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Tombeau des Patriarches

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Le Tombeau des Patriarches (vu de l’angle sud de la mosquée).
Le Tombeau des Patriarches en 1906.

Le tombeau des Patriarches, appelé aussi mosquée Al-Ibrahim par les musulmans[1], est un monument construit sur un ensemble de grottes, situé en Palestine, dans la vieille ville d'Hébron au sud-ouest de la Cisjordanie. Le monument abrite des cénotaphes construits au-dessus de tombes attribuées aux patriarches bibliques Abraham, Isaac, Jacob et à leurs épouses Sarah, Rébecca et Léa. Un édifice accolé au mur sud-ouest abrite un cénotaphe attribué à Joseph. L'ensemble est considéré comme le centre spirituel de la ville d'Hébron. C'est un lieu saint et un site de pèlerinage pour les trois religions monothéistes: judaïsme, christianisme et islam[2].

Le lieu est identifié au site biblique de Machpéla acheté par Abraham pour y enterrer sa femme Sarah puis les autres membres de sa famille. Il est appelé dans la tradition juive « grotte de Machpéla », en hébreu מערת המכפלה (ma'arat ha-makhpela). En arabe, le lieu est appelé « sanctuaire d'Ibrahim » (الحرم الإبراهيمي), « Sanctuaire de l’Ami » (الحرم الخليل (haram al-Khalil), ou « caverne » (المغارة (al-maghara)). Un mur d'enceinte est construit autour du site à l’époque d’Hérode le Grand au Ier siècle av. J.-C.. Les Byzantins l'ont ensuite transformé en église au Ve / VIe siècle, les musulmans en mosquée connue sous le nom de mosquée d'Abraham et les Croisés en église Saint-Abraham. Les cénotaphes datent des IXe siècle et XIVe siècle. Aujourd'hui, on y trouve une synagogue et une mosquée.

Sommaire

Le site biblique de MachpélaModifier

Dans l’Ancien Testament, dans le livre de la Genèse chapitre 23, il est fait mention de l’achat du terrain par Abraham, comportant une grotte, connue sous le nom de Makhpéla et située à la proximité de la ville d’Hébron, dans laquelle le patriarche voulut enterrer son épouse Sarah : « Je suis étranger et habitant parmi vous ; donnez-moi la possession d’un sépulcre chez vous, pour enterrer mon mort et l’ôter de devant moi […] de me céder la caverne de Macpéla, qui lui appartient, à l’extrémité de son champ, de me la céder contre sa valeur en argent, afin qu’elle me serve de possession sépulcrale au milieu de vous […] Abraham comprit Éphron ; et Abraham pesa à Éphron l’argent qu’il avait dit, en présence des fils de Heth, quatre cents sicles d’argent ayant cours chez le marchand. Le champ d’Éphron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans toutes ses limites alentour, devinrent ainsi la propriété d’Abraham […] Après cela, Abraham enterra Sarah, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis-à-vis de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ».
C’est auprès de Sarah qu’Isaac et Ismaël enterreront, plus tard, leur père Abraham (Gn:25,9).
Jacob, vers la fin de son séjour en Égypte, nous apprend que Léa, sa première épouse, ainsi qu’Isaac et sa femme Rébecca, ses parents y avaient aussi reçu leurs propres sépultures (Gn 49,31) ; il demande donc à ses fils de ramener ses os en Canaan et de les déposer à côté de ceux de ses pères, à Makpéla (Gn 50,13).

DescriptionModifier

Le monumentModifier

 
Cénotaphe d’Abraham.

Il s’agit essentiellement d’une enceinte de pierres de taille datant d’Hérode le Grand, de forme rectangulaire, mesurant 34 mètres sur 59. Le mur atteint jusqu’à 18 mètres de hauteur, et est épais de 2,65 mètres. L’enceinte est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est, et est divisée en deux parties d’inégales grandeurs par un mur :

  • Une synagogue juive occupe les trois cinquièmes du monument dans sa partie nord-ouest ; elle comprend une cour autour de laquelle sont construits des bâtiments.
  • Les deux cinquièmes restants dans la partie sud-est constituent la salle de prière de la mosquée musulmane. L'accès à celle-ci est sous contrôle israélien[3],[4].

La partie supérieure de ce mur est décorée de piliers engagés, juste en dessous de la corniche qui le couronnait et s’appuyait sur une plinthe en biseau. Cette enceinte n’avait pour fonction que d’enfermer un lieu rocheux, en forme de colline, qui disparaît sous un dallage, légèrement incliné vers l’ouest ; des caniveaux sur les dalles nous indiquent que le lieu était à ciel ouvert, puisqu’il prévoyait l’évacuation des eaux de pluie, pendant la saison hivernale.

Dans la section nord-ouest, c'est-à-dire la synagogue (la plus grande), les bâtiments abritent quatre cénotaphes, chacun situé dans une salle octogonale. Celui consacré à Jacob et Léa se trouve sur le côté nord-ouest, tandis que celui consacré à Abraham et Sarah se situe sur le côté sud-est (ces derniers étant accolés à la mosquée, ils sont accessibles à partir des deux sanctuaires, mais restent fermés par des grilles en dehors des fêtes religieuses). Les cénotaphes sont reliés par des couloirs.

Un troisième corridor s’étend sur toute la longueur de la synagogue, celui-ci permet l’accès aux cénotaphes, ainsi qu’à la mosquée, à laquelle on accède par une entrée pratiquée dans cette enceinte sud-ouest.

Au milieu de l'enceinte nord, il existe également une entrée, à laquelle on accède par un couloir. On atteint celui-ci grâce à un long escalier qui court le long du mur d'enceinte côté nord-ouest. À proximité du centre de la salle de prière se trouvent deux cénotaphes disposés symétriquement. Ceux-ci sont dédiés à Isaac et Rebecca.

Les cénotaphes, généralement recouverts par un tissu, sont des constructions en pierre rouges et blanches disposées alternativement de façon à constituer des rayures horizontales.

Les grottesModifier

L’accès aux grottes, situées sous la salle de prière de la mosquée, est clôturé et elles ne sont donc généralement pas accessibles ; le waqf a toujours empêché l’accès aux tombes, ne serait-ce que par respect envers les morts (une vieille tradition juive affirme d’ailleurs aussi que celui qui s’y aventurerait serait frappé d’une malédiction mortelle).

Seules deux entrées sont connues. La plus visible se trouve au sud-est près du cénotaphe d’Abraham à l’intérieur de la section sud-est. Cette entrée forme un petit boyau recouvert par une grille décorative qui elle-même est couverte sous un vaste dôme. L’autre entrée est située au sud-est, près du minbar, et est fermée par une grosse pierre, généralement couverte par des tapis de prière, ce qui est très près de l’emplacement de la septième marche de l’escalier situé à l’extérieur de l’enceinte, au-delà de laquelle les Mamelouks interdirent aux juifs d’approcher.

En 1119, des moines Augustins du prieuré latin établi à Hébron découvrirent les caveaux situés sous leur église. Un récit assez détaillé de l’événement rapporte qu’on y découvrit deux sortes de puits, reliés par un étroit et bas couloir ; dans un des puits, à la coupole en forme de cathédrale, de petites entrées donnent accès à des grottes où des jarres d’ossements furent découvertes : il s’agissait là des restes de tous ces patriarches dont le souvenir est célébré en ces lieux[5].

La première visite de ces lieux cachés, depuis celle des moines, eut lieu en 1967, peu après la guerre des Six Jours. Le général d’armée et archéologue amateur Moshe Dayan fit descendre une fillette par l’ouverture étroite du puits ; il la munit de lumière, d’instruments de mesure et d’un appareil photographique pour qu’elle puisse ramener une description assez précise des lieux[6],[7].

Statut religieuxModifier

Les théologiens du judaïsme et de l’islam sont d’accord sur le fait que le site abrite le tombeau des quatre patriarches et matriarches. Les tombes sont rendues inaccessibles par un cénotaphe qui les recouvre. C’est le deuxième lieu saint du judaïsme, l’un des lieux saints des musulmans (dont font partie la Mosquée sacrée à La Mecque, la Mosquée du Prophète à Médine et la Mosquée al-Aqsa à Jérusalem), et il tient également une place théologique importante dans le christianisme.

JudaïsmeModifier

Le judaïsme considère ce lieu comme le deuxième lieu saint après le Mont du Temple, pour être le premier morceau de terre du pays de Canaan (terre promise) acheté par Abraham. Selon la tradition juive (TB Erouvin 53a, Pirke de-Rabbi Eliezer 20), quatre couples y sont enterrés[8] :

Selon l'exégèse rabbinique, le nom « Machpelah » fait référence aux doubles tombes du site. Elle se base sur la racine כפל (kpl) qui signifie « doubler »[9].

IslamModifier

Le lieu est connu par les musulmans comme la Mosquée d'Abraham (« mosquée d’Ibrahim »). Le patriarche et prophète Abraham a, selon le Coran, reconstruit la Kaaba de La Mecque avec son fils aîné Ismaël.

Après la conquête musulmane de la ville de Hébron par Omar, le grand monument qui avait été construit à l’époque d’Hérode le Grand fut reconstruit en mosquée. Pendant les croisades, les chrétiens l’ont temporairement transformé en église.

HistoireModifier

ConflitsModifier

En 1267, le sultan mamelouk Baybars interdit aux chrétiens et aux juifs d’approcher du sanctuaire. Ils n’avaient le droit d’aller que jusqu’à la septième marche de l’escalier extérieur[10],[11],[12], qui reste encore aujourd’hui un lieu de prière privilégié pour les juifs, où brûlent des bougies.

Lorsque la cité d’Hébron était sous le contrôle de l’empire ottoman, les juifs n’avaient pas le droit d’entrer dans le tombeau mais pouvaient prier à l’extérieur.

En août 1929, 67 juifs sont tués par des civils et des policiers arabes lors d'une émeute. La ville faisait alors partie de la Palestine sous mandat britannique. Ce massacre a des conséquences profondes et durables sur la communauté juive locale et les survivants sont forcés de quitter la ville.

Durant l'occupation jordanienne entre 1948 et 1967, il était interdit aux juifs de vivre dans la ville et, en dépit des termes de l'armistice, de visiter le sanctuaire et d'y prier. En outre des preuves de la présence juive à Hébron ont été détruites (quartier juif rasé, cimetière juif profané, parc d'animaux sur la synagogue Avraham Avinu)[13].

Pendant la guerre des Six Jours en 1967, Israël prit le contrôle de la région. Moshe Dayan, ministre de la Défense d’Israël, raconte dans ses mémoires[14] qu'il fit retirer le drapeau israélien que les troupes avaient planté sur le sanctuaire, car il estimait inadéquat un étendard politique sur un lieu sacré.

En 1968, une grenade fut lancée sur des juifs en prière, faisant 47 blessés et causant des dégâts irréparables au bâtiment[15][réf. à confirmer].

Dès 1968, des militants affiliés au Rav Zvi Yehouda Kook s’installent à Hébron en prenant le gouvernement travailliste de l’époque par surprise. Bien que ce dernier ait interdit toute installation d'Israéliens dans la zone, il est réticent à les évacuer de force de par l’importance du Parti national religieux dans la coalition gouvernementale et de par la symbolique des lieux liée au massacre qui s’est produit 35 ans plus tôt. Après un an et demi d’agitations et d’attaques sanglantes des Arabes envers les colons, il finit par permettre à ces derniers de s’installer dans les faubourgs de la ville et de fonder Kiryat Arba, qui deviendra une des plus importantes colonies de Cisjordanie[16].

En février 1994, Baruch Goldstein, un fondamentaliste juif originaire des États-Unis, tua 29 musulmans qui priaient dans la mosquée. Ce crime déclencha des émeutes, à Hébron et dans tous les territoires occupés, qui firent de nombreuses victimes. À la suite du massacre, le lieu est passé sous contrôle de l’armée israélienne (zone H2) et il a été partagé : la majorité du site global (extérieur et intérieur) est réservée aux juifs. Le lieu est réservé dans son entier à chacune des deux religions une semaine par an, pour les deux fêtes religieuses les plus importantes.

En novembre 2002, douze Israéliens, dont neuf soldats accompagnant des hommes revenant de leur prière au caveau des Patriarches, sont tués dans une embuscade, et une quinzaine de personnes sont blessées[17],[18],[19].

Classement du site comme patrimoine mondial en danger par l'UNESCOModifier

La vieille ville d'Hébron et particulièrement son centre d'intérêt, le tombeau des Patriarches, sont inscrits depuis le 7 juillet 2017[20] sur sa liste du patrimoine mondial de l'Unesco en tant que site palestinien « d'une valeur universelle exceptionnelle en danger ». Lors du vote du Comité de l'Unesco, douze Etats se sont prononcés pour classer le lieu, six se sont abstenus et trois ont voté contre.

Cette décision a provoqué un tollé en Israël[21],[22]. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a déclaré à ce propos : L’Unesco a « estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger » [...] « Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères (bibliques) [...] Et le site est en danger ? Il n’y a que dans les endroits où Israël est présent, comme Hébron, que la liberté de religion est garantie pour tous. »[21] Pour contrer cette décision, il a annoncé la construction d'un « Musée du patrimoine juif à Hébron », qui sera financé par une réduction « d’un million de dollars du financement israélien destiné à l’ONU »[23].

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. « La mosquée d'Abraham ou le caveau des patriarches entre israéliens et palestiniens », sur Les Clés du Moyen-Orient, (consulté le 11 juillet 2017)
  2. « Hébron/ Vieille ville d'Al-Khalil », sur UNESCO, (consulté le 11 juillet 2017)
  3. Sylvie Fouet « L'étouffement des Palestiniens confinés dans des cantons », Confluences Méditerranée 4/2002 (no 43), p. 23-32. [1].
  4. Bernard Botiveau « Des accords d'Oslo à la seconde intifâda : l'espace public palestinien en question », Etudes rurales 1/2005 (no 173-174), p. 273-293. [2].
  5. Revue Archives de l'Orient latin, II, p. 411. Cf. lien externe.
  6. (he) Moshe Dayan, « The Cave of Machpelah — The Cave Beneath the Mosque », Qadmoniot, Israel Exploration Society, vol. 9, no 4,‎ (JSTOR 23671789)
  7. (en) Nancy Miller, « Patriarchal Burial Site Explored for First Time in 700 Years », sur Center for Online Judaic Studies, mai-juin 1985
  8. Matthieu Grimpret, Les sanctuaires du monde, Robert Laffont/bouquins/segher, (lire en ligne)
  9. (en) Emmanouela Grypeou et Helen Spurling, The Book of Genesis in Late Antiquity, Brill, p. 52-54
  10. International Dictionary of Historic Places: Middle East and Africa sur Google Livres page 337.
  11. Modern Palestine - A Symposium sur Google Livres page 141.
  12. The pursuit of certainty: religious and cultural formulations sur Google Livres page 168.
  13. (en) Histoire d'Hébron, Jewish Virtual Library.
  14. Moshe Dayan, Histoire de ma vie, traduit par Denise Meunier, Fayard, 1976.
  15. Fabien Ghez, Liliane Messika, La paix impossible ? : ce qu’on ne vous dit pas sur les conflits du Proche-Orient (avec une préface de Denis Jeambar), éditions L’Archipel, Paris, 2006, 676, (ISBN 2-84187-725-6), (notice BnF no FRBNF40115675), p. 297.
  16. Ian Lustick, For the land and the Lord: Jewish fundamentalism in Israel, 1988, p. 42, extrait en ligne.
  17. Fabien Ghez et Liliane Messika, (préface de Denis Jeambar), La paix impossible ? : ce qu’on ne vous dit pas sur les conflits du Proche-Orient, éd. L’Archipel, Paris, 2006, p. 300.
  18. Chronologie des attentats, in Nouvel Observateur, 5 décembre 2005, article en ligne.
  19. « Chronologie du conflit israélo-palestinien de 2002 à nos jours », in Un cahier spécial sur le Proche-Orient — Compléments documentaires, Le Monde diplomatique, mise à jour du 1er janvier 2006,article en ligne.
  20. (en) « he World Heritage Committee meeting in Krakow has inscribed Hebron / Al Khalil Old town (Palestine) and W-Arly-Pendjari Complex (Benin, Burkina Faso) on the World Heritage List during its morning session. The Committee simultaneously added the site of Hebron / Al Khalil to the List of World Heritage in Danger. », sur UNESCO,
  21. a et b « L’Unesco inscrit Hébron au patrimoine mondial et suscite la fureur d’Israël », Le Monde, (consulté le 7 juillet 2017)
  22. « L'Unesco inscrit Hébron sur sa liste du patrimoine mondial », L'Obs, (consulté le 7 juillet 2017)
  23. La réponse sioniste de Netanyahu aux imposteurs de l’UNESCO, Le Monde juif.info, 9 juillet 2017. – (en) Netanyahu to cut $1 million from Israel's UN fees, Haaretz, 7 juillet 2017.

BibliographieModifier

  • Hervé Barbé, Hébron 1119. L'invention du tombeau des Patriarches, Publications de la Sorbonne, 2017 (collection « Locus Solus »).

Liens externesModifier