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Choucroute

chou blanc ou chou conservé par fermentation lactique
Choucroute cuite avec baie de genièvre.

La choucroute [ ʃukʀut] — de l'allemand : Sauerkraut [ˈzaʊ.ɐ.kʁaʊt] Écouter, passé par l'alsacien : Sürkrüt — est un mets composé de chou coupé finement et soumis à lacto-fermentation dans une saumure, généralement accompagné de garniture.

C'est un plat qui se consomme traditionnellement, avec des variantes locales : en Allemagne, Autriche, Belgique, Bosnie, Bulgarie, Estonie, France (plus particulièrement en Alsace, où elle est emblématique de la cuisine locale), Hongrie, Lettonie, Lituanie, au Luxembourg, en Pologne, en Biélorussie, aux Pays-Bas, République tchèque, Roumanie, Russie, Serbie, Slovaquie, Suisse, dans le sud du Brésil, au Chili, aux États-Unis, en République populaire de Chine (et aussi, plus généralement, mais non de manière exclusive, par des populations issues des vagues d'immigration allemandes et germaniques, ainsi, par exemple, en Namibie[1],[2]).

Au Chili, la choucroute fait partie du traditionnel completo chileno. En Chine, elle est consommée dans la province du Heilongjiang (Mandchourie). En Italie, dans la région du Trentin-Haut-Adige ou Trentin-Tyrol du Sud, elle bénéficie depuis 1999 de l'appellation Produits agroalimentaires traditionnels (PAT), appellation italienne qui n'est pas reconnue au niveau européen.

ÉtymologieModifier

L'origine du mot est à rapporter à Sauerkraut en allemand : littéralement « chou aigre[3] », altéré en « chou » et « croute ».

En France, il dérive du dialecte alsacien.

HistoireModifier

 
Soupe de choucroute au porc et vermicelle de soja, du nord-est de la Chine.

Ce mode de préparation du chou viendrait de Chine, où, selon la légende, il aurait été inventé au IIIe siècle avant notre ère par les constructeurs de la Grande Muraille pour résister au froid[4].

Selon une hypothèse, les Huns auraient, après avoir échoué à conquérir la Chine, porté ensuite leurs conquêtes vers l'ouest, passant par la Bavière et l'Autriche avant d'atteindre l'Alsace en 451, date à laquelle cette préparation du chou serait apparue dans ces régions, qui utilisaient aussi la lacto-fermentation pour la conservation d'autres légumes, notamment du navet[5] (navet salé). D'autres auteurs évoquent le rôle possible des Tatars ou des Mongols, tout en notant que des auteurs de l'Antiquité gréco-romaine — Columelle et Caton l'Ancien — connaissaient également déjà des recettes de conservation du chou.

 
Conquêtes des Huns en France en 451.

La choucroute reste le principal plat de la province du Heilongjiang dans l’extrême nord-est de la Chine. Le baechu gimchi, un plat de chou fermenté pimenté, de la Corée voisine, et ses variantes composées de différents légumes, appelés plus généralement kimchi, sont aussi très connus.

En France, les premières références à la cuisson du chou ainsi préparé datent du XVe siècle, des textes du XVIe siècle en attestent la présence à la table des monastères. Au XVIIe siècle, on le trouve sous l'amusant nom de Kompostkrut (chou compost)[6], et au siècle suivant, il se généralise en Alsace, dans une partie de la Lorraine et dans le Bade-Wurtemberg voisin.

En France, ce n'est qu'au XIXe siècle que la choucroute désignera le plat de chou cuit avec son accompagnement[7]. Le chou fermenté est généralement cuit dans du vin blanc mais peut aussi l'être dans le cidre, la bière ou le champagne. D'autres variantes, plus récentes, remplacent la viande et la charcuterie par un assortiment de poissons, nommée « choucroute de la mer », ou des saucisses de soja, pour faire une « choucroute végétarienne ».

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Fabrication du chou fermentéModifier

 
Fabrication traditionnelle de la choucroute en Chine.

Le chou est débarrassé de ses feuilles externes et de son trognon, puis les feuilles restantes sont laissées entières (en Roumanie) ou coupées en fine julienne sur un coupe-chou, rabot à lame multiple destiné à cet usage.

Il est ensuite disposé par couches de vingt centimètres d'épaisseur séparées par des couches de sel, environ 2,5 % à 3 % du poids des légumes, dans un haut tonneau de bois ou de grès. Une planche de bois ajustée permet de fermer le récipient de manière à isoler le chou de l'air, une pierre de lester le couvercle et comprimer le tout.

Les bactéries nécessaires à la fermentation sont naturellement présentes dans le chou. Au début, Leuconostoc mesenteroides commence son œuvre, puis est tué par ses propres sécrétions d'acide lactique lorsque la concentration de ce dernier atteint 0,25 % à 0,3 %. Lactobacillus plantarum et Lactobacillus cucumeris, pour l'essentiel, prennent le relais et amèneront la teneur totale en acide lactique à environ 2,5 %.

La durée totale du processus de fermentation est d'environ six à huit semaines, selon la quantité de sel utilisée.

Industriellement, la fermentation se fait plutôt dans des cuves en ciment ou en plastique, et un brassage journalier avec un ajout de vinaigre au vin blanc permet d'accélérer le processus, qui ne met alors qu'environ deux semaines.

En fonction de la quantité de sel ajoutée, la choucroute se conserve plus d'une année sans problèmes[8].

ProductionModifier

Production en FranceModifier

 
Champs de choux à choucroute d'Alsace.
 
Carton publicitaire pour la choucroute alsacienne Stumpf Frères vers 1930.

La choucroute d'Alsace : le terme « choucroute » est une adaptation populaire et phonétique du mot alsacien Sürkrüt (Sür = « aigre » et Krüt = « chou »).

La choucroute d'Alsace est un légume transformé, obtenu par fermentation lactique de feuilles de chou préalablement découpées en lanières et mises en cuves de fermentation en y ajoutant le sel nécessaire à la conservation du produit.

L'Alsace assure à elle seule entre 25 000 et 28 000 tonnes de choucroute par an, soit environ 70 % de la production nationale (statistiques 2012)[9].

Dans le Bas-Rhin, la culture du chou est localisée autour de la ville de Krautergersheim[10],[11] : c'est dans cette localité, capitale de la choucroute, que sont produits 25 % de la production nationale[12] ; même le jus de choucroute y est récupéré, afin d'en faire du biogaz[13],[14].

Le Haut-Rhin compte encore quelques producteurs de choucroute : on les retrouve notamment autour de la région de Colmar, à Wickerschwihr et Holtzwihr.

L’arrêté du 8 octobre 2012 paru au Journal officiel de la République française du 18 octobre 2012 a reconnu l’homologation du cahier des charges de l’Indication géographique protégée (IGP) « Choucroute d’Alsace » et a marqué l’entrée en application d’une Protection nationale transitoire (PNT). Aujourd’hui, la demande d’IGP est toujours en cours d’instruction européenne.

L'Aube, avec 20 % de la production nationale[15], est en 2009 le deuxième département producteur de chou à choucroute[16]. Une fête de la choucroute y a lieu tous les ans à Brienne-le-Château[17],[18]. Viennent ensuite la Sarthe et le Nord-Pas-de-Calais.

Production en AllemagneModifier

VertusModifier

La choucroute, facile à conserver et riche en vitamine C, est un repère dans l'évolution alimentaire, tant elle améliora la nutrition et la santé des populations, l'hiver. Elle contribua, de façon non négligeable, au développement économique en aidant à lutter contre le scorbut, dont les marins étaient souvent victimes durant les longs voyages maritimes[19].

En accompagnement et en tenant compte de sa teneur en sel, la choucroute est particulièrement diététique et facilite le transit intestinal.

Consommation en FranceModifier

En 2007, la consommation annuelle moyenne de choucroute est estimée à 800 grammes par personne[20].

Consommation en BelgiqueModifier

Dans la région liégeoise, il est de coutume de manger une choucroute en famille le Jour de l'an[21]. On place alors une pièce de monnaie sous l'assiette, dans sa main ou dans sa poche[22]. Ce symbole est censé apporter prospérité tout du long de l'année[23].

Expressions et citationsModifier

  • « Quel rapport avec la choucroute ? » ou « Ça n'a rien à voir avec la choucroute » : employé pour signifier que les propos tenus n'ont aucun lien avec le sujet en cours[24].
  • « Pédaler dans la choucroute » : être à la traîne[25].
  • « Bien sûr que je suis de gauche ! Je mange de la choucroute et je bois de la bière. » Jacques Chirac (1995)[26].
  • Lorsque les trous dus à la corrosion de la carrosserie d'un véhicule sont réparés non pas en soudant une tôle neuve mais en comblant les trous avec un mélange de fibres de verre de quelques centimètres de longueur et de résine de polyester, (mélange qui ressemble un peu à de la choucroute), on dit que « la carrosserie a été réparée avec de la choucroute ». On recouvre ensuite de diverses couches d'enduits polyester et de peintures[27].

Notes et référencesModifier

  1. Routard.com, « Namibie. Cuisine, gastronomie et boissons », sur www.routard.com (consulté le 17 avril 2019).
  2. « Voyage en Namibie. La cuisine en Namibie », sur www.voyage-namibie.eu (consulté le 17 avril 2019).
  3. Jean Frédéric Hermann, Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de Strasbourg, Strasbourg, 1819, t. 2, p. 431.
  4. Dr Josh Axe, Salement bon pour la santé. Un « régime bactérien » pour rééduquer notre système immunitaire, JC Lattès, 2018, 480 p. (ISBN 9782709658850).
  5. Le Mangeur alsacien, Éditions La Nuée bleue, 2000, 288 p. (ISBN 978-2716504942).
  6. Connu aussi sous le nom de Gumbesch, il s'agit d'un chou coupé grossièrement, peu salé, ce qui fait intervenir une fermentation malolactique (comme le fromage de Munster), avec l'odeur caractéristique, d'où le nom de « chou compost ».
  7. Collectif, Inventaire du patrimoine culinaire de la France. Alsace, Éditions Albin Michel, 1999, 414 p. (ISBN 978-2226106766).
  8. (fr)Article « Lacto-fermentation », Ékopédia (consulté le 17 avril 2019).
  9. « La choucroute d’Alsace obtient (enfin) ses lettres de noblesse », sur www.challenges.fr, (consulté le 17 avril 2019).
  10. Tabac et chou à choucroute : des cultures bas-rhinoises sur draaf.alsace.agriculture.gouv.fr.
  11. Pierre Carre, Le Ventre de la France. Historicité et actualité agricoles des provinces et départements français, L'Harmattan, .
  12. « Entre tradition et modernité, de la plantation à la cuisson », www.choucroute-angsthelm.alsace (consulté le 17 avril 2019).
  13. « En Alsace, une station d'épuration carbure au jus de choucroute », www.lexpress.fr, 31 janvier 2013 (consulté le 17 avril 2019).
  14. « 1 500 foyers éclairés au jus de choucroute », www.rtl.be, 16 novembre 2012 (consulté le 17 avril 2019).
  15. « Chou à choucroute », www.cndp.fr (consulté le 17 avril 2019).
  16. Agreste Champagne-Ardenne, no 2, avril 2011 .
  17. « 56e foire à la choucroute à Brienne », reportage de France 3 Champagne-Ardenne, champagne-ardenne.france3.fr (consulté le 17 avril 2019).
  18. « Brienne-le-Château : 200 hectares de choux à récolter », reportage de France 3 Champagne-Ardenne, champagne-ardenne.france3.fr (consulté le 17 avril 2019).
  19. Sujet de l'épreuve anticipée de sciences au Baccalauréat en 2014, www.sujetdebac.fr (consulté le 17 avril 2019).
  20. Richard Arzt, « L'Alsace fait de la résistance », Le Point.fr, (consulté le 8 novembre 2010).
  21. « Région liégeoise : la traditionnelle choucroute pour bien commencer l'année », RTBF Info,‎ (lire en ligne, consulté le 1er janvier 2018).
  22. « Traditions belges », www.semflo.be (consulté le 17 avril 2019).
  23. « Des peuples et des coutumes », sur www.lopinion.ma, (consulté le 17 avril 2019).
  24. « Ça n'a rien à voir avec la choucroute », dictionnaire.reverso.net (consulté le 17 avril 2019).
  25. « Pédaler dans la choucroute : signification et origine de l'expression », secouchermoinsbete.fr (consulté le 17 avril 2019).
  26. « Citation de Jacques Chirac », sur dicocitations.lemonde.fr (consulté le 17 avril 2019).
  27. « Réparation à la choucroute », www.old-droppers.com (consulté le 17 avril 2019).

BibliographieModifier

  • Tran Ky et François Drouard, Le Chou et la Choucroute. Histoire, botanique, biologie, gastronomie, médecine douce, C. Corlet, 182 p. (ISBN 2-85480-687-5).
  • Jeanne Loesch, De choux et de choucroute. Histoire, tradition, recettes, Rhin, Mulhouse, 1994, 207 p. (ISBN 2-86339-093-7).
  • Ingrid Wendling, La Choucroute. Un légume à redécouvrir, applications diététiques et thérapeutiques, Strasbourg, Université Louis-Pasteur, 1994, thèse de médecine, 109 p.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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