Schneider et Cie

Schneider et Cie
Création 1836
Dates clés 1960 - 1970 - 1984 - 1999
Disparition 1999 (devient Schneider Electric)
Fondateurs Adolphe Schneider et Eugène Ier Schneider
Personnages clés Henri Schneider Eugène II Schneider et Charles Schneider
Forme juridique Société en commandite par actions
Siège social Paris
Drapeau de France France
Activité Sidérurgie - Mécanique - Ponts et charpentes - Chemins de fer -Constriction navale - Equipement électrique -Travaux publics
Société mère Schneider SA à partir de 1966 - Empain-Schneider à partir de 1989 -
Filiales Très nombreuses dont Creusot Loire et Framatome

Schneider et Cie, était une société française fondée au Creusot (Saône-et-Loire) en par Adolphe et Eugène Schneider. Elle était basée sur des activités minières (charbon et minerai de fer) et sidérurgiques (fonderie et forge). Elle a constitué le premier groupe industriel français significatif au niveau international. Elle s’est développée pendant plus d’un siècle en se diversifiant fortement. Elle s’est transformée en SFAC en , en Creusot-Loire en . Schneider Electric en est devenue un rejet.

Histoire de la sociétéModifier

En , Adolphe Schneider entre à la banque Seillière sur recommandation de son cousin Virgile Schneider. En , il se voit confier l’intendance des fournitures en vivres et fourrages de l’expédition militaire pour la destitution du dey d’Alger. C’est un succès financier et les Seillière s’estiment redevables envers lui. La banque, qui vient d’acheter les forges de Bazeilles (Ardennes), y nomme gérant Eugène Schneider, le frère d’Adolphe. Le , après avoir trouvé un difficile montage financier, François-Alexandre Seillière, Louis Boigues, propriétaire des Forges de Fourchambault et les frères Adolphe et Eugène Schneider, se portent acquéreurs de tous les établissements du Creusot. Adolphe et Eugène Schneider deviennent les cogérants de la nouvelle société : Schneider frères et Cie , société en commandite par actions[1] passée sous le nom de Schneider et Cie au décès accidentel d'Adolphe en .

L’implantation des Schneider au Creusot au XIXe siècleModifier

L’industrie métallurgique était implantée dans la région du Creusot-Montcenis depuis la fin du XVIIIe siècle. Plusieurs maîtres des forges, Ignace de Wendel, Jean-François Chagot puis Manby et Wilson, se sont succédé sans parvenir à pérenniser cette activité. Les Schneider s’y intéressent dès , grâce à leur connaissance de la situation financière de ces sociétés au Creusot et à l’opportunité apportée par les débuts du développement du chemin de fer, inventé en Angleterre, dont le potentiel permet d’espérer un développement en France, puis à l’étranger.

Ce marché naissant, surtout lié à des villes minières, génère un besoin en rails et en locomotives. Dès le début, l’ambition de construire des locomotives implique la création ex-nihilo d'une activité de construction mécanique. Le choix est fait de concevoir une locomotive originale en s’inspirant de la technique britannique (la Gironde en ).

Les lignes de chemin de fer nécessitent également des ponts pour franchir les cours d’eau. Cette activité est développée à Chalon-sur-Saône (Le Petit Creusot), initialement dévolu à la construction de bateaux, puis, à partir des années , aux ponts et charpentes métalliques et enfin aux travaux publics (caissons de fonçage à l’air comprimé, écluses, aménagements de ports, grues).

La construction de l’outil industriel au XIXe siècleModifier

Le site du Creusot présente à la création de la société la particularité unique en France de disposer des sources de minerai de fer et de charbon dans un périmètre restreint. En s’appuyant sur cette spécificité, les dirigeants étendent leurs sources d’approvisionnement aussi bien pour le fer que pour le charbon, soit en nouant des partenariats avec par exemple le bassin de Blanzy pour le charbon, soit en prenant le contrôle de mines de fer dans la Nièvre et la vallée de la Dheune. La sécurité des approvisionnements est une préoccupation constante des deux dirigeants du XIXe siècle, Eugène et son fils Henri[2] qui lui succède.

