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Kanji

caractères chinois utilisés dans l'écriture du japonais
Trois caractères japonais Cette page contient des caractères japonais. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.

Les kanjis[1] sont des caractères chinois dont la fonction est d'écrire une partie de la langue japonaise en associant à chaque signe une matrice de sens (signifiés) et de lectures (valeurs phonologiques).

Sommaire

GénéralitésModifier

Le mot « kanji » vient du japonais romanisé kanji, qui est la transcription du terme « 漢字 » (un mot composé précisément de deux kanjis). Il s'agit de caractères (, ji?) utiles à l'écriture du japonais, qui ont été empruntés pour la plupart au système d'écriture de l'ethnie chinoise han (, kan?) — littéralement donc des « caractères chinois » ou « sinogrammes »[2]. Les kanjis forment l'un des grands ensembles de caractères (mojishu) de l'écriture au Japon, avec d'une part les kanas, syllabaires[3] spécifiquement japonais composés des hiraganas et katakanas, et, d'autre part, les emprunts au monde occidental, à savoir les lettres latines (rōmaji) et les chiffres arabes.

L'origine des kanjis est, par définition, celle de l'écriture développée dans la Chine antique – laquelle débute, si on se limite aux plus anciens documents connus, avec l'écriture ossécaille à la fin de la dynastie Shang. Quant à l'époque de l'importation des sinogrammes au Japon, celle-ci n'est pas connue avec exactitude ; le Kojiki (712) est le plus ancien livre japonais qui nous soit parvenu[4], mais de nombreuses monnaies, stèles ou sceaux témoignent d'une utilisation plus ancienne des sinogrammes dans l'Archipel. Par ailleurs, la tradition considère que l'on doit l'enseignement des caractères chinois auprès de la cour impériale japonaise au lettré Wani, venu du royaume de Baekje[5].

La caractéristique la plus remarquable des kanjis, comme des sinogrammes en général, est le lien qu'il existe entre chaque signe et un ensemble de sens (jigi), lien qui découle de la nature logographique des sinogrammes, chacun de ces derniers codant généralement un mot ou un morphème de la langue chinoise antique. Cela les oppose, par exemple, aux lettres latines ou aux kanas, qui ne représentent intrinsèquement que des sons. Dans le modèle de l'écriture japonaise mêlant kanjis et kanas (kanji-kana-majiribun)[6], les kanjis sont généralement utilisés pour écrire la racine des mots, l'habillage grammatical de la phrase étant écrit en syllabaires[7] (hiraganas). En outre, sur le plan de sa prononciation, cette écriture n'est pas univoque, car un même kanji dans la langue écrite peut souvent se réaliser de différentes manières dans la langue orale : on parle de ses différentes lectures, en japonais yomi ou onkun[8], qui correspondent chacunes à une ou plusieurs mores.

Le fait que ces caractères sont inclus dans un ensemble désigné sous le terme générique de « caractères chinois » ne doit pas se comprendre comme une simple inclusion des kanjis dans un système scriptural purement chinois — ce qui constitue néanmoins une bonne première approximation. En plus du fait que les lectures des kanjis se distinguent des lectures observées au sein des langues chinoises, il existe un nombre important de spécificités nipponnes quant à l'apparence graphique voire aux valeurs sémantiques des kanjis ; ces points seront plus amplement détaillés dans la suite de l'article. D'autre part, il est intéressant de noter qu'il existe, de surcroit, une petite proportion de kanjis dits « nationaux » (国字, kokuji?), qui sont nés au Japon. Par exemple, (sakaki?), qui désigne un arbre sacré dans la religion shinto, est un kanji apparu au Japon ; il provient de la fusion des caractères et , respectivement « arbre » et « divinité »[9].

Lectures des kanjisModifier

Panorama généralModifier

Les kanjis étant à l'origine des caractères représentant des mots ou morphèmes chinois, et non japonais, leur introduction pour transcrire la langue japonaise ne conduisit pas à une lecture univoque.

  • Les prononciations associées en Chine aux sinogrammes ont donné ce qu'on appelle les lectures sino-japonaises on – en japonais on'yomi (音読み ; voir le sinogramme = le son). Après l'importation de caractères ou concepts chinois, la langue japonaise a souvent conservé la mémoire de ces prononciations étrangères, mémoire qui a néanmoins pu évoluer depuis, suivant l'évolution phonétique du japonais.
  • Quand le concept existait en japonais, il put aussi être traduit et vocalisé suivant les mots de la langue nipponne originelle, la lecture du caractère se faisant donc « à la japonaise » ; ces lectures sont dites kun – en japonais kun'yomi (訓読み ; voir le sinogramme = instruire, exégèse).

La plupart des kanjis a de ce fait au moins deux lectures possibles : on et kun. Ce n'est toutefois pas une règle absolue, et l'on trouve des kanjis sans lecture kun comme (kiku, chrysanthème), ou sans lecture on comme (iwashi, sardine) ; l'absence de lecture on est évidemment fréquente pour les kanjis créés au Japon, les kokuji. À l'inverse, un caractère comme (pouce, unité de longueur de l'ordre de trois centimètres) n'avait pas d'équivalent dans le vocabulaire japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'une lecture on, en l’occurrence sun.

Pour les mots composés de deux kanjis ou plus (熟語, jukugo?), les lectures hybrides abondent. Par exemple, en cuisine, 牛肉 (gyū-niku?, bœuf) et 羊肉 (yō-niku?, mouton) ont une lecture de type on-on, mais 豚肉 (buta-niku?, porc) et 鳥肉 (tori-niku?, volaille) ont en revanche des lectures kun-on ; ces dernières lectures sont qualifiées de lectures yutō (湯桶読み, yutōyomi?). À l'opposé, on trouve les lectures des composés dites jūbako (重箱読み, jūbakoyomi?) qui suivent un modèle on-kun, comme le mot 番組 (bangumi?, programme).

Importance du contexteModifier

Hormis le cas simple des caractère n'ayant qu'une seule lecture, on ou kun selon les cas, la majorité des kanjis rencontrés dans les textes japonais sont pourvus de deux lectures ou davantage. Ainsi, certains kanjis d'usage courant peuvent avoir plus d'une dizaine de lectures possibles. On trouve par exemple le kanji (signifiant notamment « la vie » ou « vivre ») dont les lectures officielles sont sei, shō, i-kasu[10], i-kiru, i-keru, u-mareru, u-mu, o-u, ha-eru, ha-yasu, ki et nama, soit douze lectures officielles.

Souvent, donc, déterminer la lecture d'un kanji suppose d'avoir identifié correctement le sens dans lequel il est employé. Il faut pour cela observer un ou plusieurs signes situés à son voisinage, voire juger plus largement en fonction du contexte. Par exemple, l'homographe peut soit faire référence au mot kaze (vent) soit au mot (apparence, style) ; il est donc nécessaire de deviner en amont, par le contexte, la valeur sémantique de pour pouvoir le lire. D'autre part, dans les mots composés contenant , cette nette distinction disparait, la lecture pouvant parfaitement faire référence à l'idée de vent, comme dans le composé 台風 (taifū?, typhon). Pour un composé, il convient donc d'abord d'identifier globalement le mot (souvent deux kanjis) puis d'en déduire les lectures de chaque kanji. Cela ne supprime cependant pas toutes les ambigüités, comme avec les composés suivants :

Exemples de composés ayant plusieurs lectures[11]
Composé Lecture ; sens Lecture ; sens Remarques
仮名 kamei ; pseudonyme kana ; syllabaire japonais
赤子 akago ; bébé sekishi ; peuple (du point de vue d'un monarche)
何人 nanibito ; quiconque nannin ; combien de personnes Il existe également la lecture nanpito, synonyme de nanibito.
御所 gosho ; palais impérial Gose (ville du centre du Japon)
一時 ichiji ; une heure (du matin ou de l'après-midi), (pour) un temps ittoki ; (pour) un temps On voit dans cet exemple que les sens associés à des lectures disctinctes peuvent être partiellement ou entièrement similaires.

