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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Naturalisme.

Dans les arts figuratifs, le « naturalisme », employé comme un synonyme de « réalisme », qualifie un type de représentation mimétique de la nature alors que d'autres types de représentation de la nature en donnent une forme idéalisée, stylisée ou symbolique.

On trouve dans l'histoire des représentations, des exemples nombreux de traitement naturaliste dans le domaine des arts visuels, provenant de cultures éloignées dans le temps et dans l'espace ou voisines. Ainsi certains procédés et codes de représentation réalistes proviennent du monde méditerranéen et du Moyen-Orient antiques. L'Extrême-Orient a eu aussi ses usages du naturalisme, tandis que l'Afrique, par exemple, a développé des pratiques où la référence aux formes de la nature est secondaire et la création du style est centrale[1].

Naturalisme et réalismeModifier

Les termes « naturalisme » et « réalisme » sont très souvent employés comme des synonymes sous la plume des plus grands historiens de l'art[2], même si certains critiques actuels, comme Daniel Arasse ou Linda Nochlin souhaitent que l'on réserve le terme « réalisme » pour désigner le mouvement artistique du XIXe siècle. Le mouvement pictural du Naturalisme apparait, quant à lui, autour de 1880-1920.

Un usage malheureux fait parfois confondre « naturalisme » et « figuration », plus ou moins schématique, stylisée. Selon l'encyclopédie Oxford Art Online, le naturalisme serait « un style dans lequel l'artiste essaie d'observer et d'enregistrer, sans idéalisation ou stylisation délibérée, le sujet devant lui ». Il faut préciser qu'il s'agit aussi de transcrire, voire de transposer selon certains codes ce qui est, ainsi, mis en forme au moment de l'enregistrement.

Dans le mondeModifier

Le naturalisme en art caractérise un champ important de la peinture, des arts graphiques[N 1] et de la sculpture, occidental et non-occidental[3]. Dans les cultures non-occidentales on peut relever le naturalisme dans l'art antique assyrien, en Irak actuel et dans l'art égyptien de l'époque amarnienne, dans l'art chinois et l'art du monde indien (miniatures mogholes des XIVe – XIXe siècle) du portrait et de la peinture animalière, parmi bien d'autres ; tous établissent un certain type de rapport à la nature que l'on peut qualifier de « naturalisme ».

Le naturalisme dans l'antiquité est décelé très tôt dans le palais Nord-ouest de Nimroud - règne d'Assurnasirpal II (883-859 AEC) - avec « des représentations anatomiquement correctes de figures aux corps très musclés »[4] « Cet exemple rappelle que la volonté d'observation attentive de la nature doit être comprise à l'intérieur des contours culturels spécifiques de la civilisation qui l'a créée ».

Le naturalisme dans l'art chinois est évoqué à propos de portraits d'humains et de chevaux, mais aussi dans le cas de peintures de fleurs et oiseaux. Les chevaux de l'empereur Taizong (rg. 626-649) ont eu leur portrait, réalisés d'abord en peinture par Yan Liben[5]. Les bas-reliefs témoignent d'un remarquable « naturalisme », rare dans l'art chinois où le portrait se doit de révéler aussi l'esprit qui anime les êtres. Au XVIIIe siècle, « les empereurs mandchous attachaient une grande importance à la ressemblance physique et à la vivacité des portraits que l'on faisait d'eux-mêmes, ils souhaitaient qu'une forme de fidélité naturaliste comparable rende compte de l'héroïsme et du talent de leurs meilleurs combattants, incarnat les vertus ancestrales. »[6]. L'un des cent portraits commandés par l'empereur Qianlong, conservé au Metropolitan Museum of Art, en témoigne. L'attachement à une étude détaillée, peinte d'après nature, est plus commune dans la peinture chinoise de fleurs et oiseaux. Ainsi, parmi tant d'autres, Lin Chun, Oiseau sur la branche de pêcher, durant la dynastie Song, « suit des modèles de Zhao Chang et Li Di, mettant tout particulièrement l'accent sur la représentation d'après nature »[7]. Cette tradition remontait, au moins, à Huang Quan et à se Oiseaux rares d'après nature, dont Liu Jianlong souligne la « finesse de la restitution »[8].

Dans la peinture japonaise de Ido Jakuchu (1716-1800) on retrouve un naturalisme tout autant attaché à la restitution de détails observés, par des procédés exigeants et complexes[9].