Eugène puis Henri sont toujours à la pointe de l’utilisation des dernières techniques métallurgiques: fonte au coke, acier puddlé à la main puis mécaniquement, convertisseurs Bessemer, fours Thomas et Martin. Ils font de même pour la transformation des produits, avec les laminoirs à rails et surtout le marteau-pilon, inventé par l’ingénieur François Bourdon, puis les presses hydrauliques, pour ne citer que les exemples les plus significatifs.

La grande innovation industrielle réside dans l’intégration verticale vers le produit élaboré en créant sur place des très grands ateliers de mécanique, puis de montage et d’assemblage. C'est possible en s’appuyant sur des bureaux d’études internes et la capacité d’inventer et de construire leurs propres machines-outils spécifiques. C’est cette concentration de moyens industriels et humains dans un même lieu, une première en France, qui est la clé de leur succès au XIXe siècle.

Jusqu’à la guerre de 1870, les productions se consacrent essentiellement aux équipements civils : chemin de fer (rails, locomotives, ponts), bateaux fluviaux, charpentes pour bâtiments industriels, équipements pour rivière (écluses, barrages) et aménagement de ports.

La défaite de conduit le pouvoir politique (Adolphe Thiers) à demander à Schneider de s’impliquer très fortement dans l’activité d’armement. Il est ainsi développé une large gamme de canons et mortiers, dont le plus emblématique est le canon de 75 mm. Cette nouvelle activité est cependant freinée par les cadres militaires de l’Armement, jaloux de leur monopole et de leur technologie. En , la Société rachète les Ateliers d’artillerie des Forges de la Méditerranée, situés au Havre. L’embauche de l’ingénieur Canet au Havre, qui améliore sensiblement la technologie du canon sans recul, fait beaucoup pour la renommée des productions Schneider.

L’apparition des aciers au nickel, maîtrisés depuis par le Creusot, lui donne une avance internationalement reconnue dans les tôles de blindages pour cuirassés et sont des compléments essentiels de la branche armement.

Au tournant du XXe siècle, Le Creusot s’implique dans la construction électrique (dynamos, alternateurs, transformateurs et distribution), essentiellement pour ses besoins propres. La société exporte ensuite ses produits d’abord en région parisienne, puis dans le monde entier.

Le développement du CreusotModifier

Les établissements industriels se sont construits sans qu’un village constitué n'existe préalablement. L’urbanisation du Creusot se fait donc autour de l’usine et la croissance très rapide des effectifs nécessite vite un plan d’organisation de la ville. Les dirigeants Eugène et Henri s’en préoccupent immédiatement, en organisant le logement des ouvriers, leur formation dans des écoles financées par la société, et l’organisation logistique de l’approvisionnement en nourriture et produits de première nécessité, en s’appuyant sur un réseau de plus en plus étendu de fournisseurs jusqu’à plus de 50 km du Creusot. Cette politique glisse progressivement vers un contrôle social de plus en plus fort et est critiquée par le monde ouvrier sous le vocable de paternalisme.

L’aménagement de l’approvisionnement en eau, critique dans la région du Creusot, et le maillage des transports par fer entre les différents ateliers constituent une part importante de ces travaux d’urbanisation.

Les ateliers du Creusot s’étendent notablement sous l’impulsion d’Eugène II, à Montchanin (Fonderie Henri-Paul) et au Breuil (aciérie et construction mécanique).

La dynastie et le managementModifier

Le succès initial de l’aventure Schneider, puis la disparition prématurée d’Adolphe, font germer l’idée d’une transmission dynastique dans l’esprit d’Eugène Ier. La structure de la société en commandite le permet facilement. En , les statuts introduisent la cogérance avec signature sociale. Cette structure perdure sur quatre générations, malgré les tensions familiales. La longévité de chaque dirigeant à son poste est également un facteur de succès.

La conséquence logique de l'implication des dirigeants Schneider est d'être maires de la commune du Creusot de manière quasi ininterrompue au XIXe siècle et de participer à la vie politique locale. Au niveau national, la centralisation de l’organisation administrative en France nécessite une action constante au niveau parisien et proche des réseaux d’influence. Eugène Ier, puis Henri, y trouvent leur place.

L’accroissement constant du périmètre de la société empêche un management solitaire, malgré le tropisme centralisateur de quatre générations de dirigeants. Ils s’entourent de collaborateurs de qualité sortis des grandes Écoles (Polytechnique et Centrale Paris), quelquefois liés à la famille Schneider. Durant tout le XIXe siècle, le directeur du Creusot est tout puissant, après le gérant. Cependant, afin d’assurer la transition entre les générations Schneider, les fils collaborent étroitement avec leur père et occupent simultanément divers postes dans la société. Ce mécanisme se grippe avec Eugène II qui se fâche avec ses fils en et nuit à la transition avec Charles, bien que celui-ci n’ait pas à rougir de son action.

La fin du XIXe siècle connaît un regain de tensions sociales qui culminent avec la grève générale de , très dure. Eugène II Schneider fait appel à l'armée et à l'arbitrage de Waldeck-Rousseau, président du conseil. La répression anti-syndicale se traduit en par le départ de 1200 ouvriers et marque durablement les esprits.

L’ouverture sur le monde (jusqu'en )Modifier

 
Chargement à Toulon du sous-marin Ferré de 46 mètres de long construit par Schneider et Cie pour la marine péruvienne à bord du Kanguroo en 1912[3].

Bien que de nombreuses fabrications et même de chantiers soient destinés à des pays étrangers souvent lointains, la direction de ces activités reste au Creusot. Henri commence à créer des usines puis des filiales, d’abord en France puis à l’étranger vers la fin du XIXe siècle. Pour l’armement on peut citer Le Havre-Harfleur, Le Hoc (), puis le pas de tir des Maures () sur la Méditerranée. Pour l’équipement électrique, après des accords de licence avec Ganz, l’usine de Champagne-sur-Seine est créée ()[4] et une partie des ouvriers du Creusot y est mutée. Pour la construction navale, le chantier de Bordeaux est créé. Pour la sidérurgie l’usine de Sète, créée en , se solde par contre par un échec.

Un premier contrat de locomotives est obtenu en Russie sous l’égide de Morny, Président du corps législatif, où Eugène le supplée pendant son ambassade à Saint-Pétersbourg en . Et surtout le premier contrat de locomotives pour une compagnie anglaise, la Great Eastern Railways en , est annoncée triomphalement par Eugène à la Chambre. Ce succès donne une publicité mondiale aux qualités des locomotives Schneider, qui engendre un flux important de commandes (locomotives, rails et ponts) de la Russie.

Le début du règne d’Eugène II () voit l’amplification de l’implication à l’étranger. La Russie reste le pays très recherché où Schneider s’associe avec la société Poutilov pour des productions d’armement (contrat récupéré lors de la prise de contrôle des ateliers de la Méditerranée). La défaite russe en met fin aux commandes avec ce pays.

Le succès des techniques Schneider dans l’armement liées à la qualité de son acier pour canons et blindages ainsi qu’à l’adaptation du système de pointage Canet (canon de 75 mm), permettent à la Société d’exporter ses matériels dans de très nombreux pays (Transvaal, Mexique, Uruguay, Perse, Chine, Maroc, Bolivie).

Pour les travaux publics qui prennent une importance énorme, puisque complémentaires du développement des ponts et charpentes, une direction séparée est créée dans l'établissement de Chalon-sur-Saône qui assure elle-même la prospection commerciale et la conduite des projets (DTP - Direction des Travaux Publics). Ceux-ci demandent des montages complexes d’association avec des partenaires et des banques qui nécessitent un traitement particulier. Ses activités sont très diversifiées (barrages, écluses, aménagements portuaires, réseaux de distribution d’électricité) en France et à l’étranger.

