Houria Bouteldja

militante politique franco-algérienne

Houria Bouteldja est une militante politique franco-algérienne, née le à Constantine en Algérie. Elle est porte-parole du parti des Indigènes de la République jusqu'en 2020.

Houria Bouteldja
Houria Bouteldja par Claude Truong-Ngoc avril 2016.jpg
Houria Bouteldja en 2016.
Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Se présentant engagée contre l'islamophobie et le néocolonialisme, elle fait l'objet de nombreuses controverses et se voit elle-même accusée d'être antisémite, homophobe, sexiste, communautariste et raciste.

BiographieModifier

Houria Bouteldja suit des études de langues étrangères appliquées en anglais et arabe à Lyon. Depuis 2001, elle est salariée de l'Institut du monde arabe[1].

Elle est l'une des initiatrices de l'appel[2] (janvier 2005) qui donnera naissance au mouvement des Indigènes de la République, dont elle devient la porte-parole. Les Indigènes de la République se présentent comme un mouvement de dénonciation du passé colonial de la France, de lutte contre les discriminations dont sont victimes les « descendants des populations colonisées  » et, plus largement, contre l'idéologie raciste et colonialiste qui, selon eux, sous-tendrait les politiques sociales actuelles de l'État français[3].

Elle démissionne de son poste de porte-parole des Indigènes de la République en octobre 2020[4].

Prix anti-islamophobieModifier

En 2014, elle remporte le prix du « combat contre l'islamophobie » de la Islamic Human Rights Commission (IHRC), une organisation à but non lucratif militant contre les violations des droits des musulmans« [5]. »

Cette association est qualifiée par Caroline Fourest de « tête de pont du lobby khomeiniste à Londres [6]», et, selon elle, « la Islamic Human Rights Commission ne poursuit qu'un objectif : intimider les adversaires de l'Iran et de l'islam intégriste [6]».

Lors de la nomination en juin 2007 de Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises, au secrétariat d'État à la politique de la ville, Houria Bouteldja déclare qu'il s'agit d'une « promotion à l'islamophobie et au racisme »[7].

En novembre 2017, l'université de Limoges invite Houria Bouteldja à l'occasion d'un séminaire d’études décoloniales, ce qui provoque une polémique, du fait de ses prises de position controversées. Dans un premier temps, le président de l'université, Alain Célérier, assume cette sollicitation, avant de finalement annuler sa venue, évoquant un « risque de trouble à l'ordre public », la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal appelant pour sa part les universités « à la vigilance »[8],[9].

Affaires judiciairesModifier

  • Mise en examen le pour injure raciale à la suite de son emploi du terme « souchien », relaxée le (lire ci-dessous).
  • Le , elle est aspergée de peinture par un homme devant l'Institut du monde arabe, action revendiquée le lendemain par la Ligue de défense juive[10] (LDJ). Son agresseur, le webmestre de la LDJ, est condamné en mai 2016 à 6 mois de prison avec sursis et 8 500  d'amende[11].

Prises de positionModifier

Militante antiraciste contestée[12],[13],[14], elle se présente comme engagée contre l'islamophobie et le néocolonialisme, Houria Bouteldja fait l'objet de nombreuses controverses et se voit elle-même accusée d'être antisémite, homophobe, sexiste, communautariste, raciste[15],[16],[17].

En 2011, elle signe une tribune « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo » s’indignant du fait que l’incendie contre Charlie Hebdo puisse indigner, et y affirmant « qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première “affaire des caricatures” – bref : que ce fameux cocktail Molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières »[18].

Tout en disant avoir des « sentiments ambivalents » vis-à-vis de l'humoriste controversé Dieudonné, régulièrement critiqué pour son antisémitisme, elle loue son « attitude de résistance vis-à-vis du monde blanc » et des « sionistes »[19].

En 2016, elle publie le livre Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l'amour révolutionnaire, qui provoque de vives polémiques. Divers médias et observateurs politiques accusent Houria Bouteldja d'exprimer des opinions racistes et homophobes[20] et d'être dans une logique purement communautariste[16],[15]. Le directeur de la rédaction du Monde diplomatique, Serge Halimi lui reproche notamment de sommer la gauche de « tout subordonner — la domination sociale, la domination masculine, la persécution des minorités sexuelles — au combat contre l’hégémonie « blanche » et de le faire adossée à une réflexion théorique ne comportant en définitive qu’une variable, « Occident » contre « Indigènes », symétriquement conçus en blocs presque toujours homogènes, solidaires, immuables. » Aux yeux d’Halimi, avec de telles conceptions, « toutes les balises historiques du combat multiséculaire pour l’émancipation humaine (le rationalisme, le syndicalisme, le socialisme, le féminisme, l’internationalisme…) seront balayées par les torrents essentialistes et religieux[21]. » Caroline Fourest considère le livre comme étant d'extrême droite[22].

En mai 2018, elle participe à la conférence internationale « Bandung du Nord », organisée à la Bourse du Travail de Saint-Denis par le Decolonial International Network afin de « questionner la mémoire coloniale »[23]. Selon Politis, des figures historiques de l'antiracisme y participent, comme l’activiste afro-féministe Angela Davis ou encore Fred Hampton Jr. (en)[23] et d'après Conspiracy Watch, y interviennent certaines personnalités « qui se sont déjà illustrées en matière de complotisme et d’antisémitisme »[24].

Polémique sur l'utilisation du mot « souchien »Modifier

Dans l'émission de télévision Ce soir (ou jamais !) dont elle était une invitée régulière, Houria Bouteldja déclare le [7][source insuffisante] :

« On met toujours la focale sur les quartiers populaires […] en déficit de connaissances, de conscience politique, il faut les éduquer, etc. et on occulte complètement le reste de la société et ses privilèges […] et moi, j'ai envie de dire : c'est le reste de la société qu'il faut éduquer, […] c'est le reste de la société occidentale, enfin de ce qu'on appelle, nous, les souchiens — parce qu'il faut bien leur donner un nom —, les Blancs, à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation… […] la question de l'identité nationale, elle doit être partagée par tout le monde et c'est là qu'il y a un déficit de connaissances. »

Houria Bouteldja affirme qu'elle parlait, sans ambiguïté, de « souchiens »[25], un néologisme grammaticalement correct construit à partir de l'expression « Français de souche », et non de « sous-chiens ». À la suite des polémiques naissantes et grandissantes, elle clarifie ce point à plusieurs reprises, en particulier dans un article dédié intitulé : « Petite leçon de français d'une sous-sous-chienne aux souchiens malentendants »[26][source insuffisante].

L'hebdomadaire Marianne fut le premier média à faire part de la polémique, dans un article intitulé « Une petite leçon de racisme », paru le 28 juin 2007. L'orthographe que met en avant l'auteur de l'article est « sous-chiens » : le terme est pour lui une insulte déguisée, masquée par un jeu volontaire sur l'homophonie. L'intéressée réfute les accusations en se désignant elle-même comme une « sous-sous-chienne » et affirme avoir fait usage du néologisme « souchiens » pour désigner les « Français de souche », les « Blancs »[26][source insuffisante].

Quand, près d'un an plus tard, le ministre Brice Hortefeux revient sur l'idée qu'elle « traite les Français de sous-chiens », assurant qu'il ne laisserait pas prononcer de tels mots sans réagir[27], un communiqué des Indigènes de la République réaffirme qu'il s'agit d'accusations mensongères[28][source insuffisante].

L'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif), proche de l'extrême droite, lui intente un procès devant le tribunal de Toulouse, ce qui cause sa mise en examen le 10 mai 2010 pour injure raciale[29][source insuffisante] à la suite de son emploi du terme « souchien ».

