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Aude Lancelin

journaliste française
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lancelin (homonymie).
Aude Lancelin
Naissance
Tours
Profession journaliste
Spécialité culture, politique
Médias
Presse écrite ex-directrice adjointe de Marianne puis de L'Obs
Télévision Directrice du Média de 2017 à 2019

Aude Lancelin, née en 1973 à Tours, est une journaliste française.

Elle a été directrice adjointe de la rédaction de Marianne de 2011 à 2014 et de la rédaction de L'Obs de 2014 à 2016. Elle entre ensuite comme chroniqueuse au 1 hebdo, devient animatrice sur le site Là-bas si j'y suis puis, fin 2017, rejoint la rédaction du Média, elle y est nommée directrice en remplacement de Sophia Chikirou en juillet 2018. Le 9 avril 2019, elle démissionne de ses fonctions au sein du Média, en affirmant son opposition à la nouvelle direction qui se met alors en place. Le 18 juin 2019, elle lance QG, sa nouvelle web-tv[1].

BiographieModifier

Ancienne élève du lycée Henri-IV, en classes préparatoires littéraires, elle fut ensuite étudiante à l'université Sorbonne-Paris IV pour l'obtention de sa licence puis de sa maîtrise de philosophie. Elle est agrégée de philosophie en 1996. Elle enseigne dans un établissement classé zone d'éducation prioritaire de l'Essonne, puis entre au master Médias de l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP Europe)[2].

Carrière journalistiqueModifier

En 2000, elle est engagée par Le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées, en particulier la critique littéraire[2] et la philosophie. Elle réalise notamment pour l'hebdomadaire des entretiens avec des philosophes contemporains : Alain Badiou, Jean Baudrillard, Jean-Claude Michéa, Peter Sloterdijk, Jacques Rancière ou encore Slavoj Žižek.

Parallèlement, elle collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (I-télé, Canal+).

En 2008, elle publie avec la journaliste Marie Lemonnier un ouvrage intitulé Les Philosophes et l'amour (de Socrate à Simone de Beauvoir)[3].

Elle relève[4] en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d'« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans son ouvrage alors à paraître[5], ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées.

En août 2011, elle rejoint Marianne en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l'hebdomadaire.

En 2014, après la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L'Obs. Directrice adjointe de la rédaction[6], elle est licenciée sans avertissement par celui-ci en mai 2016[7]. Cette décision, imposée, selon Mediapart, par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel, est présentée comme un choix managérial, une simple « réorganisation interne » pour « des raisons d'efficacité »[8]. Mais une partie de la presse y voit des motivations politiques. Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d'avoir publié dans les pages « Débats » de L'Obs des textes « anti-démocratiques » contredisant l'« inspiration sociale-démocrate » du périodique[7], et d'avoir donné la parole au mouvement Nuit debout, ce qui ne correspond pas selon lui à « la ligne du journal [8]. » Interviewée par Jean-Jacques Bourdin sur RMC, elle déclare que la décision de son licenciement viendrait de l'Élysée, que ce qui se passait dans le journal ne convenait pas au président Hollande, qui en aurait fait part aux actionnaires du journal[9],[10]. Le 25 mai 2016, une quarantaine d'intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement de la journaliste, qu'ils qualifient d'« opération de police intellectuelle »[11],[12].

Après son licenciement, elle publie un livre intitulé Le Monde libre dans lequel elle raconte de l'intérieur « la dérive du système médiatique français »[13],[14]. Cet ouvrage lui vaut le prix Renaudot de l'essai 2016 et une lettre ouverte virulente de Jean Daniel dans L'Obs[15].

Le , l'affaire de son licenciement fait l'objet d'une audience devant le tribunal des prud’hommes de Paris au cours de laquelle son avocat, William Bourdon, demande l’annulation de ce licenciement survenu « sans cause réelle et sérieuse »[16]. Le 8 décembre 2017, L'Obs est condamné pour licenciement abusif à lui verser 90 000 euros[17].

À partir de juin 2016, elle anime l'émission La Guerre des idées sur le site Là-bas si j'y suis[18],[19]. Début 2017, elle entame une collaboration rédactionnelle avec Le 1[20].