Lectures onModifier

Les lectures on des kanjis dérivent des prononciations originelles chinoises ; mais la correspondance n'est généralement pas directe entre la prononciation moderne et son origine chinoise. Cette prononciation d'origine n'a été qu'approximativement rendue dans le système phonétique japonais, très différent de ceux de la Chine, ignorant notamment les tons. De plus, le système phonétique japonais, bien que relativement assez stable, a lui-même connu quelques évolutions à travers les siècles. À cela s'ajoute le fait que certains kanjis ont été importés de Chine à plusieurs reprises, de différentes régions ou à différentes époques, et peuvent avoir de ce fait plusieurs lectures on, qui correspondent souvent à des sens différents.

On distingue ainsi :

  • Les go-on (呉音, lectures des Wu), introduisant principalement des termes bouddhistes. Cette prononciation viendrait du pays Wu, dans la région de Shanghai. Selon la tradition, elle aurait été importée du sud-est de la Chine via la Corée, à l'époque des dynasties du Nord et du Sud (317-589). Un nombre important de lectures go-on sont cependant passées dans le vocabulaire courant comme (ryō, territoire) ou (ge, dessous).
  • Les kan-on (漢音, lectures des Han, pris ici dans le sens de « chinois »), introduits entre le VIIe et le VIIIe siècle, à l'époque des dynasties Sui et Tang. Ils reflètent pour la plupart le langage de la capitale de l'époque, Chang'an (aujourd'hui Xi'an). Il s'agit du groupe le plus nombreux et du plus systématique.
  • Les tō-on (唐音, lectures des Tang)[12], introduits plus tardivement entre l'époque de Heian et celle d'Edo. On trouve par exemple la lecture ton du kanji , comme dans 布団 (futon, matelas japonais), ou la lecture su de , comme dans 椅子 (isu, chaise). Ces lectures sont relativement rares.
  • Les kan'yō-on (慣用音, lectures d'usage), il s'agit historiquement de prononciations populaires (souvent des versions erronées des lectures sino-japonaises orthodoxes vues plus haut) qui sont devenues courantes et acceptées. Par exemple (transporter) a yu comme lecture d'usage.

Jack Halpern, dans un dictionnaire publié en 1990[13], propose quelques catégories supplémentaires, en particulier les chūon (中音) inspirées des langues chinoises modernes, notamment rencontrées dans le vocabulaire de la cuisine chinoise, et les waon (和音) qui sont les lectures on de kokuji créées par analogie avec des sinogrammes semblables – par exemple la lecture on du kokuji , , identique à celle du kanji .

De nombreuses lectures on sont composées de deux mores (par exemple, ka•n), et même, singulièrement par rapport aux langues chinoises, de deux syllabes. Ce sont en particulier les syllabes du chinois médiéval dites « tons d'entrée » (入声, nisshō?) qui ont donné naissance aux lectures on polysyllabiques. On trouve par exemple la lecture e•ki de (mandarin contemporain ) ou la lecture e•tsu de ().

Les mots issus des lectures on forment le « vocabulaire sinoxénique » du japonais, aussi connu sous les termes japonais de 漢語 (kango) ou 字音語 (jiongo)[14]. En plus du vocabulaire chinois ayant pénétré la langue japonaise par le truchement des kanjis, de nombreux nouveaux mots furent créés au Japon par des combinaisons originales de kanjis (c'est-à-dire inexistantes en chinois de l'époque[15]) prononcés avec leurs lectures on. C'est pourquoi il n'est pas possible d'assimiler le vocabulaire sinoxénique à du « véritable chinois dans la langue japonaise », dans la mesure où une partie de ce vocabulaire est née au Japon[16]. On peut de surcroit remarquer qu'il existe quelques mots sinoxéniques qui sont plus fréquemment écrits en kanas qu'en kanjis, en particulier des petits mots jouant un rôle grammatical comme (よう au lieu de ).

D'autre part, une partie du vocabulaire sinoxénique a vu son orthographe réformée (simplifiée) après la Seconde Guerre mondiale (cf. section sur les réformes d’après-guerre). Cette démarche fut facilitée par le fait qu'il existe de nombreux kanjis possédant des lectures on en commun, des dizaines de caractères partageant par exemple les lectures kan ou [17]. On peut citer les mots 意嚮 (ikō, intention) et 掘鑿 (kussaku, forage), qui ont vu leur orthographe standard réformée en 意向 et 掘削 ; en effet, et ont respectivement les mêmes lectures on que et . Dans certains cas, la réforme a fait augmenter le nombre de sens associés à un kanji ; par exemple, , qui remplace dans le mot « satire », fūshi, écrit 諷刺 traditionnellement et 風刺 de manière réformée, possède désormais le sens d'« insinuer » qu'il tire de .

Lectures kunModifier

Lorsque les sinogrammes ont commencé à être employés dans l'archipel nippon, les documents s'écrivaient dans une forme de chinois connue sous le terme de kanbun ; aussi les sinogrammes se lisaient-ils en utilisant les lectures on de l'époque. Un texte lu de cette manière n'était cependant pas compréhensible pour un locuteur japonais, dont la langue orale était complètement différente du chinois. Ainsi, le Kojiki fut écrit en kanbun, mais il comporte des passages (poèmes, annotations, etc.) en yamato-kotoba, la langue japonaise primordiale antérieure aux influences du chinois. Ils sont écrits phonétiquement avec les sinogrammes dits man'yōgana, c'est-à-dire que chaque more du mot japonais est écrite avec un sinogramme dont la lecture est égale a cette more, indépendamment des sens de ce sinogramme. En particulier, les annotations constituent une relation entre un mot ou morphème japonais primordial et un sinogramme (autrement dit, une traduction) ; elles sont connues sous le terme de « kun anciens » (古訓, kokun?), lesquels sont à la base de la technique kundoku[18] consistant à lire du kanbun « à la japonaise » – ce qui, en outre, impose généralement de changer l'ordre des mots. À titre d'illustration, le mot chinois signifiant « nuage » se noterait, dans un texte écrit en kanbun,  ; un kokun de consisterait à l'annoter pour indiquer que ce sinogramme signifie kumo (un mot japonais équivalent à « nuage »), en apposant par exemple en petite taille les kanjis et , qui sont des man'yōgana codant les sons ku et mo. (Par ailleurs, on peut noter que les syllabaires katakanas trouvent leur origine dans les annotations du kanbun[19].)

Par opposition au kanbun, les textes en langue japonaise – en particulier la langue vernaculaire pratiquée à la cour impériale – étaient écrits phonétiquement avec les man'yōgana. Ces textes en japonais commencèrent à intégrer des kokun dans un style connu aujourd'hui sous le nom de senmyōtai[20]. Par exemple, dans un texte en japonais, le mot japonais kumo, « nuage », ne se coda plus avec deux man'yōgana pour ku et mo, mais il fut simplement rendu par le sinogramme transcrivant le mot chinois ayant la même signification, à savoir . Dans ce cas, on dit que noter dans un texte en japonais le mot kumo avec le caractère revient à faire une « lecture kun » de . Initialement, pour un même kanji, un très grand nombre de lectures kun avaient émergé, car les sinogrammes possèdent de nombreux sens ; les usages se rationalisèrent progressivement, donnant les lectures kun actuelles.

On note aussi que certaines lectures kun, appelées kokkun (国訓?)[21], présentent des divergences sémantiques par rapport aux significations chinoises ; il s'agit surtout de « traductions » initialement erronées dont l'usage s'est fixé dans la langue japonaise. Par exemple, le kanji possède la lecture kinoko qui renvoie au sens de « champignon », sens qui n'est pourtant pas associé à ce sinogramme en chinois. D'autre part, certains mots japonais qui renvoyaient à deux mots chinois distincts sont écrits au moyen de kanjis différents suivant leur contexte d'emploi. Par exemple, le verbe naosu (réparer, guérir) s'écrit 治す quand il s'agit de guérir une personne, mais 直す quand il s'agit de réparer un objet[22].

