Ignace de Loyola

saint catholique, fondateur au XVIe s. de la Compagnie de Jésus
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Ignace de Loyola
Image illustrative de l’article Ignace de Loyola
Ignace de Loyola
Saint, fondateur des Jésuites
Naissance 1491
Loiola (Azpeitia), couronne de Castille (aujourd'hui Pays basque en Espagne)
Décès le   (65 ans)
Rome, Latium, États pontificaux (aujourd'hui Italie)
Nom de naissance Íñigo López de Loyola
Autres noms Ignace de Loyola
Nationalité Espagnol
Ordre religieux Compagnie de Jésus
Vénéré à Sanctuaire de Loyola, église du Gesù (Rome)
Béatification 19 avril 1609 Rome
par Paul V
Canonisation le  Rome
par Grégoire XV
Vénéré par l'Église catholique
Fête 31 juillet

Blason de Ignace de Loyola.

Ignace de Loyola (Ignazio Loiolakoa en basque, Íñigo López de Loyola en espagnol), né en 1491[note 1] à Loiola et mort le à Rome, est un prêtre et théologien basque-espagnol. Il est l’un des fondateurs et le premier supérieur général de la Compagnie de Jésus — en latin abrégé « SJ » pour Societas Jesu — congrégation catholique reconnue par le pape Paul III en 1540 et qui prit une importance considérable dans la réaction de l’Église catholique aux XVIe et XVIIe siècles face à l’ébranlement causé par la Réforme protestante.

Auteur des Exercices spirituels, il fut un directeur de conscience. La spiritualité ignatienne est l’une des principales sources d’introspection religieuse et de discernement vocationnel dans le catholicisme. À la tête des Jésuites, il devint un ardent promoteur de la réforme tridentine, aussi appelée Contre-Réforme. Il orienta sa congrégation vers l’œuvre missionnaire, en particulier vers les Indes orientales, l’Afrique et les colonies espagnoles d’Amérique du Sud.

Canonisé par le pape Grégoire XV le , Ignace de Loyola est liturgiquement commémoré le .

Jeunesse et débuts dans l'armée modifier

Naissance et baptême modifier

Il naît au château de Loyola, situé dans le quartier de Loiola à Azpeitia, localité située à 25 km au sud-ouest de Saint-Sébastien dans la province forale de peuplement basque de Guipuscoa (royaume de Castille), sous le règne d'Isabelle Ire (1451-1504), épouse du roi d'Aragon Ferdinand II (1452-1516), tous deux appelés les rois catholiques d'Espagne à partir de 1496.

 
Basilique San Ignacio à Azpeitia dans le Pays basque.

Sa date de naissance n'est pas connue avec certitude. Le registre baptismal le plus ancien d’Azpeitia date en effet de 1537. Même en ce qui concerne l’année, ses premiers compagnons (Polanco et Ribadeneyra) et amis hésitaient entre 1491, 1493 et 1495. Choisissant d’écrire sur son épitaphe qu’Ignace de Loyola est mort à 65 ans, ils s’accordent implicitement sur 1491 comme année de naissance. Le témoignage de sa nourrice, María Garín, va dans le même sens. La date serait confirmée par le fait qu'Ignace signe en 1507 des actes après la mort de son père — la limite légale de signature étant fixée à 16 ans[1]. Les biographes contemporains[2] optent tous pour 1491. Rien de certain ne peut être dit quant au jour de sa naissance : ni ni . Ce que l’on appelle l’Autobiographie, qui est plutôt le récit d’une conversion et d'un cheminement spirituel tel que raconté à un confident (qui le met par écrit) ne donne aucune indication au sujet de la date de naissance.

Son prénom de baptême, Iñigo, est d'origine basque (Eneko), et lui vient de saint Eneko (sanctus Ennecus), père abbé d’Oña. Par la suite, il utilisera le nom latin d'Ignatius adopté lors de son séjour à Rome[3] et retenu par la postérité.

Origines familiales et formation initiale modifier

Issu d'une famille de petite noblesse basque, qui soutient traditionnellement la maison de Castille, il est le fils de don Beltrán Yáñez de Oñaz y Loyola et de son épouse, Marina Sáenz de Licona y Balda, et est le benjamin d’une fratrie de treize.

Il a seulement sept ans quand sa mère meurt. Il noue alors une relation forte avec son père, qui meurt quand il en a quinze.

Il connaît l’éducation du grand siècle espagnol qui éclot en cette fin du XVe siècle.[pas clair]

Débuts à la cour (1506-1516) sous le règne de Ferdinand d'Aragon modifier

Ignace quitte Loyola en 1506 et devient page à la cour de Ferdinand le Catholique, qui est alors roi d'Aragon et régent du royaume de Castille au nom de sa fille Jeanne, dite « la Folle », veuve de Philippe le Beau.

Devenu gentilhomme à sa majorité, Ignace entre comme secrétaire au service d’un parent de sa mère, Juan Velázquez de Cuéllar[4], trésorier général (contador mayor) du royaume de Castille. Comme il le dit dans son autobiographie, il mène pendant dix ans la vie des courtisans : « Jusqu’à la vingt-sixième année de sa vie, il fut un homme adonné aux vanités du monde et principalement il se délectait dans l’exercice des armes ». Il se lie d'amitié avec l’infante Catherine de Castille, fille de Jeanne, qui, en raison de ses problèmes de santé, est assignée à résidence[5] par Ferdinand dans un couvent de Tordesillas[6].

Sous le règne de Charles Quint : dans l'armée de Navarre (1517-1521) modifier

En 1516, la mort de Ferdinand d’Aragon, à qui succède de fait[7] son petit-fils, Charles de Habsbourg[8], entraîne le renvoi de Juan Velázquez et l’éloignement d’Ignace.

En 1517, Ignace entre dans l’armée du duc de Lara, vice-roi de Navarre, le royaume de Navarre ayant été envahi en 1512 par les armées de Ferdinand et annexé au royaume de Castille[9] au détriment de la dynastie légitime, les rois de la maison française d'Albret, aussi détenteurs de la vicomté de Béarn et du comté de Foix.

En 1520, Charles de Habsbourg (Charles Ier de Castille et d'Aragon), est élu empereur sous le nom de Charles V, couramment en français : Charles Quint. En 1521 commence la sixième guerre d'Italie[10], qui oppose Charles Quint au roi de France François Ier. Les armées françaises attaquent notamment en Guipuscoa à Fontarrabie, qui est occupée, et en Navarre à Pampelune, capitale du royaume. François Ier souhaite en effet que le roi déchu, Henri II de Navarre, récupère la partie sud de son royaume (la Haute-Navarre).

Ignace de Loyola est présent à Pampelune durant le siège. Le [11], alors que les défenseurs sont sur le point d'être submergés par le nombre et envisagent la reddition, Ignace les exhorte à poursuivre le combat. Il est alors gravement blessé, avec une jambe brisée par un boulet de canon.

Il est ramené au château de Loyola et opéré, mais, à l'issue de sa convalescence, sa jambe droite reste sans remède plus courte de plusieurs centimètres[12], ce qui met fin de façon irrévocable à une carrière militaire.

Le choix d'une carrière d'homme d'Église modifier

Convalescence modifier

Durant sa convalescence, faute de disposer des célèbres romans de chevalerie du temps[13], il lit des livres religieux, comme une Vie de Jésus en quatre volumes de Ludolphe le Saxon ou la Légende dorée de Jacques de Voragine, ouvrage richement illustrée[14] qui narre les faits et gestes de saints. Dans un mélange de ferveur et d’anxiété, ayant vu lui apparaître en rêve « Notre-Dame avec le Saint Enfant Jésus », il rejette « sa vie passée et spécialement les choses de la chair[15] ».

Il ne pense plus qu’à devenir ermite et à suivre les préceptes de saint François d'Assise et d’autres grands exemples monastiques. Il décide de se dévouer entièrement à la conversion des musulmans de Terre sainte, avec l’intention de tous les convertir au christianisme. En signe d’expiation, il veut partir en pèlerinage et toute sa vie, recherchera les sites consacrés à la dévotion chrétienne et devenir un pèlerin dans la tradition du Moyen. « El pelegrino » : c'est le titre qu'il donnera à ses souvenirs, dictés à Luis Gonçalves de Camara à la fin de sa vie[16].

Assez bien rétabli, il quitte la maison familiale en dans l'intention d'aller à Jérusalem.

Période d'ascèse à Manresa (1522-1523) modifier

 
La Vierge de Montserrat, Vierge noire en bois du XIIe siècle.

Arrivé au monastère bénédictin de Montserrat en Catalogne, il se confesse à un père d’origine française, le père Chanon, et passe trois jours en prières. Dans la nuit du , dans un geste de rupture avec son ancienne vie de soldat, il accroche ses habits militaires et ses armes devant la statue de la Vierge noire. Il veut reprendre la route de Barcelone vêtu d’un simple tissu, une espèce de haire en toile, avec une corde en guise de ceinture.

