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Henri Weber

personnalité politique française
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Henri Weber
Illustration.
Henri Weber, en 2006.
Fonctions
Député européen
Élection 13 juin 2004
Réélection 7 juin 2009
Sénateur de la Seine-Maritime
Biographie
Date de naissance (75 ans)
Lieu de naissance Leninabad (URSS)
Nationalité française
Parti politique Parti socialiste
Profession Professeur

Henri Weber, né le à Leninabad (URSS), est un homme politique français, membre du Parti socialiste (PS), sénateur de la Seine-Maritime puis député européen.

JeunesseModifier

Les parents de Weber, horlogers juifs, vivaient en 1938 à Chrzanów, en Galicie, à quelques kilomètres d'Auschwitz[1], avant de fuir en URSS. Ils émigrèrent ensuite en France. Enfant, Henri Weber fut membre du Hachomer Hatzaïr, l'organisation sioniste de gauche inspiré du scoutisme. Étudiant, il adhère à l'Union des étudiants communistes (UEC) dont il devient en 1963 le secrétaire du secteur Sorbonne-Lettres[2] ; et du Parti communiste français (PCF), organisations dont il est exclu en 1965 avec 300 étudiants, dont notamment Alain Krivine, qui fondent alors la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR)[3]. Mais c'est en 1968 et avec le même Krivine qu'il accède à une forme de notoriété politique, en étant l'un des leaders du mouvement de Mai 68, et l'un des cofondateurs de la Ligue communiste (LCR) avec Krivine et Daniel Bensaïd[3].

Parcours universitaireModifier

En décembre 1968, Michel Foucault, directeur du département de philosophie au Centre universitaire expérimental de Vincennes (Paris VIII) intègre Henri Weber à son équipe. Il y côtoie, entre autres, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Alain Badiou, François Châtelet, Etienne Balibar, Robert Linhart…[3]

De 1969 à 1988, Henri Weber enseigne la philosophie politique, comme assistant, puis maître-assistant, et maître de conférences, après l’obtention de sa thèse, soutenue en Sorbonne en 1973, sous la direction de Maurice de Gandillac, professeur de philosophie à l’Université de Paris I. Reçu avec mention « très honorable », il voit sa thèse publiée en août 1975 aux Editions Bourgois, dans la collection 10-18, sous le titre « Marxisme et conscience de classe »[3].

Le centre universitaire de Vincennes offre de nombreux cours dans le domaine des sciences sociales, parfois donnés par des enseignants qui sont à la fois théoriciens et praticiens, en tant que dirigeants de partis politiques. Ainsi en 1971-1972, Henri Weber enseigne "Introduction au Marxistes du XXe siècle" et "la Structure de l'extrême gauche en France", et Daniel Bensaid discoure sur "De la nature des États ouvriers"[4] alors qu'ils sont tous deux dirigeants de la Ligue Communiste fondée en mai 1969.

Un après-midi, André Glucksmann et Jean Claude Dollé mènent l'assaut à la tête d'une cinquantaine de militants qui font irruption dans le cours d'Henri Weber, maitre assistant en philosophie, intitulé "A quoi pense Mao ?" consacré aux écrits philosophiques et politiques de Mao Tse Tung[5]. Un groupe mené par Alain Badiou perturbe aussi de nombreux cours[5].

« Plus qu'à Censier, La Sorbonne ou à Nanterre, je fus confronté à Vincennes au gauchisme le plus débridé », se souvient-il[5]. La "folie ultra-gauchiste" eut selon lui pour conséquence la perte de l'habilitation du département de philosophie à délivrer des diplômes reconnus par l'Éducation nationale[5].

