Geoffroy II de Lusignan (seigneur de Vouvant)

seigneur de Vouvant et de Mervent, de Moncontour, de Fontenay, de Soubise et vicomte de Châtellerault
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Geoffroy II de Lusignan (v. 1195-1247/48), surnommé la Grand Dent à partir du XVIe siècle, est seigneur de Vouvant et de Mervent, de Moncontour, de Fontenay et de Soubise[1]. Entre 1223 et 1230, puis entre 1233 et 1239, il devient vicomte de Châtellerault du chef de sa femme[2], Clémence.

Geoffroy II de Lusignan
Image dans Infobox.
Sceau de Geoffroy II de Lusignan d'après celui appendu en 1225.
Titres de noblesse
Seigneur de Vouvant et de Mervent
-
Prédécesseur
Successeur
Hugues II de Parthenay-l'Archevêque (d)
Vicomte de Châtellerault
-
Vicomte de Châtellerault
-
Biographie
Naissance
Entre et Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Entre et Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Geoffroy de LusignanVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Geoffroy la Grand DentVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Maison de Lusignan
(sous-lignage de Vouvant)
Père
Mère
Armoiries Geoffroy de Lusignan et blason Châteauneuf-sur-Charente.svg
Armoiries de Geoffroy II de Lusignan

Il est le fils de Geoffroy Ier de Lusignan (av. 1150-1216) et de sa seconde épouse Eustach(i)e Chabot (décédée après mai 1200).

Geoffroy II est très souvent confondu avec son père Geoffroy Ier de Lusignan (Vouvant) dans l'histoire et dans les romans[3].

BiographieModifier

 
Inscription à l'intérieur de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Vouvant attribuée à tort à la sépulture de Geoffroy II.

Geoffroy II succède à son père en tant que seigneur de Vouvant. Il est mentionné de ce titre au moins à partir du mois de [4].

Il est fait prisonnier par le duc de Bretagne, puis est libéré en 1230 par Henri III d'Angleterre à la condition de lui faire allégeance pour ses châteaux de Vouvant et de Mervent[1]. Il se distingue surtout par ses violences envers les moines et l'abbaye de Maillezais dont il revendique l'avouerie, c'est-à-dire le protectorat, qu'il tenait de sa mère Eustache Chabot. Excommunié, il est absous par le pape Grégoire IX à Spolète en 1232[5], après avoir fait un pèlerinage pénitentiel à Rome[6].

Il meurt en 1247[7] ou vers juillet/[8], et est mis en terre dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Vouvant comme l'indiquait sa volonté dans son testament datant de [3] ou 1248[8]. Il est probablement inhumé dans la chapelle nord de la priorale Notre-Dame où il avait fondé une chapellenie desservie par un prêtre[8],[9].

Une inscription est visible à l'intérieur de l'abside touchant au portail à droite ː « QVONDAM PRÆCLARVS SED NVNC CINIS ATQE FAVILLA † »[10], signifiant « autrefois célèbre, maintenant cendre et poussière ». Cependant, il paraît très peu probable que cette inscription concerne Geoffroy II puisque l'étude paléographique la plus récente (effectuée en 2008) indique une datation du XIe siècle[11] (l'inscription avait été une première fois datée du XIIIe siècle par un ouvrage de la fin du XIXe siècle[10]).

Item volo et præcipio quod de terra mea de Subizia, cum omnibus fructibus et pertinentiis, usque ad duos annos continuos et completos, de consensu et voluntate Hugonis Archiepiscopi domini Partiniaci, qui de hoc tenendo spontaneus fidem dedit, et de Mairevento et Volvento et Muncantorio cum omnibus pertinentiis, redditibus, proventibus et alus rebus quas ibi habere debeo, usque ad quatuor annos fiant elemosinæ meæ et emendæ et debita mea persolventur ; salva tamen dote Audæ, uxoris meæ, quæ est C. marcarum annui redditus sicut in carta sua, sibi data et tradita, continetur.
Item lego C. libras Arpino, filio meo ; et similiter C. libras Aaliz, filiæ mæe ; et similiter Borgoigne C. libr. in pecunia numerata.
Eligit sepulturam in ecclesia B. Mariæ de Volvento, coram altare Capellaniæ et instituit ibi unam capellaniam cum quodam Presbitero.

— Geoffroy II de Lusignan (extrait du testament de 1247 donné par Jean Besly), Charles Farcinet, Les anciens sires de Lusignan, 1897, p. 30 et 31

« Item, je veux et ordonne que de ma terre de Soubise avec tous ses revenus et dépendances, pendant deux années continues et complètes, du consentement et de la volonté de Hugues II de Parthenay-l'Archevêque, seigneur de Parthenay, qui a promis sous la foi du serment et de sa libre volonté de donner son consentement ; et aussi de mes terres de Mervent, Vouvant et Moncontour, avec toutes leurs appartenances et revenus et des autres choses que je dois y avoir, pendant quatre ans, — soient faites mes aumônes et amendes, et que mes dettes soient payées ; réserve faite de la dot de Aude, ma femme, qui est de cent marcs [d'argent], de revenu annuel, comme il est contenu dans la charte à elle donnée et livrée.
Item, je lègue cent livres à Arpin, mon fils, et aussi cent livres à Aelis, ma fille et aussi cent livres à ma fille Bourgogne, en argent comptant.
Je choisis de me faire inhumer dans l'église Notre-Dame de Vouvant, devant l'autel de la chapellenie que j'ai fondée et qui est desservie par un prêtre. »

— Charles Farcinet, Les anciens sires de Lusignan, 1897, p. 30 et 31

FamilleModifier

Il épouse[3],[2] ː

  1. Clémence, vicomtesse de Châtellerault (1201-1239), sans aucune descendance[12].
  2. Selon son testament daté de 1247 ou 1248, il a épousé une seconde femme nommée Aude (av. 1230-ap. 1247)[3].

Il a également trois enfants avec une femme inconnue, peut-être Aude[2],[13] :

  • Harpin (av.1247-ap. 1247),
  • Alix (av.1247-ap. 1247),
  • Bourgogne (av.1247-ap. 1247).

L'identité de la mère de ces enfants pose question puisque les biens de Geoffroy II ne passent pas à ses enfants. Cela s'explique probablement par le fait que les enfants de Geoffroy II soient nés d'une union illégitime faisant de ces derniers des bâtards[13].

Armoiries et deviseModifier

Geoffroy II de Lusignan porte les armoiries suivantes[14],[15],[16] : burelé d'argent et d'azur, au lion rampant contourné de gueules brochant sur le tout. Il porte donc les mêmes armoiries que son père Geoffroy Ier[17].

Sa devise est « QVI PLVS MORTIS CONPTEMTOR QVAM LEO FORTIS »[14],[15],[16].

Le sceau de Geoffroy II de Lusignan est décrit par Jean Besly au XVIIe siècle[14], Louis Douët d'Arcq en 1863[15] et François Eygun en 1938[16] : il se compose d'un homme « à cheval marchant à gauche, tête nue, en cotte hardie, sonnant du cor, et tenant de la main droite un chien posé sur la croupe du cheval »[15]. Le sceau de Geoffroy II est décrit par Douët d'Arcq d'après celui appendu en à une plainte des barons de France contre le clergé[18]. Ce sceau est également attribué à tort à Geoffroy III de Lusignan (décédé avant 1274, fils d'Hugues X de Lusignan) par Jean-Hippolyte Michon en 1844 dans l'ouvrage Statistique monumentale de la Charente[19]. En effet, le sceau de Geoffroy III se compose d'une scène équestre avec un cheval dirigé vers la droite tandis que celui de Geoffroy II est dirigé vers la gauche[20].

Le sceau de Geoffroy II de Lusignan est visible sur plusieurs actes[18] : , , 1234[21], , et (voir ci-après).

 
Déclaration de la noblesse de l’Anjou et du Maine précisant à la demande de Saint Louis certains articles de la coutume féodale (mai 1246).

La source d'inspiration historiqueModifier

Avec son père Geoffroy Ier, Geoffroy II est l'une des principales sources d'inspiration du personnage littéraire Geoffroy à la Grand Dent, le plus connu des fils de la fée Mélusine, qui apparaît à la fin du XIVe siècle dans les romans de Mélusine de Jean d'Arras et Coudrette[22].

