Ganymède

personnage de la mythologie grecque

Dans la mythologie grecque, Ganymède (en grec ancien Γανυμήδης / Ganumếdês) est un jeune mortel qui succède à la déesse Hébé dans la fonction d'échanson des dieux[1]. Il est aussi considéré comme un amant de Zeus[2]. Sa beauté est devenue proverbiale[3].

FamilleModifier

Ganymède est le fils de Tros, roi de Dardanie[4],[5],[6] (qui aurait donné son nom à la cité de Troie), soit par son épouse Callirrhoé, fille du dieu-fleuve Scamandre[7],[8],[9], soit par Acallaris, fille d'Eumedes[10]. Selon l'auteur, il est le frère de Ilos[11].

Cependant les traditions au sujet de Ganymède diffèrent considérablement dans leurs détails : certaines en font un fils de Laomédon[12],[13], d'autres un fils d'Ilos[14], un fils de Dardanos[15], un fils d'Érichthonios[16] ou d'Assaracos[17].

Dans toutes les configuration, c'est un descendant de Zeus.

Comparative table of Ganymede's family
Relation Names Sources
Homer Homeric Hymns Euripides Diodorus Cicero Dionysius Apollodorus Hyginus Dictys Clement Suda Tzetzes
Parentage Tros
Acallaris
Callirhoe
Laomedon
Erichthonius
Assaracus
Dardanus
Ilus
Siblings Ilus
Assaracus
Cleopatra
Cleomestra

MytheModifier

Lucien de Samosate raconte qu'il était berger en phrygie[18]. Il le met en scène, en échanson, dans plusieurs ouvrages : Icaromènippe, Jugement des voyelles[19], Assemblée des dieux[20]. Lucien représente l'aigle ravisseur comme une métamorphose de Zeus lui-même[21] et implique Hermès[22].

Homère (Iliade) relate que Ganymède est réputé être le plus beau des mortels[23] et qu'il est enlevé par « des dieux »[24].

Alors que le jeune prince fait paître le troupeau familial sur le mont Ida de Troade, Zeus l'aperçoit et se métamorphose en aigle afin de l'enlever et l'installer dans l'Olympe. Ganymède devient ainsi l'échanson des dieux et son amant[réf. nécessaire].

En compensation de la perte de son fils, Tros reçoit de Zeus quatre chevaux qu’il tenait de Poséidon. Ceux-ci figurent dans le mythe d'Héraclès : Laomédon, père de Ganymède selon certaines versions[réf. nécessaire], les avait promis à Héraclès s’il sauvait sa fille Hésione. Dans une autre tradition, Zeus offre une coupe en or, œuvre d’Héphaïstos[réf. nécessaire].

Héra est jalouse de ce nouvel amant, et de sa fonction d’échanson que Zeus a enlevée à Hébé, sa fille. Elle tente de forcer son époux à renvoyer Ganymède chez les mortels mais au lieu de cela, Zeus l'élève alors au ciel sous la forme de la constellation du Verseau[réf. nécessaire]. Dans une version tardive, c’est Éos qui enlève Ganymède et Tithon. Zeus, apercevant Ganymède, le réclame à la déesse, et l’obtient à condition qu’il exauce un vœu[réf. nécessaire].

Le Ganymède de PlatonModifier

Au livre I, 636b-c[25] de ses Livres des Lois, Platon attribue aux Crétois l'invention du mythe des rapports de Zeus avec Ganymède afin de justifier leurs propres amours et les mettre en accord avec celles des dieux : « Tout le monde accuse les Crétois d'avoir inventé la fable de Ganymède. Persuadés que leurs lois venaient de Zeus, ils ont imaginé cette fable sur son compte afin de pouvoir eux aussi goûter ce plaisir à l'exemple du dieu »[26].

Dans le Phèdre de Platon (qui parle d'éthique), les sentiments de Zeus pour Ganymède sont décrits comme du « désir ».

Le Ganymède de XénophonModifier

Au chapitre VIII de son Banquet, Xénophon fait dire à Socrate que Zeus n'a non pas enlevé Ganymède par amour pour son corps (amour physique) mais par amour pour son âme et sa sagesse (amour spirituel)[27].

Dans les artsModifier

AntiquitéModifier

Le mythe de Ganymède apparaît dans la vie quotidienne, justifiant des objets votifs ou funéraires.

En sculpture, l'une des plus célèbres représentations de Ganymède est le groupe sculpté par Léocharès au IVe siècle avant notre ère, admiré par Pline l'Ancien[28] :

  • « Léocharès [a réalisé] un aigle conscient de ce qu'il enlève en Ganymède et pour qui. Il épargne l'adolescent en plantant ses serres dans son vêtement »[29].
  • Cette délicatesse de l'aigle fut souvent louée par la suite : Straton de Sardes l'évoque dans l'une de ses épigrammes[30], de même que Martial[31].

La légende de Ganymède a également inspiré un groupe en terre cuite, probablement d'origine corinthienne, conservé au musée archéologique d'Olympie : c'est l'un des rares exemples de grande sculpture en terre cuite, et une très rare représentation sculpturale du couple où Zeus est sous forme humaine[réf. nécessaire].

L'enlèvement de Ganymède est également présent sur certaines mosaïques romaines, dont la mosaïque des divinités qui décore une pièce de la Villa gallo-romaine d'Orbe-Boscéaz[32].

En céramique, le thème de Ganymède est fréquemment repris, le plus souvent sur des cratère, ces vases dans lesquels on mélangeait l'eau et le vin à l'occasion des banquets (symposions), tenus entre hommes, au cours desquels les convives auraient rivalisé d'imagination pour célébrer les mérites de leurs éromènes respectifs[réf. nécessaire].

