Assurnasirpal II

roi d'Assyrie

Assurnasirpal II
Ashurnasirpal2 stele.jpg
Fonction
Roi d'Assyrie
- av J-C
Biographie
Décès
Époque
Activité
Période d'activité
Père
Conjoint
Mullissu-mukannišat-Ninua (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant

Assurnasirpal II (Aššurnaṣirpal II, de l'assyrien Aššur-nāṣir-apli, « Assur est le protecteur de l'héritier »), est un roi d’Assyrie, de 883 à 859 av. J.-C. Son règne est marqué par de nombreuses campagnes militaires qui affirment la suprématie de l'Assyrie sur la Haute Mésopotamie et la Syrie, et la construction d'une nouvelle capitale à Kalkhu (Nimroud).

Campagnes militairesModifier

 
L'empire assyrien à l'époque de la reconquête (934-830 av. J.-C.) : en foncé, les territoires dans la mouvance assyrienne au début de la période ; en clair, les territoires incorporés à l'empire à la fin de la période.

Le règne d'Assurnasirpal est marqué par la poursuite de la reconquête de la Haute-Mésopotamie par l'Assyrie, entreprise par ses prédécesseurs. Il entreprend de nombreuses campagnes, au moins quatorze, décrites en longueur dans ses inscriptions officielles, notamment ses annales, qui sont les principales sources permettant de reconstituer les événements ayant eu lieu durant ses années au pouvoir.

Il dirige ses troupes dans plusieurs directions. Au nord il combat les pays de Nairi puis l'Urartu à plusieurs reprises, en se servant de la ville de Tusshan (Ziyaret Tepe) comme base militaire. La région du Haut Tigre est alors fermement placée sous la domination assyrienne. À l'est il mène trois campagnes dans le pays de Zamua, dans le Zagros. Dans les pays occidentaux il affronte plusieurs royaumes araméens et néo-hittites, souvent déjà soumis par ses prédécesseurs mais prompts à se révolter contre le joug que leur impose le pouvoir assyrien. Son principal rival est le Bit-Adini, royaume qui occupe la région de la boucle de l'Euphrate (capitale Til Barsip), alors dirigé par Ahuni, qui cherche à déstabiliser l'hégémonie assyrienne dans la région moyenne de l'Euphrate et aussi la région du Khabur. D'importantes révoltes embrasent alors la frange méridionale de la sphère de domination assyrienne, le long de l'Euphrate, les pays de Laqe, Hindanu et Suhu. Il faut plusieurs campagnes pour obtenir la soumission de ces pays, qui n'est du reste que temporaire. Fort de ses succès, Assurnasirpal conduit ses troupes encore plus à l'ouest, jusqu'à atteindre les rivages de la Méditerranée, ce qu'aucun roi assyrien n'avait fait depuis Tiglath-Phalasar Ier (1114-1076). Il reçoit alors le tribut des royaumes de la région : Karkemish, Pattina, Tyr, Sidon, Byblos, Arwad. Mais il lui faut encore revenir dans la région par la suite, Bit Adini et Karkemish se révoltant contre lui[1],[2].

Les campagnes annuelles d’Assurnasirpal sont particulièrement sanglantes et cruelles, et ses descriptions des supplices qu'il inflige aux rebelles vaincus ont frappé les esprits et ont fortement contribué à la réputation de cruauté des souverains assyriens : empalements, pyramides de têtes coupées, populations brûlées vives, dirigeants vaincus écorchés vifs. Cette cruauté devient un véritable mode de gouvernement par la terreur et le pillage, la déportation et l’imposition des vaincus permettent d’accroître le potentiel économique de l’Assyrie. Les affrontements en rase campagne semblent rare, les affrontements consistant souvent en des sièges, cette époque semblant voir le développement des engins de siège. Les représentations de l'époque semblent aussi indiquer que l'armée assyrienne se repose de plus en plus sur la cavalerie.

Les conquêtes militaires d'Assurnasirpal confirment la suprématie militaire de l'Assyrie en Haute Mésopotamie, et permettent à ce royaume d'administrer de nouveaux territoires et d'obtenir d'importantes ressources, qu'il mobilise pour ses chantiers de construction.

« Le vingtième jour du mois de Sivan (I), je quittai Kalkhu. Après avoir franchi le Tigre je me dirigeai vers le pays de Bit Adini (et) approchai la ville de Kaprabu, leur ville fortifiée. La ville était solidement fortifiée ; elle flottait telle un nuage dans le ciel. Les gens, confiants en leurs nombreuses troupes, ne descendirent pas (et) ne se soumirent pas à moi. Par l'ordre du dieu Assur, le grand seigneur, mon seigneur, et les insignes divins qui me précédaient, j'assiégeai la ville (et) la conquis grâce à des tunnels, des béliers (et) tours de siège. Je massacrai un grand nombre d'entre eux, je tuai 800 de leurs gens d'armes (et) leur pris des prisonniers (et) biens. J'emportai 2 500 de leurs troupes (et) les établis à Kalkhu. Je rasai, détruisis, brûlai (et) consumai la ville. (Ainsi) j'imposai le respect de la splendeur du dieu Assur, mon seigneur, sur Bit Adini.
À ce moment je reçus le tribut d'Ahunu, homme de Bit Adini (et) de Habinu, homme de la ville de Til-abni, de l'argent, de l'or, de l'étain, du bronze, des étoffes en lin multicolore, des bûches de cèdre, trésor de son palais. Je leur pris des otages (et) leur montrai de la miséricorde. »

— Une campagne contre le royaume araméen Bit Adini, d'après les Annales d'Assurnasirpal II (v. 870 av. J.-C.)[3].