Le 25 janvier 2012, l'Agrif et Bernard Antony perdent leur procès, et Houria Bouteldja est relaxée[30][source insuffisante]. Le tribunal correctionnel de Toulouse motive ainsi son jugement : l'expression « Français de souche », utilisée « dans les discours officiels roboratifs à l'attention des Français installés à l'étranger, colons ou expatriés, et plus particulièrement à ceux d'Algérie », a pris « son essor dans les années 1980 sur un mode néo-raciste avec la politisation de la question de l'immigration et des enfants de l'immigration que cet artifice de langage tend à matérialiser en race définie en creux, avec en toile de fond cette idée de la disparition de la grande race ou de la revendication d'un type supérieur d'humanité. »

Le tribunal rappelle cependant que « cette notion de français de souche qui va susciter en miroir celle de souchien a des résonances de pertinence affective et respectable (« la Nation, c'est la terre et les morts », disait Barrès tandis que Zola parlait de ce Français de souche né en France de parents français) ».

La partie civile et le parquet ont fait appel[31]. En effet, pour l'avocat général de la Cour d'appel, le terme «☃☃souchien☃☃» constitue une injure à caractère raciste[32].

Houria Bouteldja a été relaxée par la cour d'appel de Toulouse le 19 novembre 2012[33],[34], puis le pourvoi en cassation de l'Agrif a été rejeté le [35].

Proche-OrientModifier

En 2010, lors de l'émission de Ce soir (ou jamais !), elle déclare, parlant du Hamas et du Hezbollah[7][source insuffisante] :

« Le Hamas et le Hezbollah sont des mouvements de résistance qui résistent… j'affirme haut et fort que ces deux mouvements sont des mouvements de résistance ; c'est clair, net et précis. »

À l'époque, Israël a quitté l'intégralité du Liban depuis des années [36] et il est attaqué par des tirs de roquettes du Hezbollah dénoncés par la communauté internationale [37]. Le Hamas défend lui la disparition totale d'Israël via le Djihad [38]. L'organisation pratique la répression sauvage et l'usage général de la torture contre les Palestiniens eux-mêmes[39],[40],[41] .

Houria Bouteldja pose sur une photographie, en souriant, près d'une pancarte où est écrit : « Les sionistes au goulag »[20].

L'année suivante, elle déclare lors de la Ve Marche :

« Que nous soyons originaires d'Afrique, du monde arabo-musulman, des Caraïbes, habitants des cités ou tout simplement anti-colonialistes, nous devons nous unir dans ce combat commun au nom de notre dignité en France. Nous devons nous unir pour exprimer ensemble notre solidarité avec tous les peuples en lutte. Nous devons nous unir pour apporter notre soutien inconditionnel à la lutte du peuple palestinien pour retrouver sa terre. Et aucun chantage à l'antisémitisme ne nous fera reculer[42][source insuffisante]. »

Selon les journalistes de L'Obs Carole Barjon et Sara Daniel, Houria Bouteldja se défend d'être antisémite, mais emploie pour se justifier, des « comparaisons glaçantes », « comme celle des "indigènes judéophobes [qui] n'ont pas les moyens d'affréter des trains pour Auschwitz"… Pour elle, les "indigènes" ne peuvent être que des victimes… même lorsqu'ils s'appellent Mohammed Merah ! »[43].

Selon le politologue et historien Pierre-André Taguieff, elle n'hésite pas à appliquer la célèbre formule de Jean-Paul Sartre de la préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon, à la lettre, au conflit israélo-palestinien et elle juge que Sartre s'est trahi lui-même en défendant le droit à l'existence d'Israël : « Sartre a survécu. Car l’homme de la préface des Damnés de la terre n’a pas achevé son œuvre : tuer le Blanc. Sartre n’est pas Camus, mais il n’est pas Genet non plus. Car au-delà de son empathie pour les colonisés et leur légitime violence, pour lui, rien ne viendra détrôner la légitimité de l’existence d’Israël. [...] La bonne conscience blanche de Sartre… C’est elle qui l’empêche d’accomplir son œuvre : liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : « Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ». Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il Juif. C’est le pas que Sartre n’a pas su franchir. C’est là sa faillite. Le Blanc résiste. Le philosémitisme n’est-il pas le dernier refuge de l’humanisme blanc ? »[44],[19].

RacismeModifier

En février 2006, — au cours d'un entretien réalisé par Christine Delphy et Christelle Hamel, publié dans la revue Nouvelles Questions féministes[45] —, elle soutient que discrimination et ségrégation produisent une logique d'apartheid dont la conséquence est un accroissement de la communautarisation et des revendications identitaires, autant de causes qui développent « le racisme dans les minorités » : le racisme anti-Blanc existe et s'amplifie

« Oui, on en est là. Parce qu’on a tout fait … On a tout exploré. On est parties de chez nous. On vous a aimé·e·s. On a voulu faire comme vous […] On vous a tant aimé·e·s ! Et on s’est trouvés devant UN MUR D’ARROGANCE … ».

Elle ajoute :

« Alors l’appel des Indigènes dit : “Merde.” Il propose de repartir sur des bases saines. […] Prenez-le : le discours ne vous plaît pas … mais prenez-le quand même ! […] Là, on ne cherche plus à vous plaire ; vous le prenez tel quel et on se bat ensemble, sur nos bases à nous ; et si vous ne le prenez pas, demain, la société tout entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront ça. Celui qui n'aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N'importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres. Parce que, lorsqu'il n'y a plus de politique, il n'y a plus de détail, il n'y a plus que la haine. Et qui paiera pour tous ? Ce sera n'importe lequel, n'importe laquelle d'entre vous. C'est pour cela que c'est grave et que c'est dangereux ; si vous voulez sauver vos peaux, c'est maintenant. Les Indigènes de la République, c'est un projet pour vous ; cette société que vous aimez tant, sauvez-là… maintenant ! Bientôt il sera trop tard : les Blancs ne pourront plus entrer dans un quartier comme c'est déjà le cas des organisations de gauche. Ils devront faire leurs preuves et seront toujours suspects de paternalisme. Aujourd'hui, il y a encore des gens comme nous qui vous parlons encore. Mais demain, il n'est pas dit que la génération qui suit acceptera la présence des Blancs. »

En juin 2012, elle fait partie des signataires d'une tribune[46] dénonçant le texte d'orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès du 30 mars et du à Bobigny, et notamment les références faites au racisme antiblanc[47].

Au cours d'un débat dans l'émission Ce soir (ou jamais !), le politologue Thomas Guénolé interpelle Houria Bouteldja, également invitée, en déclarant : « Il y a une partie de l’antiracisme, et cela me fait beaucoup de peine de dire cela, qui est devenue raciste. Je parle de vous Madame Bouteldja. » Il poursuit en accusant Houria Bouteldja d'être raciste, misogyne et homophobe, en citant les divers propos et écrits de cette dernière sur les Juifs, les Blancs, les femmes, les couples mixtes et les homosexuels[48],[20]. Selon Thomas Guénolé, Houria Bouteldja explique que « Si une femme noire est violée par un noir, c'est compréhensible qu'elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire »[20]. Elle précise à ce sujet « deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche ».

Cette analyse est partagée par Jean Birnbaum qui, dans un article intitulé « La gauche déchirée par le “racisme antiraciste” » du Monde du , décrit le rôle notable de Houria Bouteldja « dans la dérive ethno-différencialiste d'une partie de la gauche ayant rompu avec l'utopie universaliste pour voir dans le Blanc l'ennemi absolu[49]. »

Le , une vingtaine d'intellectuels, dont Christine Delphy ou Annie Ernaux, cosignent — dans le même quotidien, en réaction à l'article de Jean Birnbaum — une tribune de soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique. Pour eux, elle « est la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… Il semble décidément que ses contempteurs n’aient pas lu son livre Les Blancs, les Juifs et nous […], se soient arrêtés à son titre sans le comprendre ou à quelques extraits cités à contre-emploi[50] ».

Jack Dion, du magazine Marianne, réagit à cette tribune en ces termes : « défendre une raciste décomplexée tout en se prétendant de gauche[51] ».

Les journalistes de L'Obs Carole Barjon et Sara Daniel notent pour leur part qu'Houria Bouteldja affirme se situer en dehors du cadre républicain et « professe la haine de l'État-nation. En embrouillant le débat par de savants syllogismes et un lexique très personnel, elle joue à l'envi sur le champ sémantique de l'antiracisme de manière à se dédouaner de tout racisme anti-blanc »[43].

Les Blancs, les Juifs et nousModifier

Dans son ouvrage Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016), elle écrit :

« On ne reconnaît pas un Juif parce qu’il se déclare Juif mais à sa soif de vouloir se fondre dans la blanchité, de plébisciter son oppresseur et de vouloir incarner les canons de la modernité. Comme nous[52],[53]. »

Libération qualifie l'ouvrage de « logorrhée haineuse » et de « brûlot odieux » : le journal dénonce la « dérive identitaire » de Houria Bouteldja, soulignant que si cette dernière conserve de « justes indignations », elle apporte des réponses « ahurissantes » aux problèmes qu'elle soulève, tout en faisant preuve d'une « ignorance historique crasse »[15].

Tristan Garcia considère que les positions de l'ouvrage de Bouteldja utilisent la race comme « catégorie stratégique » et que, comme toute pensée décoloniale radicale, ses positions hésitent entre une réappropriation stratégique des divisions raciales et une « sorte d'épistémologie racialiste non blanche »[54].

Le Canard enchaîné relève que Houria Bouteldja parle du vivre-ensemble dans son livre publié en 2016 mais « qu'elle n'en veut pas. Non aux luttes communes », citant en exemple qu'elle refuserait à l'historien Pascal Blanchard de travailler sur le fait colonial, parce que c'est un blanc[1].

Les éditions Libertalia publient le livre La Fabrique du musulman, dans lequel le docteur en sciences politiques Nedjib Sidi Moussa fustige « une gauche cléricale à tendance racialiste » représentée par les positions d'Houria Bouteldja[49].

Pour Didier Leschi, « Qu'inférer d'un tel pamphlet sinon que l'éditeur qui le publie et les intellectuels qui invitent son auteure à en débattre cautionnent ainsi un condensé “décolonisé” [sic] du noyau dur de la pensée de Charles Maurras : la haine du juif associée au dégoût du métissage pensé comme vecteur de l'effémination de la race[55]. »

FéminismeModifier

Bouteldja dénonce ce qu'elle appelle le « féminisme blanc »[1].

MétissageModifier

Selon Nicolas Lebourg, le projet décolonial du PIR, dont Houria Bouteldja est la « médiatique porte-parole », « prône l'absence de métissage avec les Blancs et, a minima, en cas de mariage interethnique, la conversion du Blanc à l'islam[56]. »

AntisémitismeModifier

Pour Éric Dupin, « Les thématiques ultra-identitaires du PIR flirtent dangereusement avec l'antisémitisme[57] ».

En 2017, Barbara Lefebvre qualifie son livre de « pamphlet raciste et antisémite de Bouteldja[58] ».

Houria Bouteldja affirme que « Les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe. » Le refus de la député Danièle Obono de condamner ces propos, affirmant respecter Bouteldja déclenchent des critiques[59].