  • Parmi les plus célèbres, figure le cratère à figures rouges du Peintre de Berlin : d'un côté, Zeus est figuré en pleine poursuite ; de l'autre, Ganymède joue avec un cerceau, symbole de sa jeunesse. Il tient également un coq, présent pédérastique traditionnel[réf. nécessaire].
  • Le motif du coq est repris sur le tondo d'un célèbre kylix du Peintre de Penthésilée, conservé au musée archéologique national de Ferrare : Ganymède, en train de s'enfuir, se retourne vers Zeus, qui vient de se saisir de lui.

Développements ultérieursModifier

La Renaissance a vu resurgir d'innombrables représentations de ce mythe : (Michel-Ange, Benvenuto Cellini, Antonio Allegri)[réf. nécessaire].

D'une manière générale, toute représentation d'un aigle enlevant un jeune homme, comme on le voit sur de nombreux plafonds peints de demeures privées aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, se rapporte à la représentation de ce mythe[réf. nécessaire].

XIXe siècle :

En 2001, les artistes Pierre et Gilles ont réalisé un triptyque intitulé « Ganymède »[33],[34],[35],[36].

En 2007, l'écrivain académicien Dominique Fernandez a fait figurer Ganymède sur le pommeau de son épée[37].

AlchimieModifier

En 1613, le philosophe-médecin Michaël Maïer propose plusieurs interprétations du mythe de Ganymède, parmi lesquelles il préfère l'alchimique : « Les faits qui concernent Ganymède ont trait aux hiéroglyphes chimiques. Dans ceux-ci, en effet, Ganymède s'explique, non par l'hiver qui envoie les pluies tel un « échanson » de Jupiter, c'est-à-dire de l'air, ni par le signe céleste du Verseau, mais bien par ce qui est emporté par l'aigle. C'est le fixe amené par le volatil à la plus haute dignité. »[38].

Astrologie et astronomieModifier

Ganymède, en tant qu'échanson des dieux, a été associé à la constellation du Verseau.

Au XVIIe siècle, les quatre plus gros satellites de la planète Jupiter ont été nommés du nom de trois amantes du dieu (Io, Callisto, Europe) et de Ganymède.

  • En 1610, Galilée (1564-1642), grâce à sa célèbre lunette, fut le premier à observer les quatre plus gros satellites de Jupiter. Il les appela « lunes médicéennes » en hommage aux Médicis.
  • En 1614, son rival Simon Marius, proposa plutôt de donner à chacune le nom d'une aventure amoureuse de Zeus.

Culture populaireModifier

Ganymède est présent dans le jeu Overwatch de Blizzard sous la forme de l'oiseau de compagnie du personnage de Bastion[39].

AnnexesModifier

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SourcesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. Lucien de Samosate 2015, p. 715
  2. Lucien de Samosate 2015, p. 238
  3. Maxime de Tyr, Dissertation XXVI
  4. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [1]
  5. Homère, Iliade 20.230-240
  6. Suda v.s. Minos
  7. Jean Tzétzès dans Lycophron, 29
  8. Scholiast on Homer's Iliad 20.231 who refers to Hellanicus as his authority
  9. Pseudo-Apollodorus, Bibliotheca 3.12.2
  10. Dionysius of Halicarnassus, Antiquitates Romanae 1.62.2
  11. Dictys Cretensis, Trojan War Chronicle 4.22
  12. Cicero, Tusculanae Disputationes 1.65
  13. Euripides, Troad 822
  14. Tzetzes ad Lycophron 34
  15. Clement of Alexandria, Recognitions 22
  16. Hyginus, Fabulae 224
  17. Hyginus, Fabulae 271
  18. Lucien de Samosate 2015, p. 286, 487
  19. Lucien de Samosate 2015, p. 863
  20. Lucien de Samosate 2015, p. 767
  21. Lucien de Samosate 2015, p. 1146
  22. Lucien de Samosate 2015, p. 489, 714
  23. Homère et Flacelière 1955, p. 447
  24. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (XX, 232-233)
  25. Platon, Les Lois [détail des éditions] [lire en ligne], Livre I (636b-c)
  26. Brisson 2008, p. 694.
  27. 30
  28. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (XXXIV, 29)
  29. Extrait de la traduction de Marion Muller-Dufeu in La Sculpture grecque. Sources littéraire et épigraphiques, éditions de l'École nationale supérieure des beaux-arts, 2002, page 525}.
  30. Anthologie grecque, XII, 221
  31. Martial, Épigrammes [détail des éditions] [lire en ligne], I, 7
  32. « Mosaïques », sur pro-urba (consulté le 24 juillet 2020)
  33. (es) « PIERRE ET GILLES / CLAIR-OBSCUR », sur DXI magazine, (consulté le 4 octobre 2019)
  34. Ŧhe ₵oincidental Ðandy, Pierre & Gilles : "Ganymède" (Frédéric Lenfant) - 2001, (lire en ligne)
  35. Ŧhe ₵oincidental Ðandy, Pierre & Gilles : "Ganymède" (Frédéric Lenfant) - 2001, (lire en ligne)
  36. Ŧhe ₵oincidental Ðandy, Pierre & Gilles : "Ganymède" (Frédéric Lenfant) - 2001, (lire en ligne)
  37. « Vous m'en direz des nouvelles ! - Dominique Fernandez, le gay savoir », sur RFI, (consulté le 4 octobre 2019)
  38. (la) Michaël Maïer, Arcana arcanissima, S.l., , 285 p., p. 259
  39. (en) « Bastion », sur Overwatch Wiki (consulté le 27 octobre 2017)