Saichō - 最澄
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Portrait de Saichō
Naissance 15 septembre 767
Décès 26 juin 822
École/tradition Tendai
Maîtres Gyōhyō (行表)
Célèbre pour Fondateur du bouddhisme Tendai
Œuvres principales Shōgon Jikkyō (817), Sange Gakushō Shiki (818-819), Shugo Kokkai Shō (818), Kenkairon (820)

Saichō (最澄, 767–822) est un moine bouddhiste. Il a fondé la branche du bouddhisme Tendai au Japon. Il est connu aussi sous son nom posthume de Dengyō Daishi.

Statue représentant Saichō

BiographieModifier

Né Mitsu no Obito Hirono (三津首広野) à Ômi de Mitsu no Obito Momoe[Note 1], Saichô s'initie dès l'âge de douze ans au temple provincial de Ômi à la discipline du Hossô et du « Zen septentrional » sous la conduite du moine Gyōhyō (722-797). Novice à quatorze ans, il reçoit les règles disciplinaires complètes à dix-neuf ans au Tôdai-ji de Nara. À cette époque, il se retire sur les hauteurs du mont Hiei, il y pratique le Zen et étudie le Kegon pour ensuite s'enflammer à la lecture des premières écritures Tendaï apportées au Japon par Ganjin (688-763).

L'historien François Macé se demande où Saichô aurait pu prendre contact avec le « pré-Tendaï » japonais: « On croit qu'il avait tout au moins lu des passages du Court traité de méditation assise sur la culture de l'apaisement et de l'examen mental, plus couramment connu sous le nom de Court traité sur l'apaisement et de l'examen mental, ainsi que du Grand traité sur l'apaisement et de l'examen mental, rédigés par le patriarche chinois du Tendaï, Zhiyi (538-597) » [1].

Voyage en ChineModifier

Après s'être établi au temple de Takaosan-ji, Saichô se rend huit mois en Chine, accompagné de son disciple Gishin (義眞) lequel parlait chinois, de 804 à 805, pour ramener les enseignements du Tiantai. Il voyage alors jusqu'au mont Tiantai ou il fut initié par Tao-sui (Dào-suì 道邃), le septième patriarche, aux méthodes de méditation, à la discipline ainsi qu'aux enseignements propre au Tiantai, notamment l'étude des sutras. Cette halte dura environ quatre mois et demi. Il passa le reste de son séjour chinois à copier des textes chinois avec l'intention de les ramener au Japon. Peu avant son embarquement, lui et Gishin rencontrèrent Shun-Hsiao un maître de l'ésotérisme mikkyō qui leur conféra une initiation et leur donna des enseignements, la nature de celle-ci étant encore l'objet de conjonctures[2].

Après cette rencontre et de retour au Japon, Saichô encouragera ses principaux disciples à étudier sous la direction de Kukai, maître du bouddhisme ésotérique Shingon. Les deux hommes seront proches un certain temps, et Saicho recevra de Kukai les initiations (Abisheka-Kanjo) du mandala de la matrice, et celle du vajra. Plus tard, leurs routes divergeront. Par la suite, des disciples proches comme Ennin, et d'autres comme Enchin, ramèneront de Chine les enseignements tantriques (vajrayana) et les intégreront sous le nom de Taïmitsu dans le corpus d'enseignements du Tendai.

Fondation du Tendai au JaponModifier

À son retour, Saichô installe son école dans le monastère Enryaku-ji sur le mont Hiei (Hieizan), au nord-est de la capitale Heian, dans le but de protéger celle-ci des fantômes et autres calamités qui viennent traditionnellement de cette[Laquelle ?] « direction démoniaque ». Mais il a aussi le dessein de former un nouveau clergé, loin de l'agitation de l'ancienne capitale Nara. Il attire sur lui l'attention de la cour afin de pouvoir créer une nouvelle estrade d'ordination indépendante de celle du Tôdai-ji. Il formule de nouvelles règles disciplinaires qu'il qualifie de « parfaites et soudaines », accompagnées d'une doctrine propre à contrer celles de Nara, en particulier les écoles Sanron, Hossô et Kegon.

Dans le premier mois de 806, l'école Tendai-Hokke-shū (天台 法 华 宗) obtient la reconnaissance officielle des autorités. L'empereur Kanmu fait publier un autre édit, permettant deux ordinations (nenbundosha) annuelles pour la nouvelle école de Saicho sur le mont Hiei. D'autre part, l'édit stipule que, à la demande de Saicho, que ces ordinations annuelles seront divisées en deux programmes d'étude : le cours shanagō, centré sur l'étude du Sutra Mahavairocana (la partie Mikkyo, shana étant l'abréviation de Birushana, la translittération japonaise de Vairocana), et le cours shikangō, basé sur l'étude du Maka Shikan (摩訶止觀), l'une des trois œuvres maîtresse du religieux chinois Chih-i 智 顗 (538-597), troisième patriarche du Tiantai, et qui en résumait les pratiques[3]. Ainsi dès sa création, l'école Tendai japonaise a été fondée par Saicho à part égale sur les pratiques du Mikkyo et les méthodes de méditation du T'ien-t'ai.

Sept jours après sa mort, Saicho reçoit le titre de Dengyō Daishi (伝教大師) « Grand Maitre qui apporte la doctrine », et l'Enryaku-ji est institué comme estrade d'ordination indépendante de celle du Tōdai-ji, avec l'autorisation de nommer douze moines par an.

Apports de Saichô au bouddhisme japonaisModifier

Ce qui marque le passage de Saichô dans l'histoire du bouddhisme japonais, c'est sa lutte pour l'édification d'une estrade indépendante d'ordination selon les règles du Mahayana sur le mont Hiei. La première plate-forme d'ordination avait été construite au Todaî-ji cinquante ans plus tôt sous l'impulsion du moine chinois Jianzhen. Cela avait suscité une vive opposition de la part des six écoles de Nara, jusque-là seules habilitées par l'empereur à ordonner des prêtres selon les règles du Hinayana.

En butte à l'opposition des écoles de Nara, Saichô compose le Kenkaïron (顕戒論) « Traité sur la clarification des préceptes », dans lequel il démontre l'authenticité et la vérité des règles disciplinaires du Mahayana qu'il préconise. Il le présente à l'empereur Saga, mais le traité est rejeté par les six écoles. Une supplique est alors rédigée, dans laquelle il résume les options majeures de son ouvrage et déplore le fait que ses moines devant passer par l'ordination hinayana ont tendance à s'écarter du chemin du Tendai, séduits par les lumières de la cour et l'espoir de profits mondains. Le Tendai leur impose en effet encore douze années de méditations appropriées, d'études et d'ascétisme sur le mont Hiei.

Le projet de Saichô équivaut donc à diversifier le système d'ordination et à permettre la pluralité des cultes bouddhiques au Japon. La reconnaissance des ordinations privées, qui avaient été interdites par l'empereur Shômu (Nihon Ryôki), n'est dès lors plus très loin. C'est là un grand tournant que prend le bouddhisme japonais vers la diversité et vers l'ouverture de nouvelles écoles.

NotesModifier

  1. Le clan Mitsu était réputé descendre d'un noble chinois apparenté à Xiandi, dernier empereur des Han postérieurs, arrivé au Japon sous le règne de l'empereur Ôjin.

RéférencesModifier

  1. Hartmut O. Rotermund, Religions, croyances et traditions populaires du Japon, Paris, Maisonneuve et Larose, , 540 p. (ISBN 2-7068-1432-2)
  2. (en) Ryuichi Abe, « Saicho and Kukai : A Conflict of Interpretations », Japanese Journal of Religious Studies,‎ , p. 103-137 (lire en ligne, consulté le )
  3. Maka Shikan 摩訶止觀 (Grand arrêt et examen ou Grande concentration et intuition, (Mohe zhiguan) (Kenkairon génie, DZ 1, p. 294 -96)

BibliographieModifier

TraductionsModifier

  • (en) The Essentials of the Eight Traditions AND The Candle of the Latter Dharma (trad. par Leo M. Pruden & Robert Rhodes), Hawaii Distributed Titles, coll. « BDK English Tripitaka Series », , 190 p. (ISBN 978-0-962-56187-0)
  • (en) Robert F. Rhodes (commentaire et traduction), « Saichō's "Mappō Tōmyōki": The Candle of the Latter Dharma », The Eastern Buddhist,, vol. 13, no 1,‎ , p. 79-103 (lire en ligne)

ÉtudesModifier

  • Hartmut O. Rotermund (Dir.), Religions, croyances et traditions populaires du Japon, Paris, Maisonneuve & Larose, (1re éd. 1988), 540 p. (ISBN 978-8-706-81432-9, présentation en ligne)
  • Jean-Noël Robert, Les doctrines de l'école japonaise Tendai au début du ixe siècle. Gishin et le Hokke-shû gi shû, Paris, Maisonneuve & Larose, , XIV + 455 (ISBN 2-706-81018-1)
  • (en) Paul Groner, Saicho : The Establishment of the Japanese Tendai School, Hawaii,, University of Hawaii Press, , 360 p. (ISBN 978--0824-82371-9)
  • (en) Ryuichi Abe, « Saichō and Kūkai: A conflict of interpretations », Japanese Journal of Religious Studies, vol. 22, nos 1-2,‎ , p. 103-137 (lire en ligne)