Bien que le personnage historique n'ait jamais porté le surnom de « Grand Dent » de son vivant, il lui est attribué à compter du XVIe siècle sous l'influence du généalogiste Étienne de Lusignan qui identifia le personnage littéraire à Geoffroy II.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Anaïs Lancelot, « Les vicomtes de Châtellerault : une puissance discrète (XIIe-XIIIe siècles) » (consulté le 12 septembre 2019), Mémoire de master 2 sous la direction de Martin Aurell, Poitiers, UFR Sciences Humaines et Arts, Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale, 2018
  2. a b et c (en) Généalogie de Geoffroy II de Lusignan sur le site Medieval Lands
  3. a b c et d Charles Farcinet, Les anciens sires de Lusignan, Geoffroy la Grand'Dent et les comtes de La Marche : recherches historiques sur le moyen âge en Poitou, impr. Lemercier et Alliot, (lire en ligne)
  4. Alexandre Teulet, Layettes du trésor des chartes : de l'année 1224 à l'année 1246, t. II, Paris, H. Plon, , 741 p. (lire en ligne), p. 31
  5. (la) Lucien Auvray, Les registres de Grégoire IX : années I à VIII (1227-1235), t. I, Paris, A. Fontemoing, , 1286 p. (lire en ligne), p. 515-516
  6. « Francis Moreau - Les Châteaux de Mélusine », Licence CC BY-ND 3.0, sur fmoreau.recit.free.fr (consulté le 30 mai 2017)
  7. Société des archives historiques du Poitou, Archives historiques du Poitou, t. IV, Poitiers, Impr. de H. Oudin, , 496 p. (lire en ligne), p. 173-174 et 186
  8. a b et c Benjamin Fillon, Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay, t. I, Fontenay, Nairière-Fontaine, , 550 p. (lire en ligne), p. 32 et 33
  9. Sylviane Van de Moortele, « L'église Notre-Dame de Vouvant », dans Société Française d'Archéologie, Congrès archéologique de France, 151e session, 1993, Vendée, Paris, Société Française d'Archéologie et Musée des Monuments Français, , 288 p., p. 113 à 126
  10. a et b René Vallette, Octave de Rochebrune, René Vallette, Joseph Berthelé et al., Paysages et monuments du Poitou, t. X, Paris, May et Motteroz, (lire en ligne), p. 9-10
  11. Cécile Treffort, Jean Michaud, Robert Favreau et Vincent Debiais, Corpus des inscriptions de la France médiévale. Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan (région Bretagne), Loire-Atlantique et Vendée (région Pays de la Loire), vol. 23, Paris, CNRS Editions, , 164 p. (lire en ligne), p. 135 à 137
  12. Société des archives historiques du Poitou, Archives historiques du Poitou, t. VIII, Poitiers, Impr. de H. Oudin, , 456 p. (lire en ligne), p. 58
  13. a et b Alfred Hérault, Histoire de Châtellerault, t. I, Châtellerault, Imprimerie A. Videau, , 424 p. (lire en ligne), p. 409-411
  14. a b et c (la) Jean Besly, Recueil de documents historiques, pour la plupart relatifs au POITOU et aux provinces voisines, réunis et copiés par Jean BESLY. (XIIe-XVIIe siècle.), t. 2, Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Dupuy 805, xviie siècle (lire en ligne), p. 75
  15. a b c et d Louis Douët d'Arcq, Collection de sceaux, t. I, Paris, Henri Plon, , 696 p. (lire en ligne), p. 644
  16. a b et c François Eygun, Sigillographie du Poitou jusqu'en 1515 : étude d'histoire provinciale sur les institutions, les arts et la civilisation d'après les sceaux, Protat frères, (OCLC 815994323, lire en ligne), p. 222 et planche XV
  17. Jean Marie de La Mure, Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. I, Paris, Potier, , 526 p. (lire en ligne), p. 500 à 502
  18. a et b Alexandre Teulet, Layettes du trésor des chartes : de l'année 1224 à l'année 1246, t. II, Paris, H. Plon, , 741 p. (lire en ligne), p. 31, 62, 473-474, 508 et 623-624
  19. Jean-Hippolyte Michon, Statistique monumentale de la Charente, (lire en ligne)
  20. Université de Poitiers, « Geoffroy de Lusignan, seigneur de Jarnac », sur sigilla.org (consulté le 28 juin 2019)
  21. Paul Marchegay, Cartulaires du Bas Poitou (Département de la Vendée), , 380 p. (lire en ligne), p. 304-307
  22. Michelle Szkilnik, « Maillezais, un lieu de mémoire dans les romans français de Mélusine », dans Mathias Tranchant et Cécile Treffort, éd., L'Abbaye de Maillezais : Des moines du marais aux soldats huguenots, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 9782753523050, lire en ligne), p. 29–47 [lire en ligne]

Pour aller plus loinModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Alfred Hérault, « Les Geoffroy de Lusignan », dans Histoire de Châtellerault, t. I, Châtellerault, Imprimerie A. Videau, , 424 p. (lire en ligne), p. 405-424
  • Marie-Cécile Pineau, « Le droit d'avouerie : entre malédiction et bénédiction, l'exemple de Geoffroy la Grand' Dent et l'abbaye de Maillezais », conférence prononcée le , dans le cadre de la 4e journée « Jeunes chercheurs » de l'Institut catholique d'études supérieures [visionner sur Youtube]
  • Georges Pon, « La dévastation de l'abbaye de Maillezais (v. 1225-1232) par Geoffroy de Lusignan, dit Geoffroy à la Grand'Dent », Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers, 5e série, vol. 12,‎ , p. 223-311.
  • Clément de Vasselot de Régné, « Le « Parentat » Lusignan (xe-xive siècle) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent. Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell, université de Nantes, soutenue le 10 décembre 2018 », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA, no 23.1,‎ (ISSN 1623-5770, DOI 10.4000/cem.16581, lire en ligne)