Lauren Bastide

journaliste, militante et chroniqueuse française

Lauren Bastide, née le à Orléans, est une journaliste française, animatrice radio, essayiste et féministe engagée pour l'égalité homme-femme dans les médias.

Lauren Bastide
Image dans Infobox.
Lauren Bastide en mars 2019.
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Lycée Jean-Zay (d) (jusqu'en )
Institut d'études politiques de Strasbourg (jusqu'en )
Centre de formation des journalistes (jusqu'en )
Université Paris-VIII (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Autres informations
Distinction

En 2016, elle cofonde l'entreprise Nouvelles écoutes et crée le podcast féministe La Poudre, dans lequel elle réalise des entretiens avec des femmes et des personnalités féministes.

Elle publie en 2020 Présentes, un essai sur la place des femmes dans les espaces publics (villes, médias, politique).

BiographieModifier

Jeunesse et étudesModifier

Fille d'un bijoutier et d'une cadre supérieure dans une boîte d’intérim, elle est scolarisée jeune dans une école privée, fréquentant un milieu catholique et conservateur[1]. Après l'obtention de son baccalauréat littéraire en 1998, Lauren Bastide suit durant une année une classe préparatoire littéraire. En 2002, elle obtient un diplôme en relations et affaires internationales de l'Institut d'études politiques de Strasbourg. Après plusieurs stages au Courrier international, à l’agence de presse Reuters puis au quotidien Le Monde, elle est diplômée du Centre de formation des journalistes (CFJ) en 2005.

Elle perd sa sœur cadette Julia, assassinée à l'âge de 20 ans par un camarade de promotion lors d'une soutenance de stage à l'IUT GEA d'Orléans, le 22 juin 2005[2],[3].

En 2017, elle obtient un master en études de genre à l'Université Paris-VIII[4].

CarrièreModifier

JournalismeModifier

Lauren Bastide travaille au sein de la rédaction de l'hebdomadaire féminin Elle de 2005 à 2015, tour à tour pigiste et grand reporter avant de devenir rédactrice en chef des pages d'informations[5]. En , elle fonde avec Sophie Fontanel le DailyElle, la version en ligne du magazine, dont elle devient la rédactrice en chef adjointe[6],[7].

La même année, elle intègre la chaîne C8 et fait ses débuts télévisuels dans la rubrique mode de l'émission Le Grand 8, puis présente sur Stylia le rendez-vous À la vie, à la mode[8].

Entre 2009 et 2014, elle prête ponctuellement sa plume aux revues Lurve[9] et Antidote[10],[11].

Le , elle rejoint l'équipe de chroniqueurs de l'émission Le Grand Journal sur Canal+, animée quotidiennement par Maïtena Biraben. À la suite d'un changement de direction, de rumeurs de tensions et d'un acharnement médiatique, elle quitte le plateau au terme d'une unique saison[12].

Au lendemain de l'intronisation du 45e président des États-Unis Donald Trump, elle signe le documentaire sonore La Marche, réalisé le , jour de la Women's March ayant mobilisé près d'un demi-million de personnes dans les rues de Washington, D.C.[13],[14].

À partir du , elle anime l'émission hebdomadaire Les Savantes sur France Inter, pendant une heure, consacrée à une femme universitaire et à son domaine de prédilection[15],[16]. Elle est également porte-parole du collectif Prenons la une[17], se battant pour une meilleure représentation des femmes dans les médias[18]. Militante contre les inégalités de genre, la majeure partie de ses travaux s'ancrent dans la lutte contre les stéréotypes[19].

Le , elle participe à la manifestation contre les violences faites aux femmes lancée par le collectif #NousToutes[20].

Elle participe au documentaire Sale Pute, réalisé par les journalistes belges Myriam Leroy et Florence Hainaut, sur le cyberharcèlement sexiste, diffusé en France sur Arte en [21],[22].