En juin 1988, il quitte l’université pour l’Hôtel de Lassay, au cabinet de Laurent Fabius, président de l’Assemblée nationale. Mais il retourne à Paris VIII-Saint-Denis, de 1993 à 1995, après la défaite de la gauche aux élections législatives. Il met à profit cette « traversée du désert » en passant son doctorat en Sciences politiques, sous la présidence d’Hughes Portelli, professeur à Paris II, les professeurs Dominique Colas (Paris IX), Marc Sadoun (Paris I), Jean-Marie Vincent (Paris VIII) et Elie Cohen (Directeur de recherches au CNRS) composant le jury. Cette thèse de doctorat a pour titre « Acteurs et stratégies du changement social », et obtient la mention « très honorable ».

Années gauchistesModifier

Directeur du journal RougeModifier

Henri Weber fut de 1968 à 1976 directeur et rédacteur en chef de l'hebdomadaire Rouge qu'il a fondé avec les droits d'auteur de son premier livre "Mai 68 : une répétition générale ?" (Éditions Maspero), co-écrit avec Daniel Bensaïd ; En avril 1975 il fonde la revue théorique Critique communiste qu'il dirige jusqu'en 1980[6]. Avec Krivine et Bensaïd, il est alors à la tête de la Tendance T2 de la Ligue, rivale de la T1 de Gérard Filoche, Denis Pingaud et Daniel Gluckstein, et de la T3 de Michel Lequenne et de Jean-René Chauvin[7].

Chef du service d'ordre de la Ligue communisteModifier

Par ailleurs, il est le fondateur et chef jusqu'en 1972 du service d'ordre de la Ligue communiste dès la fondation du parti en 1969[6] et expliqua à l'historienne Isabelle Sommier qu'il faisait « des stages, des sorties en forêt le samedi et le dimanche, avec entraînement aux actions collectives, coordonnées, avec maniement du bâton, du cocktail molotov". Pour l'accompagner, au sein de la "Commission très spéciale" (CTS) de la Ligue communiste, chargée des « opérations exemplaires », il recrute Michel Recanati et Romain Goupil. Il dirige ce service d'ordre lors des violents affrontements de 1971 contre un meeting anti-immigré de l'extrême-droite au Palais des Sports de Paris[8].

Le service d'ordre de la Ligue encadre encore la grande manifestation pour le 100e anniversaire de la Commune de Paris, les 9 et 10 mars 1971.

Henri Weber sera ensuite remplacé à partir de 1972 à la direction du service d'ordre de la Ligue communiste par Pierre Rousset[9] et Daniel Bensaïd.

Travaux de rechercheModifier

Entre 1981 et 1984, il cesse toute activité politique pour se consacrer à sa famille et ses travaux de recherche, qui portent notamment sur les débats théoriques au sein de la sociale-démocratie au début du XXe siècle et l'euro-communisme. En 1982, il intègre le Centre de Recherches sur les Mutations des Sociétés industrielles (CRMSI), dirigé par Jean-Louis Moynot, ex-secrétaire confédéral de la CGT. Il y anime un « Observatoire du Patronat français » et publie en septembre 1986, aux Editions du Seuil, « Le Parti des Patrons : CNPF 1946-1986 ». C'est à l'occasion de ses recherches qu'il rencontre Laurent Fabius alors ministre de l'Industrie, puis Premier ministre, qui l'intègre à son premier cercle. Avec Olivier Duhamel, Evelyne Pisier-Kouchner, François Châtelet, Jean-Luc Parodi et Xavier Brownes, il anime la collection « Recherches politiques » aux Presses universitaires de France (PUF), qui publie les thèses et les premiers livres de jeunes intellectuels, parmi lesquels Luc Ferry, Laurent Cohen-Tanugi, Philippe Raynaud...

Parti SocialisteModifier

Henri Weber est entré au Parti socialiste (PS) en 1986[10],[3], la même année que Jean-Christophe Cambadélis, qui dirige une autre branche du trostskysme, le Parti communiste internationaliste, dit lambertiste, qui a amené avec lui au PS en avril 1986, près de 450 autres militants, pour l'essentiel du syndicat étudiant UNEF[11].