En , Schneider et Cie est, avec Saint-Gobain, l'une des deux entreprises industrielles figurant au palmarès des 20 premières capitalisations françaises[5].

La politique des participations et diversificationsModifier

Cette ouverture extérieure nécessite de faire appel aux marchés financiers pour assurer le financement par le biais d’émissions obligataires et d’augmentation de capital. Une direction des participations est créée pour gérer cet écheveau de plus en plus complexe qui s’apparente à une multinationale, tout en gardant le statut de société en commandite. Cette nouvelle politique permet de limiter les risques liés aux aléas géopolitiques et industriels qui peuvent impacter la société mère en cas de retournement brutal de situation (victoire bolchevique en , montée du nazisme en en Tchécoslovaquie). Les échecs industriels n’épargnent pas cette politique (aciérie de Sète, port de Rosario…)[6].

La multiplication des sites industriels français, puis étrangers, contraint Eugène II à repenser l’organisation interne et en particulier de spécialiser chaque site afin d’éviter la concurrence interne. Les sites français éloignés les uns des autres (Normandie, Aquitaine et Méditerranée) doivent être solidaires dans la fabrication de matériel militaire, le Creusot restant la plaque tournante industrielle. Le site de Chalon est maintenu inféodé au Creusot, car Eugène II doit négocier les répartitions des fabrications entre les deux sites dans les périodes de basses-eaux[7].

La guerre de 1914-1918Modifier

La spécialisation en armement donne une activité énorme aux usines du Creusot pendant le premier conflit mondial (canons de toutes sortes et calibres et munitions). Elle s’appuie sur le premier écosystème de sous-traitants en cascade édifié dans l’industrie française, construit dans la décennie qui précède le conflit. Si les composants essentiels sont fabriqués au Creusot, ils sont assemblés et montés au Havre ou à Bordeaux. Cette activité exceptionnelle a pu être assurée par le rappel des ouvriers mobilisés dans les tout premiers mois de la guerre et la centralisation de la gestion de toutes ses activités à Paris, en particulier le suivi des contrats. Schneider prend le contrôle des Hauts-Fourneaux & Aciéries de Caen, créées par Thyssen avant la guerre (usine de Mondeville).

Schneider a un rôle central dans les énormes contrats de munitions passés par l’État et le développement du réseau de sous-traitants. La société s’implique dans les infrastructures de transport, critiques dans cette période, en prenant le contrôle des Chantiers de La Ciotat en , qui fabrique des bateaux pour les Messageries Maritimes. Elle possède en propre trois bateaux pour le transport du charbon, qu’elle a construits dans ses ateliers. L’effectif de la Société atteint un sommet au milieu de la guerre à environ 37000, dont 32000 au Creusot.

Entre deux guerresModifier

La fin de la guerre impose une reconversion massive vers les activités civiles, facilitée par d’une part un rebond des commandes de locomotives à vapeur et électriques (jusqu’à 25 par mois) et par le développement rapide des activités de construction électriques. Après une alliance de circonstance avec le groupe Empain dans l’équipement électrique et le besoin sensible de renouveler le portefeuille de brevets (Schneider n’a jamais fait de développement propre dans le domaine de l’électricité), un partenariat avec Westinghouse aux USA permet de créer une filiale à parité Schneider-Westinghouse en . Il permet d’atteindre une taille critique en face des conglomérats allemands (Siemens et AEG), ainsi que le pôle autour de la Thomson américaine et l’Alsacienne de constructions mécaniques qui aboutira à Alsthom. L’activité de l’usine de Champagne-sur-Seine monte nettement en cadence avec une gamme très variée de productions de l’appareillage aux moteurs et alternateurs de toutes puissances[8].

