Eugène Ier Schneider

industriel et politicien français

Joseph Eugène Schneider[1], souvent dénommé Eugène Ier, est né le à Bidestroff (Meurthe aujourd'hui Moselle) et mort le à Paris. Il fut un industriel, co-fondateur avec son frère Adolphe de la dynastie des maîtres de forges du Creusot et s'impliqua durant de nombreuses années dans la vie politique locale, régionale et nationale.

Eugène Schneider
Eugène Schneider (1805-1875).png
Portrait par Paul Delaroche.
Fonctions
Président du Corps législatif
-
Maire du Creusot
-
Président
Comité des forges
-
Régent de la Banque de France
-
Anselme Halphen (d)
Président
Conseil général de Saône-et-Loire (d)
-
Ministre de l'Agriculture et du Commerce
-
Député de Saône-et-Loire
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Activités
Famille
Père
Antoine Schneider (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Anne-Catherine Durand (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Clémence Schneider (d)
Adolphe SchneiderVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjointe
Constance Lemoine des Mares (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Henri Schneider
Félicie Schneider (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Membre de
Cercle des chemins de fer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Grand-croix de la Légion d'honneur‎
Médaille d'or de Bessemer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

BiographieModifier

Vie familialeModifier

Fils d'Antoine Schneider (1759-1828), notaire royal, conseiller général et également directeur unique de la Moselle, et d'Anne-Catherine Durand[2], frère cadet d'Adolphe Schneider et cousin germain du général et ministre Virgile Schneider. À la suite d'Adolphe, Eugène Schneider fut embauché à la banque Seillière[3], spécialisée dans le secteur du négoce. Il se distingua rapidement par son sens développé des affaires et se vit confier la direction d'une filature de laine à Reims durant trois ans. La banque Seillière, pressentant l'avènement de la métallurgie et de la sidérurgie, racheta les Forges de Bazeilles[3] au baron André Poupart de Neuflize (1752-1814) et nomma Eugène directeur du site en 1827. Conscient des limites de ses compétences techniques et scientifiques Eugène suivit des cours du soir au Conservatoire national des arts et métiers[4] et fut diplômé par acclamation. Suite à la faillite de la société Manby et Wilson, à partir de 1833 la banque Seillière s'intéressa aux forges du Creusot et nomma, fin 1836, les deux frères Schneider à la tête de la nouvelle société qui prit le patronyme "Schneider frères et Cie".

En 1837 il épousa Constance Lemoine des Mares, fille du député et manufacturier Gilles Lemoine des Mares et nièce du banquier André Poupart de Neuflize, baron d'Empire de la haute société protestante. Ils eurent une fille, Félicie, qui fut mariée à son cousin germain le ministre Alfred Deseilligny, et un fils, Henri.

Eugène vit le plus souvent à Paris dans un hôtel particulier rue de la Victoire puis déménage en 1854 dans un autre hôtel rue Boudreau. Il y donne des fêtes somptueuses où le Tout-Paris se presse pour assister à des concerts des musiciens les plus en vogue et des bals[5]. C’est ici que le réseau relationnel se noue avec les milieux politiques (Morny), Banque (Hottinguer, Rothschild, Pereire), industrie (Darblay )[6]

Il est un amateur éclairé des peintres flamand et hollandais, dont la collection révèlera sa richesse à sa dispersion par les héritiers en 1876.

Au Creusot, il avait acquis le Château de la Verrerie avec son frère Adolphe en 1837 qu’il fit réaménager en 1847[7].

Son mode de vie est très réglé et il impose une étiquette dans les relations familiales qui se ressent dans ses relations avec le monde du Creusot qui le juge hautain et autoritaire. L’anglais est la seule langue parlée dans le cercle familial.

Il entretient une liaison extraconjugale avec Marie Eudoxie Asselin originaire de la Réunion et dont la révélation à travers une pièce de théâtre satirique, entrainera la rupture avec son neveu et gendre Alfred Deseilligny, Directeur de l’usine du Creusot en 1865, qui quittera la société. Les deux filles de Madame Asselin, Zélie (décédée en 1869) puis Eudoxie épouseront successivement le fils d’Eugène, Henri.

Paralysé depuis une attaque d'apoplexie en février 1874[8], Eugène s'éteignit à son hôtel particulier parisien le 27 novembre 1875. Il est inhumé dans le caveau familial des Schneider dans l'église Saint-Charles au Creusot.

Ses successeurs à la direction de Schneider et Cie furent :

Carrière professionnelleModifier

Suite à la faillite de la société Manby et Wilson, à partir de 1833 la banque Seillière s'intéressa aux forges du Creusot et nomma, fin 1836, les deux frères Schneider à la tête de la nouvelle société qui prit le patronyme "Schneider frères et Cie".

Dès la prise de contrôle par les nouveaux gérants une action importante de modernisation de l’outil industriel fut entreprise en installant des ateliers de mécanique avec des machines importées d’Angleterre. Les équipements sidérurgiques, (haut-fourneaux, fours à coke, laminoirs, mines de charbon) ont également fait l’objet de modernisation à marche forcée.

Après le décès accidentel de son frère Adolphe[9] en août 1845, Eugène assuma seul la direction de la société qui devint "Schneider et Cie". Maître de forges, il acquit rapidement une grande réputation dans l'Industrie, devint, en 1851[10], membre du Conseil général des manufactures, puis en 1864, fonda avec Charles de Wendel, le Comité des Forges, premier organisme d'étude et de défense d'un secteur industriel dont il fut le premier président. Sans doute, par allusion à son caractère égocentrique et colérique et à son visage haut en couleurs, les ouvriers l'appelaient "le grand rouge"[7].

Il mena, à la suite de son frère Adolphe une politique constante d’expansion des sources d’approvisionnement en minerai de fer en charbon. Tout d’abord dans l’environnement proche du Creusot (Saône et Loire, Nièvre et Côte d’Or), puis plus lointain (Berry, Doubs).

Ce fut l’inspirateur et le maitre d’œuvre de la stratégie d’intégration verticale avec l’implication du Creusot dans des activités mécaniques comme les locomotives, les constructions navales, les ponts et charpentes.

Il participa en 1854 à la création d’une des premières banques de dépôt françaises, la Société Générale, indispensable au financement énorme du développement industriel. Il en fut le premier président.

Engagement politique et patronalModifier

Il est vice-président de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Ses relations très étroites avec Paulin Talabot, créateur du PLM, lui donnera accès à de nombreux contrats de locomotives et de rails ainsi qu’aux extensions précoces des lignes vers la vallée de la Dheune pour desservir les mines de fer qui alimentent le Creusot.

Il siégea parmi les régents de la Banque de France dès 1854[11] et fut le premier président de la banque Société générale en 1864. Comme beaucoup de régents il défend une politique protectionniste pour l’industrie. Il signale son désaccord à l’empereur lors de la signature du traité de libre-échange avec l’Angleterre en 1860.

À la place de son frère décédé il fut élu membre du Conseil général du canton de Couches et Montcenis, puis, le , député du 5e collège de Saône-et-Loire (Autun)[12]. Il fut réélu député le [13], soutint la politique conservatrice de Guizot, se présenta sans succès à l'Assemblée constituante en 1848 et à l'Assemblée législative en 1849. Il devint ministre de l'Agriculture et du Commerce[10] en 1851.

Son implication dans les cercles politiques, au-delà de son utilité pour son influence dans les milieux d’affaires, était naturelle, car il a très vite compris que le développement de l’usine nécessitait une politique ambitieuse d’aménagement urbain et de création d’organismes de protection sociale. Dès 1838, il instaure un compte épargne individuel pour le personnel, ainsi qu’un système de caisse de secours pour la maladie, les accidents du travail et le veuvage. Ses idées sur la protection sociale sont inspirées de la philosophie saint-simonienne.

Il fit partie de la commission d’organisation de l’Exposition universelle de Paris en 1867 sous l’autorité de Frédéric Le Play, à laquelle la société Schneider participa pour la première fois.

Il fut maire du Creusot de 1866 à 1870, et il y est en particulier à l'origine de la construction de cités ouvrières. Constamment réélu député de sa circonscription durant le Second Empire, il fut cependant mis en ballottage par le candidat libéral (orléaniste) Joseph Michon aux élections de 1869. Nommé par Napoléon III, il fut vice-président en 1854, sous la présidence de Morny, où il assura son intérim pendant son absence en Russie de1856 à 1857, puis président du Corps législatif de 1867 à 1870 et fait grand-croix de la Légion d'honneur.

Le 3 septembre 1870 Eugène Schneider annonça au Palais Bourbon la défaite de Sedan et la capture de Napoléon III. En vain il présenta à l'Impératrice régente Eugénie un gouvernement provisoire avec à sa tête le général Trochu et lui-même. Le lendemain, il fut chassé du pouvoir aux cris de "A mort l'assassin du Creusot, l'exploiteur des ouvriers" [14]et dut s'exiler en Angleterre à Brighton puis à Londres, laissant la direction du Creusot à son fils Henri. L'ordre national rétabli, il revint au Creusot le 28 juillet 1871, se présenta au Conseil général et fut réélu à une courte majorité. Bien que physiquement et moralement fatigué, sur demande du président Adolphe Thiers, il fut chargé de la fabrication de nouveaux canons en acier pour concurrencer ceux de l'allemand Krupp.

HommagesModifier

  • Au Creusot, une statue en bronze sur un socle de pierre (de Henri Chapu et Paul Sédille) le représente debout en redingote, sa cape sur le bras et tenant une canne. Deux personnages en bronze se trouve à ses pieds, une femme expliquant à son fils, jeune forgeron, ce qu'il doit au "patron". Le jeune garçon est torse nu, porte des sabots et tient une tenaille à la main. Cette statue a été inaugurée en octobre 1879 en présence de Ferdinand de Lesseps, sur la place qui porte désormais son nom.
  • Son nom figure sur la tour Eiffel, face Grenelle.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

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  1. Appelé parfois Eugène I Schneider pour le distinguer de son descendant.
  2. Joseph Antoine Roy, Histoire de la famille Schneider et du Creusot, M. Rivière, 1965, p. 19.
  3. a et b Joseph Antoine Roy, op. cit., p. 20.
  4. Joseph Antoine Roy, op. cit., p. 24.
  5. Dominique Barjot, Eric Anceau, Nicolas Stoskopf Morny et l'invention de Deauville, Armand Colin 2010 (ISBN 978-2-200-24972-4) , p 200
  6. Alain Plessis Régents et gouverneurs de la Banque de France sous le Second Empire, Genève  Librairie Droz 1985 (ISBN 978-2-600-03986-4)
  7. a et b Dominique Schneider, Les Schneider, Le Creusot : une famille, une entreprise, une ville (1836 -1960), Fayard, 1995, p. 70.
  8. Dominique Schneider, op. cit., p. 262
  9. Site de l'Assemblée nationale
  10. a et b Agnès D'Angio, Schneider & Cie et les travaux publics, 1895-1949, Librairie Droz, 1995, p. 42.
  11. Agnès D'Angio, op. cit., p. 44.
  12. 277 voix sur 373 votants et 477 inscrits contre 80 à M. Guyton, avocat, et 11 au général Changarnier
  13. 236 voix sur 444 votants et 515 inscrits contre 151 au général Changarnier et 56 à M. Guyton
  14. Noiriel, Gérard (1950-....)., Une histoire populaire de la France : de la guerre de Cent Ans à nos jours, Marseille, Agone, 829 p. (ISBN 978-2-7489-0301-0 et 2748903013, OCLC 1057326362, lire en ligne), p.368