Maboula Soumahoro

universitaire et militante politique franco-ivoirienne

Maboula Soumahoro, née le à Paris, est une angliciste française d'origine ivoirienne. Maîtresse de conférences à l'université de Tours, elle est surtout connue comme militante antirasciste et afroféministe.

Son champ de recherche s'inscrit dans le cadre des « French diaspora studies ». Elle est une spécialiste de la diaspora africaine aux États-Unis.

BiographieModifier

Née à Paris[1], dans une famille d'origine ivoirienne, Maboula Soumahoro grandit dans un quartier populaire du Kremlin-Bicêtre[2].

ÉtudesModifier

Après des études dans les universités de Créteil et de Jussieu, elle est titulaire du CAPES d'anglais[3] et poursuit ses études aux États-Unis à l'université Columbia à New York[2] où elle est ensuite recrutée comme chercheuse associée.

De retour en France, elle s'inscrit à l'université François-Rabelais de Tours en doctorat sous la direction de Claudine Reynaud. Elle y soutient en 2008 une thèse intitulée « La couleur de Dieu ? Regards croisés sur Nation of Islam et le Rastafarisme, 1930-1950 »[4],[5] qui demeure non publiée à ce jour, dédiée À mon Père. À mon Oncle. À Bouna et Zyed. Pour ma Mère et mon sang. Elle y interroge les enjeux politiques et culturels de l'idée de « pureté raciale » défendue par l'organisation politico-religieuse américaine, Nation of Islam.

EnseignementModifier

Elle est aujourd'hui maîtresse de conférences dans le département de langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes de l'université de Tours[6].

MédiasModifier

Dans les années 2010, elle intervient à plusieurs reprises dans divers médias, dont LCI, France 2 ou France Culture[7], pour aborder des questions comme le racisme ou l'histoire de l'esclavage.

Recherches, engagements, militantismeModifier

De 2013 à 2016, elle est membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage[8].

En partenariat avec le Parti des Indigènes de la République, elle organise en 2014 une formation sur « L’invention de la race blanche »[9] avec le doctorant en économie Félix Boggio Ewanjé-Epée, co-auteur — avec Houria Bouteldja et Sadri Khiari — de l'ouvrage Nous sommes les indigènes de la république.

En 2017, elle fait une brève apparition dans le film afroféministe Ouvrir la voix réalisé par Amandine Gay[10].

Elle publie en 2020 Le Triangle et l’Hexagone, dans lequel elle s'intéresse à l'identité noire en France[11].

« Afropéenne » et afroféministeModifier

Se définissant elle-même comme « afropéenne »[12], elle défend l'usage de ce terme qui permet de révéler « une réalité aujourd’hui souvent invisibilisée »[13].

Elle se réclame de l'afroféminisme, qu'elle juge important, ne serait-ce qu’en termes d’analyses sociales et politiques[14]. En 2015 elle participe, au sein d'un collectif de femmes soutenu par Angela Davis, militante historique des droits civiques, ainsi que par de nombreuses personnalités et associations de lutte contre les discriminations[15], à l'organisation d'une Marche des femmes pour la dignité (Mafed)[16] destinée à dénoncer les violences policières et les politiques d'exclusion sociale. La marche, qui a lieu le , rassemble entre 3 500 et 10 000 personnes[17].

Black history monthModifier

En 2012, elle co-fonde l'association Black History Month[18] — dont elle est présidente —, qui organise les Journées Africana dont le but est de promouvoir la connaissance et la passion pour les mondes noirs. Avec l’association, elle défend la nécessité de valoriser l'histoire des Noirs en France[18] et de mettre la République française face à la réalité de son histoire[19]. Selon elle, un festival consacré à l'histoire noire permet de faire exister une offre culturelle qui propose de faire découvrir des sujets peu connus[20]. La date du festival est fixée chaque année aux alentours du en l'honneur de la loi Taubira qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité[21]. La dernière édition a eu lieu en 2016 et n'a pas été depuis reconduite[22].

MwasiModifier

Maboula Soumahoro a soutenu le collectif Mwasi[23], défendant l'usage de la non-mixité par le festival Nyansapo dans une tribune qui développe le concept de « charge raciale » en le comparant à la « charge mentale » supportée par les femmes dans le couple[24].

ControversesModifier

En 2012, Maboula Soumahoro co-signe une tribune qui dénonce l'emploi « a-critique » de l’expression « racisme anti-blanc » par le MRAP qui, selon les signataires, est historiquement utilisé par la droite identitaire. En référence à la pensée d'Albert Memmi, la tribune oppose le racisme du dominant, reflétant et s’appuyant sur la puissance des dispositifs de domination et une forme de “racisme” du dominé, sans force, sans pouvoir, incapable de n’être autre chose que des mots[25]. Elle participe cette même année au jury des Y'a bon awards, cérémonie parodique organisée par l'association indigéniste Les Indivisibles. Caroline Fourest est lauréate du prix.

En 2016, à la suite de la publication de l'ouvrage controversé Les Blancs, les Juifs et nous de la porte-parole du Parti des indigènes de la République Houria Bouteldja[26],[27], le politologue Thomas Guénolé interpelle cette dernière lors d'un débat télévisé, en l'accusant de promouvoir dans son livre un discours raciste, antisémite et homophobe. Également présente sur le plateau, Maboula Soumahoro apporte alors son soutien à Houria Bouteldja[28], tout en précisant qu'elle n'appartient pas au Parti des indigènes de la République[29]. L'émission a fait l'objet d'un débat ultérieur, animé par Nacira Guénif-Souilamas, entre Houria Bouteldja et Maboula Soumahoro, cette dernière renouvelant son soutien à la première[30],[31].

En 2016, elle soutient la tenue d'un événement nommé « camp d'été décolonial », auquel elle assiste d'ailleurs elle-même. Les détracteurs affirment que le camp était interdit aux Blancs, ce que Maboula Soumahoro réfute lors d'un débat télévisé sur LCI, arguant que des femmes blanches voilées y ont participé[32],[33].

RacialismeModifier

En , elle indique dans une intervention filmée qu'à ses yeux un homme blanc ne peut pas incarner l'antiracisme et ne peut pas avoir raison contre une femme noire ou une arabe[34], affirmant que la France devait s'en rendre compte. L'hebdomadaire Valeurs Actuelles l'accuse alors de distiller le venin du racialisme[35].

AntisémitismeModifier

Lors d'un débat télévisé sur LCI, le député Nouvelle Gauche François Pupponi explique que, des habitants noirs de Sarcelles qui estimaient que la ville était « une ville de Noirs dirigés par des Juifs », avaient monté une liste « pour que les Noirs reprennent le pouvoir », ce qu'il estime cette démarche raciste et antisémite. Interrogée, Maboula Soumahoro dit ne pas être choquée puisque la liste n'a pas été élue[35]. La polémique provoque une réaction dans Atlantico (magazine qui qualifie cette liste raciste et antisémite), qui interroge Roland Hureaux pour qui le positionnement de cette personne est en gros analogue à celui de Dieudonné[36].

PublicationsModifier

  • Le Triangle et l'Hexagone : Réflexions sur une identité noire, La Découverte, , 160 p. (ISBN 978-2348041952)

ParticipationsModifier

  • [Postface] C.L.R. James, Sur la question noire aux États-Unis (1935-1948), Syllepse, 2017 (ISBN 978-2849503607)
  • « Story, History, Discourse: Maryse Condé’s Segu and Afrodiasporic Historical Narration », dans Mia E. Bay, Farah J. Griffin, Martha S. Jones, et Barbara D. Savage (dir.), Toward an Intellectual History of Black Women, Chapel Hill, University of North Carolina Press (ISBN 9781469623108, lire en ligne), p. 178-194

RéférencesModifier

  1. [entretien] Sonya Faure et Balla Fofana, « Maboula Soumahoro : «C’est aux Etats-Unis que je suis enfin devenue noire» », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 23 février 2020).
  2. a et b « Maboula Soumahoro : un melting-pot à elle toute seule », La Nouvelle République,‎ (lire en ligne, consulté le 27 octobre 2017).
  3. [entretien] Pénélope Dechaufour, « Trois questions de Pénélope Dechaufour, à Maboula Soumahoro », Africultures, vol. 99-100, nos 3-4,‎ , p. 270-275 (lire en ligne, consulté le 23 février 2020).
  4. Maboula Soumahoro, Thèse : La couleur de Dieu ?, Université François Rabelais (lire en ligne).
  5. (en-US) « The Nation of Islam », sur Blvck Vrchives (consulté le 2 décembre 2019).
  6. « Université Francois Rabelais - Mme Soumahoro Maboula », sur univ-tours.fr (consulté le 28 octobre 2017).
  7. « Maboula Soumahoro : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le 27 octobre 2017).
  8. « Version électronique authentifiée publiée au JO n° 0108 du 11/05/2013 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le 27 octobre 2017).
  9. « Maboula Soumahoro et Felix Boggio Ewanjé-Epée, Formation BAN/PIR : “L’invention de la race blanche” », Site du PIR,‎ (lire en ligne).
  10. « Amandine Gay, portrait d’une afro-féministe qui ne veut plus se taire », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2017).
  11. Olivia Gesbert, « Maboula Soumahoro, l’identité augmentée ? », sur franceculture.fr, (consulté le 23 février 2020).
  12. « Maboula Soumahoro, angliciste, civilisationniste et spécialiste des diasporas africaines », sur franceinter.fr (consulté le 4 septembre 2019).
  13. « Afropéen [adj.] : qualifie le fait d'être noir et né en Europe », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 octobre 2017).
  14. « Entretien avec Maboula Soumahoro : "La question noire concerne toute l'humanité" », La Gazette Noire,‎ (lire en ligne, consulté le 27 octobre 2017).
  15. « Une “Marche de la dignité”, dix ans après les émeutes en banlieue », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 29 septembre 2019).
  16. « Marche de la dignité : "L’heure de nous-mêmes a sonné" », sur Libération.fr, (consulté le 31 octobre 2017).
  17. « Elles ont marché pour la dignité », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2017).
  18. a et b Samba Doucouré, « Le Black History Month fait sa première symbolique en France », sur streetpress.com, (consulté le 27 octobre 2017).
  19. « Pourquoi n’y a-t-il pas de "Black History Month" en France ? », Slate.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2017).
  20. « Du Black History Month aux Journées Africana avec Maboula Soumahoro - Totem », Totem,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2017).
  21. « BHM Africana », sur bhm-africana.org (consulté le 31 octobre 2017).
  22. « Programme 2016 du Black History Month », sur bhm-africana.org (consulté le 27 novembre 2017).
  23. « Maboula Soumahoro, angliciste, civilisationniste et spécialiste des diasporas africaines », sur franceinter.fr (consulté le 4 septembre 2019).
  24. « Bas les masques ! », sur Libération.fr, (consulté le 2 septembre 2019).
  25. Collectif, « "Racisme anti-blanc" : un concept dangereux. Le MRAP ne doit pas céder », sur Indigènes de la République, (consulté le 2 septembre 2019).
  26. Jean Birnbaum, « La gauche déchirée par le “racisme antiraciste” », lemonde.fr, 9 juin 2017.
  27. Serge Halimi, « Ahmadinejad, mon héros », Le Monde diplomatique, .
  28. « Indigènes de la République : Thomas Guénolé démontre le racisme, la misogynie et l'homophobie de Houria Bouteldja », Marianne,‎ (lire en ligne).
  29. "Comment réconcilier les antiracistes ?", Ce soir (ou jamais), 18/03/2016, 18 min 14 s [vidéo] (consulté le 1er avril 2018).
  30. Décryptage de l'émission CSOJ. Rencontre avec Maboula Soumahoro et Houria Bouteldja animée par Nacira Guénif-Souilamas, La Java, 28 mars 2016, sur Repères anti-racistes (consulté le 25 novembre 2017).
  31. Ce soir ou jamais sur l'antiracisme, décryptage par H. Bouteldja, M. Soumahoro, N. Guénif [vidéo] (consulté le 30 novembre 2017).
  32. Marie-Estelle Pech, « Quand un antiracisme dévoyé s'immisce dans l'éducation », Le Figaro, samedi 25/dimanche 26 novembre 2017, page 11.
  33. « Stage interdit aux "blancs" : La République en péril ? », 24H Pujadas : L’Info en Questions, LCI, 22 novembre 2017 [vidéo] (consulté le 2 décembre 2017).
  34. « Au secours ! Staline et Jean Royer ont eu des enfants » sur nouvelobs.com.
  35. a et b « Maboula Soumahoro : la caution universitaire de l'antiracisme radical », sur valeursactuelles.com (consulté le 29 décembre 2019)
  36. « Cette étrange complaisance des mondes universitaire et de la culture pour les radicalités (enfin quand elles viennent de la gauche) », sur Atlantico.fr (consulté le 2 septembre 2019).

Liens externesModifier