Le 10 décembre 2017, Le Média (idéologiquement proche de La France insoumise) annonce qu'Aude Lancelin fera partie de sa rédaction[21]. Après la démission de Sophia Chikirou en début , Aude Lancelin est nommée à la tête du Média[22].

Le 9 avril 2019, elle publie sur Twitter un communiqué annonçant sa démission de la présidence du Média, invoquant « une coalition [qui] a pour but avoué de renverser l'actuelle direction »[23]. Théophile Kouamouo, seul journaliste à faire partie de la coalition, affirme que la saison 2 de la webtélé démarrée en septembre 2018 « est une belle réussite en termes d’audience, et cette réussite, on la doit en grande partie à Aude, dont les choix de directrice de la publication ont été judicieux », mais le problème se situe au niveau humain. Certains membres du Média estiment impossible de « contester la ligne éditoriale fixée » par Aude Lancelin et lui reprochent son « autoritarisme »[24]. En juin 2019, Aude Lancelin poste une lettre sur Twitter où elle affirme avoir été licenciée du Média avec une « violence barbare ». Certains salariés du Média dont des journalistes sortent de leur silence face à ce qu'ils estiment être un « travestissement de la réalité » et témoignent alors de leur expérience passée du management d'Aude Lancelin, qu'ils jugent « violent » et « humiliant »[25] du fait du caractère pathogène des relations inter-professionnelles survenu depuis l’éviction du journaliste et syndicaliste Julien Brygo au sein de l'entreprise de presse[26],[25].

Le 18 juin 2019, elle lance QG, une nouvelle web-tv concurrente du Média qui se veut proche des Gilets jaunes et d'autres militants. QG fonctionnera sans publicité ni actionnaires, et se financera en faisant appel à des dons et en proposant des contenus semi-payants[27]. Pour financer la création du média, la journaliste a lancé sur une collecte de fonds en août 2019 sur la plateforme KissKissBankBank. Elle a collecté 104 445 euros auprès de 1 790 donateurs[28].

Vie privéeModifier

Aude Lancelin a été jusqu'en 2018 [29] la compagne de Frédéric Lordon , économiste de gauche, ce qui selon Le Figaro et d'autres organes médiatiques a été l'une des causes de son éviction de L'Obs[30],[31].

Elle a auparavant été mariée à Gilles Haéri, devenu PDG des éditions Albin Michel, ainsi que le relate en 2018 le quotidien Le Monde[32].

Prises de positionModifier

En 2011, elle publie dans Le Nouvel Observateur un article titré « L'inconnue du Collège de France »[33] sur Claudine Tiercelin. Cet article est vivement critiqué par le philosophe Jacques Bouveresse dans une lettre[34] adressée à la rédaction.

Après son licenciement en mai 2016, Aude Lancelin dénonce dans son livre Le Monde libre une collusion entre médias et politiques. Invitée chez Jean-Jacques Bourdin, elle accuse le président François Hollande de s'« occuper » de la carrière des journalistes, et, au-delà de cet interventionnisme politique, veut alerter sur la situation des médias français : « les puissances d'argent n'ont jamais été aussi présentes qu'en ce moment. L'ensemble des médias sont sous la coupe du CAC 40. La situation dans les médias est inquiétante »[9]. Selon elle, le fait que des actionnaires « géants » tel que Patrick Drahi ou Xavier Niel investissent dans la presse jusqu'à détenir « la plus grande holding de presse française » est « un séisme démocratique ». Dans l'un de ses articles, Arrêt sur Images pose la question suivante : pourquoi Drahi et Niel « investissent-ils dans la presse, alors même que depuis des années, le secteur peine à être rentable ? », une question à laquelle Aude Lancelin répond : « ces gens ont des intérêts vitaux à acquérir des moyens d'influence, des moyens de respectabilisation[35]. »

En 2017, quelques jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, sur Agoravox, elle dénonce Emmanuel Macron comme étant un candidat fabriqué par des grands patrons français en vue de défendre leurs intérêts, utilisant la presse dont ils sont actionnaires pour favoriser sa popularité[36]. Elle déclare lors d'une interview à Vice : « Un phénomène politique comme Emmanuel Macron est l’émanation politique directe de cette presse-là, prétendument neutre et « objective », ni-de-droite-ni-de-gauche, mais qui mène en réalité des opérations idéologiques très agressives[37]. » Elle vote Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour de l'élection présidentielle[38].