« Je partis de la ville de Kalkhu, je traversai le Tigre, et je me dirigeai vers le pays de Qipanu. Je reçus le tribut des princes du pays de Qipanu, dans la cité de Husirina. Pendant que je séjournai dans la cité de Husirina, je reçus le tribut de Itti', l'Azalléen, et de Giridadi, l'Asséen : de l'or, du petit bétail et des ballots de laine. Au même moment, je reçus aussi des troncs de cèdre, de l'argent, de l'or : le tribut de Qatazili, le Kummuhéen. (...)
Je me dirigeai vers la ville de Udu, la citadelle de Labturu, fils de Tupusu. Je fondis sur la ville : je passai par le fil de l'épée 1 400 hommes, je pris vivants 580 hommes et emmenai 3 000 prisonniers. Les hommes survivants, j'en empalai sur des pieux tout autour de la ville ; à d'autres, je fis arracher les yeux. Le reste, je les emmenai en Assyrie. La ville, j'en pris possession. »

— Tribut, siège, massacres et déportations en Anatolie orientale sous Assurnasirpal II (865 av. J.-C.), d'après ses Annales[4].

Constructions et résidencesModifier

Assurnasirpal II semble avoir souvent résidé à Ninive au début de son règne, puisque la ville lui sert de lieu de départ pour trois de ses cinq premières campagnes. Il restaure le temple d'Ishtar de cette cité. Il entreprend des travaux dans la capitale de son royaume, Assur, où il reconstruit le temple de Sîn et de Shamash, et également le « Vieux palais », le plus ancien palais des rois assyriens. C'est le lieu qu'il choisit pour son inhumation, dans la partie sud de l'édifice qui comprend déjà plusieurs tombes de ses prédécesseurs[5].

Vers la cinquième année de son règne, le roi entreprend un projet d'une toute autre envergure, puisqu'il fait ériger une nouvelle capitale dans la ville de Kalkhu (le site actuel de Nimroud), jusqu'alors une cité d'importance secondaire. Située au centre du pays assyrien, à peu près à égale distance de ses trois principales villes, Assur, Ninive et Arbèles, cette ville a une position géographique intéressante. Le roi souhaite peut-être aussi prendre de la distance vis-à-vis des élites et du grand temple d'Assur, afin de disposer d'une ville érigée à la gloire du pouvoir royal, dont il sélectionne les résidents. Le chantier est confié à un des proches du roi, l'eunuque Nergal-apil-kumu'a[6]. Le roi prend ses quartiers dans la ville dès le début du chantier, qui se poursuit sous son règne et celui de son successeurs. La première phase du chantier comprend la construction de la muraille de la ville, d'un grand palais royal, et le creusement de canaux dans la campagne environnantes, où sont plantés des jardins. Plusieurs temples sont également construits, neuf selon les inscriptions. L'acropole de la ville est le principal lieu de constructions. Elle comprend le palais royal, le « Palais nord-ouest » des fouilleurs du site, un vaste édifice (la zone fouillée mesure 200 × 170 m, mais l'édifice s'étendait au-delà) organisé autour de deux grandes cours. La première sert d'espace central pour la zone publique, qui sert à l'administration, et la seconde est l'espace central de la zone privée, où se trouvent les appartements du roi et de sa famille. La séparation entre les deux zones est une salle du trône allongée où le roi tient ses audiences. Le palais est décoré de grandes statues de taureaux et lions androcéphales ailés, de bas-reliefs sur orthostates, de briques glaçurées et de peintures. Les temples datables du règne d'Assurnasirpal qui ont été identifiés sur à proximité du palais sont ceux dédiés Ninurta (avec une ziggurat), Sharrat-niphi et Ishtar de Kadmuri situés au nord du palais, celui dédié à Nabû situé au sud-est du tell ; le « bâtiment central », situé comme son nom l'indique vers le centre du tell, érigé à cette époque, est probablement un temple[7].

L'inauguration du palais est commémorée par un gigantesque banquet, commémoré par une longue inscription, qui rapporte que le roi aurait invité et nourri 69 574 personnes venues de tout son royaume[8].

« Quand je consacrai le palais de Kalkhu, 47 074 hommes et femmes invités de toutes les parties de mon royaume, 5 000 dignitaires et envoyés des peuples des pays de Suhu, Hindanu, Patinu, Hatti, Tyr, Sidon, Gurgum, Melid, Hubusku, Gilzanu, Kummuhu (et) Musasir, 16 000 gens de Kalkhu et 1 500 zariqu de mon palais (fonctionnaires assyriens), tous, en tout 69 574 personnes de tous les pays ainsi que les gens de Kalkhu, je les ai nourris pendant dix jours, je les ai abreuvés de vin, je les ai fait baigner, oindre. Ainsi je les honorai puis les renvoyai dans leurs contrées dans la paix et dans la joie. »

— La banquet commémorant l'inauguration de Kalkhu, d'après la Stèle du banquet, l. 141-154[9].

Assurnasirpal entreprend également la construction du temple dédié au dieu Mamu et d'un palais dans la cité d'Imgur-Enlil (site actuel de Balawat), chantiers poursuivis par son fils[10].

ReprésentationsModifier

 
Bas-relief de la salle du trône surplombant le trône royal : le roi Assurnasirpal II est représenté deux fois, autour d'un arbre sacré, rendant hommage à un dieu représenté dans un disque ailé (Assur ou Shamash). British Museum.
 
Attaque d'une ville ennemie par les troupes d'Assurnasirpal II. Bas-relief du Palais nord-ouest de Nimroud. British Museum.

Inscriptions et stèlesModifier

Assurnasirpal a fait ériger plusieurs stèles inscrites, parmi lesquelles se trouve un des deux « monolithes de Kurkh » (le second étant l’œuvre de son fils), ou encore la « stèle du banquet » qui relate le banquet donné lors de l'inauguration de Kalkhu. On sait par ses inscriptions que le roi a laissé plusieurs bas-reliefs rupestres le représentant, dans des régions lointaines qu'il a atteint lors de ses campagnes militaires[8].

Les inscriptions d'Assurnasirpal comprennent des annales, qui relatent année par année ses campagnes militaires et constructions, dans un ordre chronologique, d'autres inscriptions dans laquelle les conquêtes sont présentées dans une logique géographique, et d'autres qui mêlent les deux principes. Les récits militaires connaissent un développement important sous ce règne, offrant plus de détails que pour les précédents. Une inscription du souverain a été reproduite sur plusieurs orthostates sculptées, et a été surnommée « inscription standard » par les historiens[8].

FamilleModifier

Son épouse principale est Mullissu-mukannishat-Ninua, fille d'un membre de l'aristocratie assyrienne, Assur-nirka-daʾʾin, qui est le grand échanson du roi[6]. Un hypogée avait été aménagé pour recevoir la sépulture de la reine dans le palais nord-ouest de Kalkhu, puisque son sarcophage et plusieurs inscriptions à son nom y ont été retrouvés dans les secteurs des tombes de reines (tombe n°III). Elle a été pillée dans l'Antiquité[11].

Le fils d'Assurnasirpal, Salmanazar III, lui succède en 858 av. J.-C..

RéférencesModifier

  1. Fischer 1998, p. 205.
  2. Frahm 2017, p. 169.
  3. Grayson 1991, p. 216
  4. Francis Joannès, La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.-C., Paris, Armand Colin, coll. « U », , p. 34
  5. (en) John M. Russell, « Assyrian Cities and Architecture », dans Eckart Frahm (dir.), A Companion to Assyria, Malden, Wiley-Blackwell, , p. 435-436
  6. a et b Frahm 2017, p. 170.
  7. Russell 2017a, p. 436-438.
  8. a b et c Fischer 1998, p. 206.
  9. Grayson 1991, p. 293.
  10. Russell 2017a, p. 439.
  11. (en) John M. Russell, « Assyrian Art », dans Eckart Frahm (dir.), A Companion to Assyria, Malden, Wiley-Blackwell, , p. 498

BibliographieModifier

  • (en) S. Fischer, « Aššur-nāṣir-apli », dans Karen Radner (dir), Prosopography of the Neo-Assyrian empire, Helsinki, Helsinki University Press, , p. 204-207
  • Pierre Villard, « Aššurnaṣirpal », dans Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, , p. 105-107
  • (en) A. Kirk Grayson, « Assyria: Ashur-Dan II to Ashur-Nirari V (954–745 B.C.) », dans John Boardman et al. (dir.), The Cambridge Ancient History, Part 1: The Prehistory of the Balkans, the Middle East and the Aegean World, Tenth to Eighth Centuries B.C., Cambridge, Cambridge University Press, , p. 238-281
  • (en) A. Kirk Grayson, The Royal inscriptions of Mesopotamia. Assyrian periods Vol. 2 : Assyrian Rulers of the First Millennium B.C. (1114-859 B.C.), Toronto, Buffalo et Londres, University of Toronto Press, , p. 189-386
  • (en) Wilfried G. Lambert, « The Reigns of Aššurnaṣirpal II and Shalmaneser III: An Interpretation », Iraq 36, 1974, p. 103-109.
  • (en) Eckart Frahm, « The Neo‐Assyrian Period (ca. 1000–609 BCE) », dans Eckart Frahm (dir.), A Companion to Assyria, Malden, Wiley-Blackwell, , p. 169-170

Articles connexesModifier

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