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Époque de Heian

Période historique du Japon allant de 794 à 1185
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Heian.
Époque de Heian
平安時代
Heian-jidai

794 – 1185

Description de cette image, également commentée ci-après
Shishinden du palais impérial de Kyôto. Reconstruction de 1855.
Un des bâtiments de cette résidence privée, entourée d'une double enceinte percée de portes[1].
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Heian
Langue japonais ancien
Religion Bouddhisme, shintoïsme
Histoire et événements
794 Déplacement de la capitale à Heiankyō
866 1er régent Fujiwara
1156 Rébellion de Hōgen
1160 Rébellion de Heiji
1180-1185 Guerre de Genpei
Empereur
737-806 Kammu
1183-1198 Go-Toba
Régent Fujiwara Clan's Crest.gif
866-872 Fujiwara no Yoshifusa
1184 Fujiwara no Moroie
InseiImperial Seal of Japan.svg
1085-1129 Shirakawa
1158-1192 Go-Shirakawa
Daijō-daijin Ageha-cho.svg
1167-1181 Taira no Kiyomori

Entités précédentes :

L'époque de Heian (平安時代, Heian-jidai?) est l'une des 14 subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon. Cette période, précédée par l'époque de Nara, commence en 794[2] et s'achève en 1185 avec le début de l'époque de Kamakura[3]. L'ancienne capitale, Nara (Kansai), est abandonnée au profit de la création de Heian-kyō, future Kyoto (Kansai).

L'époque de Heian (mot qui signifie « paix » en japonais) est considérée comme l'apogée de la cour impériale japonaise et est célébrée pour sa culture des arts, notamment la poésie et la littérature.

Sommaire

PériodisationModifier

L'époque de Heian fait suite à la période Nara et commence en 794 après le déplacement de la capitale du Japon à Heiankyō (littéralement « capitale de la paix », aujourd'hui Kyōto) par l'empereur Kammu, 50e empereur du Japon, qui cherchait à fuir l'influence des puissants monastères de Nara[4]. Cette période est considérée comme un sommet de la culture japonaise, toujours admirée par les générations ultérieures. Cette époque voit également la montée en puissance de la classe des bushis (guerriers), qui finit par prendre le pouvoir, mettant fin à la période Heian et commençant ainsi la période féodale (Chūsei) de l'histoire du Japon.

Nominalement, l'empereur règne, mais, à partir de 866 le pouvoir passe entre les mains des régents Fujiwara[5]. En effet, pour protéger leurs possessions en province, les Fujiwara et d'autres familles nobles requièrent des gardes, une police et des soldats. La classe guerrière gagne ainsi progressivement de grands pouvoirs durant la période Heian. Dès 939, Taira no Masakado menace l'autorité du gouvernement central, dirigeant un soulèvement dans la province orientale de Hitachi, et presque simultanément, Fujiwara no Sumitomo se rebelle dans l'ouest. Cependant, la prise du pouvoir par les militaires était encore loin.

De l'empereur Kammu à la régence des FujiwaraModifier

Heian ancien (794-967)Modifier

  • Quand Kammu déplace la capitale à Heian-kyō (Kyōto), qui demeure la capitale pour les mille années suivantes, il ne le fait pas seulement pour augmenter l'autorité impériale (en la soustrayant aux puissants monastères de Nara[6]), il le fait également pour améliorer géopolitiquement le siège du gouvernement. Kyōto dispose d'un bon accès à la mer via la rivière Yodo qui débouche dans la baie d'Osaka et est également accessible par la route depuis les provinces de l'Est.

Le Heian ancien (794-967) est une prolongation de la culture de l'époque de Nara. La capitale Heian est basée sur le modèle de la capitale chinoise Chang'an, comme l'était Nara, mais sur une plus grande échelle. Malgré le déclin des réformes Taika-Taihō, le gouvernement impérial est vigoureux durant le Heian ancien. Le fait que Kammu ait évité toute réforme drastique a diminué l'intensité des luttes politiques[7], et il est connu comme l'un des empereurs les plus puissants de l'histoire du Japon.

