Afroféminisme

mouvement de luttes par et pour les femmes noires

L’afroféminisme ou afro-féminisme est un mouvement apparu pendant la période d’émancipation féministe des années 1970. L’afroféminisme, porté par des afro-descendantes d’Afrique, des Caraïbes et des diasporas, est un mouvement militant qui lutte à la fois contre les systèmes d’oppression sexistes, négrophobes et parfois capitalistes. Il se situe dans le champ de l’intersectionnalité et se manifeste dans le champ militant associatif, syndical, universitaire, culturel, etc. En France, l’afroféminisme puise d’abord ses sources dans les productions théoriques et politiques des femmes de la négritude, notamment Paulette Nardal, puis dans des collectifs militants comme la création de la Coordination des Femmes noires en 1976[1],[2],[3].

Black feminismModifier

L’afroféminisme puise ses sources dans le mouvement afro-américain du Black Feminism qui émerge dans les années 1970 — et où « Des femmes afro-américaines se rassemblent afin de lutter contre l’oppression subie à cause de leur couleur de peau et de leur sexe »[4]. En 1977, le collectif radical Combahee River Collective synthétise les principaux enjeux du mouvement comme « la lutte contre l’oppression raciste, sexuelle, hétérosexuelle et de classe » et affiche comme objectif de « combattre les oppressions multiples et simultanées qu’affronte l’ensemble des femmes de couleur »[5].

La spécificité de l’afroféminismeModifier

L’afroféminisme (afro-européen) se distingue du Black feminism (afro-américain). L’histoire de la négritude américaine n’est pas celle de l’Europe. D’un côté, se trouvent majoritairement des descendants d’esclaves, de l’autre, des afro-descendants issus de la période du colonialisme. Un grand nombre de Noirs américains n’ont que peu, si ce n’est aucun attachement familial, voire culturel, avec l’Afrique, tandis que nombre de Noirs d’Europe sont issus d’une émigration relativement récente[réf. souhaitée].

AfropéanismeModifier

L’afropéanisme est un mot-valise désignant la condition particulière des Noirs européens. Se jouant des frontières nationales – tout comme le font les diasporas –, il insiste donc sur l’idée d’une pluralité culturelle. Selon l’écrivaine Léonora Miano :

« Le terme « afropéen » cherche à décrire ces personnes d’ascendance subsaharienne ou caribéenne et de culture européenne : des individus qui mangent certes des plantains frits mais dont les particularismes ne sont pas tellement différents de ceux qu’on peut trouver dans les régions de France. » Le Magazine littéraire, 2010[6],[7].

Pour l'auteure, l’afropéanisme n’est pas un déni d’appartenance à la France ; « Accepter son appartenance à la France est considéré par certains comme une trahison, or c’est une condition nécessaire pour parvenir à se réaliser et pour que vos revendications – si vous en avez – soient légitimes. Et cela ne vous interdit pas de chérir la culture de vos parents, d'enrichir la culture française de ce qu’ils vous ont légué[6]. »

Les années 2010Modifier

AllemagneModifier

En Allemagne, le mouvement est initié par Audre Lorde, poétesse américaine qui séjourna régulièrement à Berlin dans les années 1980 et qui permit l'émergence de groupes afro-allemands féministes tels que le groupe lesbien ADEFRA (dialecte ahmarique éthiopien signifiant « la femme qui montre du courage ») et l’ISD ou Initiative Schwarze Menschen in Deutschen (signifiant « l’initiative des Noirs allemands »), permettant aux afro-allemandes d’acquérir plus de visibilité[8]. Le terme « afro-allemande » est également le résultat de discussions entre Audre Lorde et ces associations féministes[9].

FranceModifier

L’afroféminisme en France est représenté, entre autres par différents groupes militants tels que :

  • Paulette Nardal et le Rassemblement féminin (1944)[10]
  • Coordination des femmes noires ou Mouvement des femmes noires (1978-1982)
  • Mouvement pour la défense des droits de la femme noire ou MODEFEN (1981-1994)[11]
  • Afro-fem, fondé en 2012 est le premier collectif francophone né de l'initiative de 10 femmes noires militantes panafricaines. Le collectif est intersectionnel et abolitionniste[réf. nécessaire]
  • Lesbiennes of Color, groupe féministe lesbien constitué en 2009[12]
  • Mwasi (« fille » ou « femme » en lingala), — un collectif féministe, antiraciste, anticapitaliste, anticolonialiste[1] —, constitué en 2014[13]. Ce collectif est à l’origine du festival Nyansapo, le premier festival afroféministe européen, dont la première édition organisée fin juillet 2017 a provoqué une polémique[14].
  • Sawtche, collectif afroféministe formé en 2017 à Lyon, s’inscrit principalement dans la sororité politique et dans la continuité des luttes féministes antiracistes, anticolonialistes, anticapitalistes et panafricanistes, à travers l’expression artistique et la transmission de l’histoire et des écrits des femmes noires qui ont été et sont au cœur des luttes panafricaines. Le collectif Sawtche tire son nom du vrai nom de Saartjie Baartman, connue aussi sous le nom de « la Vénus hottentote »[15].

La journaliste et chroniqueuse Rokhaya Diallo, incluant également dans son combat féministe les luttes contre le racisme, l'homophobie, ou encore le handicap, se situe dans le champ de l'intersectionnalité[16],[17].

Dans le domaine de l'audio en ligne, la journaliste féministe Mélanie Wanga coanime le podcast Le Tchip qui analyse le quotidien et la culture sous un regard afro-centré. Elle est également cofondatrice de la lettre d'information féministe et intersectionnelle Quoi de meuf[18].

Sur InternetModifier

Il est également présent sur la toile, notamment à travers des blogueuses influentes telles que l'autrice Laura Nsafou[12], la fondatrice du collectif Mwasi Sharone Omankoy (blog : Le Kitambala agité[1]) ou encore l'autrice Kiyémis[19].

Domaine des artsModifier

La réalisatrice Amandine Gay réalise, en 2016, le documentaire Ouvrir la voix consacré à « la difficulté d’être femme et noire en France », dans lequel 24 femmes noires, victimes de stéréotypes — « sans cesse renvoyées à leur couleur de peau[20] » — racontent leur difficulté à se voir reconnaître comme « pleinement européennes », à se « fondre dans la masse »[21].

La dramaturge guadeloupéenne Gerty Dambury, qui rejoint la Coordination des Femmes Noires fin 1977, est aujourd’hui membre fondatrice de Décoloniser les arts.

Grande-BretagneModifier

En Grande-Bretagne, le travail de la vidéaste jamaïco-britannique Cecile Emeke vise à mettre en avant les problématiques des femmes afro-européennes contemporaines[22]. Selon elle, il y aurait une surreprésentation des femmes noires américaines dans les médias et une sous-représentation des femmes noires européennes, fossé qu'elle tente de combler en réalisant des portraits et documentaires de ces dernières.

Année 2020Modifier

Lors du festival « Aux Confins de la Cité » à Lausanne, la comédienne française Déborah Lukumuena incarne le rôle d'une adolescente qui cherche à s'émanciper. L'actrice se revendique afro-féministe, car elle se sent exclue du « féminisme blanc »[23].

ControversesModifier

En France, si l'afroféminisme en soi ne fait pas l'objet de polémiques marquées, certaines actions afroféministes sont critiquées, notamment des événements organisés en non-mixité comme l'ouverture d'un « camp d'été décolonial » interdisant l'entrée aux personnes blanches à Reims en 2016 ou la création en 2017 du festival Nyansapo (en) dans le cadre duquel les activités sont organisées séparément en fonction de la couleur de peau et du genre des participants, fait jugé discriminant par Dominique Sopo, président de SOS Racisme, et la LICRA[24].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Pierre Sorgue, « Ne nous libérez pas, on s’en charge : le cri des afroféministes », sur lemonde.fr,
  2. Emmanuelle Bruneel et Tauana Olivia Gomes Silva, « Paroles de femmes noires: Circulations médiatiques et enjeux politiques », Réseaux, vol. n° 201, no 1,‎ , p. 59 (ISSN 0751-7971 et 1777-5809, DOI 10.3917/res.201.0059, lire en ligne, consulté le 12 septembre 2020)
  3. Etienne Jacob, « Comprendre l'afroféminisme en cinq questions », sur Le Figaro.fr, (consulté le 12 septembre 2020)
  4. Fanny Marlier, « Qu’est-ce que l’afro-féminisme ? », sur lesinrocks.com,
  5. Jules Falquet, « Déclaration du Combahee River Collective », Les cahiers du CEDREF. Centre d'enseignement, d'études et de recherches pour les études féministes,‎ , p. 53–67 (ISSN 1146-6472, lire en ligne, consulté le 6 mars 2016)
  6. a et b « Léonora Miano : « Il faut formuler le concept d'afropéanisme » », sur archive.wikiwix.com
  7. « Afropéen [adj.] : qualifie le fait d'être noir et né en Europe », sur liberation.fr (consulté le 24 juillet 2017)
  8. « CASES REBELLES | PanAfroRévolutionnaires », sur www.cases-rebelles.org (consulté le 6 mars 2016)
  9. Cornelia Möser, Féminismes en traductions, Archives contemporaines, (ISBN 9782813000804, lire en ligne)
  10. « Rassemblement féminin. Martinique », sur data.bnf.fr (consulté le 12 septembre 2020)
  11. Lydie Dooh-Bunya et Philippe Dewitte, « La condition des femmes noires en France. Un entretien avec Lydie Dooh-Bunya », Hommes & Migrations, vol. 1131, no 1,‎ , p. 43–48 (DOI 10.3406/homig.1990.1454, lire en ligne, consulté le 12 septembre 2020)
  12. a et b Sirma Bilge, « Le blanchiment de l’intersectionnalité », Recherches féministes, vol. 28, no 2,‎ , p. 9-32 (ISSN 0838-4479 et 1705-9240, DOI 10.7202/1034173ar)
  13. Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes, Charlotte Bienaimé, « 5e volet : Ne nous libérez pas, on s'en charge » [audio], sur franceculture.fr, , durée 1h48.
  14. « Pourquoi l’afroféminisme crispe-t-il autant la France? », sur ARTE Info (consulté le 12 septembre 2020)
  15. « AAC > Des féminismes noirs en contexte (post)impérial français ? Histoires, expériences et théories - 30 septembre 2019 Colloque international - Campus Condorcet, 3-5 mars 2020 », sur http://iris.ehess.fr (consulté le 12 septembre 2020)
  16. Psychologies.com, « Rokhaya Diallo, le rire noir : Féministe avant tout », sur www.psychologies.com (consulté le 6 mars 2016).
  17. « On a parlé féminisme avec Rokhaya Diallo », sur lesinrocks.com, .
  18. « “Quoi de meuf ?” : une newsletter féministe pour se remettre d'aplomb », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le 17 février 2018).
  19. « "À nos humanités révoltées" : les pensées afroféministes de Kiyémis en poèmes », sur Bondy Blog, (consulté le 12 septembre 2020)
  20. « "Ouvrir la voix" : le documentaire qui donne la parole aux femmes noires en France », sur franceinter.fr, .
  21. Séverine Kodjo-Grandvaux, « la difficulté d’être femme et noire en France », sur lemonde.fr/afrique, .
  22. « « Ne sois pas une Fatou » : des jeunes Françaises racontent leurs blessures », sur Madame Figaro (consulté le 6 mars 2016)
  23. « Déborah Lukumuena, Noire n'est pas son métier », sur Le Courrier, (consulté le 14 septembre 2020). Également page 20 de l'édition papier du 10 juillet 2020.
  24. Étienne Jacob, « Comprendre l'afroféminisme en cinq questions », sur Le Figaro.fr, (consulté le 6 juin 2020).

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Mwasi est un collectif afroféministe créé en 2014 à Paris afin de militer pour l’afroféminisme.
  • Amandine Gay est une réalisatrice française afro-descendante et afroféministe.
  • Cecile Emeke est une vidéaste jamaïco-britannique afroféministe.