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Les Casseurs de pierres

tableau de Gustave Courbet
Les Casseurs de pierres
Gustave Courbet 018.jpg

Reproduction colorisée du tableau détruit.

Artiste
Date
Technique
Dimensions (H × L)
165 × 257 cm
Mouvements
Localisation

Les Casseurs de pierres est un tableau peint en 1849 par Gustave Courbet, détruit en 1945, lors d'un bombardement en Allemagne. Il mesurait 165 × 257 cm[1].

Sommaire

DescriptionModifier

Deux hommes, représentés grandeur nature, se détachent sur une colline sombre. En haillons et le corps brisé, ils tournent le dos au spectateur, absorbés par leur tâche. Sur la gauche de la toile une corbeille en osier, à droite une marmite, une cuiller et un morceau de pain noir sur une besace.

La signature grande et orange se trouve en bas à gauche.

HistoireModifier

Le tableau a été peint en 1849 et fit partie des trois œuvres présentées par Courbet au Salon de 1850-1851 (avec Les Paysans de Flagey revenant de la foire et Un enterrement à Ornans).

Courbet raconte qu'il aurait croisé ces ouvriers au bord de la route[2] : « J'allais au château de Saint-Denis faire un paysage, (…) je m'arrête pour considérer deux hommes au bord de la route, il est rare de rencontrer l'expression la plus complète de la misère, aussi sur le champ m'advint-il un tableau. »[3] Les deux hommes avaient accepté de poser pour le peintre.

Courbet présente son tableau ainsi :

« C'est un tableau de Casseurs de pierres qui se compose de deux personnages très à plaindre ; l'un est un vieillard, vieille machine raidie par le service et l'âge ; la tête basanée et recouverte d'un chapeau de paille noire ; par la poussière et la pluie. Ses bras qui paraissent à ressort, sont vêtus d'une chemise de grosse toile ; puis, dans son gilet à raies rouges se voit une tabatière en corne cerclée de cuivre ; à son genou posé sur une torche de paille, son pantalon de droguet qui se tiendrait debout tout seul à une large pièce, ses bas bleus usés laissent voir ses talons dans des sabots fêlés. Celui qui est derrière lui un jeune homme d'une quinzaine d'années ayant la teigne ; des lambeaux de toile sale lui servent de chemise et laissent voir ses bras et ses flancs : son pantalon est retenu par une bretelle en cuir, et il a aux pieds les vieux souliers de son père qui depuis bien longtemps rient par bien des côtés. »

— Lettre de Courbet à Jules Champfleury, Ornans, printemps 1850[4]

Il est exposé une première fois au Salon de 1850-1851, puis durant l'Exposition Courbet de 1867, après laquelle il est acheté par Laurent-Richard qui le revend en 1871 à M. Binand. En 1909, après la mort de celui-ci, il est acquis par la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde[5] : la toile fut détruite lors du bombardement de la ville en février 1945.

Il existe deux premières esquisses préparatoires ou variantes, à l'huile. La première, mesurant 65 x 66 cm, figure les deux ouvriers orientés vers la gauche, et est signée en bas à droite ; elle est exposée au musée Oskar Reinhart Am Römerholz (Suisse)[2]. La deuxième mesurant 45 x 54.5 cm, ne figure qu'un seul ouvrier, celui au chapeau, et est signée en bas à droite (collection particulière). On compte aussi un dessin à la mine de plomb du jeune casseur de pierres (Ashmolean Museum).

 
Le Casseur de pierre (1849), huile sur toile (45 × 54,5 cm), Milan, collection particulière.

ContexteModifier

Les Casseurs de pierres est traditionnellement considéré comme l'une des œuvres fondatrices du réalisme[6]. Le peintre représente la réalité telle qu'il la voit. Ce n'est cependant pas la première fois que Courbet peint un travailleur : citons par exemple Le Cheminot datant des années 1845-1846, toile peu connue exposée au musée des beaux-arts de Dole. Représenter des travailleurs en situation, sans artifice, d'autres peintres le font à cette époque, notamment Carl Geyling (1814–1880) : ici, ce qui change radicalement, c'est le traitement de l'image avec son cadrage serré sur les corps, la taille des motifs, respectant les proportions à échelle 1, la palette des couleurs convoquées (terreuse, grise, sable...).

« Les Casseurs de pierres (…) crient par leurs haillons vengeance contre l’art et la société », dit de la toile Émile Zola (1865)[7].

« Ce tableau teinté de gris, avec ses deux hommes aux mains calleuses, au cou halé, était comme un miroir où se reflétait la vie terne et pénible des pauvres. »[8] (Jules Vallès, 1866)

RéférencesModifier

  1. Thomas Schlesser, Le journal de Courbet, Paris, Hazan, coll. « Bibliothèque des arts », , 391 p. (ISBN 978-2-7541-0024-3), p. 98.
  2. a et b Michael Fried, Esthétique et origines de la peinture moderne, vol. 2 : Le réalisme de Courbet, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais », , 416 p. (ISBN 2-07-073051-4).
  3. Pascale Auraix-Jonchière (dir.), Écrire la peinture entre XVIIIe et XIXe siècles, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, coll. « Révolutions et romantismes » (no 4), , 492 p. (ISBN 2-84516-194-8).
  4. (en) Timothy J. Clark, Image of the People : Gustave Courbet and the 1848 Revolution, Los Angeles, University of California Press, , 208 p. (ISBN 0-520-21745-4), p. 166.
  5. Gazette des beaux-arts, juillet 1929, p. 30.
  6. Serge Berstein, Histoire du XIXe siècle, Paris, Hatier, coll. « Initial ».
  7. Émile Zola, « Mes Haines, Causeries littéraires et artistiques », Le Salut public,‎ (lire en ligne).
  8. Jules Vallès, La Rue, (lire en ligne).