 
Le couvent de Saint-Ignace à Manresa.

Mais, meurtri par son voyage, par ses blessures mal cicatrisées, éprouvé par l’ascèse, étant soit bloqué par la peste qui sévit à Barcelone, soit désireux d’éviter le cortège du nouveau pape Adrien VI (ancien précepteur de Charles Quint) qui se rend de Madrid à Rome[17], il passe plusieurs mois dans une grotte près de Manresa en Catalogne où il pratique le plus rigoureux ascétisme.

Il mène cette vie d'ermite jusqu’au début de 1523, commençant la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels. Depuis sa « conversion », Ignace a pris l’habitude de consigner dans des carnets les extraits les plus frappants des textes qu’il lit. Lors de son séjour à Manresa, il prend l’habitude de consigner ses expériences dans une sorte de journal intime qui deviendra l’un des livres clés de la spiritualité ignatienne.

Pèlerinage en Terre sainte (1523) et retour à Barcelone (1524) modifier

 
Statue d’Ignace de Loyola dans le jardin de l’Institut biblique pontifical (Jérusalem)

Au début de 1523, il prend comme « pèlerin de Dieu » la route de la Terre sainte. Le , il embarque à Barcelone vers l’Italie.

À Rome, il reçoit la bénédiction du pape Adrien VI, puis continue son périple en passant par Venise, parvenant finalement à Jérusalem, où il ne reste que trois semaines en septembre 1523, avant d'être prié par les frères franciscains de quitter le pays[pourquoi ?].

Il rentre en Italie, alors théâtre de guerre entre les armées espagnoles et françaises, et se retrouve à Venise où il se convainc de l’absolue nécessité d’étudier pour enseigner. Après la méthode religieuse mise au point dans les Exercices, la conviction du rôle des études est une autre caractéristique du projet d'Ignace de Loyola[18]. Il est de retour à Barcelone en .

Étudiant à Barcelone, Alcalá et Salamanque (1524-1528) modifier

 
Façade du collège San Ildefonso à l’université d’Alcalá (1543).

Il consacre les onze années qui suivent aux études, c'est-à-dire plus d’un tiers de ce qu’il lui reste à vivre.

Il reprend d'abord des cours de base de grammaire et de latin à Barcelone. En 1526, il en sait assez pour suivre les cours de philosophie et de théologie à l’université d’Alcalá de Henares. Foyer intellectuel brillant du royaume de Castille, cette université rassemble des alumbrados (« illuminés » empreints de mystique, liés à la réforme franciscaine) et conversos ou « nouveaux chrétiens » (juifs ayant opté pour le catholicisme en 1492[19]), qui marquent le climat spirituel de cette époque[20].

Ses progrès dans la compréhension des mécanismes de l’enseignement et sa capacité à dominer intellectuellement même des gens plus érudits que lui par l’usage du « discernement », le distinguent. Mais sa personnalité rigoureuse et entière et son attitude réformatrice lui créent des ennemis. À Barcelone, il est sévèrement battu, et son compagnon[Qui ?] tué, à l’instigation de notables vexés de ne plus être admis dans un couvent[Lequel ?] réformé par Ignace[13]. À Alcalá, un inquisiteur, le grand vicaire Figueroa, qui le suspecte d’illuminisme, le harcèle constamment, allant jusqu’à le faire emprisonner pendant quelques semaines[note 2].

À la fin de 1527, encouragé par Alonso III Fonseca (en), archevêque de Tolède, il rejoint l'université espagnole la plus prestigieuse, l’université de Salamanque. Mais il y subit aussi de vives attaques, en particulier de la part de l’Inquisition et des dominicains. Aussi, en , il décide de partir pour Paris, où il va vivre pendant sept ans.

 
Collège Sainte-Barbe – vue de 1891.

Étudiant à l'université de Paris (1528-1535) modifier

À Paris, ses épreuves furent variées : pauvreté, maladie, œuvres de charité, discipline du collège, particulièrement sévère dans celui de Montaigu, où il réside d'abord, car trop pauvre et mal informé, avant de rejoindre le collège plus « libéral » de Sainte-Barbe, où il est accusé publiquement par le recteur Diogo de Gouveia (en) d’enfreindre les règles, mais il se défend vigoureusement et obtient finalement des excuses publiques.

À l’université de Paris, Ignace se retrouve « dans le chaudron de la Renaissance », au cœur de ce que Jean Lacouture appelle la « décennie prodigieuse », marquée par la polémique entre Érasme (De libero arbitrio) et Luther (De servo arbitrio) en 1525, la création du Collège de France en 1530, la parution du Pantagruel de Rabelais en 1532 et la publication de l’Institution de la religion chrétienne de Calvin en 1536[21].

Il est reçu maître ès arts le . Ayant commencé ses études de théologie, il est reçu licencié en 1534, mais il ne peut être aller jusqu'au doctorat, des ennuis de santé le conduisant hors de Paris en .

La fondation de la Compagnie de Jésus modifier

Formation du groupe des premiers compagnons (1530-1534) modifier

C'est pendant son séjour à Paris qu'Ignace de Loyola jette les fondements de la Compagnie de Jésus en groupant autour de lui des étudiants de qualité[réf. nécessaire] venus d’horizons divers, unis par leur commune fascination pour sa personnalité.

Au collège Sainte-Barbe, il fait la connaissance de ses deux premiers compagnons, le Savoyard Pierre Favre et le Navarrais Francisco Iassu de Azpilcueta y Xavier, connu aujourd'hui comme saint François Xavier. Par la suite se joignent à lui les Espagnols Diego Lainez et Alonso Salmerón, qui le connaissent de réputation depuis l'époque d'Alcalà ; puis Nicolás Bobadilla et le Portugais Simón Rodríguez de Azevedo. Un lien très fort s'établit entre Ignace et ses compagnons qui ont alors pour idéal de vivre en Terre sainte la même vie que Jésus.

Durant cette période, Ignace évolue en ce qui concerne l’attitude et la discipline qu’il s’impose. Prenant en compte les critiques reçues à Alcalà ou à Salamanque sur ses pratiques d’extrême pauvreté et de mortification, il s’adapte à la vie de la cité, en mettant l'accent sur les études classiques et sur les exercices spirituels.

Le vœu de Montmartre (15 août 1534) modifier

 
Église Saint-Pierre de Montmartre bâtie sur le site où la tradition catholique situe la fondation de l'ordre des jésuites.
 
Le Vœu de Montmartre par Théophile Fragonard, 1845.
 
Plaquette dans la basilique de Saint-Nicolas-de-Port commémorant le passage des neuf compagnons en route pour Venise.

Le , à l’issue de la messe célébrée dans la crypte du martyrium de saint Denis à Montmartre par Pierre Favre, ordonné prêtre trois mois avant, les sept compagnons prononcent les vœux de pauvreté et chasteté, ainsi qu'un vœu de se rendre dans les deux ans en pèlerinage à Jérusalem pour y convertir les « infidèles », à la fin de leurs études.

Alors qu'Ignace a déjà quitté Paris, ses compagnons renouvellent leurs vœux en 1535 et en 1536, trois nouveaux se joignant au groupe : Claude Le Jay, Paschase Broët et Jean Codure. En , les neuf quittent Paris pour rejoindre Ignace, qui se trouve alors à Venise.

De Paris à Rome (1535-1537) modifier

 
Le pape Paul III approuve la création de la Compagnie de Jésus en 1540.

Après avoir quitté Paris au début de 1535, Ignace a passé six mois en Espagne, puis est venu à Bologne, ville des États pontificaux où se trouve une université de premier plan. Mais, incapable de se remettre aux études, il se consacre à des œuvres de charité[13], en attendant que ses compagnons le rejoignent.

Ils se retrouvent à Venise le afin d'embarquer vers Jérusalem. Mais la guerre avec les Turcs les empêche de poursuivre. Ils décident de reporter d’un an leur engagement, après quoi ils se mettront à disposition du pape. Ignace, comme la plupart de ses compagnons, est ordonné prêtre à Venise le .

Ils partent ensuite dans des villes universitaires voisines, Ignace avec Pierre Favre et Diego Laínez prenant en la route de Rome. Ignace, en vue de la ville, au lieu-dit La Storta[22]), a une vision de Dieu s’adressant à lui après l’avoir placé aux côtés du Christ : « Je vous serai propice à Rome »[23].

 
Approbation des statuts de la Société de Jésus : Ignace de Loyola reçoit la bulle Regimini militantis Ecclesiæ des mains du pape Paul III. Fresque peinte par Johann Christoph Handke dans l’église de Notre-Dame des Neiges à Olomouc après 1743.

