Temple de Jérusalem

ensembles d'édifices situé à Jérusalem dans l'Antiquité

Maquette, selon la description de Flavius Josèphe du Deuxième Temple de Jérusalem. Cette maquette était exposée à l'origine à l'hôtel Holyland, depuis 2006 au Musée d’Israël à Jérusalem

Le Temple de Jérusalem (en hébreu Beit ha-Mikdash « Maison de sainteté ») désigne différents édifices religieux construits sur le Mont du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem. Dans l'Antiquité, les édifices successifs ont servis de lieu de culte pour les Israélites puis pour les Juifs. Selon la Bible, le premier sanctuaire est construit par les Israélites pour abriter l'Arche d'Alliance. Il est détruit par les armées babyloniennes en 587 av. J.-C. et reconstruit 70 ans plus tard avec l'aide d'Esdras (d'après les récits bibliques). Il est à nouveau détruit par Rome en 70 ap. J.-C. au cours de la Première guerre judéo-romaine.

Les détails relatifs à la construction du Premier Temple se trouvent dans le premier Livre des Rois dans la Bible. Le roi David fut divinement averti que la charge de construire une maison pour l'Éternel reviendrait à sa descendance (Samuel 2:7), cette promesse fut accomplie avec son fils Salomon qui entreprend cette construction suivant les instructions de l'Éternel (1 Rois, 5) . C'est Hiram, le roi de Tyr, qui a procuré le bois de cèdre et de cyprès nécessaires à Salomon, ainsi que de l'or et de la main-d’œuvre pour construire le Temple, en échange de nourriture.

OriginesModifier

 
Les portes de Houldah dans le mur sud

Le Premier Temple ou Temple de Salomon a été construit, d'après la Bible, par le roi Salomon (au Xe siècle av. J.-C.) [1]. Il a été entièrement détruit par Nabuchodonosor II en 587 av. J.-C.

Le Deuxième Temple fut construit au retour de la captivité des Juifs à Babylone, vers 536 av. J.-C. Il fut terminé le 12 mars 515 av. J.-C.

 
Les portes de Houldah dans le mur sud

Le Temple d'Hérode fut une extension massive du Deuxième Temple, y compris une rénovation du Mont du Temple, commencée par Hérode Ier le Grand vers 19 av. J.-C. Ce Temple fut détruit par Titus en 70, il n'en reste aujourd'hui comme vestige que les murs de soutènement de l'esplanade construite par Hérode et les restes des arches qui permettaient l'accès à l'esplanade.

Architecture selon les textes juifsModifier

 
Reconstitution hypothétique du Temple d'Hérode

La Bible nous dit qu'avant le Temple existait le Tabernacle dont les plans avaient été donnés par Dieu à Moïse et qui était destiné au culte dans le désert, particulièrement pendant les 40 ans de vie nomade des Hébreux après leur sortie de l’Égypte[2]. Théodore Reinach note que le Temple s'inscrivait dans la ville de Jérusalem selon la gradation suivante indiquée dans la Mishna (Kélim 1, 8) : « la ville, la colline du temple avant cour extérieure, le hél (espace au-delà de la grille du temple), l'avant-cour des femmes, l'avant-cour des Israélites, l'avant-cour des prêtres, le Saint des saints »[3].

La structure du Temple de Salomon et les matériaux précieux utilisés sont décrits notamment dans le premier Livre des Rois (6,1-22)[4]. Le prototype de ce Temple est le dispositif portatif protégeant l'Arche d'alliance tel que décrit dans le Pentateuque. Ce modèle sera repris pour le Deuxième Temple.

Le Temple a une structure concentrique, avec des parties publiques et des parties toujours plus sacrées et toujours plus rarement accessibles[5]. Dans le sanctuaire du Temple, le « Saint des saints », est conservée l'Arche d'alliance avec, à l'intérieur, les Tables de la Loi (pierres gravées avec le texte des Dix Commandements transmis par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, durant l'Exode ; la verge d'Aaron (frère de Moïse) qui aurait germé et un pot contenant de la manne du désert)[6].

Le Temple comprend en outre des portiques, des autels (parfums, sacrifices d'animaux), des bassins d'ablution.

Le Temple de Jérusalem et les trois grands monothéismesModifier

JudaïsmeModifier

La destruction du Deuxième Temple et la fin des sacrifices et du sacerdoce a marqué une étape cruciale dans la constitution du « judaïsme » tel qu'on le connaît aujourd'hui, avec une pratique du culte public non sacrificiel mais centrée sur le Livre (culte synagogal), en addition du culte familial.