Les liens familiaux de Kammu avec les immigrés coréens[8] sont un fait avéré: sa propre mère est issue d'un clan d'immigrés coréens originaires du royaume de Baekje (Paekce). Le général chargé de la lutte contre les « barbares » du Nord, Sakanoue no Tamuramaro est issu d'une famille d'immigrés coréens, les Aya, qui servent la Cour depuis plusieurs générations. Enfin les terres sur lesquelles devait être implantée la future capitale, Nagaoka, est au cœur des domaines d'un autre clan d'immigrés, les Hata[9].

Bien que Kammu ait abandonné la conscription universelle en 792, il continue de mener de grandes offensives militaires pour, à la fin d'une guerre de 38 ans, prendre le contrôle des Emishi, un peuple vivant dans l'est et le nord du Japon, et distinct des populations occupant les régions actuelles d'Aomori et de Hirosaki, et qui échappent toujours à l'État des Codes. Ces dernières sont proches des populations du Hokkaido avec lesquelles elles entretiennent des relations intenses. À la capitale, on les appelle Ezo[9]. Après des victoires temporaires en 794, Kammu nomme un nouveau commandant sous le titre de Seii Taishōgun ("Grand général pacificateur des barbares", souvent abrégé en Shogun). En 801, le shogun vainc les Emishi et étend les domaines impériaux jusqu'à l'extrémité orientale de Honshū. Cependant, la domination impériale sur les provinces est devenue très ténue. L'armée impériale fonctionne mal.

Après la mort de Kammu en 806 et une guerre de succession entre ses fils, deux nouveaux organismes sont mis en place dans un effort pour ajuster la structure administrative Taika-Taihō. À travers le nouveau « Bureau privé de l'empereur », celui-ci peut émettre des édits administratifs plus directement et avec plus d'assurance qu'auparavant. La nouvelle Police métropolitaine remplace la Garde impériale, au rôle largement cérémoniel. Bien que ces deux organismes renforcent temporairement la position de l'empereur, ils sont bientôt, à côté d'autres structures d'origine chinoise, complètement dépassés par les réalités d'un pays en plein développement.

En 935-941, Taira no Masakado se soulève dans le Kantō ; c'est la première fois qu'un groupe de guerriers autonomes se manifeste[10].

De la même manière que les Soga avaient pris le contrôle du trône au VIe siècle, les Fujiwara du IXe siècle s'imposent par des mariages successifs avec la famille impériale, et un de leurs membres devient le premier dirigeant du Bureau privé de l'empereur. Un autre Fujiwara devient régent pour son petit-fils, un empereur encore mineur, un autre encore devient Kanpaku, régent d'un empereur adulte. Avant la fin du IXe siècle, plusieurs empereurs avaient tenté sans succès de se débarrasser des Fujiwara. Durant un temps, cependant, au cours du règne de l'empereur Daigo (897-930), la régence des Fujiwara est suspendue, l'empereur régnant directement. Un peu plus tard, en 1068, l'empereur Go-Sanjō (1034-1073) règne alors qu'il n'a aucun lien avec les Furiwara, mais aussi le premier empereur du Japon en 170 ans dont la mère n'est pas une femme du clan Fujiwara. Cependant à la fin du IXe siècle, Fujiwara no Mototsune, lui-même régent (sesshô) de l'empereur, obtient la création d'une nouvelle fonction, « grand rapporteur » (kampaku) qui décharge l'empereur du travail administratif lorsque celui-ci est adulte[11].

 
Paravent à décor de paysage. XIe – XIIe siècle. Couleurs, soie. 6 feuilles, 146 × 258 cm. Milieu de l'époque Heian. Musée National de Kyoto.

Âge d'or de la culture japonaiseModifier

L'influence chinoise chute de manière effective après la dernière mission impériale en Chine en 838[12]. L'influence chinoise chute en effet de manière nette après la dernière mission impériale en Chine en 838. La dynastie Tang est alors en déclin, et le fait que les bouddhistes chinois soient sévèrement persécutés, ceci ruine le respect des Japonais pour les institutions chinoises d'alors. Le Japon commence à se replier sur lui-même. En 894, l'ambassadeur Sugawara no Michizane, lettré sinophile, s'oppose au projet de renouer les relations, prétextant l'instabilité à la fin des Tang. Il craint probablement aussi pour l'évolution de sa situation s'il s'absente de la Cour. Cette décision, et la poursuite de cet isolement pendant quatre siècles, permet l'épanouissement du caractère national. Après la phase d'imitation absolue de la culture chinoise au cours des époques d'Asuka et de Nara, l'élite adopte une attitude plus sélective, voire critique à son égard et montre la volonté d'affirmer « l'esprit du Japon », le Yamatodamashii[13]. Cet esprit se manifeste nettement dans les arts que pratique cette élite (littérature, calligraphie) ou qu'elle favorise (peinture, architecture, laque, etc.). C'est ce qui fait de cette époque un âge d'or de la culture japonaise.