Nouvelles Écoutes et La PoudreModifier

En 2016, elle fonde avec le journaliste Julien Neuville la société Nouvelles Écoutes, un studio de production consacré à la création sonore. Elle diffuse sur iTunes son programme La Poudre, dont deux podcasts sont mis en ligne le avec comme première invitée la réalisatrice et scénariste Rebecca Zlotowski[23]. Lauren Bastide reçoit des femmes pour parler de leur enfance, de leur parcours professionnel, de leurs créations et de féminisme[19].

En 2019, elle lance pour le studio Nouvelles Écoutes un flux de podcasts de documentaires, Intime et politique, dont elle est la créatrice et la productrice exécutive. À travers des documentaires sonores de 4 à 6 heures, le flux promet de « s’attaquer aux racines des discriminations sexistes et des stéréotypes de genre »[24]. Le premier documentaire, publié en et réalisé par Ovidie, s’intitule Juste Avant, et parle du lien entre une mère militante féministe et sa fille tout juste entrée dans l’adolescence[25]. Le second documentaire, réalisé par Océan, Politique des putes, qui donne la parole à des travailleuses et travailleurs du sexe, souhaite déconstruire la perspective abolitionniste de la prostitution[26]. Le troisième documentaire, La Fille sur le canapé réalisé par Axelle Jah Njiké, est une enquête sur les violences sexuelles intrafamiliales sur mineurs, dans les familles afrodescendantes.

En , après avoir fait face à des difficultés financières liées à la publicité et conclu un accord d'édition avec Marabout[27], elle quitte la présidence de Nouvelles Écoutes tout en restant actionnaire minoritaire[28].

À partir d', la sixième saison de La Poudre est diffusée exclusivement sur Spotify, qui en a acquis les droits[29].

En , à la suite de critiques sur les conditions de travail au sein de Nouvelles Écoutes, Lauren Bastide démissionne du conseil d’administration de l’association de journalistes féministes Prenons la une[30]. Reconnaissant sa responsabilité dans les erreurs commises, elle salue « que soit brisé ce mythe du podcast comme eldorado journalistique »[31]. Dans un article publié par Marianne, et faisant suite aux critiques sur les conditions de travail au sein de Nouvelles Écoutes, l'auteur cite ainsi le point de vue de Pierre-André Taguieff sur Lauren Bastide (issu de son ouvrage L'Imposture décoloniale) : « un certain dandysme révolutionnariste de pure posture » ; une « opportuniste « radicale » » jusqu'à la caricature[32].

PrésentesModifier

En , elle publie un essai, Présentes- Ville, médias, politique... quelle place pour les femmes?, chez Allary Éditions.

Elle y soutient la thèse selon laquelle l'espace public, prétendument non-sexiste et égalitaire, privilégie en réalité les hommes[33]. Une partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude de l'espace urbain : on trouve à Paris, écrit Lauren Bastide, 37 statues de femmes, contre 350 statues d'hommes ; les stades, les terrains de jeu sont occupés principalement par les hommes ; les femmes sont souvent harcelées dans la rue et dans les transports[33]. De plus, ajoute l'autrice, les personnes LGBT, racisées et non-valides doivent se plier dans l'espace urbain à des normes édictées par des hétérosexuels, des blancs et des personnes valides ; soumises à des contraintes plus fortes, voire à des formes de discrimination, elles se retirent parfois d'un espace inhospitalier[33].

Une deuxième partie du livre analyse l'espace médiatique, où les hommes, majoritaires, occupent en plus grand nombre les postes de direction[33]. Les femmes journalistes y sont marginalisées, parfois censurées, ou discréditées (considérées comme des militantes, non comme des professionnelles)[33]. Selon L. Bastide, la représentation que les médias donnent des femmes est trop souvent stéréotypée. Si l'espace des réseaux sociaux a ouvert aux femmes de nouvelles possibilités, comme en témoigne le MeToo, la violence en ligne vise en priorité les femmes ainsi que les personnes LGBT et racisées[33].