Les noms, adjectifs ou verbes du fond lexical yamato-kotoba sont le plus souvent polymoriques / polysyllabiques ; de nombreuses lectures kun, qui parfois incluent des terminaisons transcrites en hiraganas, sont donc polysyllabiques. Si on se limite aux lectures officielles des kanjis courants (liste des jōyō-kanji), les lectures kun les plus longues, terminaisons exclues, ont cinq syllabes[23].

Il existe, de manière plus anecdotique, en dehors des listes officielles mais inventoriées dans les dictionnaires, des lectures kun de kanjis historiquement plus récentes qui se basent sur des mots d'origine européenne et non sur le fond lexical japonais yamato-kotoba ; par exemple , qui peut se lire pēji (de l'anglais page, page), ou , qui peut se lire botan (du portugais botão, bouton), ne sont pas particulièrement rares dans l'usage contemporain.

Ateji et jukujikunModifier

Des kanjis peuvent n'être employés que pour leur lecture, c'est-à-dire en faisant fi de leurs sens propres. Il s'agit du phénomène des 当て字 (ateji?). Par exemple, des mots tels やじ (yaji, huées) ou ごまかす (gomakasu, tricher) sont souvent écrits en kanjis respectivement 野次 et 誤魔化す, les kanjis (ayant entre autres lectures ya), (ji), (go), (ma), (ka) ayant été plaqués « arbitrairement » (sans liens directs en termes d'étymologie) sur les mores en question.

 
Naissance des hiraganas, par l'écriture cursive de man'yōgana.

Dans ce contexte, les ateji sont aussi appelés « emprunts (aux lectures)[24],[25] », et se divisent entre « emprunts aux lectures on » (shakuon) et les plus rares « emprunts aux lectures kun » (shakkun). Cette utilisation phonétique des kanjis, si elle est relativement rare au sein du japonais actuel, était au contraire la norme à l’ère Nara ou au début de l'ère Heian : la langue nipponne s’écrivait entièrement ou en partie phonétiquement via des kanjis (le corpus des man'yōgana) lesquels ont ensuite évolué pour donner naissance aux syllabaires hiraganas (cf. tableau ci-contre).

Ce phénomène ne se limite pas aux mots purement japonais, les ateji pouvant transcrire en kanjis des termes issus de langues non-sinographiques. Ainsi, de nombreux termes souvent liés au bouddhisme, conformément aux usages chinois, sont des transcriptions phonétiques en kanjis de mots sanscrits ; de même, quelques mots d'origine européenne dont la pénétration dans la langue japonaise est ancienne, comme 合羽 (kappa, veste imperméable, du portugais capa) peuvent s'écrire phonétiquement en kanjis. Hormis ces quelques cas, l'usage contemporain veut que les mots originaires des langues étrangères s'écrivent en katakanas. Par exemple, le mot gasu (issu du flamand gas, « gaz ») était généralement écrit avec des ateji (瓦斯) au XIXe siècle, tandis que sa forme contemporaine est en katakanas (ガス) ; les mots plus récents, comme « Internet » (インターネット, intānetto), ne possèdent que leur(s) transcription(s) en katakanas.

À l'inverse, les caractères de certains composés peuvent n'être employés que pour la sémantique : dans ce cas, chaque kanji de ce composé pris individuellement n'a pas de lecture propre, c'est uniquement le composé dans son ensemble qui possède une lecture. On parle alors de 熟字訓 (jukujikun?) pour désigner ce type de composés. Le plus souvent, dans les dictionnaires, ces termes se trouvent à l'intérieur de l'entrée relative au premier kanji du composé.

Par exemple, le composé 太刀 (en français « grand sabre », composé des kanjis « extrêmement » – ou « grand » – et « sabre ») est un jukujikun qui ne se lit ni futo•katana (qui serait une lecture kun) ni tai•tō (une lecture on), ni aucune combinaison intermédiaire ; il est lu tachi, d'après un terme japonais primitif issu du verbe 断つ (tatsu, couper), sans aucun lien avec les lectures de et . Les jukujikun incluent quelques mots d'origine européenne, dont certains demeurent relativement fréquents de nos jours, comme 煙草 (tabako, tabac) – littéralement « fumée-herbe ».

De surcroit, le terme ateji peut inclure les jukujikun dans son acception la plus large[25].

Exemples de kanjis avec leurs principales lecturesModifier

 
Jeune femme s'exerçant aux kanjis. Estampe sur bois Ukiyo-e par Yōshū Chikanobu, 1897.

Nota: les lectures on sont indiquées ici en majuscules, les lectures kun sont en minuscules. Seules les lectures officielles sont présentées.

    • Signification : arbre, bois (matière)
    • Lectures : BOKU / MOKU / ki / ko
    • Clé : (arbre)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : (ki → arbre) ; 木星 (mokusei → Jupiter[26]) ; 木曜日 (mokuyōbi → jeudi = le jour de Jupiter)
    • Jukujikun : 木綿 (momen → coton)
    • Signification : livre, racine, base, origine, compteur pour objets cylindriques
    • Lectures : HON / moto
    • Clé : (arbre)
    • Nombre de traits : 5
    • Exemples de mots : (hon → livre) ; 山本 (Yamamoto → un nom de famille) ; 基本 (kihon → fondation, base)
    • Signification : soleil, jour
    • Lectures : NICHI / JITSU / hi / ka
    • Clé : (soleil)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 本日 (honjitsu → aujourd'hui) ; 毎日 (mainichi → tous les jours) ; 朝日 (asahi → soleil du matin), 十日 (tōka → le dix du mois, dix jours)

FuriganaModifier

 
Exemple d'utilisation de furigana en écriture horizontale avec le kanji .

Parfois, on utilise des hiraganas ou katakanas de petite taille au-dessus (écriture horizontale) ou à droite (écriture verticale) des kanjis pour en spécifier la lecture. Ces caractères sont alors appelés furigana (振り仮名). Les furigana sont en particulier utilisés pour indiquer la lecture non officielle (c'est-à-dire absente de la liste des jōyō-kanji) d'un kanji officiel, la lecture d'un caractère non officiel, ou encore la lecture difficile d'un nom propre (prénom, nom de lieu, etc.).

Dans les textes officiels, les éléments non officiels doivent être accompagnés de furigana ou être remplacés par des kanas ; dans les publications pour enfants, un large usage des furigana est fait, du fait que les enfants ont généralement des capacités à lire les kanjis plus limitées que les adultes.

Des kanas situés après le kanji ou le mot en question, entre parenthèses ou dans une police de taille inférieure, peuvent aussi faire office de furigana.

Classification des kanjisModifier

Cette section aborde la terminologie requise pour classer méthodiquement les kanjis, dont le nombre se compte en milliers ; comprendre cette classification est d'une grande utilité pour l'apprentissage et la pratique de la langue japonaise écrite.

FormesModifier

Article connexe : Composition d'un sinogramme.

Tout kanji se caractérise par une « forme » (字体, jitai?), également qualifiée en japonais d'« ossature »[27]. La forme d'un kanji n'est pas synonyme de la notion de représentation réelle (字形, jikei?)[28], c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas aux notions de glyphe ou de représentations manuscrites ; il s'agit d'un concept plus abstrait qui permet de distinguer un kanji d'un autre. Par analogie, on trouverait le concept de « forme d'une lettre » permettant de reconnaitre cette lettre qu'elle soit écrite ou non en italique, ou encore dans des polices différentes. La métaphore d'ossature en japonais fournit une image intéressante dans la mesure où changer légèrement l'orientation d'un trait (à l'image d'une articulation), grossir plus ou moins un trait (à l'image du muscle entourant l'os) ne modifient pas l'ossature du caractère ; autrement dit, il s'agit toujours du même kanji. En principe, une forme implique un nombre de traits déterminé[28].

StylesModifier

Article détaillé : Styles de caractères chinois.

La notion de « style » (書体, shotai?), avec d'une part les « styles d'impression » (déterminant notamment les polices) et d'autre part les « styles manuscrits » (historiquement plus anciens), se définit comme un « système de caractéristiques et de styles donnés [qui peut s'observer] lors de la représentation réelle des caractères sur la base de leur ossature »[29].