Le chinois demeure la langue officielle de la Cour impériale, cependant l'introduction des kana favorise le développement de la littérature japonaise. Ce sont d'ailleurs les premiers romans de la littérature mondiale, comme Le Dit du Genji (XIe siècle), et d'autre part, les poèmes waka, tous écrits en caractères japonais et non en chinois classique. La peinture Yamato, Yamato-e, pratiquée à l'époque de Heian, emploie des codes qui se démarquent de la peinture chinoise, en particulier pour la représentation des scènes d'intérieur, selon la perspective aux toits enlevés, et dans la stylisation des corps en habits de cour, des hommes comme des femmes. Ce sont ces peintures qui enluminent les textes des romans, sur les emaki, et des poèmes, ou des contes, comme les contes d'Ise[14], sur des feuilles séparées.

Succès des Fujiwara et rébellions (967-1185)Modifier

  • Au cours des IXe et Xe siècles, la plus grande partie de l'autorité est perdue en faveur des grandes familles, qui dénigrent le système de terres et de taxes d'inspiration chinoise imposé par le gouvernement de Kyōto. Le Japon de la période Heian connaît la stabilité, mais, même si la succession au trône est assurée par l'hérédité dans la famille impériale, le pouvoir est à nouveau concentré, vers 1000, dans les mains d'une seule famille, ou plutôt le clan Fujiwara[10].

Les Fujiwara ne sont pas démis par l'empereur Daigo (897-930) et deviennent en fait plus puissants durant son règne. Le pouvoir central du Japon continue à décliner, et les Fujiwara, de même que d'autres grandes familles et des fondations religieuses, acquièrent un pouvoir politique encore plus grand au début du Xe siècle. Au début de l'ère Heian, les shōen (terres ou domaines exploitables donnés par l'empereur) avaient acquis un statut légal. Les grands établissements religieux avaient cherché les titres incontestables de leur perpétuité, leur permettant de lever des impôts, et de s'assurer l'immunité contre l'inspection, par le système de gouvernement des shōen, qu'ils contrôlaient. Ceux qui travaillent la terre trouvent avantageux de transférer le titre aux porteurs de shōen en échange d'un partage des récoltes[15]. La population et les terres échappent de plus en plus au contrôle impérial et à ses taxes, retournant de facto aux conditions ayant précédé la réforme de Taika. Par ailleurs, les Fujiwara , et singulièrement la maison Sekkan, sont devenus, avec les charges qu'ils accumulent, les plus gros propriétaires fonciers de l'archipel.

 
Scène de la guerre civile de l'ère Heiji, 1160: attaque nocturne sur le palais de Sanjō. (rouleau portatif (emaki): époque de Kamakura, XIIIe siècle. Encre et couleurs sur papier, L. 6,99 m, H. 41,3 cm, détail. Musée des Beaux-Arts (Boston)

Durant les décennies suivant la mort de Daigo, les Fujiwara ont un contrôle absolu de la cour. En l'an mil, Fujiwara no Michinaga est capable de mettre sur le trône ou de déposer, à volonté, un empereur. Peu de pouvoir reste dans les mains des officiels traditionnels, et les affaires du gouvernement sont gérées par l'administration privée de la famille Fujiwara. Les Fujiwara sont devenus ce que l'historien George B. Sansom a appelé des « dictateurs héréditaires ».