  • Exemples de naturalisme dans les arts non occidentaux.

Dans l'art occidentalModifier

  • Dans l'art grec à partir du début du Ve siècle av. J.-C. la représentation des dieux à l'image des hommes a amené les artistes, pour ces raisons culturelles, à rivaliser entre eux dans l'étude de l'anatomie du corps humain, afin de donner formes, sculptée ou peinte, aux dieux et aux héros. Le naturalisme en est venu à se jouer de l'illusionnisme et du trompe-l'œil, avec le peintre Zeuxis dès le dernier quart du Ve siècle av. J.-C.. La référence à la nature a fait l'objet de la théorie de la mimésis dans la réflexion sur la représentation. Or c'est au même moment et dans les mêmes réalisations où ce naturalisme devenait plus manifeste, que ces artistes mettaient au point un système de proportions idéales : on le cherchait dans l'anatomie des plus beaux corps, autour des gymnases. Il s'agissait de trouver des formules mathématiques, révélatrices de l'ordre divin au sein de la nature, inscrites dans la nature elle-même. Ces réalisations ont abouti au canon de Polyclète (vers 440). Naturalisme et idéalisme ont donc fusionné dans la phase classique de l'art grec. Selon la formule de Bernard Holtzmann et Alain Pasquier [12] :

« Au-delà d'une observation pourtant de plus en plus aigüe, le réel n'est [alors] qu'une figure de la raison. »

  • La culture de la Renaissance, reprenant le modèle antique, a peu à peu imposé le naturalisme, dans la représentation illusionniste de la nature, celle des corps humains et de leur milieu naturel, leurs vêtements, leurs objets ainsi que l'espace architectural et le paysage dans lequel ils se déplacent, éclairés par diverses sources de lumières naturelles : lumière du jour, directe ou indirecte, nocturne, « à la chandelle »… Dans le domaine de la peinture cette culture a produit en conséquence l'invention de la perspective conique et la chambre noire, le clair-obscur et la peinture à l'huile : toutes ces inventions ont permis la manifestation du naturalisme dans la peinture en occident à l'époque moderne, à partir de la fin du Moyen Âge, et à l'époque contemporaine. La méthode de Caravage, au plus près de ses modèles vivants, peints au naturel, non idéalisés pour la plupart et avec des costumes de son époque ou intemporels apporta une nouvelle révolution dans le regard naturaliste. Il eut un impact considérable sur la peinture ultérieure et en particulier sur Rubens et Velasquez, voire Rembrandt et plus tard David. Au XIXe siècle cette pratique se généralise, associée à plusieurs courants de sensibilité : les peintres voyageurs, comme Corot, les peintres de la réalité, documentaristes scrupuleux (comme le peintre lyonnais Grobon), les orientalistes (qui utilisent souvent la documentation photographique, comme Gérôme, lui-même photographe, peintres réalistes au premier rang desquels : Courbet, et enfin les naturalistes, dont Rosa Bonheur et les peintres évoqués ci-dessous. L'Impressionnisme relève du naturalisme en peinture, mais avec une telle attention à la restitution de l'impression optique qu'il en vient à placer au second plan chaque objet dénommable dans son champ visuel ; la "limite", le contour de chacun de ces objets s'efface au profit d'un naturalisme de la perception, un ensemble de phénomènes associés à la lumière propre à un instant et, dans l'espace perçu, à une configuration particulière des couleurs entre elles. Le plein air clarifiant tous ces phénomènes.

Les dernières peintures de Monet sont vues, dans les années 1950, comme des peintures essentielles par les peintres de l'abstraction et leurs critiques, dont Clement Greenberg qui remarque, en 1949[13] le fond « naturaliste » d'une partie de cette peinture moderne « malgré toutes les apparences du contraire » .

Quelques œuvresModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. En revanche, si l'on parle de « naturalisme » dans l'art vidéo, il faut entendre ce terme comme on l'emploie dans l'histoire du cinéma Voir : le naturalisme selon Gilles Deleuze.
  2. Afin d'enlever toute ambiguité il faut noter que des datations par le carbone 14 ont montré que des têtes de ce type ont été réalisées antérieurement à l'arrivée des Européens en 1485. : L'Art africain, op. cit. p. 535.