L'exemple ci-dessous illustre comment les caractéristiques graphiques de deux styles différents ne vont pas jusqu'à modifier les formes (ossatures) des kanjis.

Historiquement, les styles sont naturellement d'abord apparus dans le domaine de l’écriture manuscrite en Chine. Aujourd'hui on trouve principalement les styles réguliers (楷書, kaisho?) et cursifs (草書, sōsho?), ainsi que les styles intermédiaires semi-cursifs (行書, gyōsho?). Les styles cursifs – ou les styles semi-cursifs présentant un relatif haut degré de cursivité – sont de nos jours généralement réservés à des activités spécifiques de calligraphie et sont donc mal connus par le grand public. Inversement, le style régulier est le style enseigné primordialement dans le système scolaire nippon, de même qu'il est souvent requis d’écrire dans ce style pour remplir par exemple un formulaire.

Concernant les styles d'impression, le style des Ming ou minchōtai (明朝体?), qui se stabilise dans la Chine des Qing avant de continuer son évolution dans l'Archipel, est le style de référence pour les polices d'impression japonaises ; il se caractérise en particulier par des angles droits, des empattements, ainsi que des traits verticaux généralement plus épais que les traits horizontaux. Le style goshikkutai (ゴシック体?) est un dérivé du minchōtai avec moins d'ornements et des traits d'épaisseur uniforme. D'autre part, le style kyōkashotai (教科書体?), utilisé principalement dans les livres d’école, est plus proche du style régulier manuscrit, afin de rendre la lecture des manuels plus aisée pour les enfants qui apprennent concomitamment à lire et à écrire.

Variantes graphiquesModifier

 
en style régulier : sept traits.
 
en style sigillaire ancien : trois traits.

L'unicité des formes (ossatures) vue plus haut n'est cependant pas une constante historique, notamment en raison des phénomènes suivants :

  • diminution du nombre de traits dans les styles cursifs ;
  • styles anciens – antérieurs au style régulier – induisant des ossatures différentes (cf. exemple avec ci-contre) ;
  • apparition de graphies populaires (par exemple pour ) ;
  • réformes de simplification des caractères menées indépendamment au Japon et en Chine — globalement moins radicales au Japon qu'en Chine.

Ainsi, quand bien même deux kanjis seraient d'ossatures différentes, ils peuvent, par leur origine commune, avoir les mêmes sens et les mêmes lectures. Ces deux kanjis sont alors dits appartenant à une même « classe de caractères » (字種, jishu?)[30], et sont des variantes graphiques (異体字, itaiji?) au sein d'une classe donnée de kanjis. Dans les dictionnaires, en principe, on trouve une entrée par classe ; pour une entrée donnée, une « forme principale » (親字, oyaji?, littéralement « caractère parent »)[31] est présentée, les formes alternatives étant indiquées à l'intérieur de l'entrée. Si on se limite aux styles d'impression contemporains, la plupart des classes de kanjis n'ont qu'une ou deux forme(s) (une forme simplifiée et sa contrepartie « traditionnelle » le cas échéant).

Exemples de formes d'impression traditionnelles et simplifiées pour des kanjis d'usage courant
Classe Forme traditionnelle Forme simplifiée Remarques
Kanji « barrière » (canonique) La forme simplifiée a une présence historique en Chine[32], mais elle diffère du chinois simplifié contemporain.
Kanji « tortue » (canonique) L'usage de la forme est propre au Japon[33] ; elle n'est pas répertoriée dans le dictionnaire chinois de référence Kangxi.
Kanji « pays » (canonique) La forme simplifiée est commune aux réformes chinoise et japonaise du XXe siècle.
Kanji « remplir » (canonique) La forme simplifiée (populaire) n'est pas reconnue comme officielle au Japon.

Clés et catégories étymologiquesModifier

Tout kanji se découpe en une ou plusieurs « parties » (偏旁, henbō?), la décomposition la plus fréquente consistant à séparer le kanji entre sa partie droite (hen) et sa partie gauche (tsukuri).

La clé d'un kanji (部首, bushu?) est le même concept que la clé d'un sinogramme : il s'agit d'une partie du kanji qui est, par convention, considérée comme principale. L'ensemble des kanjis ne se partagent qu'environ deux-cents clés distinctes, lesquelles sont classées dans l'ordre du nombre de traits les composant. Il existe sept emplacements pour les clés portant en japonais des noms particuliers[34] :

Liste des emplacements principaux des clés
Appellation Emplacement Exemple
Hen () À gauche dans
Tsukuri () À droite dans
Kanmuri () Au-dessus dans
Ashi () En dessous dans
Tare () En haut et à gauche dans
Nyō () À gauche et en dessous dans
Kamae () Autour dans

D'autre part, les grandes catégories étymologiques des sinogrammes que l'on trouve dans les dictionnaires, à savoir les pictogrammes (象形文字, shōkei-moji?), les idéogrammes simples (指事文字, shiji-moji?), les idéogrammes composés (会意文字, kaii-moji?) et les idéophonogrammes (形声文字, keisei-moji?), sont un autre attribut possible pour indexer les kanjis.

Principales catégories étymologiques
Catégorie étymologique Exemples Remarques
Pictogrammes (rivière) ; (montagne) ; (cheval) ; (bois) ; (homme) Ces représentations proviennent de dessins d'objets concrets.
Idéogrammes simples (un) ; (deux) ; (dessous) Représentations d'idées abstraites
Idéogrammes composés (bosquet) ; (forêt) ; (repos) Compositions avec les pictogrammes et (équivalent de ).
Idéophonogrammes (alonger) ; (attaquer) ; (herbe) Ces caractères se décomposent entre une partie sémantique et une partie sonore

Aperçu des méthodes de classementModifier

Un dictionnaire (papier) classe en principe les kanjis soit dans l'ordre de sa table des clés, soit dans l'ordre des sons japonais ; généralement, le nombre de traits permet de départager les kanjis ayant la même clé ou la même lecture de référence.

Avec l'avènement de l'informatique, on trouve aussi des dictionnaires électroniques qui utilisent les numéro des points de code (dans les standards JIS ou Unicode) comme critère de classement et de recherche, voire qui permettent de chercher la lecture d'un kanji ou d'un mot à partir de caractères tracés à la main (stylet, etc.) ou à la souris.

Enfin, des chercheurs tel Jack Halpern ont mis au point certaines méthodes pour classer et rechercher les kanjis, souvent utiles aux non-natifs, comme la méthode SKIP qui consiste à reconnaitre l'agencement entre les éléments constituants.

Réformes et orientations officiellesModifier

Premières tentatives (de l'ère Meiji à 1945)Modifier

 
Sinogramme « fleur »

La volonté et les initiatives pour rationaliser et simplifier les kanjis sont antérieures aux réformes post-Seconde Guerre mondiale, mais aucun avis officiel de l'époque ne fut appliqué ; les usages de l'époque se sont donc appuyés sur la tradition. Durant l’ère Meiji, les formes du dictionnaire chinois de référence Kangxi[35] constituaient de facto le canon pour la typographie qui connut alors un essor sans précédent. On note toutefois quelques différences entre le Kangxi et les habitudes d'impression au Japon, en raison des trois phénomènes suivants :

  • Des différences de design qui peuvent aller jusqu'à modifier la forme (ossature) du kanji. Par exemple, les clés kanmuri dérivées de 艸 et 丱 furent rendues en trois traits au Japon au lieu des quatre traits du Kangxi[36] (cf. vignette ci-contre).
  • L'usage majoritaire au Japon de certains caractères[37] traités dans le Kangxi comme des variantes secondaires de formes correctes.
  • L'usage au Japon de kokuji qui sont par définition absents du Kangxi, un ouvrage purement chinois.

Ces formes traditionnelles (japonaises) sont identifiées sous le terme de iwayuru-kōkijitentai[38] (ci-dessous « formes quasi-Kangxi »), tandis que, dans les dictionnaires de kanjis, les formes du Kangxi stricto sensu sont souvent désignées en japonais par les termes seiji et seijitai, littéralement « caractères (formes) correct(e)s »[39].

