission[291]. Le conseil de sécurité des nations unies demande au maréchal Haftar de stopper son offensive[292], le gouvernement Sarraj étant reconnu par l'ONU.

Bilan humainModifier

Armed Conflict Location and Event Data project (Acled), un projet de l'Université du Sussex, donne un bilan par année du nombre de victimes recensées dans les conflits armés en Libye[12].

  • 2014 : 3 331 morts au moins, dont 582 civils
  • 2015 : 3 000 morts au moins, dont 491 civils
  • 2016 : 3 258 morts au moins, dont 411 civils
  • 2017 : 1 676 morts au moins, dont 311 civils
  • 2018 : 1 169 morts au moins, dont 271 civils
  • 2019 (de janvier à début mai) : 590 morts au moins, dont 56 civils
  • Total : 13 024 morts au moins, dont 2 122 civils

Notes et référencesModifier

  1. Libye: les Toubous tchadiens en renfort dans la lutte contre l'organisation Etat islamique, RFI, 27 février 2016.
  2. RIVAL LIBYAN FACTIONS TRAVEL TO KIEV AND MOSCOW SEEKING SUPPORTnewsweek, 6 février 2015
  3. « Toubous contre djihadistes : la pétaudière du Sud libyen », Le Point, 3 février 2014
  4. Nathalie Guibert, La France mène des opérations secrètes en Libye, Le Monde, 24 février 2016.
  5. Egypt acts as middleman for Russia-Libya arms deal - Al-Monitor: the Pulse of the Middle East
  6. Libya needs international maritime force to help stop illicit oil, weapons – UN experts
  7. Беларусь увайшла ў спіс найбуйнейшых сусветных экспарцёраў зброі — Tut.by, 21 лютага 2018
  8. Libye-Les brigades de Misrata prêtent à attaquer l'EI à Syrte, Reuters, 11 mai 2016.
  9. a et b [vidéo] Guerre contre l'EI - Des forces spéciales françaises combattent au sol en Libye l'État islamique, France 24, 31 mai 2016.
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  12. a b et c Armed Conflict Location and Event Data project : CURATED DATA FILES
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