RéférencesModifier

  1. Lucien Stéphan dans : Jacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat, Lucien Stéphan et Françoise Stoullig-Marin (préf. Germain Viatte), L'art africain, Mazenod, (réimpr. 2008), 619 p., 32 cm (ISBN 2-85088-018-3), p. 37 (37-42 : Dépréciations). Par ailleurs le naturalisme n'est pas exclu dans l'art africain ancien. Les têtes d'Ifé, en cuivre ou en terre-cuite et datant du XIIe – XVe siècle, « sans être des portraits, ont un caractère naturaliste, proches de la taille humaine » (L'art africain, p. 535.).
  2. Article « Naturalisme » : voir « Réalisme » : dans le dictionnaire Larousse de la peinture : Laclotte 1987. Article sans modification dans l'édition de 2003.
  3. [1] Sarah M. Guérin, Itay Sapir and Marie-Hélène Bohémier : RACAR: revue d'art canadienne / Canadian Art Review, Vol. 41, No. 2, The Nature of Naturalism: A Trans-Historical Examination / La nature du naturalisme: un questionnement transhistorique (2016), pp. 5-16 : page 12. « La recherche délibérée de naturalisme dans la sculpture royale mésopotamienne » : « Le nouveau style adopté à la cour d'Assurnasirpal II, dans le palais Nord-ouest de Nimroud comprend des représentations anatomiquement correctes de figures aux corps très musclés ». Voir sur Wikimedia Commons : [2].
  4. Sarah M. Guérin, op. cit. p. 12
  5. Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des musées nationaux (Manuels de l'École du Louvre), , 381 p. (ISBN 978-2-7118-5269-7), p. 280-281
  6. Danielle Elisseeff, Histoire de l'art : De la Chine des Song (960) à la fin de l'Empire (1912), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des musées nationaux (Manuels de l'École du Louvre), , 381 p. (ISBN 978-2-7118-5520-9)
  7. Emmanuelle Lesbre et Liu Jianlong, La Peinture chinoise, Paris, Hazan, , 480 p. (ISBN 2-850-25922-5), p. 399 (ill. 306)
  8. Emmanuelle Lesbre et Liu Jianlong, La Peinture chinoise, Paris, Hazan, , 480 p. (ISBN 2-850-25922-5), p. 392. Voir aussi : Richard M. Barnhart, dans Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chonghzeng, James Cahill, Lang Shaojun et Wu Hung, Trois mille ans de peinture chinoise, Arles, Philippe Piquier, , 402 p. (ISBN 2-87730-667-4), p. 91, qui souligne que les oiseaux sont « dessinés (vers 960) avec précision et réalisme, un peu à la manière des études de Dürer (1471-1528). Cette nouvelle facture réaliste s'explique sans doute par le fait que les peintres comme Huang Quan dessinaient systématiquement d'après nature ».
  9. Sylvie Kerviel, « Jakuchu déroule son bestiaire au Petit Palais », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 22 septembre 2018).
  10. Arts de la Chine. Peinture - Calligraphie - Estampages - Estampes, par Werner Speiser, Roger Goepper et Jean Fribourg. 360 pages. Office du Livre, Fribourg 1964, réédition 1973. Page 57.
  11. Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chonghzeng, James Cahill, Lang Shaojun et Wu Hung, Trois mille ans de peinture chinoise, Arles, Philippe Piquier, , 402 p. (ISBN 2-87730-667-4). Page 91
  12. Holtzmann et Pasquier 1998, p. 46, et sa reprise dans le même ouvrage, pour la notice de Diadumène de Polyclète, page 187.
  13. Nymphéas : L'abstraction américaine et le dernier Monet, Paris, Musée d'Orsay et Réunion des musées nationaux, , 206 p. (ISBN 978-2-35433-268-6 et 978-2-7118-7112-4), p. 77

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Bernard Holtzmann et Alain Pasquier, Histoire de l'art antique : L'art grec, Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des musées nationaux (Manuels de l'École du Louvre), , 365 p. (ISBN 2-11-003866-7)
    Ouvrage de référence, bibliographie.
  • Michel Laclotte (dir.), Dictionnaire de la peinture, Paris, Larousse, , 891 p. (ISBN 978-2-03-511307-8)
    Ouvrage de référence, nouvelle édition 2003.
  • Étienne Souriau, Vocabulaire d'esthétique, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-057369-2)
    Cet auteur tend à réduire le naturalisme au réalisme du XIXe siècle. Il considère les termes comme « à peu près synonymes », mais l'article « réalisme » ne développe que des exemples tirés des XIXe et XXe siècles.

Articles connexesModifier