Avec l'industrialisation du Japon, émergea le débat quant à la nécessité de simplifier l’écriture. Fukuzawa Yukichi, un penseur majeur de la Restauration de Meiji, proposa[40] en 1873 dans un essai de réduire le nombre de kanjis (文字之教, De l'enseignement des caractères). Certaines propositions plus extrêmes furent faites, comme celle de Nishi Amane en 1874 d’écrire le japonais en lettre latines[41], mais la perte culturelle et la création d'une discontinuité civilisationnelle que cette idée eût engendrées firent qu'elle ne rencontra que peu de succès. Néanmoins, une première réforme vit le jour du côté des syllabaires hiraganas ; ces derniers, qui disposaient jusque là de plusieurs formes, furent organisés avec une unique forme, les formes alternatives (hentaigana) étant rendus obsolètes, avec comme première étape l’arrêt de leur enseignement dans les écoles primaires en 1900.

En novembre 1922, une commission gouvernementale (臨時国語調査会) établit une liste de 1 962 kanjis, appelés kanjis d'usage courant (常用漢字, jōyō-kanji) publiée au journal officiel l’année suivante, mais cette décision ne fut pas appliquée notamment en raison des difficultés rencontrées par les autorités à la suite du grand séisme du Kantō de 1923. Une nouvelle tentative cependant fut faite en 1942 de limiter les kanjis avec l'avis rendu par le Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) qui préconisa d'adopter une liste de 2 528 kanjis[42]. Toutefois, les oppositions furent nombreuses tandis que les difficultés liées à la guerre s'amoncelaient ; la proposition ne fut pas suivie par le Cabinet.

Réformes d’après-guerreModifier

Tōyō-kanjiModifier

L'occupation par l'armée américaine du Japon après la fin de la Seconde Guerre mondiale s'accompagna d'un grand nombre de réformes imposées par l'occupant. Les autorités américaines d'occupation voyaient dans l'usage des kanjis un système d’écriture favorisant l’illettrisme et allant à l'encontre du processus de démocratisation du Japon. Cette vision fut finalement contredite par une vaste étude sur l’alphabétisation du Japon en 1948 conduite par l'anthropologue John C. Pelzel montrant, à la surprise des Américains, que près de 98 % des Japonais n'avaient pas de difficultés particulières pour lire les kanjis[43].

Néanmoins, en amont de cette étude, les autorités japonaises avaient déjà publié, pressées par les forces d'occupation[44] et après seulement quelques mois de réflexion, une liste de 1 850 kanjis en 1946 ; celle-ci fut entérinée par le Cabinet à la hâte – seulement onze jours plus tard – le 16 novembre (cf. le document original [PDF]). Cette liste fut nommée « liste de kanjis à usage provisoire » (当用漢字表, tōyō-kanji-hyō). De fait, celle-ci se borna à définir les kanjis (plus exactement les classes de kanjis) dont l'usage fut autorisé dans les textes officiels, les médias et la société en général ; la liste indiqua que les formes[45] et les lectures officielles auraient à être fixées ultérieurement. Les décrets suivants vinrent ainsi en complément :

  • Table des lectures des tōyō-kanji en 1948 (augmentée en 1973),
  • Définition des kanjis de l'enseignement primaire en 1948 (881 kanjis dans un premier temps, connus sous le terme de kyōiku-kanji),
  • Formes des tōyō-kanji en 1949, qui officialisèrent les formes simplifiées[46].

Une partie (environ un cinquième) des formes des tōyō-kanji publiées en 1949 sont simplifiées par rapport aux formes d'impression traditionnelles jusqu'alors en vigueur (formes quasi-Kangxi). Ces formes sont appelées formes nouvelles (新字体, shinjitai) et leurs contreparties traditionnelles sont communément désignées sous le terme de forme ancienne (旧字体, kyūjitai)[47]. Les formes anciennes ne furent pas pour autant rendues totalement obsolètes, car le décret n'imposa pas de changer en particulier les noms de famille qui s’écrivent avec ces formes. Les formes « nouvelles » sont en fait pour la plupart des variantes qui sont des « formes abrégées[48] » ayant elles-mêmes une longue tradition notamment dans le domaine de l'écriture manuscrite.

Le degré de coercition de cette réforme fut fort. Le décret de 1946 indique en effet que les mots s’écrivant initialement avec des kanjis hors-liste doivent être remplacés par des synonymes, ou bien écrits en syllabaires sans leurs kanjis ; les furigana sont de surcroit proscrits. Les domaines spécialisés furent par ailleurs invités à revoir leur terminologie afin de ne pas devoir recourir à des kanjis hors-liste.

Avec ces restrictions, de nombreux mots, notamment des termes sinoxéniques, ne purent donc plus s'écrire entièrement en kanjis ; apparut le phénomène des « écritures mélangées[49] » (par exemple き損[50] au lieu de l'écriture originale 毀損) qui rendent parfois la lecture difficile. Pour limiter le nombre de ces hybrides, les autorités publièrent un rapport [PDF] en 1956 qui valida des changements orthographiques consistant à puiser dans les caractères officiels pour remplacer les kanjis hors-liste.

En outre, en 1948, la législation japonaise sur le registre familial (戸籍, koseki?) limita aux tōyō-kanji les kanjis autorisés pour déclarer les nouveau-nés. De fait, un nombre important de kanjis jusqu'alors fréquents pour les prénoms se retrouva exclu des possibilités pour nommer les enfants. Cette réforme suscita de nombreuses critiques ainsi que des procès civils. En réponse, le gouvernement autorisa par ordonnance[51] en 1951 une liste supplémentaire de 92 kanjis.

Ces kanjis spécifiquement autorisés pour les prénoms sont connus sous le terme de jinmeiyō-kanji ; leur nombre est allé croissant d'ajouts en ajouts (cf. section dédiée).

Jōyō-kanjiModifier

En dépit de la nature provisoire des tōyō-kanji, ces derniers restèrent en vigueur 35 ans. En 1981, une nouvelle liste de kanjis officiels vint en remplacement : il s'agit des kanjis d'usage courant (常用漢字, jōyō-kanji). Le nombre de kanjis augmenta quelque peu avec 1 945 caractères au total. Cette liste est décrite comme un « objectif » – en non une règle absolue – qui n'a pas pour vocation de réguler les usages dans les domaines scientifiques, artistiques et les autres domaines spécialisés. En outre, l'utilisation des furigana ne fut plus bannie.

Les 1 945 formes canoniques (通用字体, tsūyō-jitai?)[52] des jōyō-kanji reprennent en particulier les formes simplifiées (shinjitai) des tōyō-kanji. Par ailleurs, quelques remaniements eurent lieu au niveau des lectures.

Cette liste fut revue et augmentée en 2010 (cf. section dédiée).

Orientations officielles contemporainesModifier

Formes standard pour l'impressionModifier

En 2000, sont définies les « formes standard pour l'impression[53] » de 1 022 kanjis situés en dehors des jōyō-kanji, accompagnées de 22 variantes autorisées[54]. Fait nouveau depuis la guerre, les formes choisies comme standard sont les formes traditionnelles (formes quasi-Kangxi). En outre, de nombreuses variantes, telles (pour ) ou (pour ) qui suivent pourtant la même logique que les simplifications validées après-guerre (賣⇒売 ; 國⇒国), n'ont pas été retenues comme variantes autorisées, car elles étaient trop rares chez les éditeurs, en dépit de leur prédominance dans les logiciels grand-public de traitement de texte d'alors[55].

Ces kanjis ont été retenus pour leur relatif haut degré de fréquence d'utilisation, en dépit de leur absence de la liste des jōyō-kanji de l'époque ; cela signifie que, pour l'essentiel, les kanjis exclus à la fois des jōyō-kanji et de cette liste complémentaire sont d'une importance relativement négligeable dans le cadre du japonais contemporain.

Liste officielle des kanjis d'usage courant (depuis 2010)Modifier

Article détaillé : Jōyō kanji.

Le développement des ordinateurs personnels et des téléphones mobiles donne accès au grand-public à de nombreux kanjis « non jōyō », mais fort utiles. En réponse, l'Agence pour les Affaires culturelles a proposé le 7 juin 2010 une révision de la liste des jōyō kanji (rapport en japonais [PDF]), laquelle fut promulguée par le Cabinet le 30 novembre de la même année. Ainsi, l'effectif des kanjis officiels passe à 2 136, par l'ajout de 196 caractères et le retrait de 5 caractères jugés trop rares. Des ajouts ou suppressions sont également apportés au niveau des lectures.

Une forme canonique par kanji (par classe de kanjis) est fixée, soit 2 136 formes. Pour les nouveaux kanjis ajoutés en 2010, leur formes canoniques sont dans l'ensemble[56] des formes traditionnelles, dans la lignée de l'avis rendu en 2000. Par exemple, les formes ou sont choisies plutôt que les variantes et . D'autre part, les cinq kanjis , , , et ont des variantes tolérées[57] (cf. illustrations ci-dessous).

   

Fait nouveau, le rapport de l'Agence précise[58] qu'en raison de l'usage contemporain généralisé des outils informatiques, l'esprit de cette réforme n'est pas d'exiger la capacité à écrire à la main, de mémoire, tous les kanjis de la liste ; néanmoins, il n'est pas précisé quels seraient les kanjis « difficiles » susceptibles de faire l'objet de cette exemption. En ce qui concerne l'écriture manuscrite, certaines variantes, en général plus simples que les formes canoniques, sont reconnues voire indiquées comme préférables[59]. La reconnaissance de formes (jitai) différentes entre l'écriture manuscrite et les caractères pour l'impression constitue là aussi une nouveauté par rapport aux réformes précédentes.

Kanjis autorisés pour les prénomsModifier

Article détaillé : Jinmeiyō kanji.

La plupart des prénoms contemporains des Japonais sont composés de un à trois kanjis[60]. À la suite de la dernière modification en 2017[61], 2 999 kanjis au total sont autorisés pour les prénoms des nouveau-nés, parmi lesquels on compte 230 variantes ; c'est-à-dire qu'il y a 2 769 classes de kanjis autorisées pour les prénoms, dont tous les jōyō-kanji (2 136 classes) ainsi que 633 autres classes. La majorité des 230 variantes sont des formes anciennes (kyūjitai) de jōyō-kanji.

Parmi les kanjis autorisés, certains caractères ne se prètent guère, en raison de leur sens, à être employés dans les prénoms, ce qui limite légèrement le nombre de kanjis disponibles en pratique. Même en tenant compte de ce fait, il demeure un nombre considérable de kanjis à disposition. D'autre part, le choix de la lecture est libre. Autrement dit, même si, dans la pratique, certains usages sont généralement observés[62], n'importe quelle lecture peut être, en théorie, associée à un kanji dans un prénom, quand bien même aucun dictionnaire ne la reconnaitrait. Ces éléments font qu'il existe une grande variété de prénoms au Japon.

Compétences en kanjisModifier

L'étude des kanjis est tout d'abord rendue difficile par le grand nombre de signes usités : au Japon, l'apprentissage des 2 136 kanjis d'usage courant (jōyō-kanji) requiert les neuf années que compte l'instruction obligatoire, tandis que certaines lectures de ces caractères ne sont enseignées qu'au niveau des lycées. De surcroit, en pratique, il n'est pas rare de rencontrer d'autres kanjis, via en particulier les noms propres, les termes techniques ou les expressions idiomatiques. L'usage des furigana, pour en préciser la lecture, est certes fréquent mais il n'est pas systématique. Le cas des noms propres mis à part, le recours à ces kanjis dépend de facteurs comme le degré de publicité d'un document, l'existence d'un contexte spécialisé ou de règles liées à une organisation, voire, les habitudes ou choix individuels.

En outre, pour chaque kanji, il faut mémoriser :

  • l'ordre et la manière de dessiner ses traits ;
  • le nombre de traits (en style régulier) et la clé ;
  • les lectures on et kun, chacune de ces catégories pouvant compter plusieurs lectures différentes ;
  • comment utiliser et combiner ce kanji aux autres kanjis et aux kanas pour l'écriture des mot et des expressions, ce qui revient à maitriser les aspects sémantiques associés aux lectures.

Aussi, la connaissance en profondeur d'un grand nombre de kanjis est-elle une marque de culture et d'érudition. Il existe des examens spécifiques portant sur les kanjis, le plus connu étant le Kanken ; ce dernier permet de mesurer ses compétences selon douze niveaux. En plus des centres d'examen japonais, il est possible de passer le Kanken dans certaines grandes villes à l'extérieur du Japon.

Nombre de kanjisModifier

Trois approches principales permettent d'appréhender la question de l'effectif des kanjis.

  • L'approche par les dictionnaires dits kanwajiten (漢和字典/漢和辞典?, littéralement dictionnaire sino-japonais). Le Dai-Kanwajiten, par exemple, contient plus de cinquante-mille caractères différents, incluant des variantes graphiques ; leurs sens sont expliqués en japonais, de même que les significations de nombreux composés (mots composés de deux kanjis ou davantage). Toutefois, ces dictionnaires incluent de nombreux sinogrammes qui n'ont jamais été employés en dehors de la langue chinoise ; exception faite des kokuji qui y sont bien entendu répertoriés, les kanwajiten sont donc davantage à rapprocher des dictionnaires chinois de sinogrammes. Dès lors, le chiffre de 50 000 n'est pas nécessairement pertinent lorsqu'il s'agit de parler des kanjis comme un trait de la langue japonaise.
  • L'approche par les systèmes d'information. Le jeu de caractères codés JIS X 0213, appartenant aux normes industrielles japonaises (JIS), fut établi en 2000 puis révisé en 2004 et 2012[63]. Il contient plus de dix-mille caractères considérés comme des kanjis, répartis en quatre niveaux, les deux premiers contenant les signes les plus fréquents. Cependant, nombre de ces kanjis ne sont quasiment jamais usités.
  • L'approche par les examens de kanjis. Le dictionnaire (cf. bibliographie) publié par la fondation d'utilité publique The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation (日本漢字能力検定協会) contient environ six-mille-trois-cents kanjis, ces derniers appartenant dans leur grande majorité aux deux premiers niveaux de la norme JIS X 0213. L'examen Kanken organisé par la fondation, dans sa version la plus ardue (Kanken-Ikkyū), a pour objet la connaissance de l'ensemble des kanjis présents dans le dictionnaire. Comme l'atteste le faible taux de réussite à cet examen, une partie non négligeable des kanjis de ce dictionnaire ne sont connus que par des personnes ayant des connaissances particulièrement poussées en kanjis.

Quel que soit le mode de comptage retenu, presque personne ne connait tous les kanjis ; il existe des listes officielles (jōyō-kanji notamment) qui limitent encore davantage ce nombre, mais cela ne signifie ni que tout le monde connait tous les kanjis officiels, ni que tous les kanjis non officiels sont de facto inconnus du grand public.

TracéModifier

 
Tracé en calligraphie chinoise.
 
Tracé en calligraphie nipponne.

Tout kanji se décompose en une somme de « traits[64] » entre lesquels le stylo, pinceau ou crayon est levé au-dessus du support.

Même s'il est possible qu'une personne sache, en pratique, lire un kanji sans en connaitre par cœur la composition trait par trait, un kanji n'est pleinement considéré comme connu que lorsque l'on est capable de l'écrire de mémoire tout en respectant les caractéristiques canoniques de son tracé, à savoir l'ordre[65] et la forme des traits — au minimum dans le style régulier. Ces éléments sont enseignés dans les écoles primaires et les collèges japonais dans une matière appelée shosha, anciennement connue sous le terme de shūji. Les cours de calligraphie (shodō), dispensés dans les lycées, abordent les styles cursifs et les grands calligraphes du passé. Toutefois, la pratique de cette discipline ne se limite pas au domaine scolaire, car la calligraphie, à haut niveau, constitue un art à part entière.

L'ordre usuel des traits pour le tracé des kanjis est généralement identique à celui de leurs homologues chinois ; il existe néanmoins quelques exceptions (cf. exemple ci-contre avec le sinogramme « rizière », 田) si on s'en refère notamment au « Manuel pour l'instruction de l'ordre des traits[66] » publié par le gouvernement nippon en 1958. L'ordre des traits peut être de surcroit dépendant du style utilisé.

La manière de terminer un trait est une autre caractéristique importante enseignée ; il existe essentiellement trois modes :

  • l'arrêt marqué (止め, tome?)
  • le crochet (rebond) (撥ね, hane?)
  • le fondu (払い, harai?) - la différence entre ce dernier et l'arrêt marqué étant surtout nette dans le cas d'une écriture au pinceau.

Néanmoins, dans de nombreux cas, plusieurs écoles coexistent, comme le trait central de (« bois ») qui, en style régulier manuscrit, peut se terminer soit par un arrêt marqué, soit par un crochet[67]. Les autorités culturelles japonaises ont publié en 2016 des directives [PDF] rappelant la diversité des tracés manuels, le style régulier étant historiquement plus variable que le style d'impression minchōtai, ce dernier n'ayant pas vocation à être la référence pour l'écriture manuscrite. Pour les formes manuscrites, ces directives ne concernent directement que le style régulier.