L'influence de la classe guerrière à la cour est un résultat de la rébellion de Hōgen en 1156, et surtout de celle de Heiji en 1160. À cette époque, Taira no Kiyomori est nommé Daijō-daijin (Premier ministre) et forme le premier gouvernement samouraï de l'histoire. En 1180, remettant au goût du jour une pratique des Fujiwara, il place son petit-fils Antoku sur le trône pour régner par régence. Cet acte cause la guerre de Genpei, qui se termine cinq ans plus tard par l'élimination du clan Taira et l'arrivée au pouvoir de Minamoto no Yoritomo qui établit son bakufu à Kamakura, dans l'est du pays. Kamakura a été choisie car cette ville était assez éloignée de la capitale impériale, Kyōto, où les monastères et les nobles de la cour exerçaient une certaine influence. En y instaurant son bakufu, Minamoto no Yoritomo pouvait agir sur les affaires du pays sans opposition.

Développement du bouddhismeModifier

 
Mandara de la Matrice de la grande compassion, dit Mandara du Shingon.in, 899. Couleurs sur soie, 183 × 154 cm. Kyōōgokokuji, Kyōto

Le bouddhisme commence à se répandre au Japon au cours de l'ère Heian, principalement au travers de deux grandes écoles, la branche Tendai (« Terrasse céleste ») et la branche Shingon (« parole vraie »)[3]. Tendai est originaire de Chine et est basé sur le Sūtra du Lotus, l'un des plus importants textes du Bouddhisme mahāyāna. Shingon est une secte japonaise ayant de proches affiliation avec les bouddhismes tantriques indien et tibétain, fondée par Kūkai.

Kūkai part en 804 étudier les sectes ésotériques en Chine et y reste deux ans. Il revient pour fonder une secte originale, le Shingon (la Vraie parole), parfois tenue comme un syncrétisme entre le bouddhisme et la religion des kami[16]. Un rôle important y est accordé aux incantations, ascèses comme l'ascèse de la méditation, nu, sous une cascade, et prières. En 816 un grand monastère est fondé dans la montagne, sur le mont Kôya et en 823, à l'entrée de la capitale.

Saichō, quant à lui, se rend en Chine en 804 mais revient rapidement. Après avoir pu manifester sa critique des six écoles traditionnelles de Nara, il fonde la secte Tendai, dont l'importance grandit au cours des siècles suivants. Il installe son siège dans le complexe monastique qu'il fonde, l'Enryaku-ji, du mont Hiei. Ce mont (848 m) juste au-dessus de Kyoto, est censé bloquer les mauvaise influences censées venir du Nord-Est[17]. Selon cette doctrine le but de la religion est de sauver tous les hommes, esclaves compris. Il obtiendra l'appuis de la Cour (les Fujiwara), malgré l'opposition des moines de Nara. Son influence se mesure aussi dans la naissance et la montée en puissance des moines-guerriers sōhei.

Le Bouddhisme, autrefois orienté vers la protection de l'État commence à se préoccuper du sort des fidèles. Pour l'aristocratie, la religion cesse d'être une préoccupation purement politique pour devenir une quête personnelle. Ces nouvelles tendances apparaissent comme une « religion de l'aristocratie »[18].

L'école Jōdo shinshū, ou Vraie Terre Pure, sera fondée par Shinran (1173-1263) au tout début de la période suivante, Kamakura (1185-1333).

L'assemblée des moines était d'une très grande diversité. À côté de moines savants et des ascètes, un grand nombre de fils cadets des familles puissantes, des fonctionnaires malchanceux, etc. prenaient l'habit de moine. Parmi les plus pauvres, chargés des travaux manuels, beaucoup étaient capables de manier bâton, arc ou sabre et de défendre les intérêts des temples. Ces moines-guerriers, appelés souvent à cette époque akuso, sont devenus un élément important de la société japonaise jusqu'à la fin du XIVe siècle[19].

Les paysansModifier

Le Japon est alors, en bien des régions, presque vide, les communications malaisées, coupées par les montagnes et les forêts. L'Est et le Nord, peu mis en valeur, disposent de pâturages pour l'élevage des chevaux. Les rizières irriguées ne forment que quelques îlots organisés en parcelles régulières enregistrées par l'administration. Leur production reste faible et aléatoire. Après les impôts, en riz, et les semences, la population, sans être totalement privée de consommer du riz, peut survivre grâce à ses cultures sèches, dans des petits jardins privés[20]. La charge la plus lourde était celle du tribut (cho) : tissus, céramiques, nattes, bois, sel, peaux, produits d'alimentation, etc. Enfin les paysans devaient des corvées (zoyo) sur réquisition des administrateurs. Ceux-ci se devaient de faire accroitre le rendement des taxes dans un pays soumis aux sécheresses, insectes, typhons, épidémies. Dans chacune des 60 provinces, un gouverneur, venu de la capitale, et 2 à 5 fonctionnaires sous sa direction inspectaient la campagne, envoyaient des rapports et faisaient parvenir les produits attendus à la capitale. Entre eux et la population, des fonctionnaires, choisis localement car sachant écrire et appartenant à des familles connues, suivaient les registres de la population et ceux de la gestion du riz public. Si, globalement, le peuple était misérable, il existait cependant des familles mieux loties que d'autres, certaines pouvant engager des travailleurs salariés.

Le terme daimyô ne signifie pas encore « grand seigneur » mais ce sens trouve son fondement à cette époque, où myô ou myôden (littéralement « lot de rizières fiscales dénommées ») correspond à une unité fiscale de terre qui évolue avec la société. Le chef de maisonnée paysanne, le myoshu, qui en a la charge peut, dans les couches moyennes de province, bénéficier des accroissement de production liés à la diffusion des outils en fer. Les plus aisés passent des contrats avec les autorités : ils s'engagent à faire rentrer les redevances en échange d'un droit de possession de la terre ; ils deviennent « chefs de myô ». Le myô comprend des rizières, des champs secs, des habitations avec leurs jardins. Lorsque ces propriétés sont assez importantes on parle de « grands myo » : daimyo. Ces chefs, myoshu, peuvent alors avoir une main-d'œuvre et même des métayers, les kosakunin[21].

Les fouilles[22] montrent que les habitations sont largement de type semi-enterrées, de 13 à 18 m2, pour 5 à 6 personnes. Des bâtiments à plancher surélevé pourraient être des greniers. Chaque village devait avoir un chef de village qui pourrait se signaler par un regroupement de quelques maisons ou la présence d'un écritoire. Les fouilles indiquent la progression des instruments aratoires en fer dans l'Est du pays.

La Cour a émis au fil du temps de nombreuses recommandations, comme la culture du blé, de l'orge, du millet et du sarrasin, et le fait de faire sécher le riz sur des sortes de suspensoirs. L'administration et les notables on veillé à l'extension et à l'entretien des réseaux d'irrigation.

Économie de l'époque de HeianModifier

Bien que l'époque de Heian soit indubitablement une période de paix inhabituellement longue, elle a affaibli l'économie du Japon et conduit à la pauvreté presque tous ses habitants. Les aristocrates bénéficiant de la culture Heian (les Yokibito, ce qui signifie le « Bon Peuple »), ne représentent qu'environ 5 000 personnes sur une population de cinq millions d'habitants.

Le système shōen a permis l'accaparement de la richesse par une élite aristocratique. L'excédent économique peut être mis en relation avec toute la richesse culturelle de cette période et ses innovations[23]. Les principaux temples bouddhistes de Heian-kyō et de Nara ont également fait usage du système shōen[24]. L'établissement de succursales rurales et l'intégration de certains sanctuaires shintoïstes dans ces réseaux de temples reflètent un plus grand «dynamisme organisationnel» propre à cette époque.

L'une des raisons qui permet aux samouraïs de prendre le pouvoir est que la noblesse dirigeante prouve son incompétence dans la gestion du Japon et de ses provinces. Aux alentours de l'an mil, le gouvernement se trouve incapable de produire de l'argent et la monnaie disparaît peu à peu. L'absence d'une monnaie d'échange solide est implicitement illustrée dans les romans de l'époque, montrant par exemple des messagers récompensés par des objets utiles tels qu'un kimono de soie, plutôt que de percevoir un salaire. Les dirigeants Fujiwara s'avèrent également incapables de maintenir des forces de police efficaces, ce qui laisse les voleurs libres de fondre sur les voyageurs. Ceci est à nouveau implicitement illustré dans les romans au travers de la frayeur que le voyage de nuit inspire aux personnages principaux.

Littérature et poésie de l'époque HeianModifier

 
Deux pages des poèmes choisis, de Ōshikōchi Mitsune (859?-925?). H. 20 cm. Argent, or, couleurs et encre sur papier orné.
L'une des collections des œuvres des 36 maîtres poètes du NISHI-HONGANJI, Kyoto, vers 1100

Bien que le chinois demeure la langue officielle de la cour impériale de la période Heian, l'introduction des kana favorise le développement de la littérature japonaise. Malgré l'arrivée de plusieurs nouveaux genres littéraires tels que le roman, le conte (monogatari (物語?)) ou le journal intime, la littérature n'est répandue que parmi la cour et le clergé bouddhiste. La scène littéraire est alors largement dominée par les femmes. Les plus célèbres d'entre elles sont issues des milieux de l'aristocratie moyenne : Izumi Shikibu, considérée comme la plus grande des poètes de son temps, en est un exemple célèbre, issue de la famille Ôe, spécialisée dans les lettres, et de rang moyen[25].

Les paroles de l'actuel hymne national japonais, Kimi Ga Yo, sont écrites durant la période Heian, de même que le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, l'un des premiers romans en japonais. Les descriptions des us et coutumes de la cour impériale de Kyōto, écrites par la contemporaine et rivale de Murasaki Shikibu nommée Sei Shōnagon, sont compilées dans le Makura no sōshi (« Notes de chevet ») dans les années 990. Le célèbre poème japonais connu sous le nom de Iroha est aussi écrit durant la période Heian.

ArtsModifier

CalligraphieModifier

ArchitectureModifier

SculptureModifier

PeintureModifier

Laque, céramique, bronzeModifier

Notes et référencesModifier

  1. Christine Shimizu 1998, p. 112 et Christine Shimizu 2001, p. 94.
  2. À noter que dans certains ouvrages, la période de Nara s'arrête en 784, lors du déplacement de la capitale de Nara à Nagaoka. Les auteurs, considérant que la proximité de Nagoaka de Heian, font démarrer la période Heian en 784 et non en 794
  3. a et b (en) Charles S. Prebish, The A to Z of Buddhism, New Delhi, Vision Books, , 280 p. (ISBN 978-81-7094-522-2), p. 131 et 132.
  4. Souyri 2010, p. 171
  5. Souyri 2010, p. 170
  6. A Companion to Japanese History, 2007, p. 32 et Souyri 2010, p. 171
  7. Il s'est efforcé d'améliorer le système administratif de style Tang qui était en usage alors. : companion, p. 34
  8. Sur les immigrations coréennes, voir période Yayoi : Origine de la transition de Jōmon à Yayoi et Période Kofun : Toraijin : les étrangers. P-F Souyri emploie le terme kikajin, pour « familles d'immigrants ».
  9. a et b Souyri 2010, p. 167
  10. a et b Pierre-François Souyri, Histoire du Japon médiéval : Le monde à l'envers. éditions Perrin, collection de poche Tempus 2013, p. 12.
  11. Souyri 2010, p. 170
  12. Souyri 2010, p. 176
  13. Christine Shimizu, 1988, p. 78-79
  14. Fukui Masumi dans Manuela Moscatiello (dir.), 2018, p. 70
  15. Sur la question des shōen et de l'impact négatif sur les bases foncières de l'État en fonction de leur de leur extension : Souyri 2010, p. 191
  16. Souyri 2010, p. 171-172
  17. Souyri 2010, p. 168
  18. Souyri 2010, p. 172
  19. Françine Hérail dans Francine Hérail (dir.), 2009, p. 198-199
  20. Françine Hérail dans Francine Hérail (dir.), 2009, p. 152-154
  21. Souyri 2010, p. 192
  22. Fouiiles dans le département de Chiba, en 1974-75 : Françine Hérail dans Francine Hérail (dir.), 2009, p. 156
  23. Morris, I., The World of the Shining Prince : Court Life in Ancient Japan (Oxford: Oxford University Press, 1964), p. 79.
  24. Collins, R., "An Asian Route to Capitalism: Religious Economy and the Origins of Self-Transforming Growth in Japan", in American Sociological Review, Vol. 62, No. 6 (1997)
  25. Souyri 2010, p. 185
  26. L'un des recueils de l'Anthologie des Trente-six Poètes (Ishiyama-gire).
  27. Une des douze peintures utilisées lors de la cérémonie de prières ésotériques du Nouvel An à Mishio, au Shingon-in (palais Heian).
  28. Le rideau à panneaux multiples situé au centre, en bas de l’image, est un Kichō (en).
  29. (ja) « Genji Monogatari », sur Musée Gotoh (consulté le 13 janvier 2019) : Le calligraphe/peintre (?) pourrait être Fujiwara Takanori (1126-74?), un artiste de Cour célèbre à cette époque.
  30. Boîte dans laquelle était entreposé un kesa ayant appartenu au moine Kūkai (774-835 ; période correspondant à l'époque Tang en Chine). Voir aussi :(en) « Maki'e Lacquered Box with Hosoge Flowers and Karyobinga Designs », sur Kyoto National Museum (consulté le 19 janvier 2019) : coffret à sutra, daté 919. Bois laqué à décor de karyobinga et de fleurs hosoge. Le karyôbinga (Kalavingka en sanskrit) serait un oiseau vivant dans les montagnes enneigées ou au paradis, et dont la voix est réputée magnifique, si bien qu'il désignerait également la voix de Bouddha. Ce coffret, si l'on en croit l'inscription portée sur le coffret lui-même, aurait été réalisé pour contenir le texte bouddhiste du Sanjutcho Sasshi, que le moine Kūkai a écrit en Chine sous la dynastie Tang et ramené au Japon, ensuite. Décor en togidashi maki-e sur fond de laque noire. L. 30 cm. Musée national de Kyoto.
  31. Rose Hempel, 1983, p. 160 qui présente aussi un petit coffre du temple du Kongōbu-ji, en bois laqué noir togidashi et nacre, à décor d'iris en fleurs, de plantes aquatiques et de pluviers en vol.
  32. Le motif hosoge correspond à un jeu d'arabesques contenant des fleurs imaginaires et composites. (Mark Griffiths, The Lotus West : In search of the Sacred Flower, 2010. (ISBN 978-0312641481)
  33. Voir aussi : (en) « Tea-jar in globular form. High-fired pottery with natural ash glaze. Sanage ware. With lacquer-repaired chip on rim. », sur British Museum collection on line (consulté le 19 janvier 2019).

