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Charles III de Bourbon

duc de Bourbon, connétable de France
Charles de Bourbon
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait supposé de Charles III de Bourbon
Jean Clouet, musée Condé, Chantilly.
Biographie
Titulature duc de Bourbon
comte de Clermont
comte de Forez
duc d'Auvergne
sire de Beaujeu
prince de Dombes
comte de la Marche
comte de Montpensier
dauphin d'Auvergne
seigneur de Mercœur
seigneur de Combraille
Dynastie Maison de Bourbon-Montpensier
Naissance
Montpensier,
Royaume de France Royaume de France
Décès (à 37 ans)
Rome,
Flag of the Papal States (pre 1808).svg États pontificaux
Père Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier
Mère Claire de Gonzague
Conjoint Suzanne de Bourbon
Enfants François de Bourbon, comte de Clermont
deux jumeaux
Religion catholique

Signature

Signature de Charles de Bourbon
Description de l'image Armes bourbon moderne.png.

Charles III de Bourbon, né le à Montpensier, mort le à Rome, fut duc de Bourbon et d'Auvergne ainsi que comte de Montpensier, dauphin d'Auvergne, comte de Clermont en Beauvaisis, de Forez, de la Marche et sire de Beaujeu de 1505 à 1523, prince des Dombes.

Il fut également connétable de France de 1515 à 1523. On le nomme également le connétable de Bourbon, et il est le dernier des grands féodaux français pouvant s'opposer au roi lui-même.

Sa principauté centrée autour des fiefs auvergnats et bourbonnais s'étend de la Marche aux Dombes et couvre des territoires dépendant soit du royaume de France soit du Saint Empire Romain Germanique. Après le procès effectué par le parlement de Paris pour qu'il cède ses territoires à Louise de Savoie, il rejoint le camp impérial et devient lieutenant général de l'armée de Charles Quint dans les combats d'Italie.

Sa mort en 1527 lors du siège de Rome consacrera selon Jacques Château « la fin de l'indépendance de l'Auvergne et du Bourbonnais et leur rattachement à la Couronne de France »[1].

Sommaire

Famille et enfanceModifier

Il était le second fils de Gilbert, comte de Montpensier, de Clermont et dauphin d'Auvergne, et de Claire de Gonzague, sœur du marquis de Mantoue. Les comtes de Montpensier étaient issus de Jean Ier de Bourbon et formaient la première branche cadette de la famille ducale. Par ses sœurs Louise et Renée, Charles de Bourbon était le beau-frère du prince de La Roche-sur-Yon et du duc de Lorraine[2].

Gilbert de Bourbon-Montpensier quitta le royaume en 1494 aux côtés de Charles VIII pour participer à la première guerre d'Italie. Sa femme l'accompagna pendant au moins une partie de la campagne ; les enfants furent donc confiés au duc Pierre II et à son épouse Anne de France pendant ce temps. Gilbert de Bourbon-Montpensier, nommé vice-roi de Naples, mourut à Pouzzoles en 1496.

 
Possessions de Charles III de Bourbon.

Le destin des enfants de Bourbon-Montpensier se confondit alors avec celui des Bourbons. Le duc et la duchesse élevèrent Charles et ses deux frères, Louis et François, comme leurs propres enfants. Après la mort de leur fils unique, en 1498, le couple ducal se brouilla avec Louis de Bourbon, désormais comte de Montpensier. Charles de Bourbon et François de Bourbon, en revanche, restèrent à Moulins et firent figure de fils de substitution, en particulier pour Anne de France. C'est elle qui favorisa le mariage de Charles de Bourbon, devenu comte de Montpensier en 1501 à la mort de son frère, avec sa fille et héritière Suzanne de Bourbon (1491-1521).


« Le comte Charles, c'est ainsi qu'on l'appelait à la cour d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais, était traité par cette princesse comme un fils aurait pu l'être.

« Bien faisait-elle nourrir et entretenir ledit comte Charles, » dit Marillac, qui fut son secrétaire, « lui faisant apprendre le latin à certaines heures du jour et quelquefois à courir la lance, piquer les chevaux, tirer de l'arc, où il était enclin... »

— Simon de Coiffier Demoret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé

« Pierre II n'avait eu d'Anne de France qu'une fille, Suzanne de Bourbon, et suivant leur contrat de mariage, tel que l'avait dicté Louis XI, tous leurs domaines devaient revenir à la couronne puisqu'ils n'avaient pas d'enfants mâles. Mais Louis XII, quoiqu'il eut eu comme duc d'Orléans à se plaindre vivement des deux époux, leur accorda généreusement en 1499 des lettres qui dérogeaient à cette clause, et rendaient Suzanne habile à leur succéder. Louis II [frère du comte Charles ], duc de Bourbon, aîné de la branche de Montpensier, s'étant opposé à l'enregistrement de ces lettres, rompit par cette opposition le mariage projeté de Suzanne avec Charles, duc d'Alençon [futur beau-frère de François 1er]. Louis II étant mort le 14 août 1501, Charles [de Montpensier, futur connétable], son frère, renouvela son opposition, Le seul moyen qu'on trouva pour accommoder ce différend, fut de marier Suzanne avec ce prince; mariage qui s'accomplit le 10 mai 1505. Par le contrat, Charles et Suzanne se firent l'un l'autre une donation mutuelle de leurs droits sur les duchés de Bourbon et d'Auvergne, et c'est ainsi que Charles, depuis connétable de Bourbon, devint le neuvième duc de Bourbon. " »

— Jean-Baptiste Glaire, Encyclopédie Catholique V.4

[3]

Cette union finit par se conclure en 1505, afin de résoudre le conflit successoral qui s'était ouvert deux ans plus tôt à la mort de Pierre II. Suzanne de Bourbon avait été déclarée apte à succéder à son père en 1498 par le parlement de Paris. Charles de Bourbon Montpensier réclama néanmoins l'héritage en 1503, en sa qualité d'arrière-petit-fils agnatique de Jean Ier de Bourbon. Ce mariage fit des deux époux le plus riche couple du royaume. Leurs domaines couvraient une bonne partie du Massif central, avec les duchés de Bourbon et d'Auvergne, les comtés de Forez et de la Marche, la seigneurie de Beaujeu et la principauté des Dombes, sise au-delà du Rhône, dans l'Empire.

Les époux eurent :

De constitution faible et très affectée par ces grossesses malheureuses, Suzanne mourut en 1521. La duchesse était la cousine germaine de Louise de Savoie, la mère de François Ier. Cette parenté fut l'origine du procès qui allait pousser le connétable à fuir le royaume, en 1523. Spolié par le roi et sa mère, Charles III se réfugia auprès de l'empereur Charles Quint, qui était son autre suzerain pour la principauté de Dombes et qui avait laissé entendre qu'il pourrait lui donner sa sœur Éléonore en mariage.

Généalogie simplifiéeModifier

 
 
 
 
 
Jean Ier
duc de Bourbon
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles Ier
duc de Bourbon
 
 
 
Louis Ier
comte de Montpensier
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marguerite
x Philippe II
duc de Savoie
 
Pierre II
duc de Bourbon
x Anne de France
 
Gilbert
comte de Montpensier
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louise de Savoie
x Charles d'Orléans
comte d'Angoulême
 
Suzanne
duchesse de Bourbon
 
Charles III
duc de Bourbon
 
 
 
 
 
François Ier
roi de France

Au service du roi de FranceModifier

 
Charles III de Bourbon. Tableau de Bernard Gaillot (en). Conservé au château de Versailles.

En 1507, il accompagna Louis XII à Gênes, qui envisageait alors une quatrième expédition en Italie. Celle-ci s'engagea en 1509 et il combattit les Vénitiens à Agnadel. En 1512, le roi le fit gouverneur du Languedoc et l'envoya combattre Ferdinand II d'Aragon qui menaçait la Navarre. En 1515, il défendit la Bourgogne contre Maximilien Ier de Habsbourg et les suisses qui étaient avec lui tout en préservant le pays des pillages des troupes alliées du sieur sieur de la Tremoille[4]. Il dirigea l'armée à Marignan et participa à la victoire[5]. François Ier pu ainsi conquérir alors le Milanais et le nomma Connétable de France et gouverneur du duché de Milan. Il défendit le Milanais contre les Impériaux, remporta quelques succès, mais fut rappelé en France en mars 1516. Il fut remplacé à Milan par le maréchal de Lautrec ce qui peut être considéré comme un affront[6].

Le comte semblait très apprécié des corps d'armée qu'il dirigeait. Il était riche, et traînait à sa suite une court considérable.

« Il se fit aussi remarquer et chérir des officiers particuliers, par l'attention qu'il mettait à consulter la plupart d'entr'eux, lorsque l'occasion les rapprochait de lui; et toute l'armée admira sa bonne mine et sa magnificence ; car, suivant la manière qu'il avait adoptée, et qu'il conserva toute sa vie, autant qu'il le put, il avait une suite considérable; il entretint pendant cette campagne , à ses frais, cent hommes d'armes, et autant d'archers de sa miaison »

[7]

Il semble que la magnificence de ses fêtes et de ses habits, notamment à l'occasion de la naissance de son fils, ait indisposé François 1er, qui en conçu quelque dépit et de la jalousie.[8]

« Le roi se rendit à Moulins, où Bourbon étala pour le recevoir une telle magnificence, qu'un sentiment jalousie se glissa dans l'ame de François 1er, qui ne put s'empêcher de dire qu'un roi de France aurait bien de la peine à en faire autant. »

Le changement de campModifier

 
Château de Chantelle. L'édifice est depuis reconverti en abbaye.

Le mariage orchestré par Anne de France fut une vaine entreprise, car les enfants des deux époux moururent en bas âge. En 1521, sa femme Suzanne mourut et Louise de Savoie, mère de François Ier, revendiqua les fiefs des Bourbons, en tant que petite-fille du duc Charles Ier de Bourbon. Le procès qui s'ensuivit dura des mois et tourna en défaveur de Charles. Il semblerait que la reine-mère, Louise de Savoie, ait éprouvé certains sentiments envers Charles III qui était réputé beau et fier, sentiments qui, ayant été froissés, se seraient mués en rancune[9].

« ...ce prince avait le caractère trop haut pour se soumettre aux caprices d'une maîtresse, quelque élevé que fût son rang. La duchesse outragée travailla de concert avec Duprat et Bonnivet à le perdre dans l'esprit du roi[10]. »

Le parlement de Paris suivant la volonté du pouvoir était sur le point de remettre les biens des Bourbons à Louise de Savoie, en dépit de la jurisprudence, du contrat de mariage et de l'intervention d'Anne de France qui vivait toujours retirée à Chantelle. Les affronts envers le connétable se multiplièrent également, si bien que sa position devint rapidement intenable. Le connétable engagea des négociations avec Charles Quint et fut finalement poussé à s'enfuir (1523). Ses biens, qui constituaient la dernière grande principauté féodale du royaume, furent mis sous séquestre et confisqués. Attribués définitivement à Louise de Savoie en 1527-1528, ils furent rattachés au domaine royal à sa mort, en 1531.

 
La mort de Bayard.

Humilié et pourchassé, le connétable parvint à quitter le pays et fut nommé lieutenant général de l'empereur Charles Quint en Italie ; il combattit les Français, remporta la bataille de la Sesia où fut tué Bayard. Il envahit ensuite la Provence et assiégea Marseille, mais une armée de secours l'obligea à lever le siège. Il battit et fit prisonnier François Ier lors de la bataille de Pavie en 1525, l'imprudent monarque ayant fait charger sa cavalerie dans les marais.

L'empereur, refusant de sacrifier la paix aux ambitions de son encombrant général, le déçut également. Le connétable exigeait en effet, en plus de la restitution de ses biens et de ceux de sa femme, une dispense d'hommage vis-à-vis du roi de France, l'érection de la Provence en principauté souveraine et un mariage avec l'une des sœurs de l'empereur. Le traité de Madrid (1526) ne lui concéda que la restitution de ses biens et le droit de demander qu'on réexamine ses prétentions sur la Provence. L'empereur lui donna en plus l'investiture du duché de Milan, à charge cependant de le conquérir. Dépité, il retourna en Italie avec peut-être l'espoir de s'y tailler une principauté. Incapable de tenir l'armée impériale qui n'était plus payée depuis des mois, malgré la mise en gage de sa vaisselle et de ses bijoux, il mit le siège devant Rome, mais il mourut atteint d'un coup d'arquebuse en pleine poitrine pendant l'assaut en 1527[11]. La ville fut prise et pillée pendant près d'un an par une soldatesque rendue folle : elle n'était pas payée (peut-être à dessein par Charles Quint) et son capitaine était mort.

Il ne laissa pas d'enfants, ses trois fils étant morts en très bas âge. Son corps fut enterré à Gaète dans un tombeau assez simple qui devait être provisoire, en attendant un futur transfert à Milan. Sa sépulture était encore visible au xviiie siècle.

Notes et référencesModifier

  1. Jacques Chateau, Charles III de Bourbon, Connétable de France. Collection « Les Bourbons avant Henri IV », , 194 p. (ISBN 2-9522570-0-0).
  2. Henri Louis de Coiffier Demoret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, (lire en ligne)
  3. Jean Baptiste Glaire, Encyclopédie catholique, répertoire universel et raisonné des sciences, des lettres, des arts et des métiers, formant une bibliothèque universelle, avec la biographie des hommes célèbres: ornée de plus de 3000 gravures dans le texte et refermant le résumé de plus de dix mille ouvrages, P. Desbarres, (lire en ligne)
  4. Simon Coiffier de Moret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, Lecointe et Durey, (lire en ligne)
  5. Encyclopædia Universalis, « CHARLES BOURBON », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 10 juillet 2019)
  6. xc3j, « La disgrâce de Charles III de Bourbon connétable de France – CHAMA » (consulté le 10 juillet 2019)
  7. Simon Coiffier de Moret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, Lecointe et Durey, (lire en ligne)
  8. xc3j, « La disgrâce de Charles III de Bourbon connétable de France – CHAMA » (consulté le 10 juillet 2019)
  9. Gilbert Boudant, Histoire de Chantelle, C. Desrosiers, (lire en ligne)
  10. Jean Baptiste Glaire, Encyclopédie catholique, répertoire universel et raisonné des sciences, des lettres, des arts et des métiers, formant une bibliothèque universelle, avec la biographie des hommes célèbres: ornée de plus de 3000 gravures dans le texte et refermant le résumé de plus de dix mille ouvrages, P. Desbarres, (lire en ligne)
  11. John Julius Norwich, Histoire de la Méditerranée, Perrin, 2008, p. 369.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • J. Duhamel, Le Connétable de Bourbon, Paris, 1971.
  • Jacques Château, Charles III de Bourbon, Connétable de France, collection Les Bourbons avant Henri IV, 2004.
  • Denis Crouzet, Charles de Bourbon, connétable de France, Paris, Fayard, 2003, 715 p.

Inspiration littéraireModifier

  • Lorànt Deutsch, Sylvain Runberg, Eduardo Ocaña, François Ier et le Connétable de Bourbon, série Histoires de France - Tome 1 : XVIe siècle - coédition Casterman et Michel Lafont (ISBN 978-2203060227)
  • Franck Ferrand, La Régente Noire, série La cour des Dames, tome 1. Flammarion 2007.
  • Ernest Montusès, Contre son roi, 1914, pièce en quatre actes écrite en alexandrins, qui porte sur la rébellion du connétable.
  • Michel de Grèce, Le Rajah Bourbon, Paris, Jean-Claude Lattès, 2007, 207 p., roman historique (ISBN 978-2-7096-2922-5).
  • Philippe Banquet, Mystères à l'Italienne, éditions Fortuna, 2011, 350 p., roman d'aventures inspiré en bonne partie par le Connétable.

Liens externesModifier