Le Kotel ou Mur occidental dit Mur des Lamentations, lieu de prières et de pèlerinages depuis la destruction du Deuxième Temple, est devenu depuis 1967 comme une vaste synagogue à ciel ouvert, avec une section réservée aux hommes et une section réservée aux femmes.

Pour la plupart, les Juifs religieux s'abstiennent de mettre le pied sur l'Esplanade des Mosquées, site du Temple, pour éviter de mettre le pied sur l'emplacement sacré du Saint des saints. En effet le Mont du Temple est considéré comme le premier lieu saint du judaïsme (suivi du tombeau des Patriarches à Hébron).

Une éventuelle reconstruction du Temple, le Troisième Temple, est promue et préparée par certains groupes et contestée par d'autres courants du judaïsme. Cette question est liée à celle de l'attente messianique. Une reconstruction avait été tentée par l'empereur Julien, mais elle fut ruinée par un tremblement de terre ; on prête à Napoléon Ier une intention analogue.

ChristianismeModifier

 
Carte de pélerinage à Jérusalem figurant le « temple de Salomon », M. Paris,1250

Le Temple est mentionné dans le Nouveau Testament : Jésus Christ y est présenté rituellement comme fils aîné[7], il y va en pèlerinage avec Marie et Joseph (épisode du « recouvrement au Temple », Jésus enfant parlant aux Docteurs)[8], en a chassé les marchands[9], a pleuré d'avance sa destruction[10].

Le Temple fait partie des éléments avancés lors du procès de Jésus[11]. Lors de sa Passion, d'après les Évangiles, le rideau du Temple se déchire au moment même de sa mort[12].

Les apôtres ont continué de fréquenter le Temple après la Résurrection[13]. De même, les chrétiens de Jérusalem semblent avoir visité les ruines du Temple peu après sa destruction[14].

Lorsque Jérusalem est devenue une ville chrétienne, le site même du Temple, ruiné, est laissé en l'état mais, selon certains (Anonyme de Plaisance, Cyrille de Scythopolis, Grégoire de Tours)[15], une église Sainte-Marie-la-Neuve, commémorant la Présentation de Jésus au Temple, est construite par Justinien, entre 531 et 543, au bord de l'esplanade ; elle est détruite par les Perses lors du siège de Jérusalem en 614[16]. Les Arabes édifient au même lieu la Mosquée al-Aqsa. Cette opinion semblait abandonnée depuis le XIXe siècle[17], jusqu'à ce que des résultats encore inexploités des recherches de 1939 aient révélé des vestiges inconnus à ce jour[18].

Les croisés y installent leur roi Baudoin Ier. Puis, les templiers le transforment en maison cheftaine et siège de leur ordre. Ils y font édifier une église, aux toits pentus et non en terrasse. Jérusalem est leur capitale, c'est à partir du Temple de Jérusalem que cet ordre de chevalerie chrétienne prend le nom d'ordre du Temple (1129-1312).

Tout en reconnaissant dans le site du Temple un lieu saint, le christianisme ne formule pas de revendication sur ce lieu. Dans la Tradition catholique et orthodoxe, le « centre du monde » chrétien à Jérusalem n'est plus le Temple mais un point, matérialisé (appelé « Compas » ou « Omphalos ») dans l'église du Saint-Sépulcre, à mi-chemin entre le Golgotha et la chapelle de la Tombe. Plus fondamentalement, chaque baptisé devient « Temple de l'Esprit Saint » et la présence « matérielle » la plus parfaite de Dieu est, pour les catholiques et les orthodoxes, dans l'Eucharistie. Les protestants insistent sur la déclaration de Jésus à la Samaritaine : « l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père […] Mais l'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité » (Jean 4:21-24).

Certains groupes évangéliques chrétiens américains soutiennent les groupes juifs promouvant la construction d'un Troisième Temple à Jérusalem.

IslamModifier

Dans la tradition musulmane, la construction du Temple fut commencée par le prophète Daoud et terminée par son fils, Souleymane. Souleymane l'a construit à l'aide des djinns qui étaient sous ses ordres. C'est en hommage à son père qu'il a fini les travaux.[réf. nécessaire]

La mosquée Al-Aqsa (« la lointaine »)[19] qui s'élève non loin de l'emplacement du Temple, est l'un des principaux lieux saints de l'islam (après la mosquée de La Mecque et celle de Médine).

Selon le Coran (qui ne cite pas explicitement Jérusalem), Mahomet l'a visitée durant le voyage nocturne astral et il y a dirigé (Imam) la prière avec tous les prophètes et messagers qu'Allah avait envoyés sur terre depuis Adam. Allah, durant cette visite, lui ordonne de faire la prière cinq fois par jour. C'est aussi le lieu d'où il s'est élevé vers le paradis, traversant les 7 ciels, sur le cheval ailé Bouraq, pour que Allah l'honore en lui faisant voir certaines de ses merveilles. Ce Voyage est connu chez les musulmans sous le nom d'Isra et Miraj ou le voyage nocturne.

Le Dôme du Rocher, couvert d'une coupole dorée, est l'un des monuments les plus célèbres de Jérusalem.

La qibla, direction de la prière musulmane était orientée vers Jérusalem au début de la mission prophétique de Mahomet, avant d'être modifiée définitivement par Allah vers la Mecque afin de mettre à l'épreuve la foi des croyants.

Le Coran ne mentionne jamais explicitement Jérusalem. Cependant, selon une interprétation commune, l'un de ses versets désignerait cette ville comme le lieu du voyage nocturne de Mahomet : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur Muhammad (Mahomet), de la Mosquée Al-HaramLa Mecque) à la Mosquée Al-Aqsa (« la lointaine ») (à Jérusalem) dont Nous avons béni l'alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant » (Sourate 17 : Al-Isra (Le voyage nocturne) ; Verset 1).

Enfin, selon certains exégètes de l'islam, le site du Temple de Jérusalem est lié à la fin des temps, ou plus précisément au retour de Jésus, comme le pensaient les judéo-nazaréens qui se sont servis des Arabes comme supplétifs afin de reprendre Jérusalem[réf. nécessaire] : Jésus, fils de Marie, reviendra par la Porte Dorée, nom de la 8e porte de Jérusalem (murée aujourd'hui) qui donne sur l'Esplanade des mosquées et fait face au Mont des Oliviers. Les balances du Jugement Dernier (religion) seront suspendues aux portiques qui entourent le Dôme du Rocher.

Dans la cultureModifier

Notes et référencesModifier

  1. Edward A. Beckstrom, Beyond Christian Folk Religion: Re-grafting into Our Roots (Romans 11:17-23), Wipf and Stock Publishers, USA, 2013, p. 66
  2. Tim Dowley, The Kregel Pictorial Guide to the Tabernacle, Kregel Publications, USA, 2003, p.30
  3. « Guerre des Juifs, Livre 1, Préambule, note 10 », sur Remacle
  4. Gail R. O'Day, David L. Petersen, Theological Bible Commentary, Westminster John Knox Press, USA, 2009, p. 128
  5. Michael D. Coogan, The Oxford History of the Biblical World, Oxford University Press USA, USA, 2001, p.
  6. Donald Langmead, Christine Garnaut, Encyclopedia of Architectural and Engineering Feats, ABC-CLIO, USA, 2001, p. 315
  7. Lc 2. 22-40
  8. Lc 2. 41-52
  9. Jn 2,1"-22 et parallèles dans les Synoptiques
  10. Lc 19,41-44
  11. Mc 14,58
  12. Mc 15,38 et parallèles synoptiques
  13. Lc 24,53
  14. Jonathan Bourgel, D'une identité à l'autre ? : la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem : 66 - 135, préface de Dan Jaffé, Paris, Le Cerf, coll. « Judaïsme ancien et Christianisme primitif »,,
  15. Jérusalem : Sainte-Marie la Neuve (?)
  16. La Jérusalem médiévale, Marie Lebert, 2006
  17. (en) Moshe Gil, A History of Palestine, 634-1099, Cambridge and New York: Cambridge University Press, 1992. Lire en ligne, p. 441
  18. Etgar Lefkovitz, « La mosquée d'Al-Aqsa construite sur une église byzantine ? », sur CICAD - reproduit du Jerusalem Post,
  19. Entre 1969 et 1983, le dôme de la mosquée Al-Aqsa était recouvert d'aluminium traité par anodisation, ce qui lui donnait un aspect argenté. En 1983, par souci d'authenticité, on lui a redonné son revêtement d'origine en plomb, de couleur gris foncé.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier