Sihame Assbague

militante anti raciste française

Sihame Assbague, née le à Paris[réf. souhaitée], est une militante française se réclamant de l'« antiracisme politique » et du « féminisme intersectionnel ».

Sihame Assbague
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Mouvement

Ancienne porte-parole du collectif Stop le contrôle au faciès, elle est notamment connue pour avoir coorganisé, en , un camp d'été « décolonial » de formation à l’antiracisme qui s’adressait aux « personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français »; le choix d'utiliser des ateliers en non-mixité — une pratique militante controversée — ayant entraîné une polémique politique et médiatique.

BiographieModifier

Ses parents, originaires du Maroc, ont cinq enfants, la famille vivant dans la banlieue sud de Paris[1]. Sihame Assbague est titulaire d’un bac littéraire.

Après être passée par une classe préparatoire, elle valide deux masters, l'un en lettres modernes et l'autre en science politique. Diplômée en sciences politiques, elle travaille comme chargée de mission (ou « conseillère politique ») pour la mairie du 14e arrondissement de Paris[2]. Elle démissionne toutefois rapidement, expliquant : « mes idées, mon engagement ne collaient pas avec mon travail ». En 2012, elle devient porte-parole du collectif contre le contrôle au faciès. Elle devient en même temps professeure de français dans un lycée au sein d'une zone d'éducation prioritaire, à Épinay-sur-Seine[3]. Elle démissionne une nouvelle fois pour voyager en Europe et aux États-Unis, et s'investit totalement dans le militantisme bénévole ensuite[1].

Engagement militantModifier

Sa première expérience militante remonte à 2004, lorsqu'elle s'oppose à la loi sur les signes religieux à l’école, imposée à une camarade, alors qu'elle-même, musulmane pratiquante, ne porte pas le voile. Elle affirme ainsi : « Chacun fait le choix de ce qu’il a envie d’être. Et interdire à une fille de porter le voile à l’école, c’est lui imposer un choix. » En 2005, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents de la banlieue parisienne, est un drame déterminant dans sa construction personnelle :

« Ces deux jeunes qui meurent, ça aurait pu être mes frères : il y a un point d’identification très fort. Et la réaction des médias, les sorties de Nicolas Sarkozy ont alimenté ma colère : cet événement, c’est le point de rupture[1]. »

Lors de la campagne municipale de 2014 elle milite, selon Caroline Fourest, contre Catherine Peyge, la maire PCF sortante de Bobigny en accusant, de manière très médiatisée entre les deux tours, un de ses soutiens d'islamophobie[4]. Des militants des quartiers populaires, s'interrogent sur « la frontière entre bizness et militantisme »[5]. Sihame Assbague dément l'accusation de Caroline Fourest[6] qui, selon elle, est « en croisade contre les militants de l'antiracisme politique ». Caroline Fourest affirme : « quelques mois après sa victoire, la nouvelle mairie (UDI) confiait des missions de formation et de « communication » à Studio Praxis et à Sihame Assbague »[4]. La journaliste de l’AFP Eve Szeftel reprend toutes ces informations et écrit « Chantre de la lutte contre les bavures policières, Sihame Assbague n'a semble-t-il pas eu beaucoup de scrupules à faire gagner une liste favorable à l'instauration d'une police municipale armée »[7]. Fourest précise également qu'Assbague est proche de Tariq Ramadan et du Parti des indigènes de la République (PIR), opposée au mouvement Je suis Charlie et au féminisme laïque[4].

Entrepreneuse sociale, Sihame Assbague se définit en comme « féministe intersectionnelle » — « prenant en compte la triple oppression de race, de genre et de classe » — et fait la promotion du community organizing (organisation communautaire), un mode de militantisme dont Saul Alinsky est considéré comme le fondateur et qui promet de rendre le pouvoir aux quartiers populaires[2]. Sur le plan professionnel, elle est, avec Nabil Berbour, Tara Dickman, et Ladji Real, l'associée fondatrice d'un cabinet de conseil, fondé en 2013, nommé "Studio Praxis"[7], s'inscrivant « dans la mouvance de l'entrepreneuriat social », dont la mission déclarée « est de renforcer la prise en compte de la pluralité de la société française. »[8].

Elle critique, en , le peu de résultats obtenus par l'association SOS Racisme malgré les moyens dont elle dispose grâce à ses subventions. « Avec une telle organisation et de tels moyens, ils devraient avoir une action de terrain. Mais non, ils n’en sont pas capables. Du coup, ils n’ont aucune légitimité à demeurer. Que l’on donne l’argent aux associations qui luttent vraiment contre le racisme[9] ».

Le , elle participe sur le plateau de Mediapart à une émission consacrée à la révolte des quartiers populaires, afin de « débattre de la situation des quartiers dix ans après les émeutes urbaines parties de Clichy »[10] et pour expliquer les raisons de sa participation à la « marche de la dignité »[11], avec des femmes issues de l'immigration qui, combattant le sexisme et le racisme, se revendiquent « afroféministes », « féministes décoloniales », ou encore infrançaises face au regard qu'on leur renvoie en les considérant comme des autres, qui ne seront jamais tout à fait françaises. Il s'agit d'un mode de lutte qui, d'après Le Monde, « trouble les militantes historiques »[12]. Libération considère en 2016 qu'elle est une personnalité du militantisme antiraciste[1].

En 2016, elle donne une conférence contre l'état d'urgence à Gennevilliers aux côtés d'Alexis Bachelay, député socialiste, bras droit de Benoît Hamon[13]. Elle participe à une réunion de la vile de Saint-Denis au coté du maire[14].

Dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan, elle signe, le , aux côtés d'une cinquantaine de personnalités dans un blog de médiapart, la tribune « Pour une justice impartiale et égalitaire » réclamant sa libération immédiate pour raisons de santé[15],[16].

Stop le contrôle au facièsModifier

Le , peu de temps après l'adoption par l'Assemblée nationale française de la réforme pénale visant à « punir plus efficacement[17] » les auteurs de délits, Sihame Assbague est invitée au dix-neuvième numéro de l'émission Objections (réalisée par Mediapart). Elle y déclare : « beaucoup de personnes dans les quartiers populaires considèrent que la justice est discriminatoire, que c’est une justice à deux vitesses, en faveur des riches et de certaines franges », et estime que « rien n'a été fait contre les contrôles au faciès[18] ».

Le de la même année, à la suite de l'affaire Michael Brown[n 1] elle publie — avec Rokhaya Diallo — une tribune rappelant la mort de Bouna Traoré et dénonçant la différence de traitement quand des évènements comparables se produisent en France[2], « Mais que personne ne soit dupe : dans le miroir que nous tend Ferguson, la France devrait reconnaître sa trouble silhouette. Elle devrait sentir les corps de ces millions de citoyens qui, à force de contrôles au faciès, d’abus, d’humiliations, cueillent indignés les fruits de la colère. Elle devrait entendre ce sourd bourdonnement, celui de l’émeute silencieuse, le «langage de ceux que l’on n’écoute pas» et qui ne demandent pourtant que justice » ;

« Quand ça se passe aux Etats-Unis, tu peux parler de crimes policiers, de Noirs et Blancs, mais quand c'est en France, non, car la nation est 'une et indivisible', la police est 'républicaine', etc. C'est hypocrite et scandaleux. En France aussi on devrait poser ce débat, et ce n'est pas fait[20]. »

Le , porte-parole de « Stop le contrôle au faciès », elle est invitée sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes face à Alain Juppé, dont elle questionne la légitimité à se présenter à l’élection présidentielle française de 2017 ; « comment pouvez-vous prétendre, alors que vous avez été le bourreau des principes républicains, être prochainement le garant de la devise républicaine, et représenter la France ? » Pour les Inrocks, c’est ainsi « que Sihame Assbague fit irruption médiatiquement, en déroulant durant plusieurs minutes un discours contre la classe politique, lui reprochant la relégation des quartiers populaires. » Alain Juppé admet l'existence d'un « racisme structurel », mais refuse le glissement sémantique de Sihame Assbague qui, elle, parle de racisme « institutionnel » ; il remarque qu'elle est selon lui une « redoutable rhétoricienne »[2].

En , le collectif Stop le contrôle au faciès participe à une action en justice contre l’État français pour des contrôles de police jugés discriminatoires[3]. L'État, condamné sur cinq dossiers en appel (sur treize présentés), s'est pourvu en cassation ; la condamnation a été confirmée pour trois des cas concernés[21].

Bandung du NordModifier

Du 4 au , elle participe avec des « activistes et intellectuels venus des États-Unis et d’Europe » à la conférence internationale « Bandung du Nord », à la bourse du travail de Saint-Denis, afin de « questionner la mémoire coloniale, et comment elle façonne nos sociétés occidentales »[22]. Y interviennent notamment des militants antiracistes, Mireille Fanon-Mendès-France, fille du psychiatre et essayiste Frantz Fanon, Angela Davis, présidente d'honneur en France du PIR — qui évoque « une France qui nous a offert de si belles devises de démocratie, mais aussi les formes les plus violentes de racisme, sous couvert de cette démocratie » — et Fred Hampton Jr. (en), ou encore le journaliste Muntadhar al-Zaidi (connu pour avoir lancé des chaussures contre George Bush, dans son engagement contre la guerre en Irak), mais également, note le site Conspiracy Watch, certaines personnalités « qui se sont déjà illustrées en matière de complotisme et d’antisémitisme »[23].

Pour Laurent Bouvet, la conférence a « réuni la plupart des personnalités et associations qui se reconnaissent dans cette mouvance », « ensemble politco-intellectuel [...] qui se nomme lui-même désormais «indigéniste», «décolonial»[24] ».

Pour Anne-Sophie Nogaret[n 2], l'objet de ce camp organisé par le parti des indigènes de la république avec « les présupposés indigénistes »[n 3] — « dogme ethno-racialiste », qui, selon elle, « ne suscite généralement aucune contradiction dans le public, acquis à la cause » — est « l'ancienne convergence des luttes trotskistes dont la reformulation moderne pourrait bien porter le nom d'intersectionnalité »[26].

Pour Céline Pina, ce « raout indigéniste » a servi « à déverser sa haine raciste entre demi-sels de l'entreprenariat identitaire ». « Aujourd'hui on a affaire à une nouvelle alliance de la brutalité et de la science, mais ce sont les sciences humaines qui se chargent de justifier philosophiquement et sociologiquement les démarches racistes mises en œuvre par les indigénistes. Nos nouveaux Gobineau se recrutent maintenant à la gauche de la gauche. Pas sûr que cela soit un progrès[27]. »

Camp d'été « décolonial »Modifier

En , Sihame Assbague et Fania Noël[n 4] organisent un « camp d'été décolonial », ouvert seulement à des personnes qu'elles présentent comme « personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français ». Les rencontres, non-mixtes, ont pour objectif de leur offrir un espace de rencontre et de réflexion « où personne ne pourra douter de la véracité de leur ressenti ou le tempérer en le taxant de « victimisation » ou de « paranoïa »[31]. »

La sociologue Hanane Karimi, la politologue Françoise Vergès et le porte-parole de la « Brigade anti-négrophobie » Franco Lollia y animent des ateliers de réflexion[32], tout comme Marwan Muhammad président du ccif. « Le compte Twitter du « camp d’été décolonial » incite en outre à adhérer au controversé Collectif contre l’islamophobie en France, réputé proche de réseaux islamistes[33] ». Environ 150[30] à 180 personnes[29] se sont inscrites au camp qui doit durer quatre jours.

Les organisatrices assument le choix de non-mixité et de sélection de journalistes « racisés » appartenant à des rédactions dont le traitement du racisme leur semblait pertinent[31]. Seules deux journalistes ont été invitées par les organisatrices[34]. Selon Faïza Zerouala[n 5], l'objectif est « de permettre à des personnes, unies par les mêmes expériences de vie et animées par le même désir, de s’organiser, de se rencontrer et de réfléchir ensemble à des solutions. » La présence de Faïza Zerouala de Mediapart qui est acceptée à la suite de débats internes au quotidien[35] « fait l'objet de critiques ». Pour Jack Dion, Directeur adjoint de la rédaction de l'hebdomadaire Marianne, le camp de « quelques adeptes du racisme à l’envers » « a également exclu tous les journaux à l’exception de Mediapart, réhabilitant ainsi la censure a priori ». En excluant des médias, « les organisateurs ont donc instauré une forme de censure vis-à-vis de tous ceux qui sont jugés a priori hostiles à leurs conceptions », « Sauf erreur, jusqu’ici, seul le FN osait exclure certains journalistes ou journaux diabolisés a priori. Les adeptes de l’ethnicisme suivent la même voie, ce qui est assez logique vu que l’identitarisme ultra, par définition, est une machine à exclure. »[36].

Avant sa tenue, le camp — initiative « présentée par ses détracteurs comme un « camp anti-blancs » »[37] — est l'objet d'une polémique nationale. Lors de la séance des questions au gouvernement du , la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem condamne fermement l'initiative[38],[39]. Elle déclare — dans une réponse à Bernard Debré — qu'elle « condamne absolument la tenue de ces réunions comme celle du camp d’été que vous avez évoqué […] Ces initiatives sont inacceptables, car, bien loin de l’objectif qu’elles prétendent poursuivre, elles confortent une vision racialiste et raciste de la société qui n’est pas la nôtre […] Au bout de ce chemin, je le dis à tous ceux qui l’empruntent, il n’y a que le repli sur soi, la division communautaire et le chacun chez soi[40],[41] ».

Alain Jakubowicz y voit un « racisme qui ne dit pas son nom »[42]. Le 25 août, la Licra poste plusieurs tweets controversés. Elle publie ainsi des photos de faux tweets de Robert Ménard, Marine Le Pen et finalement du Ku Klux Klan (ce dernier établissant « un parallèle entre l’organisation suprématiste blanche et le « camp d’été décolonial » en sous-entendant qu’ils fonctionnent selon le même modèle ségrégationniste »). Alain Jakubowicz explique ; « Il y a peut-être de l’excès dans notre mode de communication. C’est violent, je vous le concède, mais c’est pour créer un électrochoc ». selon 20 Minutes qui rapporte l'événement, l'« avis [est] loin d 'être partagé par tous les internautes qui, pour certains, ont vivement critiqué l’initiative de la Licra[43]. »

Selon la journaliste Eugénie Bastié, l'initiative est représentative d'un phénomène qui se répand « dans les mouvements de la gauche radicale […] la non-mixité, une forme d'ostracisme assumé qui exclut une partie des individus du débat au nom de la lutte contre un «système» dominant ». Ce « principe séparatiste » est selon Laurent Bouvet une « dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l'extrême droite et à l'extrême-gauche, qui s'entretiennent dans une surenchère. C'est le signe d'une déstructuration complète de la politique [44] ».

Pour SOS Racisme : le camp, « un rassemblement ouvertement raciste organisé par des individus qui ont choisi de transformer leurs névroses identitaires en haines politiques », n'a aucun rapport avec l'antiracisme[45].

En , un collectif d'une cinquantaine d'universitaires, militants et artistes prend la défense de l'événement sur un blog de médiapart, dénonçant « une République qui nie les formes contemporaines de racisme et d'oppression post-coloniale, et dont les élus cherchent, par de curieux renversements, à transformer celles et ceux qui subissent quotidiennement le racisme et l'islamophobie en figures de la division[41]. »

Le journaliste Tefy Andriamanana[n 6] note « on peut parler de « néo-identitaires » […] Ce Camp n’est pas un nouvel antiracisme, c’est un remix de l‘extrême-droite identitaire. Il n’émancipe pas les gens, il les enferme dans des petites cases. Au lieu de défendre des valeurs communes, il cultive les divisions[47] ».

Le journaliste Bruno Roger-Petit décrit Sihame Assbague comme une représentante de la « mouvance différencialiste des éléments d’extrême gauche », « proche du Parti des Indigènes de la République », dont la pensée conduit à « une forme d’apartheid mental qui aboutit à des manifestations racialistes sous prétexte de lutte contre le racisme. »[38].

La politologue Audrey Célestine[n 7] considère la polémique comme incarnant parfaitement la difficulté « à avoir une discussion critique non hystérique[50] ». Pour Fania Noël ; « l’autonomie est vue comme un danger par les personnes qui ont des choses à perdre dans l’émancipation. De toute façon, on n'a parlé que de la forme. Les rares qui ont parlé des thématiques ont décrété que c’était de toute façon dérangeant[31] ».

Selon Sylvia Zappi[n 8], journaliste au Monde, les réunions réservées aux « non blancs » se multiplient et « rassemblent des jeunes militants désireux de défendre un « antiracisme politique », qu’ils opposent à l’antiracisme "moral" des années 1980 ».

Pour Didier Leschi [n 9] — critique à l'égard du choix de la non-mixité —, la racialisation des rapports sociaux est extrêmement négative ; « un mécanisme d’exclusion qui ne peut que renforcer ceux qui pensent qu’il y a une division de l’humanité organisée sur la race, ce qui est le cas de l’extrême droite ». Les militants — qui se nomment les « racisés », en insistant sur la distinction entre racisme, racialisme et racisation — rejettent l'argument de positionnement identitaire ou de racisme en soulignant qu'ils ne « dénoncent pas une réalité biologique […] mais une réalité sociale ». Selon la politologue Frédérique Matonti, « derrière l’universel, il y a des processus qui favorisent les hommes plutôt que les femmes, les Blancs plutôt que les racisés »[53].

Le sociologue Éric Fassin écrit :

« [si] les non-Blancs ont commencé à se faire entendre, c’est parce qu’une nouvelle génération diplômée est apparue. Faire l’expérience du racisme quand on est en bas de l’échelle sociale, ce n’est pas surprenant. Mais quand on a réussi socialement, on ne s’y attend pas : l’exaspération est d’autant plus grande[53]. »

Certains observateurs qualifient l'événement de « racisme à l’envers [36]», de racisme culturel, ou d'apartheid opposé à l'« universel humain »[54].

Malgré les critiques et la polémique, le rassemblement n'est pas interdit ; le préfet estimant « qu'il n'y avait eu ni « expression publique de racisme ou d'exclusion », ni de « trouble à l'ordre public » pouvant justifier l'interdiction de l'événement ». Pour les organisatrices la non-mixité est une « nécessité politique », car « les paroles blanches sont survalorisées, surinterprétées, surlégitimées comparé aux paroles et pensées non-blanches[45]. »

Pour Éric Dupin, « le «racialisme» s'habille d'un nouveau jargon politique justifiant une pratique d'exclusion[55] »

Pour la philosophe des médias et journaliste Clara Schmelck, ce « séminaire de formation à l'antiracisme » a « démontré que l'antagonisme des groupes sociaux sur critère de la couleur de peau avait franchi les portes de l'extrême-droite pour imprégner d'autres courants de la société. La confusiosphère a de beaux jours devant elle[56]. »

Un deuxième camp décolonial est organisé en août 2017 dans un lieu confidentiel. Marianne voit dans la stratégie qui consiste à réserver la réunion « uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français [..] Autrement - et plus simplement - dit : il est interdit aux Blancs ! » l'effet d'une « rhétorique identitaire » ; « pour lutter pour le racisme, il ne faudrait se retrouver qu’entre personnes appartenant aux minorités victimes, et donc de fait opérer une distinction raciale. »[57].

Implication dans les médiasModifier

Elle explique avoir bénéficié de réseaux sociaux qui ont permis « d'établir de nouveaux rapports de force, et de rendre visible cette parole que l'on a tant voulu occulter[58] ». Ses différentes interventions sur Twitter (réseau sur lequel elle compte 24000 abonnés en 2016[59]) au sujet d'un certain nombre d'affaires liées à des comportements racistes, à des abus ou à des violences policières sont relevées par les médias[60],[61],[62].

Le , lors du lancement de Contre-attaque(s) — plateforme internet de lutte contre l’islamophobie publiée sous la direction de Alain Gresh —, Sihame Assbague est membre de son comité de rédaction[63],[64].

En janvier 2016, Amine El Khatmi, élu PS d'avignon, est la cible d’attaques violentes sur Twitter « pour avoir affirmé son attachement à la laïcité et dénoncé les propos de Wiam Berhouma face à Alain Finkielkraut[65]. »[n 10], dans l'émission Des paroles et des actes (DPDA)[66].
L'intervention de Sihame Assbague sur les réseaux sociaux[n 11] est interprétée de façon différente selon les sources : Fabien Magnenou[n 12] note : « dans les échanges consultés sur Twitter, Sihame Assbague ne s'est jamais départie de son calme » ; Nicolas Vanderbiest[n 13] relève : « Si Sihame Assbague vous dit qu'elle n'est pour rien dans l'affaire, c'est normal […]. Mais il y a aussi son réseau, qui assiste à l'échange et intervient, et là c'est tout autre chose. C'est un foutoir sans nom[69] » ; tandis que la journaliste Isabelle Kersimon écrit ; « c'est Sihame Assbague, porte-parole du collectif «Stop le contrôle au faciès», qui a été remarquée pour son agressivité[70]. »

Se définissant comme « journaliste par obligation », elle forme un binôme de « contre-journalistes du net »[59], selon l'expression du site Rue89, avec la journaliste Widad Ketfi, blogueuse sur Bondy Blog et cheffe d'édition pour une émission sur Canal+. Les « journactivistes » utilisent des applications comme Périscope pour mener des contre-enquêtes sur des articles ou propos qu'elles jugent diffamatoires. Elles critiquent un dossier du Figaro Magazine consacré à la ville de Saint-Denis[71]. Toujours avec Widad Ketfi, elles suivent en direct sur YouTube (sous le hashtag #DossierTabouche) l'émission de M6, diffusée le , titrée « L’islam en France : la République en échec » et présentée par le journaliste Bernard de La Villardière. Sihame Assbague dédie l'émission à Adama Traoré. L'anthropologue Nacira Guénif-Souilamas et l'ancien consul de Tunisie en France Karim Azouz ont participé à cette émission suivie par 500 à 800 internautes[59]. Le surlendemain, l'essayiste Céline Pina commente l'émission dans une tribune et dénonce « la réaction d'autres médias qui ont crié à l'«islamophobie» », qualifiant Sihame Assbague et Widad Kefti d'« identitaires », « proches du parti des indigènes de la République. Un parti raciste »[72].

Points de vueModifier

Pour Amine El Khatmi, Sihame Assbague est (en 2017) une « figure montante des réseaux identitaires musulmans[73]. »[source insuffisante]

Kahina Smaïl, Omero Marongiu-Perria, et Vincent Geisser la classent parmi les tenants de l'« islam identitaire » et notent que « les activistes de l'islam identitaire restent relativement en marge des cercles musulmans croyants et pratiquants, qui n'adhèrent pas toujours à la radicalité de leur discours et à leur lecture racialiste des rapports interculturels (Indigènes versus Blancs)[74]. »[source insuffisante]

Clivage entre les mouvements antiracistesModifier

Les acteurs historiques du combat antiraciste — la Ligue des droits de l'homme (LDH, 1898), la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra, 1927), le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap, 1949), et SOS Racisme (1984) —, qui donnent à leur lutte une dimension universaliste, réagissent différemment à la forme de militantisme adoptée par la génération des « nouveaux antiracistes » à laquelle appartient Sihame Assbague. Ainsi, « le Mrap et la LDH disent pouvoir travailler avec Sihame Assbague, Fania Noël et Houria Bouteldja – les deux associations soutiennent d’ailleurs la Marche pour la dignité –, il n’en est pas de même pour SOS Racisme. « Elles ne sont pas nos premiers ennemis », commente Blaise Cueco [responsable du mouvement pour la région parisienne et membre du bureau national]. L’association les qualifie toutefois de « mouvement raciste, car ils clivent sur des questions de couleurs de peau » ». Selon Pierre Tartakowsky (LDH), les désaccords sont « aussi une conséquence de la situation même de la gauche : « Une partie de la gauche et des Républicains porte la tendance xénophobe en l’habillant d’une pseudo-laïcité d’exclusion. Le camp antiraciste est lui-même traversé par ces courants d’idées » »[37]

Allégations de racismeModifier

Benoît Rayski qualifie pour sa part Sihame Assbague de raciste[75].

Pour Celine Pina, « on qualifie d'antiracistes, des militantes qui mettent l'appartenance ethnique au dessus de tout, ce qui est la définition même du racisme…[76] ».

AntisémitismeModifier

Selon The Times of Israel : « Assbague que le groupe de défense des droits civils de la LICRA a souvent accusé de propager des idées racistes sur les Juifs[77] ».

CommunautarismeModifier

Sihame Assbague fait l'objet de diverses critiques, allant de l'accusation de racisme antiblanc[1], notamment pour nier l'existence de ce racisme, à celle de communautarisme[78]. Elle répond à ce sujet :

« Personne ne dit que les Blancs ne peuvent pas partager le combat antiraciste. Au contraire. Mais comme pour toutes les autres oppressions, il appartient aux concernés de s’organiser et de lutter pour leur émancipation[1]. »

À la suite de la diffusion de l'émission Des paroles et des actes, l'éditorialiste Bruno Roger-Petit qualifie Sihame Assbague de « militante communautariste antiraciste », « “activiste pour les droits civiques” autoproclamée », et « s'étonne que l'émission […] donne autant de visibilité, de manière récurrente, à des mouvements intolérants et peu représentatifs »[79]. Dans un billet, Julien Salingue d'Acrimed (et du NPA) dénonce « les petites manipulations » de Bruno Roger-Petit qui amalgame « une militante associative, porte-parole d'un collectif dénonçant le racisme et les violences policières » avec le fait d'être « facho »[80].

LaïcitéModifier

Pour l'hebdomadaire Le Point, Sihame Assbague est hostile « à la laïcité française qu'elle qualifie d'“islamophobe”[81]. »

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le , Michael Brown, un Afro-Américain âgé de 18 ans, non armé au moment des faits, est abattu par un policier à Ferguson (Missouri)[19].
  2. « Après avoir enseigné la philosophie, Anne-Sophie Nogaret est [en 2020] journaliste, critique de cinéma et auteur de livres sur le bien-être et le développement personnel[25]. »
  3. Anne-Sophie Nogaret définit ainsi les présupposés : « L'État français est structurellement raciste, il discrimine, stigmatise, humilie (quand il ne tue pas) les descendants d'immigrés arabes et noirs et les musulmans, l'islam étant racialisé »[26].
  4. Fania Noël, membre du Collectif Mwasi[28], est, comme Sihame Assbague, proche du Parti des indigènes de la République et du collectif Stop le contrôle au faciès[29],[30].
  5. Faïza Zerouala (Mediapart), qui connaît Sihame Assbague, à titre personnel, est — avec une rédactrice du Bondy Blog — la seule journaliste accréditée pour l'intégralité du camp d’été.
  6. Tefy Andriamanana est un journaliste français, titulaire d'un master de recherche en Science politique[46].
  7. Audrey Célestine, Docteure en science politique de l’IEP de Paris[48], est maître de conférence à l’université Lille 3 et chercheuse au CECILLE et à l’Institut des Sciences Sociales du Politique (Nanterre)[49].
  8. Pour Les Inrocks, S. Zappi, ex-militante d’extrême gauche, est « la voix des banlieues au journal Le Monde »[51].
  9. Directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ancien préfet délégué pour l'égalité des chances en Seine-Saint-Denis[52].
  10. Wiam Berhouma est alors une militante proche du Parti des Indigènes de la République[65]
  11. Sihame Assbague avait commenté les propos de Wiam Berhouma — en déclarant sur Twitter, « Elle a été calme et construite, mais comme c'est une femme (non-blanche en plus), vous avez vu de l'agressivité et de l'insolence[67] ».
  12. Fabien Magnenou, journaliste, appartient à la rédaction de France Télévision[67]
  13. Chercheur spécialiste des phénomènes d'influence sur les réseaux sociaux[68]

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Rachid Laïreche, « Sihame Assbague : la révolte tous azimuts », sur Libération,
  2. a b c et d Mathieu Dejean, « Sihame Assbague, de “Stop le contrôle au faciès” : portrait d’une révoltée », sur lesinrocks.com, (consulté le 11 janvier 2017).
  3. a et b Sylvain Mouillard et Frantz Durupt, « Plongée chez les nouveaux antiracistes », sur Libération.fr, (consulté le 26 mars 2020).
  4. a b et c Caroline Fourest, Génie de la laïcité, Grasset, , 336 p. (lire en ligne), « À quoi joue le soft power américain ».
  5. « Made in America : Studio Praxis, pour une poignée de dollars », sur Quartiers libres, (consulté le 21 mars 2020)
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Articles connexesModifier