Notes et référencesModifier

  1. Le mot « kanji » est présent dans des dictionnaires français et s'accorde donc comme tous les noms communs français. Il en est de même pour les mots « kana », « hiragana » et « katakana ». Les noms plus techniques (par exemple, kokuji), sont indiqués en italique et restent invariables au pluriel, conformément à la grammaire japonaise.
  2. On trouve un terme similaire en chinois, duquel le mot japonais kanji est issu, prononcé aujourd'hui en mandarin standard hànzì (chinois simplifié : 汉字 ; chinois traditionnel : 漢字).
  3. Bien que les kanas soient ordinairement qualifiés de « syllabaires », convention qui sera également suivie dans cet article, il est plus précis de dire que chaque kana représente une more du japonais.
  4. Les ouvrages Tennōki et Kokki (620), aujourd'hui disparus, sont des textes en sinogrammes antérieurs d'un siècle au Kojiki, selon les mentions qui en sont faites dans les chroniques Nihon Shoki.
  5. Wani serait venu, selon le Nihon Shoki, en l'an 16 du règne de l'empereur Ōjin, qui pourrait se situer entre la seconde moitié du IIIe siècle et le début du Ve siècle.
  6. Dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  7. Les kanjis ne sont pas théoriquement « obligatoires » pour écrire le japonais, à savoir qu'il est possible de n'écrire cette langue qu'à l'aide des syllabaires. Toutefois, l'usage contemporain est d'employer les kanjis pour une partie des mots. Ceci s'explique notamment par l'absence d'espaces entre les mots et des nombreux homophones qui rendent les textes difficilement lisibles en l'absence de kanjis ; les kanjis permettent en outre globalement de réduire le nombre de signes et donc la place prise par un texte.
  8. Le vocable yomikata, littéralement « manière de lire», est également fréquemment usité. Le terme de onkun est employé en référence aux deux catégories de lectures que sont les lectures on d'une part et les lectures kun. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  9. Néanmoins, on trouve quelques cas pour lesquels l'attribut de kokuji ne fait pas l'objet d'un consensus ; par exemple, il n'est pas exclu que dans certains cas des caractères aient été « redécouverts » au Japon, à savoir que les Japonais créèrent une composition nouvelle, dotée d'une certaine signification, tout en ignorant qu'elle existait par ailleurs en Chine avec un sens à priori différent. Par exemple, « séparation » (, mata?) fut créé au Japon par une déformation d'« espérer » (, matsu?), mais c'est par ailleurs un caractère rare trouvé en poésie chinoise sans que les deux aient un quelconque lien direct.
  10. Les éléments indiqués après les traits d'union sont des terminaisons (okurigana) verbales ; elles s'écrivent en syllabaire et sont, dans la pratique, indissociables des radicaux. Ainsi, le kanji est entre autres associé au verbe ugoku (mot japonais pour « bouger ») qui se transcrit 動く ( est le hiragana ku) ; du point de vue sémantique japonais, ugo-ku est considérée comme une lecture kun de , et non simplement ugo. En revanche, cela n'empêche pas les okurigana d'être modifiés par conjugaisons, sans que la forme conjuguée ne constitue une lecture kun distincte ; par exemple, le verbe « bouger » mis au passé devient 動いた (ugo-ita). En outre, des verbes différents peuvent posséder des radicaux ayant la même prononciation tout en constituant deux lectures kun distinctes d'un kanji. Par exemple, les deux verbes 剝げる (hageru, se détacher) et 剝ぐ (hagu?, écorcher) revoient formellement à la même prononciation du kanji (en l’occurrence ha), tandis que ha-geru et ha-gu sont vues comme deux lectures kun différentes de .
  11. La liste des lectures et sens indiqués ici n'a pas vocation à être exhaustive.
  12. Les lectures des Tang sont aussi appelées sō-on (宋音, en référence du début de l'ère Song) ou tōsō-on (唐宋音, lectures Tang ou Song).
  13. Halpern, Jack (1990). New Japanese-English Character Dictionary: A Semantic Approach to Kanji Lexicography
  14. 漢語 (kango) est plus fréquent que 字音語 (jiongo) dans la littérature mais le premier a le défaut d'être quasi-homographique avec le mot chinois hànyǔ (« langue chinoise ») écrit en sinogrammes traditionnels.
  15. Certains termes reprennent cependant des combinaisons existant en chinois ancien, mais un sens totalement nouveau leur a été attribué, ce qui fait qu'ils sont généralement considérés comme « dérivés » du chinois et non « empruntés ».
  16. Une partie de ces mots originaux japonais (和製漢語, wasei-kango?) ont vu le jour après la fin de la politique isolationniste nipponne dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l'impulsion notamment de Fukuzawa Yukichi et Mori Arinori, permettant de traduire des concepts nouveaux venant de la civilisation occidentale de l'époque, avant d'être parfois exportés vers le chinois ou le coréen, comme 社会 (shakai, société).
  17. Le fait que de nombreux kanjis partagent les mêmes lectures on est à relier au fait qu'il existe un grand nombre d'homophones parmi les mots appartenant au vocabulaire sinoxénique.
  18. 訓読 (kundoku?) est également trouvé comme simple synonyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  19. Les katakanas sont essentiellement des parties (abréviations) de man'yōgana, donc de kanjis ; par exemple, les katakanas ku et mo sont le résultat des abréviations 久→ク et 毛→モ.
  20. Cf. japonais 宣命体 (senmyōtai), style de transcription du japonais dans lequel les substantifs ou racines des verbes sont écrits en kanjis de grande taille, tandis que les éléments grammaticaux (terminaisons, particules, etc.) sont transcrits en man'yōgana de petite taille. La naissance de ce style constitua une étape majeure dans la constitution du système d'écriture japonais actuel. Son apparition daterait de l'ouvrage Shoku Nihongi (797), bien qu'aucun original ne sous soit parvenu.
  21. Terme qui, dans une autre acception, est aussi un simple synonyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Meikyō-Kokugo-Jiten, éditions Taishūkan.
  22. Cf. japonais 同訓異字 (dōkun-iji), « même kun, différents kanjis ».
  23. Cf. les mots japonais 承る (uketamawa-ru), (kokorozashi), et (mikotonori).
  24. Cf. japonais 借字 (shakuji) ou 借り字 (kariji), signes empruntés.
  25. a et b Cf. définition de ateji dans le dictionnaire 明鏡国語辞典, éditions TAISHUKAN Publishing.
  26. Jupiter est la planète de l'élément « bois ».
  27. En japonais honegumi (骨組み?) ou kokkaku (骨格?), BUNKA-CHŌ, page 7.
  28. a et b BUNKA-CHŌ, page 7.
  29. BUNKA-CHŌ, page 213 (« 書体とは,字体を基に文字が具現化される際に,文字に施された一定の特徴や様式の体系を言う »)
  30. BUNKA-CHŌ, page 8.
  31. La forme principale choisie par le dictionnaire n'est pas nécessairement antérieure aux autres variantes présentées.
  32. Dictionnaire Kangxi, page 1 330.
  33. est une forme spécique au Japon du sinogramme « tortue ». La classe à laquelle elle appartient existe originellement parmi les caractères chinois, aussi ne parle-t-on pas de kokuji dans ce cas.
  34. JKATF, page 1 640.
  35. Cf. japonais 康熙字典 (Kōkijiten).
  36. Cf. le rapport du 22e Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) sur la « Table des formes des kanjis hors-liste » (表外漢字字体表), Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 二.字体表, point 6.
  37. Par exemple les variantes et , pour et .
  38. Cf. japonais いわゆる康熙字典体 (iwayuru-kōkijitentai). Une définition de ce terme est donnée dans le rapport du 22e Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) sur la « Table des formes des kanjis hors-liste » (表外漢字字体表), Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 一.前文, section 1, point (2).
  39. Toufefois, le terme seiji (ou seijitai) peut, selon le contexte, faire référence à d'autres standards. Par exemple, dans un contexte juridique, il peut désigner les caractères dont les formes sont autorisées par la législation pour les documents officiels contemporains.
  40. ウェブスター辞書と明治の知識人, Isamu HAYAKAWA, page 209. (ISBN 978-4861101281)
  41. Cf. essai de Nishi Amane : 洋字ヲ以テ国語ヲ書スルノ論.
  42. La liste des kanjis standard (標準漢字表, hyōjun-kanji-hyō?) de 1942 se divise en 1 134 kanjis d'usage courant, 1 320 kanjis d'usage quasi-courant et 74 kanjis spéciaux pour des termes spécifiques trouvés dans la Constitution de l'Empire ou la loi de la maison impériale. Cf. le document original [PDF].
  43. 戦後日本漢字史, Tetsuji ATSUJI, 2010.
  44. T. MAEDA, page 9.
  45. Tout en remettant à plus tard la définition des formes, la liste de 1946 des tōyō-kanji indique cependant déjà quelques formes simplifiées qui sont qualifiées de principales (本体, hontai) par rapport aux formes originelles.
  46. Le rapport du Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) de 1948 auquel se réfère le décret de 1949 montre les formes (ossatures) des tōyō-kanji dont l'usage sera commun tant pour les caractères d'imprimerie (styles Ming et dérivés) que pour l'écriture manuscrite (style régulier) ; le rapport mentionne néanmoins qu'il continuera d'y avoir parfois des différences entre les représentations imprimées et habitudes manuscrites (ces différences de design ne remettant pas en question l'unicité des ossatures des tōyō-kanji).
  47. En japonais, le terme 旧字体 (kyūjitai, « forme ancienne ») n'a pas de définition unique : certains dictionnaires de kanjis considèrent en effet la forme ancienne comme étant la forme stricto sensu du Kangxi d'un kanji ayant été réformé, tandis que d'autres optent pour la forme traditionnelle japonaise (quasi-Kangxi). Kyūjitai peut aussi désigner l'écriture au Japon antérieure aux réformes, auquel cas toutes les formes pseudo-Kangxi, y compris celles n'ayant pas été réformées, sont incluses.
  48. Cf. japonais 略字体 (ryakujitai), forme abrégées.
  49. Cf. japonais 混ぜ書き (mazegaki), écritures mélangées.
  50. est un hiragana qui code la more ki, en remplacement du kanji .
  51. Article 60 du décret d'application de la loi sur le registre familial (戸籍法施行規則).
  52. tsūyō-jitai (通用字体?, littéralement « formes ayant cours ») est un terme qui fut officiellement consacré dans la Table des jōyō-kanji (常用漢字表?, 1981), au paragraphe 表の見方及び使い方. Voir aussi BUNKA-CHŌ, pages 9 et 212.
  53. Cf. japonais 印刷標準字体 (insatsu-hyōjun-jitai?, formes standard pour l'impression).
  54. Ces 22 variantes sont dites 簡易慣用字体 (kan'i-kan'yō-jitai, formes d'usage simples) et sont des alternatives officiellement reconnues, en principe plus simples que les formes standard, comme pour ou pour . D'autres formes sont « tolérées », au sens où la norme indique que l'on peut les employer faute de mieux ; toutefois, elles ne sont plus affichables avec le jeu de caractères JIS X 0213 et les polices ordinaires. Détails sur les formes tolérées : 表外漢字字体表 二.字体表 (Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, 5e point).
  55. Par exemple, le kanji (« fossé ») n'est pas répertorié dans la norme JIS X 0208, standard fréquemment utilisé en informatique notamment dans les années 1990 ; on y trouve uniquement la variante .
  56. Parmi les kanjis transférés de la liste de 2000 aux jōyō-kanji, les variantes 簡易慣用字体 (kan'i-kan'yō-jitai) sont cependant retenues pour , et .
  57. Les cinq variantes de , , , et sont dites « formes tolérées » (許容字体, kyoyō-jitai), c'est-à-dire utilisables à la place des formes canoniques, faute de mieux. Il n'est cependant pas possible de les afficher avec le jeu de caractères JIS X 0213 et des polices ordinaires.
  58. Extrait page 7 : « 情報機器の使用が一般化・日常化している現在の文字生活の実態を踏まえるならば、漢字表に掲げるすべての漢字を手書きできる必要はなく、また、それを求めるものでもない。 »
  59. BUNKA-CHŌ, page 206. En outre, les variantes spécialement autorisées pour l'écriture à la main peuvent être néanmoins utilisées comme formes d'impression dans le cas où le style employé se veut au plus proche l'écriture manuscrite régulière, ce qui est notamment le cas avec le style d'impression kyōkashotai. Cf. BUNKA-CHŌ, pages 60, 61 et 83.
  60. Pour les prénoms des Japonais, il est également possible d'utiliser les kanas, le signe (chōonpu) et certaines marques d'itération ; en revanche, les lettres latines et les autres signes ne sont pas autorisés.
  61. Journal officiel japonais (Kanpō) du 25 septembre 2017 : décret du ministère japonais de la Justice numéro 32, ajoutant le kanji .
  62. La majorité des prénoms japonais suivent les lectures kun, on, ou les lectures spécifiques aux prénoms répertoriées dans les dictionnaires, connues sous le terme de 名乗り読み (nanori-yomi?).
  63. La révision de la norme JIS X 0213 en 2012 ne comporte aucune modification au niveau des caractères eux-mêmes.
  64. Cf. japonais 筆画 (hikkaku?, littéralement « trait au pinceau ») ou 点画 (tenkaku?, littéralement « trait ou point »).
  65. L'ordre des traits est appelé en japonais 筆順 (hitsujun?) ou, familièrement, 書き順 (kakijun?).
  66. Le manuel pour l'instruction de l'ordre des traits (筆順指導の手びき) est un standard toujours utilisé de nos jours bien qu'il n'en soit plus fait officiellement mention dans la « Norme des manuels scolaires autorisés pour l'enseignement obligatoire » de 2014 (義務教育諸学校教科用図書検定基準, Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 国語科「書写」, partie 1, point 4 : « 漢字の筆順は、原則として一般に通用している常識的なものによっており、行書で筆順が異なる字については、適切な説明を加えていること »).
  67. BUNKA-CHŌ, page 205.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jean-Claude MARTIN, Mémento et dictionnaire des Kanji : 2143 nouveaux Kanji usuels japonais, Éditions FransOrienT, Paris, 2011, 312 p. (ISBN 978-2952878142)
  • The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation (JKATF), 漢検漢字字典第二版 (Seconde édition du dictionnaire Kanken Kanji), Japon, 2014, 1 984 p. (ISBN 978-4890963058)
  • Tomiyoshi MAEDA, 常用漢字最新ハンドブック (Jōyō-Kanji Saishin Handobukku), Éditions Shoin, Japon, 2011, 255 p. (ISBN 978-4625634109)
  • Agence pour les affaires culturelles (BUNKA-CHŌ), 常用漢字表の字体・字形に関する指針 (Directives concernant les formes des kanjis courants), Éditions Sanseidō, Japon, 2016, 236 p. (ISBN 978-4385362335)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier