Poireau

plante

Allium ampeloprasum var. porrum

Le poireau cultivé (Allium ampeloprasum var. porrum, anciennement Allium porrum) est une espèce de plante herbacée vivace largement cultivée comme plante potagère pour ses feuilles (pseudo-tiges) consommées comme légumes.

Issu de la domestication du poireau perpétuel (Allium ampeloprasum) et sélectionné pour son feuillage, il appartient à la famille des Amaryllidacées (précédemment famille des Liliacées puis des Alliacées).

Noms communs : poireau, porreau, poirée, poirette, asperge du pauvre.

DescriptionModifier

 
Inflorescence de poireau fécondée par des bourdons.

Le poireau a de longues feuilles engainantes, opposées, plates, vert sombre ou vert jaunâtre, plus ou moins larges. La base des feuilles emboîtées forme une pseudo-tige appelée « fût » dont la partie enterrée est blanche et la plus appréciée. Les fleurs, blanc verdâtre, apparaissent groupées en ombelle au sommet d'une tige florale dressée, la deuxième année.

Origine et distributionModifier

Cette espèce est possiblement originaire d'Europe[1] ou du Moyen-Orient où il pourrait avoir été domestiqué[2]. Elle est largement cultivée dans toutes les zones tempérées.

HistoireModifier

AntiquitéModifier

Le poireau est un légume très anciennement connu. En effet, il était cultivé en Égypte au IIIe millénaire av. J.-C.[2]; en Mésopotamie, il fait partie des ingrédients figurant dans la plus vieille recette de cuisine qui soit parvenue à l'époque contemporaine[2]. L'Ancien Testament le mentionne également brièvement dans l'exode hors d'Égypte[2]. Par la suite, Hippocrate en parle comme d'un des légumes les plus cultivés de Grèce[2] et dans la Rome antique, il est tenu en haute estime[2]: l'empereur romain Néron est surnommé le « porrophage » car il en consomme de grandes quantités pour s'éclaircir la voix[2],[3],[4],[5].

Moyen-ÂgeModifier

A l'époque carolingienne, cette plante figure parmi les plantes potagères recommandées dans le capitulaire De Villis[2]. Au XIIe siècle, Platearius déconseille sa consommation, et Hildegarde de Bingen lui attribue comme effet de diminuer la vigueur sexuelle[2]. En France au XVe siècle, il fait partie de l'alimentation de base des paysans, quoiqu'à un degré moindre que le chou ou l'oignon[2].

CultureModifier

Cette plante préfère un sol frais, profond et riche en humus. Elle est très rustique et supporte bien le froid de l'hiver[6].

La multiplication se fait en deux temps :

  • semis en pépinière en février-mars ou en place en avril-mai.
  • repiquage des jeunes plants lorsque les tiges ont la taille d'un crayon après les avoir « habillés » (c'est-à-dire avoir raccourci les feuilles et les racines). Un repiquage profond favorise la longueur du fût.

La récolte intervient de 5 à 7 mois après la plantation. On pratique le buttage pour augmenter la longueur de la partie blanche. Les poireaux peuvent se conserver en terre, ou en jauge abritée pour pouvoir les récolter par grands froids. Chez les maraîchers spécialisés, la récolte est mécanisée. S'établit à partir de septembre.

Principales variétés cultivéesModifier

Près de 190 variétés sont inscrites au Catalogue européen des espèces et variétés, 26 variétés sont inscrites au Catalogue officiel français en 2014. Parmi les principales variétés cultivées actuellement en France on trouve :

  • Armor
  • Azur
  • Bleu de Solaize
  • Bleu d'hiver 2
  • De Liège
  • D'hiver de Saint Victor
  • Electra
  • Erwin
  • Furor
  • Géant précoce
  • Greco
  • Gros long d'été 2
  • Jaune gros du Poitou
  • Malabare
  • Monstrueux de Carentan 2
  • Monstrueux d'Elbeuf
  • Népal
  • Réal
  • Révil
  • et Leblond (variété de conservation, sélectionnée vers 1940, cultivé dans le Marais audomarois, conservé avec le CRRG)[7]

Ennemis du poireauModifier

Les parasites les plus courants sont :

  • la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) dont la chenille est souvent nommée ver du poireau, parasite le plus fréquent. Pour l'éviter, mettre de préférence un voile anti-insecte ou traiter les parties aériennes avec des produits à base de Bacillus thuringiensis[8].
  • la mouche de l'oignon (Delia antiqua, famille des Anthomyiidae).
  • la mouche mineuse du poireau (Napomyza gymnoostoma), qui est une espèce invasive apparue en Europe, probablement favorisée par les cultures intensive et les échanges commerciaux. Elle est signalée en France depuis 2003, d'abord en Alsace puis en Bourgogne et en Île-de-France, parfois nommée Phytomyza gymnostoma[9]. La protection la plus efficace est la mise en place d'un voile anti-insecte[10].
  • une autre mineuse semble en extension, dont en France depuis 2006 où elle a été découverte dans le département de la Manche ; c'est Liriomyza nietkei, génératrice de moins de dégâts que la Phytomyza[9].
  • Le Thrips (Thysanoptera) provoque des dommages d'ordre esthétiques rendant la marchandise invendable (points noirs sur les feuilles)[11]

La principale maladie cryptogamiques est la rouille du poireau qui provoque l’apparition de petits points de rouille dus à plusieurs espèces du genre Puccinia. Elle se développe lorsque le feuillage est humide, le choix de variétés résistantes, la rotation des cultures sont les meilleures façons de s'en prémunir[12].

Taille, recordsModifier

Certains poireaux atteignent parfois des tailles et des diamètres inhabituels.

Justin Christofleau dans son jardin de La Queue-les-Yvelines (en Seine-et-Oise), jardin expérimentalement cultivé sans engrais mais avec certains matériels d'électroculture, a le 26 avril 1930 fait constater par huissier la taille exceptionnelle de plusieurs plantes de son jardin, dont des poireaux (de 18 à 20 cm de diamètres à leur base) ; ainsi que du blé dont les feuilles mesuraient jusqu’à 73 cm ; et un chou (coeur de boeuf) d'un diamètre de plus de 2 m et d’une hauteur de 1,46m [13].

UtilisationModifier

 
Bottes de poireaux.

Les poireaux, dont le goût est intermédiaire entre ceux de l'oignon et de l'asperge, se consomment cuits. On peut les manger froids en vinaigrette, mais ils entrent le plus souvent dans la préparation de plats chauds : tartes, quiches, gratins; potages, pot-au-feu, potées...

Le poireau entre aussi sous forme déshydratée dans les potages industriels.

Aspects économiquesModifier

La production mondiale de poireaux s'élevait à 2 236 771 tonnes en 2014, le premier producteur étant l'Indonésie avec près de 520 000 tonnes annuelles, suivie de la Turquie (223 000 t) et la Belgique (190 000 t)[14].

En 2017 la production française est de 158 273 tonnes[15]. La surface cultivée est de 4 955 hectares, soit un rendement de 31,9 tonnes à l'hectare. Les principaux départements producteurs sont la Manche, la Loire-Atlantique, le Loir-et-Cher, le Nord, l'Ain Le commerce extérieur est déficitaire ː 16 325 tonnes produites sont exportées mais 24 271 tonnes sont importées.

SynonymesModifier

  • Allium ampeloprasum var. porrum (L.) J.Gay
  • Allium laetum Salisb.
  • Porrum commune Rchb.
  • Porrum sativum Mill.

SymboliqueModifier

Poireau dans le langage courantModifier

  • Faire le poireau, c'est attendre (on dit aussi « poireauter »), en restant planté comme un poireau.
  • Le poireau, c'est aussi la décoration du Mérite agricole dans le langage familier.
  • Le poireau est également un terme argotique pour désigner le pénis.
  • Un poireau désigne également, dans le langage populaire, un bouton cutané sur le visage et plus particulièrement une verrue faciale surmontée de poils, lesquels rappelleraient les radicelles frisotés du légume qui apparaissent lorsqu'on arrache celui-ci de terre.
  • Le « poireau » désigne également un général dans le langage courant de l'armée française, car il a la tête blanche, mais il est encore vert.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Versailles, Éditions Quæ, , 456 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0, lire en ligne), « Annexes ».
  2. a b c d e f g h i et j Éric Birlouez, Petite et grande histoire des légumes, Quæ, coll. « Carnets de sciences », , 175 p. (ISBN 978-2-7592-3196-6, présentation en ligne), Une fabuleuse diversité, « Ail, oignon, échalotte, poireau... Une même famille », p. 66-77.
  3. Hélène Fouré et Robert Fouré, « Les Légumes Dans la Littérature », The French Review, American Association of Teachers of French, vol. 4, no 6,‎ , p. 451-460 (ISSN 0016-111X, lire en ligne).
  4. Michel Pitrat et Claude Foury, Histoires de légumes : des origines à l'orée du XXIe siècle, , 410 p. (ISBN 978-2-7380-1066-7, présentation en ligne).
  5. Radia Lahlou, « L'épopée du poireau à travers les civilisations », sur L'économiste, .
  6. « Allium porrum L. - Optimum écologique », sur https://www.tela-botanica.org (consulté le 21 mars 2021)
  7. Page du CRRG (Centre régional de ressources génétiques du Nord-Pas-de-Calais) sur le Poireau Leblond (consulté 2010 11 12)
  8. la teigne du poireau sur Jardiner autrement
  9. a et b Véronique Bargain, Le Poireau prend les mouches, dans Réussir fruits et légumes, septembre 2008
  10. mouche mineuse sur Jardiner autrement
  11. « Thrips », sur www.gerbeaud.com (consulté le 29 mai 2016)
  12. rouille du poireau sur Jardiner autrement
  13. Scan du constat d'huissier
  14. Source FAO - http://www.fao.org/faostat/en/#data/QC
  15. Chiffres clés 2017, fruits et légumes. France AgriMer, décembre 2018
  16. http://www.carnavaldetilff.be/les-porais-tilffois/

Liens externesModifier

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