Une des solutions proposées par Lauren Bastide consiste pour les femmes à parler — raconter leur parcours à la première personne, oser dire "je"[33].

Cet essai sur l'invisibilisation des femmes et d'autres catégories de personnes stigmatisées est nourri de réflexions élaborées par neuf personnalités féministes interviewées par Lauren Bastide au cours d'un cycle de conférences qu'elle avait animé au Carreau du Temple, à Paris[34] ; parmi ces personnalités figurent Elisa Rojas, fondatrice du Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (Clhee), Rokhaya Diallo, journaliste féministe et antiraciste, la journaliste militante pour les droits des personnes LGBT+ Alice Coffin, la militante féministe Caroline De Haas, l'universitaire spécialiste de l’islam Hanane Karimi, les anthropologues urbaines, fondatrices de la plate-forme Genre et Ville Pascale Lapalud et Chris Blache[35]. L'essai fournit de nombreuses données chiffrées, conformément à une idée-force de l'autrice selon laquelle le sexisme est un phénomène objectivement mesurable[36],[37].

Dans Marie Claire, Adèle Bréau décrit l'ouvrage comme « un manifeste indispensable qui nous aide à mieux cerner les enjeux des luttes pour les droits des femmes »[38], tandis que dans Moustique, Sébastien Ministru en parle comme « un parfait résumé de tous ces combats qui, mis bout à bout, préparent le basculement vers un nouveau monde »[39].

Prise de positionModifier

Affaire MilaModifier

Le , elle déclare sur Instagram ne pas soutenir « publiquement » Mila, une adolescente lesbienne menacée de mort et vivant sous protection policière permanente pour avoir critiquée à titre privé sur un réseau social la religion musulmane, « parce que je ne partage pas sa vision du monde raciste et irrespectueuse des musulman-e-s de France ». Elle accuse aussi les personnes qui défendent Mila de partager cette vision[40].

Marylin Maeso, normalienne et agrégée de philosophie, rédige un texte critique dans L'Express où elle affirme que « dans son texte, Lauren Bastide fait l'inverse de l'intersectionnalité. Au lieu d'inclure, elle exclut quelqu'un du champ des victimes. Ça ne peut pas être ni féministe ni intersectionnel. On ne peut pas partir d'un cadre de lutte qui cherche à inclure et pondre un texte qui va vers l’exclusion »[41],[42].

DistinctionsModifier

PublicationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Lauren Bastide : "Compliqué de porter un féminisme qui ne soit pas intersectionnel" », sur Le nouvel Economiste, (consulté le )
  2. Podcast : Lauren Bastide, une prise de parole cathartique, dans “Fracas”, Télérama.
  3. Lauren Bastide, Présentes, villes, médias, politique, quelle place pour les femmes?, Paris, Allary Éditions, (ISBN 978-2-37073-325-2), p. 245
  4. Célia Héron, « Lauren Bastide, femme de paroles », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  5. « L'activité de Lauren Bastide - Rédacteur en chef - Elle », sur elle.fr (consulté le ).
  6. « La vie de bureau de Sophie Fontanel et Lauren Bastide », sur dailyelle.fr (consulté le ).
  7. « Sophie Fontanel et Lauren Bastide parlent du dailyELLE - Elle », sur elle.fr, (consulté le ).
  8. Sonia Ouadhi, « Le Grand Journal : Qui est Lauren Bastide, la nouvelle chroniqueuse de Maïtena Biraben ? », Télé-Loisirs,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. (en) « Lauren Bastide in Sonia Rykiel for LURVE magazine », sur hellocoton.fr, .
  10. Lauren Bastide, « Pourquoi le corps de la femme est-il toujours tabou ? », sur http://magazineantidote.com, .
  11. admin, « L'interview de Leïla Slimani : "Mon arme, c'est la plume" », (consulté le ).
  12. Alexandre Comte, « Lauren Bastide raconte son année d’enfer au “Grand Journal” », sur lesinrocks.com, .
  13. Cécile Orsoni, « Ce , on écoute le podcast féministe « La Poudre » pour revivre la « Marche des femmes » », sur elle.fr, (consulté le ).
  14. Vincent-Xavier Morvan, « Les nouveaux visages du féminisme », sur strategies.fr, Stratégies, (consulté le ).
  15. « Les Savantes, chaque samedi à 10 h sur France Inter », sur franceinter.fr.
  16. « Tout l’été, Lauren Bastide invite des femmes savantes à son micro », sur cheekmagazine.fr, (consulté le ).
  17. « Manifeste - Femmes à la une », sur liberation.fr, .
  18. « "Prenons la une!": plus de 700 signatures », sur lefigaro.fr, .
  19. a et b Leslie Rezzoug, « Lauren Bastide : "Il faut lire pour comprendre ce qu'est le féminisme" », sur lexpress.fr, .
  20. Muriel Chavaillaz, « #NousToutes: samedi , toutes dans la rue ! », Femina,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. « « #SalePute », quand le cyberharcèlement systémique révèle une misogynie structurelle », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. « #SalePute - Regarder le documentaire complet », sur ARTE (consulté le )
  23. Lauren Provost, « Lauren Bastide, ex-chroniqueuse du "Grand Journal", se lance dans les podcasts féministes », sur huffingtonpost.fr, .
  24. « Intime & Politique », sur Nouvelles Écoutes (consulté le )
  25. « Comment éduquer une adolescente quand on est une mère féministe : un dialogue à podcaster », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  26. Fanny Marlier, « “La Politique des putes”, un podcast immersif sur les travailleur·euses du sexe signé Océan - Les Inrocks », sur https://www.lesinrocks.com/ (consulté le )
  27. « Podcasts : le studio Nouvelles Ecoutes fait face à la crise », sur CB News (consulté le )
  28. « Lauren Bastide cède la présidence de Nouvelles Écoutes à Julien Neuville », sur CB News (consulté le )
  29. Chloé Woitier, « Spotify met la main sur le podcast féministe La Poudre », sur LEFIGARO, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le ).
  30. Khedija Zerouali, « Podcast : les astuces des studios pour payer mal... voire pas du tout », sur mediapart.fr,
  31. Célia Héron, « Lauren Bastide: «La bienveillance est peut être galvaudée, mais c’est tout ce qu’on a» », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne  , consulté le )
  32. Jean-Loup Adenor, « Des podcasts féministes accusés de capitaliser… sur le dos des femmes », sur www.marianne.net, (consulté le ).
  33. a b c d e f et g « « Présentes » de Lauren Bastide - Sur les pavés, la rage - Maze.fr », sur Maze, (consulté le )
  34. « Lauren Bastide: «Le féminisme n’est pas une lutte basée sur des ressentis ou des émotions» », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  35. « Les trois conseils de Lauren Bastide pour être une femme puissante », sur Le Huffington Post, (consulté le )
  36. « Lauren Bastide veut sortir les femmes de leur invisibilité », sur Challenges, (consulté le )
  37. « Lauren Bastide: "C'est nous, les résistantes. C'est nous, le backlash" », sur L'Echo, (consulté le )
  38. « Lauren Bastide : "Le sexisme intériorisé est dur à éradiquer" », sur Marie Claire (consulté le ).
  39. Sébastien Ministru, « Lauren Bastide, "Faire plus de place aux femmes" », Moustique,‎ , p. 36-37.
  40. Jean-Loup Adenor, « "Je ne soutiens pas Mila" : Lauren Bastide, la féministe qui n'a pas inventé la poudre », sur www.marianne.net, (consulté le ).
  41. Samuel Laurent et Solène Cordier, « Dans l’affaire Mila, les silences embarrassés des féministes », sur lemonde.fr, .
  42. « Marylin Maeso : L'incompréhensible refus de la féministe Lauren Bastide de soutenir Mila », sur lexpress.fr, .
  43. Arrêté du , ministère de la Culture.

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