BibliographieModifier

Histoire du JaponModifier

  • Francine Hérail, Histoire du Japon : Des origines à la fin de l'époque Meiji, Paris, Publications orientalistes de France,
  • Francine Hérail (dir.), Guillaume Carré, Jean Esmain, François Macé et Pierre Souyri, Histoire du Japon : Des origines à nos jours, Paris, Editions Hermann, , 1413 p. (ISBN 978-2705666408)
  • Pierre-François Souyri, Nouvelle Histoire du Japon, Paris, Perrin, , 627 p. (ISBN 978-2262022464)
  • Christine Shimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Vieux Fonds Art », , 495 p., 28 x 24 x 3 cm env. (ISBN 2-08-012251-7), et Shimizu, Christine, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Tout l'art, Histoire », , 448 p., 21 x 18 x 2 cm env. (ISBN 2-08-013701-8)
  • Christine Shimizu, Urushi : Les laques du Japon, Fribourg, Flammarion, , 297 p., 34 cm. (ISBN 2-08-012088-3)

Période de HeianModifier

  • (en) Mikael S. Adolphson, Edward Kamens et Stacie Matsumoto (dir.), Heian Japan, Centers and Peripheries, Honolulu, University of Hawai'i Press, , 450 p. (ISBN 978-0-8248-3013-7)
  • Rose Hempel (trad. Madeleine Mattys-Solvel), L'âge d'or du Japon : l'époque Heian, 794-1192, Presses universitaires de France, (1re éd. 1983), 253 p., 29 cm (ISBN 2-13-037961-3)
  • Francine Hérail, La cour du Japon à l'époque de Heian : aux Xe et XIe siècles, Paris, Hachette, , 267 p. (ISBN 2-01-235147-6)
  • Francine Hérail, La cour et l'administration du Japon à l'époque de Heian, Genève, Droz, , 798 p.
  • (en) Hurst, G. Cameron, « The Heian Period », dans William M. Tsutsui (dir.), A Companion to Japanese History, Malden, Blackwell Pub., (ISBN 978-1-4051-1690-9), p. 30-46
  • (en) Donald H. Shively et William H. McCullough, The Cambridge History of Japan : Volume 2 : Heian Japan, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-22353-9)

Articles connexesModifier

Voir aussiModifier

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