HomophobieModifier

En 2013, dans le contexte du débat sur le mariage homosexuel, Houria Bouteldja déclare que « le mode de vie homosexuel n’existe pas dans les quartiers populaires », « ce qui n’est pas une tare », et que « le mariage pour tous ne concerne que les homos blancs », tout en précisant que « ça ne signifie pas qu’il n’y a pas de pratiques homosexuelles dans les quartiers, ça signifie qu’elle n’est pas prioritaire et qu’on a d’autres choses beaucoup plus importantes et urgentes. » Le sociologue Daniel Welzer-Lang commente à ce propos : « Dire que des personnes n’existent pas comme le fait Bouteldja, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir, c’est de l’homophobie » ; l'association Le Refuge juge quant à elle qu'un tel discours risque de stigmatiser encore plus les jeunes homosexuels des cités[60].

Elle affirme également : « l'homme arabe qui fait son coming-out, c'est un acte de soumission à la domination blanche[1] » et dénonce l'« impérialisme gay »[43].

Dans une interview avec Jeune Afrique, elle se défend des accusations d'homophobie :

« Mes propos ont été déformés dans la presse. J’ai simplement dit que les identités LGBT sont un phénomène nouveau en Europe, au XIXe siècle ça n’existait pas. Elles sont essentiellement européennes. Il faut distinguer la pratique homosexuelle et l’identité sociale homosexuelle. Celle-ci n’est pas reconnue et nommée dans tous les pays. Dans certains pays il y a une reconnaissance sociale d’un phénomène sans que cela soit politisé, lié à des revendications ou à une demande d’identification. Et, dans d’autres pays c’est l’inverse, comme en Occident[61]. »

Le journaliste Serge Halimi relève cet extrait du livre Les Blancs, les Juifs et nous :

« « Il n’y a pas d’homosexuels en Iran ». C’est Ahmadinejad qui parle. Cette réplique m’a percé le cerveau. Je l’encadre et je l’admire. […] Ahmadinejad, mon héros. […] La Civilisation est indignée. […] Et moi j’exulte »

Il s'étonne : « Étrange jubilation de sa part, tout de même, à entendre le président d’un pays qui exécute les homosexuels prétendre qu’ils n’existent pas[21]. »

Dans le même ouvrage, elle écrit, à propos des homosexuels arabes qui font leur coming out :

« Les Blancs, lorsqu’ils se réjouissent du coming out du mâle indigène, c’est à la fois par homophobie et par racisme. Comme chacun sait, “la tarlouze” n’est pas tout à fait “un homme”, ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. »

Thomas Guénolé cite ce passage pour dénoncer ses positions homophobes[20]. Dans une tribune publiée sur le media LGBT Yagg, Thierry Schaffauser, militant Act-Up, reproche à Guénolé d'avoir fait — lors de l'émission Ce soir (ou jamais !) — une utilisation tronquée des citations extraites du livre d'Houria Bouteldja. Schaffauser estime que le politologue a cherché à tromper son audience et que Bouteldja, loin d'être homophobe, reconnaît l'homophobie tout en en faisant une analyse politique[62].

Libération reproche à Bouteldja d'opposer « irrémédiablement les masculinités blanche et indigène, les façons d’être « “homme” » en Europe ou au Maghreb », de présenter les « virilités de culture différentes » comme inconciliables, comme si un homme ou une femme ne pouvait « se définir en termes de genre que dans l’héritage fantasmé de ses aïeux » : le journal conclut qu'Houria Bouteldja reprend ainsi « le pire du catéchisme postcolonial en surdéterminant les existences par l’origine géographique »[20],[15]. Les journalistes Carole Barjon et Sara Daniel ajoutent : « D'après elle, la répression qui vise les homosexuels dans bon nombre de pays musulmans est le simple résultat de l'influence occidentale et de ses "normes hétéro-sexistes" »[43].

TerrorismeModifier

Elle a déclaré le 6 avril 2012:

« Le 13 juillet 1998, je me suis endormie moi et me suis réveillée Zinedine Zidane (...) pourtant, je ne suis pas footballeuse. Le 21 mars 2012, je me suis couchée moi et me suis réveillée Mohamed Merah. Pourtant, je n’ai jamais porté d’armes et n’ai jamais tiré sur personne (...) Pourquoi sommes-nous liés à Mohamed Merah, comme la corde l’est au pendu ? »[63]. et un peu plus loin, « le pire c'est que c'est vrai. Comme moi, il est d'origine algérienne, comme moi il a grandi dans un quartier, comme moi il est musulman.… Comme moi, il sait qu'il sera traité d'antisémite s'il soutient les Palestiniens colonisés, d'intégriste s'il soutient le droit de porter le foulard. Mohamed Merah c'est moi et moi je suis lui. Nous sommes de la même origine et surtout de la même condition. Nous sommes des sujets postcoloniaux. Nous sommes des indigènes de la république… […] Mohamed Merah, c’est moi et ca n’est pas moi. […]
Par son acte, [Mohammed Merah] a rejoint le camp de ses propres adversaires. De NOS adversaires. Par son acte, il s’empare d’une des dimensions principales de nos ennemis : celle de considérer les Juifs comme une essence sioniste ou une essence tout court[19],[64][source insuffisante]. »

Pour la chercheuse australienne Julia Ebner, spécialiste du terrorisme, ces phrases et toute sa rhétorique générale reflètent une profonde haine des blancs[65].

PublicationsModifier

LivresModifier

RevuesModifier

  • Chapitre dans La Révolution en 2010 ? : les vrais enjeux de 2007, Descartes et Cie, collection « Cahier Laser », no 10, 2007 (ISBN 2844461034) (notice BnF no FRBNF4096128)
  • Houria Bouteldja, « Pouvoir politique et races sociales », Période,‎ (lire en ligne)

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Anne-Sophie Mercier, « La Politique du PIR », Le Canard enchaîné, 15 novembre 2017, page 7.
  2. Texte de l'« Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial : Nous sommes les Indigènes de la République ! », intégralement reproduit dans l'article de Jérémy Robine, « Les "indigènes de la République" : nation et question postcoloniale », sur cairn.info, .
  3. Romain Bertrand, La mise en cause(s) du « fait colonial », revue Politique africaine, éditions Karthala, 2006/2, no 102.
  4. « “Aujourd'hui le PIR rayonne dans toutes les universités” : Houria Bouteldja quitte le mouvement indigéniste », sur Valeurs actuelles, (consulté le 7 octobre 2020)
  5. Dimitri Casali, Le Grand procès de l'histoire de France, Groupe Robert Laffont, , 191 p. (ISBN 978-2-221-22188-4, lire en ligne).
  6. a et b Caroline Fourest, Eloge du blasphème: essai, Grasset,
  7. a b et c Voir sur lagrif.net..
  8. Marie-Estelle Pech, « Quand un antiracisme dévoyé s'immisce dans l'éducation », Le Figaro, samedi 25 / dimanche , p. 11.
  9. Alain Policar et Emmanuel Debono, « À l'université, attention à "la banalisation de l’antisémitisme", Le Monde, .
  10. « La porte-parole des indigènes de la république agressée à Paris », Libération, .
  11. « Procès LDJ : des peines allant de 6 mois avec sursis à 12 mois ferme », Le Courrier de l'Atlas, .
  12. Robert Redeker, « Indigènes de la République : les fractures de l'antiracisme », sur L'Expres, (consulté le 29 avril 2019).
  13. Jean-Sébastien Josset, « France : qui sont les décoloniaux, ces nouveaux militants antiracistes qui volent de leurs propres ailes ? », sur Jeune Afrique, (consulté le 29 mars 2019).
  14. Sonya Faure, « L'activiste Houria Bouteldja fait polémique à gauche », sur Libération, (consulté le 29 mars 2019).
  15. a b c et d Clément Ghys, « La dérive identitaire de Houria Bouteldja », Libération, .
  16. a et b Jack Dion, « Houria Bouteldja ou le racisme pour les nuls », sur marianne.net, .
  17. Vianney Passot, « Bouvet : "Que des universitaires défendent Houria Bouteldja est un crime contre l'esprit" », Le Figaro, .
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