Alain Gresh

journaliste français spécialiste du Proche-Orient
Alain Gresh
Alain Gresh, Interview Nawaat, mai 2014 (03).jpg
Alain Gresh en 2014.
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Alain Gresh, né en 1948 en Égypte, est un journaliste français.

Il est ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, et fondateur du journal en ligne Orient XXI. Spécialiste du conflit israélo-palestinien, il s'intéresse également à la possibilité d'une convergence entre islam et Occident, intégrant à ses réflexions les polémiques médiatiques sur Tariq Ramadan.

Ses prises de positions suscitent souvent des controverses et il est souvent cité comme un pro-palestinien[1].

BiographieModifier

OriginesModifier

La mère d'Alain Gresh est née en Suisse de parents russes juifs ; son père naturel est Henri Curiel, militant communiste et internationaliste, assassiné à Paris[2],[3], qui « marquera Alain Gresh sur l’importance de la lutte en faveur du Tiers-Monde »[4]. Son père adoptif est un copte égyptien.

Il passe le début de sa jeunesse en Égypte, et affirme avoir pris conscience d'une différence d'opinion, en étant dans le monde arabe ou en Occident[5]. Il entre à 14 ans aux jeunesses communistes en arrivant en France[6].

Engagement politiqueModifier

Après avoir été permanent de l'Union des étudiants communistes avec Dominique Vidal puis leader de la Jeunesse communiste[7], il devient ensuite secrétaire coordinateur du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à La Havane (1978)[8],[9].

Il devient ensuite membre de la section de politique extérieure du Parti communiste, chargé du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord[10].

Selon Geneviève Sellier, première secrétaire nationale de l’Association France-Palestine, Alain Gresh aurait joué un rôle important pour la création de l'organisation pro-palestinienne : « Ce n’était pas un truc complètement manipulé… L’association n’aurait pas pu se faire si le représentant du PCF, c’est-à-dire Alain [Gresh], n’avait pas mis toute son énergie pour y arriver sur des bases ouvertes. C’est-à-dire s’adresser à des gens qui avaient une certaine influence, des députés, etc., ne pas les manipuler complètement, se mettre d’accord avec eux sur une base claire »[1].

En 2007, rétrospectivement, il affirme lors d'un entretien que le parti communiste l’avait mandaté pour créer une association de soutien à la cause palestinienne, un an après le changement de politique de Moscou[11].

Il parvient à organiser en février 2007 une conférence pour l'organisation pro-palestinienne Génération Palestine dans les locaux d’une université parisienne[1].

Activités professionnellesModifier

Alain Gresh a été rédacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique pendant une dizaine d'années jusqu'en , date à laquelle il démissionne de son poste pour redevenir simple journaliste[12],[13]. De à , il est le directeur adjoint du mensuel. Il prend finalement sa retraite fin 2015[réf. souhaitée].

Alain Gresh est directeur du journal en ligne Orient XXI[14], site d'information sur le monde arabe, le monde musulman et le Moyen-Orient[15]. Il a été président de l'Association des journalistes spécialisés sur le Maghreb et le Moyen-Orient (AJMO), association qui a cessé ses activités dans les années 2000[16].

Ouvrages et prises de positionModifier

Cause palestinienneModifier

Son premier livre est la publication de sa thèse sur l'Organisation de libération de la Palestine, intitulé OLP, histoire et stratégies (1983). L'ouvrage est présenté par la militante du PCF Annie Kriegel comme « le travail le plus sérieux et le plus riche que l'on possède en français sur l'OLP »[10][réf. à confirmer]. Selon Samir Kassir, Gresh produit une « analyse fouillée » qui s'appuie sur de très nombreux documents et « permet de toucher du doigt les articulations majeures du mouvement palestinien, mais également d’en apprécier le pluralisme »[17]. La chercheuse Helena Cobban de Georgetown University, donne un avis très négatif de son livre, qu'elle considère être une thèse, « peu éditée », « désorganisée » et « résolument schizoïde ». Elle critique également l'éditeur : « Les éditeurs français ont souvent une attitude plus indulgente envers un style de prose ressemblant à des notes de classe que leurs homologues anglophones »[18].

En 1989, il organise avec Hamadi Essid et Jean-Paul Chagnollaud ainsi qu'avec le soutien de députés européens, un colloque auquel participent pour la première fois publiquement des représentants de l’OLP et des députés israéliens (alors que L’OLP était encore considérée comme organisation terroriste)[19].

Il cite également comme exemple Marwan Barghouti, condamné à la perpétuité pour meurtre de civils[20] et impliqué dans plusieurs attentats à la bombe dans des restaurants et écoles [21] et qui servirait aussi à « dépolitiser » les problèmes en faisant croire à une lutte entre le Bien et le Mal (« Pour en finir vraiment avec le terrorisme »)[22][pas clair].

IslamModifier

Alain Gresh publie en 1994 Un péril islamiste ?, qui regroupe sous sa direction les écrits de 17 auteurs en provenance de divers horizons. Selon Dhoukar Hédi, « la réponse qui se de dégage de l'ouvrage collectif conclut à la non existence d'un tel péril, alors que les problèmes soulevés par les divers intervenants restent pour l'essentiel sans réponse. Comment en serait-il autrement, puisque, si péril il y a, il ne menace que les peuples musulmans ? ». Dhoukar Hédi estime qu'Un péril islamiste ? est un livre « dense, riche et actuel, qui, à aucun moment, ne dérape dans la complaisance, le dénigrement ou le paternalisme »[23].

D'après l'universitaire James Cohen, Alain Gresh est un spécialiste du conflit israélo-arabe et il s'accorde avec Ramadan sur un « « axe de convergence » pour « résister » à l'ordre mondial « au-delà des différences de civilisations, de religions et de cultures » ». James Cohen estime que Tariq Ramada et Alain Gresh tentent de dépasser leurs différences en construisant des valeurs universelles susceptibles de rallier ceux qui voudraient « construire un monde moins divisé ». Les deux s'opposent fermement au point de vue de Samuel Huntington (Le Choc des civilisations) qui estime qu'islam et Occident s'affrontent dans une dynamique soutenue par des différences culturelles irréconciliables. Ils se rejoignent également dans l'idée que le regard des Européens sur les immigrés et enfants d'immigrés musulmans est conditionné par leur passé colonialiste. Cependant, Alain Gresh, à la différence de Tariq Ramadan, estime que la convergence entre islam et Occident se heurte à la faiblesse du courant de résistance à l'ordre mondial au sein des forces islamiques : « où sont les forces islamiques qui proposent une solution aux problèmes du développement économique, à ceux de la misère, de la démocratie, du multpartisme, de la liberté d'expression, des droits des femmes ? ». Alain Gresh estime également que les intellectuels arabes sont dans une posture de « victimisation » au lieu de construire des passerelles avec l'Occident[24].

La chercheuse Valérie Amiraux, qui analyse le livre d'Alain Gresh L'Islam, la République et le monde, écrit : « Alain Gresh signe, selon nous, ici, son ouvrage le plus intime. Il y inscrit sa sensibilité à l’égard du débat sur l’Islam en France dans un itinéraire biographique qui s’ouvre en Égypte. Mais, à la différence des écrits de D. Bouzar et C. Fourest, il a le souci constant d’une historicité toujours érudite, pertinente, qui permet de suivre à la trace l’itinéraire des concepts, des personnes, des idées, les chemins tortueux de la prise de décision publique en matière de culte »[25].

Selon la chercheuse en sociologie Valérie Amiraux, Alain Gresh aborde les enjeux du traitement public de l'Islam et des Musulmans de France en y intégrant les polémiques médiatiques autour de Tariq Ramadan. Alain Gresh « replace la montée de la haine du Musulman dans le contexte international et dans l’histoire de la France post-coloniale », et il affirme l'existence d'une « amnésie coloniale qui continue de marquer la vie politique ». Pour la chercheuse, les travaux d'Alain Gresh font partie des « rares » analyses qui « ont pensé activement [l]e lien entre passé colonial et migration post-coloniale ». Par ailleurs, Alain Gresh « se risque franchement sur des terrains polémiques », abordant des sujets comme le viol ou les tournantes, qu'il contextualise, chiffre pour comprendre l'ampleur des phénomènes, « en mobilisant des références centrales de sociologie urbaine (Whyte, Wirth) qui, effectivement, sont parmi les outils les plus rodés aux terrains en question ». Valérie Amiraux note les longs développements d'Alain Gresh sur les travaux de la commission Stasi sur la laïcité, qui selon elle méritent d'être lu pour comprendre les « erreurs de lecture » de Caroline Fourest sur ce même sujet et « son aveuglement de militante »[25].

En 2017, il est invité au Doha Institute du Qatar et il y dénonce la politique arabe de la France[26]. Il est également invité sur Al Jazeera[27]. Alain Gresh se joint en 2020 à une tribune qui suggère que Tariq Ramadan, inculpé dans des affaires de viols, ne fait pas l'objet d'une « justice impartiale et égalitaire »[28].

GéopolitiqueModifier

Concernant la géopolitique du Moyen-Orient, Robert Fisk de The Independent considère, en 2013, qu'Alain Gresh en est « le meilleur commentateur » et que son travail dans Le Monde diplomatique « est, ou devrait être, une lecture essentielle pour tous les politiciens, généraux, officiers du renseignement, bourreaux, et tous les Arabes de la région. » Fisk note en particulier l'analyse d'Alain Gresh qui relève que, dans le cadre de la révolution égyptienne de 2011, le parti des Frères musulmans s'est montré « fondamentalement incapable de s'adapter à l'accord politique pluraliste, de sortir de sa culture de la clandestinité, de se transformer en un parti politique, de faire des alliances […] »[29].

CritiquesModifier

Pour l'écrivain Mohamed Sifaoui, Alain Gresh est un « islamo-gauchiste », un « idiot utile », qui, notamment, estime inacceptable de faire entrer dans un moule unique les bouleversements dans les pays musulmans — guerre civile algérienne, talibans en Afghanistan, etc —, alors que, selon Mohamed Sifaoui, ils ont pour point commun « l'idéologisation de l'islam à des fins politiques »[30].

Jean-Christophe Moreau, coauteur avec Isabelle Kersimon du livre Islamophobie la contre-enquête (2014), soutient qu'Alain Gresh « a joué aux côtés de Tariq Ramadan un rôle décisif dans la consécration médiatique du terme « d'islamophobie » comme dans la banalisation de l'islam politique »[31].

OuvragesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Marc Hecker, Intifada Française ? : De l'importation du conflit israélo-palestinien, Paris, Éditions Ellipses, , 506 p. (ISBN 978-2-7298-7259-5 et 2-7298-7259-0, OCLC 80083467), p. 41-42, 179, 394
  2. Alain Gresh : « Rien ne sera plus comme avant » , L'Humanité, 24 février 2011.
  3. Gilles Perrault, « Henri Curiel, citoyen du tiers-monde », sur Le Monde diplomatique, (consulté le ).
  4. Harvey Nicolas, « L'internationalisation du Monde diplomatique : entre "cosmopolitisation" et homogénéisation éditoriale », Pôle sud, no 30,‎ , p. 85-97 (lire en ligne).
  5. Anne-Lucie Chaigne-Oudin, « Alain Gresh, De quoi la Palestine est-elle le nom ? », .
  6. Alain Gresh, « Alain Gresh : « On peut être croyant et révolutionnaire » », sur Revue Ballast,
  7. « Alain Gresh et le basculement du monde », regards.fr.
  8. (es) José Farjado, « "Las actividades pour el XI Festival" », Sierra Maestra,‎
  9. Jacquy Chemouni, La Psychanalyse française captive du politique, Beauchesne, (ISBN 2701015456), p. 39
  10. a et b Annie Kriegel, « L'implosion de l'OLP », Le Figaro,‎
  11. Marc Hecker, « Un demi-siècle de militantisme pro-palestinien en France : évolution, bilan et perspectives », sur Confluences Méditerranée,
  12. « Trois questions à... Alain Gresh », sur amis.monde-diplomatique.fr,
  13. Olivier Costemalle, « Attac diplomatique à la direction du Monde diplo », sur Libération,
  14. « Alain Gresh : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le )
  15. « Orient XXI », sur iReMMO (consulté le )
  16. « L'Association française des journalistes spécialisés sur le Maghreb et le Moyen-Orient a reconduit », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. Samir Kassir, « OLP. Histoire et stratégies - Vers l'état palestinien », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  18. Helena Cobban, « Gresh: OLP: Histoire et stratégies vers (book review) l’État », sur ProQuest, (consulté le )
  19. Jean-Paul Chagnollaud, « Naissance d’une revue », Confluences Méditerranée, no 100,‎ , p. 9-11 (lire en ligne) :

    « Pendant deux jours, au Sénat à Paris en janvier 1989, il y eut ainsi de passionnants échanges sur les possibilités d’une paix israélo-palestinienne. »

  20. « La quintuple perpétuité est requise contre Marwan Barghouti », sur Courrier International,
  21. Paul Giniewski, La guerre des hommes-bombes, Editions Cheminements, , *
  22. Le Monde Diplomatique, avril 2015.
  23. Hédi Dhoukar, « Alain Gresh (dir.) : Un péril islamiste ?, 1994 », Hommes & Migrations, vol. 1186, no 1,‎ , p. 56–57 (lire en ligne, consulté le )
  24. Jim Cohen, « L'Islam en questions, Alain Gresh et Tariq Ramadan. Coll. Babel, 2002 », Hommes & Migrations, vol. 1242, no 1,‎ , p. 152–153 (lire en ligne, consulté le )
  25. a et b Valérie Amiraux, « A propos de l'islam et des musulmans », Mouvements,‎ (lire en ligne)
  26. (en) Doha Institute, « Alain Gresh Speaks in Doha: “More of the Same” in Store for France’s Arab Policy », sur Doha Institute,
  27. Hadrien Mathoux, « "AJ+ français" : quand la propagande du Qatar se cache derrière un progressisme féministe et LGBT », sur Marianne,
  28. « Tariq Ramadan victime pré-désignée d’un complot islamophobe ? », sur Conspiracy Watch,
  29. (en) Robert Fisk, « Millions take to the streets of Egypt in an ever-growing media fantasy », sur independant.co.uk, (consulté le )
  30. Mohamed Sifaoui, Pourquoi l'islamisme séduit-il ?, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-25606-7, lire en ligne)
  31. Jean-Christophe Moreau, "L'islamophobie" selon Alain Gresh, huffingtonpost.fr (version archivée), 13 janvier 2015
  32. L'Islam, la République et le Monde sur quefaire.lautre.net.

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