Schneider s’engage dans des investissements en Europe centrale en fondant en avec la Banque de l'Union Parisienne (BUP), la Banque de l’Union Européenne Industrielle et Financière (UEIF) pour prendre des participations chez Skoda. Cette société, après des débuts difficiles génère pour UEIF des profits cumulés de 500 millions de francs. Le marché hongrois s’ouvre avec la construction du port de Budapest, mais qui se fait malgré des manœuvres diplomatiques du Quai d’Orsay. Il est inauguré le . Divers autres contrats sont obtenus en Pologne, Grèce, Roumanie avec de nombreuses difficultés contractuelles et financières, mais qui finalement sont globalement bien gérées par un retrait de Tchécoslovaquie et la cession de toutes les participations en , compte tenu des menaces de guerres du Troisième Reich. Sur le plan intérieur, la reconversion des ateliers du Creusot vers des fabrications civiles est menée assez rapidement et centrée sur la fabrication de nouveaux modèles de locomotives à vapeur (Pacific 231, Mikado 242, Northern 151, Santa-Fe) au rythme de 15 à 20 par mois. Les locomotives électriques représentent également une part montante des fabrications.

Mais la crise des années 1930 n’épargne pas la Société, qui survit grâce aux commandes étrangères d’armement, de la construction de barrages de l’Aigle et de Génissiat. La prise du pouvoir par le Front Populaire en se traduit par la nationalisation des ateliers d’armement, grand facteur de désorganisation des usines du Creusot, tant l’imbrication avec les autres fabrications était forte, mais sans une journée de grève, le souvenir des licenciements massifs de étant resté dans la mémoire collective des Creusotins. Le retour de cette activité dans le giron de la société en est trop tardif pour avoir un réel impact sur le cours du conflit.

La guerre de 1939-1945Modifier

L’usine du Creusot est occupée le par la division Grossdeutschland. Elle est bombardée à deux reprises en et par l'aviation alliée, faisant de nombreuses victimes civiles et détruisant une part significative des ateliers. Charles, le seul fils survivant d’Eugène II (décédé en 1942), en prend la direction dans ces conditions dramatiques. En concertation avec la Résistance il coordonne une action de freinage de la production qui est supervisée par l’armée allemande. Le directeur de l'usine, Henri Charles Stroh est arrêté par les Allemands en et déporté à Buchenwald, où il disparait.

L’après-guerre (1945-1960)Modifier

Dès la Libération et jusqu'en 1950 Charles entreprend et coordonne un effort important de reconstruction de la ville du Creusot et des ateliers. La Société finance la reconstruction des écoles, de l’Hôtel-Dieu, de la salle des fêtes, de l’église Saint-Eugène, de la maison de retraite et du château de La Verrerie.

La très grande complexité du groupe Schneider conduit Charles à le transformer en société holding en . Schneider et Cie devient le "navire amiral" (société mère) et les filiales de premier rang deviennent des sociétés anonymes. La structure en commandite par actions est conservée dans ce montage[9] qui se subdivise désormais en trois branches:

Grâce au Plan Marshall, l’atelier CM1 du Breuil est modernisé. La Société modernise complètement son aciérie en installant 3 fours électriques de 60 à 90 t et les possibilités de laminage sont développées avec un train quarto de 3,2 m de large[10]). L’innovation dans les locomotives électriques permet de produire la BB 9004, qui bat le record du monde de vitesse sur rail en .

Depuis le début des années 50, le CEA avait associé la société dans la construction des équipements nécessaires à la construction de la filière nucléaire nationale graphite-gaz La décision d’acquérir la licence PWR de Westinghouse se concrétise par la création de Framatome en .

Cette période d’après-guerre est très prospère, grâce à l’énorme effort d’équipement de la France. La mort subite et imprévue de Charles en marque le début d’un processus de déclin.

La transition vers Creusot-Loire (1960-1970)Modifier

Le testament de Charles, sans héritier mâle, avait institué sa femme Lilian comme gérante de la Société. Sans formation managériale ni technique, elle s’appuie sur Pierre de Boissieu comme directeur général. Mais la branche de Brissac, qui possède 7 % des actions et dont Pierre de Brissac revendique la succession à la tête de la société, vend ses actions au baron Édouard-Jean Empain, qui font perdre l’influence de la lignée directe sur la direction de la Société, grâce au rachat de 15 % des actions disponibles en bourse. Celui-ci devient majoritaire relatif et impose ses hommes. C'est Jean Forgeot, banquier issu de l’Inspection des finances. Il remplace Roger Gaspard, ancien PDG d’EDF, imposé par De Gaulle mais désavoué par le conseil d’administration en , malgré le veto du gouvernement représenté au conseil depuis la transformation de la commandite en société anonyme en . Le groupe Schneider, dont Schneider et Cie reste la société la plus importante, se nomme alors Empain-Schneider. La nouvelle politique consiste à tailler dans les coûts, et les effectifs commencent à fondre au Creusot. C’est le début de la crise de la sidérurgie, qui dévaste le secteur européen dans les décennies suivantes.

La période Creusot-Loire (1970-1984)Modifier

Édouard-Jean Empain prend en direct la présidence du groupe et nomme Forgeot directeur d’une nouvelle entité (Creusot-Loire) créée par la fusion de Schneider et Cie et de la Compagnie de Forges et Ateliers de la Loire (CAFL) en . Malgré une reprise d’activité significative au Creusot depuis , jusqu’au choc pétrolier de , des investissements aventureux dans la sidérurgie aux USA plombent les comptes de la société nouvellement constituée. Le lancement du programme nucléaire français en profite à plein à la filiale Framatome, qui voit son activité exploser et qui crée deux établissements industriels, l'un au Creusot pour les cuves et l'autre à Chalon pour les générateurs de vapeur et les pressuriseurs. La direction bicéphale (Boulin-Collas), dirigeants issus des deux sociétés fusionnées porte en germe les difficultés à venir. De plus, le baron Empain se dégage du management de son groupe et place Didier Pineau-Valencienne comme PDG du groupe Empain-Schneider fin . Celui-ci tente de faire pression sur le gouvernement français pour sauver Creusot-Loire, sans succès.

Le deuxième choc pétrolier, entrainant une nouvelle récession, surtout à l’international, déstabilise complètement Creusot Loire. Forgeot est remplacé par Boulin comme PDG en et Bes de Berck est nommé directeur général à sa place. Les efforts de redressement n’étant pas couronnés de succès. Philippe Boulin démissionne en , laissant Pineau-Valenciennes gérer seul la situation. Après de multiples rebondissements dans les négociations avec le gouvernement Mauroy, c’est l’échec.

En , le Tribunal de commerce de Paris décide la mise en liquidation judiciaire de Creusot-Loire.

Le démantèlement et l’évolution vers la construction électrique (1984-1999)Modifier

Didier Pineau-Valenciennes gère alors le démantèlement des sociétés du groupe en se recentrant sur les activités électriques regroupées autour de Schneider-Westinghouse.

Les activités sidérurgiques et métallurgiques sont reprises en grande partie par Usinor, les activités mécaniques par Framatome.

Le pôle électrique se renforce par l’acquisition de Télémécanique (), de Square D aux USA () et Merlin Gérin (). Le groupe est renommé Schneider Electric en sans conserver de lien industriel avec le groupe qui l’a vu naître.


Réalisations et productionModifier

  • Des locomotives à vapeur avec, notamment, La Gironde, qui fut l'une des toutes premières locomotives françaises (sortie des ateliers en 1838)[11].
  • Des aciers spéciaux au nickel (1889).
  • Les canons français durant les guerres franco-allemandes (1870-71) (1914-18). Certains sont à l'entrée du château de la Verrerie.
  • Des plaques de blindage pour les navires.
  • Le marteau-pilon à vapeur (1877), permettant un travail très précis de l'acier.
  • Les premiers rails français en 1827, des rails en acier dès 1868, (pour l'anecdote, le TMB — tramway du Mont-Blanc — utilise encore les rails Schneider).
  • Des navires et sous-marins pour le ministère de la guerre (des chantiers de Chalon-sur-Saône).
  • De nombreux matériels électriques Tel que le premier téléphone français “XP 42” il avait pour particularité d’être jetable, on ne pouvait l’utiliser qu’une seul fois.
  • Des charpentes métalliques de ponts ou de gares (gare de Santiago du Chili en 1896).
  • Un des premiers ascenseurs de la tour Eiffel, encore visible aujourd'hui sous un des piliers.
  • Des locomotives électriques comme la BB 9004 détentrice en 1955 du record du monde de vitesse sur rail avec 331 km/h.

Production de locomotives à vapeurModifier

 
Une locomotive à vapeur Schneider Creusot 030-T

Pour le Chemin de fer de La Réunion :

  • Des 030T, construites en 1878 à 11 exemplaires,

Pour la Compagnie des chemins de fer de l'Est :

  • 040 Est pour la tranche 0501 à 0525 de 1856 à 1857 et 0596 à 0641 en 1886.

Pour la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) :

  • 241 P numérotées 1 à 35 de 1948 à 1952 pour la SNCF.
  • 151 A 1 à 10, construites en 1932 pour la traction de trains de marchandises lourd.

Pour la Compagnie des chemins de fer du Nord :

Pour les Voies ferrées des Landes :

  • six locomotives-tender 030T livrées en 1890[12].

Production d'armementModifier

VéhiculesModifier

Canons de montagneModifier

Autres pièces d'artillerieModifier

 
Un obusier Schneider modèle 1910 de 152 mm fabriqué à Perm dans l'empire russe en 1917
 
Canon de 75 mle 1912 Schneider exposé au musée de l'Armée polonaise à Varsovie.
 
Canon de 155 C modèle 1917 Schneider utilisé par l'US Army en juillet 1918


BibliographieModifier

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  • Tristan de la Broise et Felix Torrès, Schneider, l'histoire en force, Paris, Editions Jean-Pierre de Monza, , 492 p. (ISBN 2-908071-31-2)

Article connexeModifier

  • Kanguroo, navire transporteur de sous-marin construit pour la société.

RéférencesModifier

  1. Felix Torres Tristan de la Broise, Schneider L’Histoire en force, Paris, Editions Jean Pierre de Monza, (ISBN 2-908071-31-2), p. 14-23
  2. Passaqui, Jean-Philippe., La stratégie des Schneider : du marché à la firme intégrée, 1836-1914, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 9782753501812, OCLC 654800942, lire en ligne)
  3. « S C 1 Aguirre puis Ferré », sur Sous Marin France (consulté le 18 mai 2014)
  4. Felix Torres Tristan de la Broise, Schneider L’Histoire en force, Paris, Editions Jean Pierre de Monza, (ISBN 2-908071-31-2), p. 106
  5. Pierre-Cyrille Hautcœur, Le marché boursier et le financement des entreprises françaises (1890-1939), thèse de doctorat sous la direction de Christian de Boissieu (1994), p. 50, lire en ligne
  6. Agnès d'Anzio, Schneider et Cie et la naissance de l'ingénierie - Des pratiques internes à l'aventure internationale, Paris, CNRS Editions, , 320 p. (ISBN 2-271-05826-0), p. 90-140
  7. Agnès d'Angio, Schneider et Cie et la naissance de l'ingénierie - Des pratiques internes à l'aventure internationale, Paris, CNRS Editions, , 320 p. (ISBN 2-271-05826-0), p. 100
  8. Tristan de la Broise et Felix Torrès, , Paris, Editions Jean-Pierre de Monza, 1996, 492 p. (ISBN 2-908071-31-2) p.140
  9. Tristan de la Broise et Felix Torrès, , Paris, Editions Jean-Pierre de Monza, 1996, 492 p. (ISBN 2-908071-31-2) p.169
  10. Bulletin de l'Académie François Bourdon n°11
  11. Source : « Le Creusot vaut le détour », article de Lucien Taupenot (alias Luc Hopneau) paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » no 52 (Noël 1982), pages 11 à 13
  12. Christian Lacombe et Lucien Chanuc, L'extraordinaire réseau ferré des Landes de Gascogne, Editions du Cabri, (ISBN 2903310580), p. 79

Liens externesModifier