Mandats politiquesModifier

Lors des Élections législatives françaises de 1988, qui suivent une présidentielle où le PCF est tombé à seulement 4,8 % des voix, Henri Weber est investi "grâce à des étudiants recrutés en une nuit et aussi vite disparus", selon son rival local du PS Georges Sali, qui dénonce un "parachutage"[12]. Il est battu par Marcelin Berthelot, député-maire communiste de la douzième circonscription de Seine-Saint-Denis, avec 22,97 % des voix. Il est élu aux élections municipales de 1989 et devient maire-adjoint de Saint-Denis, président du groupe des élus socialistes jusqu'en 1995. En 1993 il est à nouveau battu aux élections législatives avec 10,77 %. Il avait été une première fois candidat aux élections législatives, le 4 mars 1973, à Nanterre, pour la Ligue communiste.

Appelé en Normandie par Laurent Fabius, il est élu en 1995 conseiller municipal de Dieppe, puis sénateur de la Seine-Maritime la même année.

Tête de liste de l'euro-circonscription du Grand Nord Ouest aux élections européennes de juin 2004, il est élu député européen avec 29,98% des voix[13].

Il est réélu en 2009 à la tête de la liste Auvergne, Centre, Limousin.

Cabinets ministérielsModifier

Il est successivement conseiller technique au cabinet de Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, de 1988 à 1991. Il est chargé de mission au cabinet de Martin Malvy jusqu'en 1992, puis de Louis Mermaz jusqu'en 1993, ministres chargés des relations avec le Parlement[3].

À la direction du Parti SocialisteModifier

Dans les instances du Parti Socialiste, il a été membre du bureau national et secrétaire national de 1993 à 2008, chargé successivement de l’Éducation nationale (1993 à 1995), de la Formation (1995 à 2003), de la Culture et des Médias (1998 à 2003) et à nouveau de la Formation (2005 à 2008)[3]. À ce titre il relance la Revue socialiste, qu'il dirige jusqu'en 2005, et en 1995 il préside à l'essor de l'université d'été du PS de la Rochelle, et crée l'« université permanente des cadres fédéraux ». De 2008 à 2012 il est secrétaire national-adjoint chargé de la Mondialisation[10]. Dans cette fonction il élabore la stratégie du "juste échange" que le PS adopte à son congrès du Mans (2005) et le PSE (Parti des socialiste européens) à son conseil de Varsovie les 2&3 décembre 2010[14]. De 2014 à 2017 il est directeur des Études, chargé des questions européennes, auprès de Jean Christophe Cambadélis, alors premier secrétaire du PS. À ce poste, il crée le GARE (Groupe d'action et de riposte européen) et publie 74 questions et réponses pour réorienter l'Europe[15].

Parlement européenModifier

Au Parlement européen, il fut de 2004 à 2009, membre titulaire de la commission de la culture et de l'éducation et membre suppléant de la commission des affaires économiques et monétaires. Il a été élu vice-président de la commission interparlementaire Union Européenne/Chine en janvier 2007[3].

Dans son second mandat, de juin 2009 à juin 2014, il fut membre titulaire de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie et membre suppléant de la commission des affaires juridiques, puis de la commission du Commerce International. À ce titre il fit voter l'amendement qui a exclu la Culture et l'Audiovisuel du champ de la négociation commerciale avec les États-Unis, ce qui lui a valu en 2016 la médaille Beaumarchais décernée par la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques). Les médailles Beaumarchais honorent des personnalités ayant œuvré pour les auteurs.

Il a été confirmé vice-président de la délégation interparlementaire UE/Chine pour la législature 2009-2014[3].

Synthèse des mandatsModifier

Vie privéeModifier

En septembre 2007, Henri Weber épouse Fabienne Servan-Schreiber, productrice de télévision et fondatrice de la société Cinétévé, avec laquelle il vit depuis 1973. Ils ont eu ensemble six enfants[3].

OuvragesModifier

  • 1968 : Mai 68 : une répétition générale (avec Daniel Bensaid) Paris, Maspero
  • 1971 : Qu'est-ce que l'AJS ? - Contribution à l'analyse de l'extrême gauche en France, Paris, Maspero
  • 1974 : Marxisme et Conscience de classe, Bourgois, collection « 10-18 »
  • 1977 : Parti communiste italien : aux sources de l'Euro-communisme, Bourgois
  • 1981 : Nicaragua : la Révolution sandiniste, Paris, Maspero
  • 1983 : Socialisme : la voie occidentale. Introduction au débat sur la grève de masse : Kautsky, Luxemburg, Pannekoek, PUF, Collectif
  • 1986 : Le Parti des Patrons : le CNPF (1946-1986), Seuil. Édition de poche augmentée en 1991.
  • 1988 : Vingt ans après : Que reste-t-il de Mai 68 ?, Seuil
  • 2000 : La Gauche expliquée à mes filles, Seuil
  • 2003 : Le Bel Avenir de la gauche, Seuil
  • 2004 : Lettre recommandée au facteur, Seuil
  • 2008 : Faut-il liquider Mai 68 ?, Seuil
  • 2011 : La Nouvelle Frontière, Seuil
  • 2012 : Pour le juste échange - Réguler le commerce international, essai publié par la Fondation Jean-Jaurès
  • 2013 : Europe : pour un second souffle, Éditions de la Fondation Jean-Jaurès
  • 2016 : Éloge du compromis, Plon
  • 2018 : Rebelle jeunesse, Robert Laffont

Coauteur :

  • 1977 : La Ve République à bout de souffle ? avec Denis Berger, Jean-Marie Vincent
  • 1979 : Changer le PC ?, avec Olivier Duhamel, PUF
  • 1982 : « La Russie soviétique et le pape du marxisme, Karl Kautsky », in L'URSS vue de gauche avec Lilly Marcou
  • 1985 : « La théorie de Karl Kautsky », in Les interprétations du stalinisme avec Evelyne Pisier-Kouchner
  • 2002 : Une nouvelle alliance - Une approche politique de la question sociale, (Notes de la Fondation Jean Jaurès) avec Laurent Baumel

Notes et référencesModifier

  1. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 32-33
  2. Henri Weber, Rebelle jeunesse, Paris, Robert Lafont, , 69/70 p., p. 69-70
  3. a b c d e f g h i j k l m n et o « WEBER Henri. Pseudonyme Samuel TISSERAND puis SAMUEL - Maitron », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 13 mai 2019)
  4. "Le destin d'une institution d'avant-garde: histoire du département de philosophie de Paris VIII" par Charles Soulié, dans la revue Histoire de l'éducation, n°77, de janvier 1998 [1]
  5. a b c et d "Rebelle jeunesse", par Henri Weber, Editions du Groupe Robert Laffont, 2018
  6. a et b « WEBER Henri. Pseudonyme Samuel TISSERAND puis SAMUEL - Maitron », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 25 avril 2019)
  7. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 495.
  8. Hervé Hamon & Patrick Rotman, Génération : les années de poudre, Paris, Seuil,
  9. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 77
  10. a et b Site du PS [2]
  11. Armelle Thoraval, « Les trotskistes et la MNEF. Noyautage pour un joyau. Histoire d'une imprimerie qui vit un groupe de l'OCI faire main basse sur la mutuelle étudiante, passer au PS, puis être dans la mire des juges », Libération, 4 mars 1999.
  12. "Bataille pour l'investiture PS à Saint-Denis", Le Parisien du 30 novembre 2011 [3]
  13. Ministère de l'Intérieur, « Résultats des élections européennes 2004 », sur http://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Europeennes/elecresult__europeennes_2004 (consulté le 25 avril 2019)
  14. (en) « A European Employment and Social Progress Pact for fair growth »,
  15. « Henri Weber présente l'argumentaire « 74 questions et réponses pour réorienter l'Europe » », sur Parti socialiste (consulté le 25 avril 2019)

BibliographieModifier

Liens externesModifier