À Rome, capitale des États pontificaux, Alexandre Farnèse vient d'être élu pape en 1534 sous le nom de Paul III. Il règne sur une capitale en crise, à peine remise du sac de Rome par les troupes de Charles Quint en 1527, en butte à une corruption généralisée et sur une Église en crise, ébranlée par la progression de la Réforme, notamment dans le Saint-Empire.

Le pape voit rapidement l'intérêt du projet d'Ignace de Loyola et de ses compagnons : une société de prêtres savants, rigoureux, intègres et désireux de réformer l'Église dans le cadre du catholicisme.

Fondation de l'ordre des jésuites (1538-1541) modifier

En , Paul III, après plusieurs contacts avec Lainez, reçoit Ignace et ses compagnons venus faire leur « oblation » au pape[pas clair]. Celui-ci leur ordonne de venir travailler à Rome qui sera leur véritable Jérusalem[24]. C'est la première ébauche officielle de la Compagnie de Jésus.

De mars à juin 1539, selon les minutes rédigées par Pierre Favre, ils débattent de la forme à donner à leur action, devoir d’obéissance, cohésion du groupe alors que l’activité missionnaire disperse les Jésuites, rôle dans l’éducation… En , Ignace, Codure et Favre rédigent la prima Societatis Jesu instituti summa, esquisse des constitutions de la Compagnie avec quelques points forts : l’obéissance à un Préposé général, l’exaltation de la pauvreté, le refus du cérémonial monastique, et en particulier de la prière collective et des mortifications. Ignace de Loyola soumet, par l’intermédiaire du cardinal Contarini, ce texte à Paul III qui réside l’été à la Rocca Pia à Tivoli et en approuve le contenu le [25].

Malgré quelques oppositions à la Curie, la création de la Compagnie de Jésus est acceptée par le pape Paul III le , dans sa bulle Regimini militantis ecclesiæ, qui reprend la formula instituti tout en limitant le nombre de profès[26] à soixante. Cette restriction fut rapidement éliminée lors de la promulgation de la bulle Injunctum nobis du .

Le , Ignace est élu, malgré ses réticences, premier supérieur général de la Compagnie de Jésus puis il fait avec ses compagnons, sa profession dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs[27]. L’ordre est dès lors constitué.

Fondation de la maison Sainte-Marthe pour l'accueil des prostituées (1542) modifier

En 1542, Ignace fonde la maison Sainte-Marthe pour accueillir et réinsérer des prostituées. Il doit défendre sa fondation contre les diffamations. Il va de par les rues de Rome pour recruter des candidates sur les lieux de prostitution. Contrairement aux couvents de repenties, il laisse la possibilité aux prostituées réhabilitées de se marier[28].

Les débuts de la Compagnie jusqu’à la mort d’Ignace modifier

Rédaction des Constitutions de la Compagnie de Jésus (1547-1556) modifier

Ignace est chargé dès 1541 de mettre au point l'organisation de la compagnie. Mais il commence ce travail seulement en 1547, introduisant dans la pratique des coutumes destinées progressivement à devenir les règles de l'ordre.

Ayant pris Juan de Polanco comme secrétaire en 1547, il réalise entre 1547 et 1550 une première version intitulée Formula Instituti, mais il sollicite aussitôt l’approbation du pape pour en réaliser une deuxième. Jules III, élu en mars 1550, accepte cette demande par la bulle Exposcit Debitum ().

Parallèlement, un nombre important[pas clair] de pères révisent le premier texte. Bien que ne proposant que peu de changements, la deuxième version achevée par Ignace en 1552 est assez différente[pas clair]. Cette version est promulguée et prend force de loi dans la compagnie. De amendements peu conséquents sont par la suite introduits par Ignace jusqu'à sa mort en 1556.

Sous le successeur d'Ignace, Jacques Lainez, est réunie la première congrégation générale de la compagnie, qui décide d’imprimer le texte de 1556 sous le titre de Constitutions, qui vont ensuite rester inchangées jusqu'à la trente-quatrième congrégation en 1995.

Organisation de l'ordre modifier

En 1547, Ignace fonde à Rome une institution parallèle à la Compagnie de Jésus, mais destinée aux laïcs désireux d'agir pour la religion catholique, mais sans devenir des clercs : la Compagnie du Saint-Sacrement de l’Église des douze Apôtres[29].

Premières missions des Jésuites ; le collège de Messine modifier

Il envoie très vite ses compagnons dans les pays d'Europe encore catholiques afin de créer un réseau de collèges et de séminaires.

Le premier collège jésuite est fondé dans le royaume de Sicile, une des nombreuses possessions de Charles Quint[30], en 1548. En effet, en 1547, Charles Quint nomme vice-roi de Sicile son ambassadeur à Rome, Juan de Vega. Celui-ci connait Ignace de Loyola et apprécie ses projets. Il incite donc les Jésuites à venir en Sicile, où le premier collège, fondé à Messine, a rapidement du succès, de sorte que ses règles et méthodes seront par la suite reproduites dans les autres collèges.

En 1556, la Compagnie de Jésus compte plus de mille membres répartis dans douze provinces, soixante-douze résidences et soixante-dix-neuf maisons et collèges.

Mort et sanctification d'Ignace de Loyola modifier

Mort et funérailles modifier

 
Tombeau de Saint-Ignace dans l’église du Gesù à Rome.

Il meurt le à Rome.

Il est aujourd'hui inhumé dans l'église du Gesù (chiesa del Gesù) de Rome, édifice planifié dès le vivant d'Ignace, mais réalisé seulement entre 1568 et 1584. Ses restes se trouvent dans une urne d'Alessandro Algardi (1595-1654), déposée sous l'autel (datant de 1700) d'une chapelle portant le nom de « saint Ignace ».

Béatification (1609) modifier

Ignace de Loyola est béatifié le , jour de Pâques. L'annonce en avait été faite le de l’année précédente[31].

Canonisation (1622) modifier

Il est canonisé le , en même temps que François Xavier, Thérèse d’Avila, Philippe Neri et Isidore le Laboureur.

La spiritualité ignatienne modifier

Les Exercices spirituels sont un ouvrage de méditation et de prière qui est considéré comme le chef-d’œuvre spirituel d’Ignace de Loyola à partir de sa propre expérience spirituelle, vécue notamment à Manrèse. Tout l’enseignement d’Ignace de Loyola, est orienté vers le discernement, car pour lui, toute décision humaine est le lieu d’une rencontre avec le Seigneur. Le livre fait environ 200 pages. Il veut être le « livre du maître » qui guide l’accompagnateur spirituel lors d’une retraite d’environ 30 jours.

Les méditations ont été écrites de manière à refléter authentiquement la spiritualité catholique, mais l’accent mis sur la rencontre personnelle entre le retraitant et Dieu attire aussi des chrétiens d’autres confessions.

Œuvres d’Ignace de Loyola modifier

Saint Ignace n’est pas un « grand écrivain », au sens où on l’entend habituellement. Ses écrits sont fonctionnels (direction spirituelle ou gouvernement de la Compagnie) ou personnels (journal spirituel). Une édition critique de l’ensemble de ses écrits se trouve dans les MHSI : les Monumenta Ignatiana (22 volumes).

Les Exercices spirituels modifier

Les Exercices spirituels proposent des méditations et contemplations organisées en quatre semaines, permettant un progrès dans la compréhension de soi-même et des mystères de la vie du Christ pour les assimiler. Pour chaque méditation, seuls quelques « points » sont donnés, chaque fois avec beaucoup de sobriété. Dans l’esprit de saint Ignace les « exercices spirituels » sont toujours faits avec un guide dont le rôle doit être cependant effacé, car « il doit laisser le Créateur agir sans intermédiaire avec la créature [retraitant], et la créature avec son Créateur et Seigneur » (ES, no 15)

  • Exercices spirituels, introduit par François Courel, Paris, DDB, 1963.

Le Journal spirituel modifier

Il s’agit d’un journal intime strictement personnel tenu dans les années 1544 et 1545 où il note quotidiennement les mouvements intérieurs de son âme durant et suivant la célébration de la messe (expériences de consolations et désolations). Seule une partie de ce journal nous est parvenue. Ce cahier fut publié pour la première fois au XIXe siècle.

L’Autobiographie modifier

Le Récit du pèlerin (c’est ainsi qu’Ignace s’identifie dans ce récit) est l’histoire autobiographique d’Ignace de Loyola telle qu’il l’a racontée, entre 1553 et 1555, à un autre jésuite, le père Luis Gonçalvès da Câmara. À la fin de sa vie, il répondait ainsi à la demande de plusieurs compagnons qui désiraient obtenir un testament spirituel en forme de récit. Ignace a longtemps hésité avant de raconter son histoire, même s’il l’avait promis dès 1551.

Selon Luis Gonçalvès da Câmara, c’est le qu’Ignace prit la décision de réaliser sa promesse. Après une conversation sur le thème de la vaine gloire, relate le père da Câmara, « alors qu'il mangeait avec Juan de Polanco et moi, notre Père dit que bien souvent Maître Nadal et d'autres de la Compagnie lui avaient demandé une chose et qu'il ne s'y était jamais décidé ; mais que, après avoir parlé avec moi et s'être recueilli dans sa chambre, il avait eu une grande dévotion et inclination à le faire et s'y était totalement décidé ».

Ce texte fut ensuite gardé dans les archives jésuites pendant 150 ans, jusqu’au XVIIIe siècle. Les Bollandistes le publient alors dans les Acta Sanctorum du 31 juillet, jour de la commémoration liturgique du saint.

  • Le Récit du Pèlerin : Autobiographie de saint Ignace de Loyola, présenté par André Thiry, Seuil, Paris, 2001.
  • Autobiographie, présentée par Alain Guillermou, Seuil, Paris, 1982.

Les Lettres modifier

6 815 lettres et instructions sont connues, écrites par lui-même ou — en son nom — par son secrétaire, Juan de Polanco. Lettres de direction spirituelle (la plus ancienne date de 1524) et de gouvernement, d’encouragement et de réprimande. Instructions pour ceux qui vont fonder un collège ou participer au concile de Trente. Ces lettres sont adressées à des compagnons jésuites, personnages importants, bienfaiteurs de la Compagnie, ou encore parents de novices, fils ou filles spirituelles.

  • Sélection de Lettres, commentées par Gervais Dumeige, Bruges, DDB, 1959.

Les Constitutions modifier

Les Constitutions forment le premier texte législatif fondamental de la Compagnie de Jésus, préparées avec l’aide de Juan de Polanco et revues régulièrement à la lumière de l’expérience des premiers jésuites. À strictement parler, Loyola n’en est pas l’auteur, car il laissa à la première congrégation générale (réunie en 1558, après sa mort) le soin de les promulguer.

  • Constitutions de saint Ignace de Loyola (avec les « Normes » de la CG34), Paris, 1997.

Notes et références modifier

Notes modifier

  1. La date exacte de sa naissance n’est pas connue avec certitude.
  2. Deux mois selon l’Encyclopedia, dix-sept jours selon Lacouture.

Références modifier

  1. Lacouture T. 1, p. 15
  2. Dudon, Dalmases, Ravier, Lacouture, se fondant sur l’étude exhaustive de Pedro de Leturia (De anno quo Ignatius natus est disceptatio critica, dans les MHSI, Fontes Narrativi, volume I, pp. 14-24.
  3. Catholic Encyclopedia, notice biographique « Ignatius de Loyola », 1913.
  4. Parent de Diego Velazquez de Cuellar, conquistador.
  5. On dit aussi que Jeanne est « séquestrée ». En ce qui concerne les enfants de Jeanne et de Philippe le Beau (duc de Bourgogne issu de la maison de Habsbourg), seuls Catherine et Ferdinand sont élevés en Espagne. Les quatre autres, dont Charles de Habsbourg, futur Charles Quint, sont élevés aux Pays-Bas par la tante de Philippe le Beau, Marguerite d'Autriche (1480-1530), fille de l'empereur Maximilien (1459-1519).
  6. Lacouture 1991, t. 1, p. 17.
  7. En principe, c'est Jeanne qui hérite des royaumes de Castille et d'Aragon. Dans la nomenclature officielle, Charles écrit toujours « Nous, Jeanne et Charles , roi et reine de Castille, d'Aragon, de Navarre, etc. » Jeanne vit jusqu'en 1555, presqu'aussi longtemps que Charles qui meurt en 1558.
  8. Charles ne devient « Charles Quint », c'est-à-dire Charles V, qu'en 1520, quand il est élu empereur, succédant à son grand-père Maximilien. En Castille comme en Aragon, il est Charles Ier.
  9. Sauf la partie au nord du col de Roncevaux, la Basse-Navarre, qui va rester le support du titre de « rois de Navarre » porté ultérieurement par les rois de France Bourbons.
  10. Qui s'achève par la défaite française de Pavie en 1525.
  11. Catholic Encyclopédia.
  12. Lacouture 1991, t. 1, p. 21.
  13. a b et c Catholic Encyclopedia.
  14. Guillermou 2007, p. 15.
  15. Autobiographie, p. 49.
  16. Guillermou 2007, p. 17.
  17. Guillermou 2007, p. 19.
  18. Lacouture 1991, t. 1, p. 35.
  19. En 1492, après la prise de Grenade, qui marque la fin de la Reconquista, les rois catholiques décident d'expulser les juifs de leurs royaumes, à moins qu'il se convertissent. Beaucoup prennent le chemin de l'exil, formant les communautés de Ladinos de l'Empire ottoman. Certains se convertissent, mais parfois avec des arrière-pensées, de sorte que les conversos sont l'objet de la méfiance des « vieux chrétiens », qui lancent le mouvement de la « pureté du sang » (limpieza de sangre).
  20. Lacouture 1991, t. 1, p. 37
  21. Lacouture 1991, t. 1, p. 50 à 52.
  22. Lieu où sera érigée la chapelle de la Vision de saint Ignace de Loyola
  23. Lacouture 1991, t. 1, p. 93, selon le témoignage de Diego Lainez.
  24. Lacouture 1991, t. 1, p. 96.
  25. (en) Stewart Rose, St. Ignatius de Loyola and the Early Jesuits, The Catholic Publication Society, New York, 1891, pp. 263-264.
  26. Prêtre jésuite ayant prononcé l'ensemble de ses vœux.
  27. Catholic encyclopedia.
  28. « Ignace de Loyola et les courtisanes », Charles Chauvin ; Prostitution et Société, 1991.
  29. Alain Guillermou, Les Jésuites, Paris, PUF, 1961 (réed. 1992), p. 16. Cette institution ne doit pas être confondue avec la Compagnie du Saint-Sacrement créée en France en 1627.
  30. Le royaume de Sicile (Palerme) est détenu depuis le Moyen Âge par les rois d'Aragon, puis par les rois d'Espagne.
  31. Adrien Baillet, Les vies des saints composées sur ce qui nous est resté de plus authentique et de plus assuré dans leur histoire, vol. 10, , 400 p., p. 393.

Voir aussi modifier

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Bibliographie modifier

  • Ignace de Loyola, Écrits, Desclée de Brouwer, « Christus », 2011, 1110 pages (ISBN 978-2-220-06338-6).

En français modifier

  • Alain Saint-Saëns, « Ignace de Loyola devant l'érémitisme : La dimension cartusienne », Mélanges de l'École française de Rome. Italie et Méditerranée, t. 102, no 1,‎ , p. 191-209. (lire en ligne)
  • Guido Mongini, « Le discernement dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola », Théologiques, vol. 22, no 2,‎ , p. 99-135. (lire en ligne)
  • Pierre Gervais, s.j., « Les Exercices Spirituels de saint Ignace et le dogme de Chalcédoine », Nouvelle Revue théologique, vol. 134, no 3,‎ , p. 389-408 (lire en ligne)
  • Henri Bernard-Maître, « Ignace de Loyola étudiant de théologie à Paris ? », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 45, no 142,‎ , p. 72-76. (lire en ligne)
  • Jean Lacouture, Jésuites : une multibiographie, t. 1, Paris, Le Seuil, , 509 p. (ISBN 2-02-012213-8).
  • Alain Guillermou, Saint Ignace de Loyola et la Compagnie de Jésus, Paris, Points, coll. « Sagesses », (1re éd. 1960), 192 p. (ISBN 978 2757804124, présentation en ligne).
  • Alain Guillermou, La Vie de saint Ignace de Loyola, Paris, Le Seuil, (1re éd. 1956), 275 p. (présentation en ligne)
  • André Ravier, Ignace de Loyola fonde la compagnie de Jésus, Paris, Desclée de Brouwer, , 564 p. (présentation en ligne)
  • François Sureau, Inigo, portrait, Gallimard, (ISBN 978-2-07-013075-7).
  • José Ignacio Tellechea Idígoras, Ignace de Loyola, pèlerin de l’absolu, Nouvelle Cité, 1992, 451 pages (original espagnol 1986).
  • David Lonsdale, Ignace maître spirituel, Desclée-Bellarmin, 1991, 211 p.
  • Enrique Garcia Hernan (trad. de l'espagnol par Antoine Fabre), Ignace de Loyola, Seuil, , 576.
  • Karl Rahner, s.j., L’Esprit ignatien : Écrits sur les Exercices et sur la spiritualité du fondateur de l’Ordre, Cerf, 2016 (ISBN 9782204101110).

En anglais modifier

Musique : L’apothéose de saint Ignace et de saint François Xavier, opéra en latin, créé à Rome (1622) à l’occasion de sa canonisation.

Articles connexes modifier

Liens externes modifier