Le 26 août 2017, Aude Lancelin et le blogueur Olivier Berruyer, intervenants à la conférence « Faut-il dégager les médias ? » organisée par La France insoumise, évoquent leurs expériences personnelles pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive « maccarthyste » des médias « mainstream » à l’égard des idées « alter système »[39].

PublicationsModifier

RéférencesModifier

  1. « Partie du Média, Aude Lancelin lance une webTV concurrente », sur FIGARO, (consulté le 18 juin 2019)
  2. a et b D'après sa notice biographique sur evene.fr.
  3. Équipe de recherche Fabula, « A. Lancelin, M. Lemonnier, Les Philosophes et l'amour. Aimer de Socrate à Simone de Beauvoir », Fabula, La recherche en littérature (consulté le 29 septembre 2019)
  4. « BHL en flagrant délire : l'affaire Botul », Aude Lancelin, nouvelobs.com, 8 février 2010.
  5. « L'Obs révèle que BHL cite un philosophe… qui n'existe pas ».
  6. « Aude Lancelin virée pour avoir fait battre le cœur de l’Obs trop à gauche ? », sur liberation.fr, (consulté le 9 mai 2017)
  7. a et b « Devant les prud’hommes, l’Obs et Aude Lancelin au point de non-retour », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 20 décembre 2017)
  8. a et b « Obs/Lancelin : licenciement politique confirmé...par Perdriel », @rrêt sur images,‎ (lire en ligne, consulté le 20 décembre 2017)
  9. a et b « Aude Lancelin, licenciée de L'Obs : "François Hollande s'occupe énormément des journalistes" », sur http://rmc.bfmtv.com/, (consulté le 9 mai 2017)
  10. « La journaliste Aude Lancelin virée sur pression de Hollande balance tout chez Bourdin », enregistrement vidéo de l'interview d'Aude Lancelin par Jean-Jacques Bourdin sur RMC, où elle parle des raisons de son licenciement du journal L'Obs et de la collusion entre médias et politiques, sur youtube.com (consulté le 9 mai 2017)
  11. « A l'Obs, un licenciement très politique », texte signé notamment par Alain Badiou, Etienne Balibar, Patrick Chamoiseau, Claude Lanzmann, Jacques Rancière, Emmanuel Todd.
  12. « Aude Lancelin virée de L'Obs : un chef-d'œuvre de management très politique », Acrimed | Action Critique Médias,‎ (lire en ligne, consulté le 20 décembre 2017)
  13. « Aude Lancelin publie un livre sur la décadence du journalisme », sur livreshebdo.fr, .
  14. « Aude Lancelin : "Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française" », sur lejdd.fr,
  15. « Les folles dérives de la rancœur », Jean Daniel, L'Obs, 3 novembre 2016.
  16. Laurent Mauduit, « Le licenciement d’Aude Lancelin devant les prud’hommes », Mediapart, 18 octobre 2017.
  17. «L'Obs» condamné pour le licenciement «sans cause réelle et sérieuse» d'Aude Lancelin, 20 Minutes, 8 décembre 2017.
  18. « Après sa non-arrivée à «Arrêt sur images», Aude Lancelin va collaborer avec Daniel Mermet », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 21 décembre 2017)
  19. « La Guerre des Idées | Séries | Là-bas si j'y suis », sur la-bas.org (consulté le 21 décembre 2017)
  20. « Aude Lancelin au 1 », La lettre de l'audiovisuel,‎ (lire en ligne, consulté le 21 décembre 2017)
  21. Le Point, magazine, « « Le Média » des Insoumis dévoile sa rédaction », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le 21 décembre 2017)
  22. « Aude Lancelin remplace Sophia Chikirou à la présidence du Média », sur Libération, (consulté le 11 juillet 2018).
  23. « «Le Média»: Aude Lancelin annonce sa démission de la présidence », sur 20 minutes, (consulté le 9 avril 2019)
  24. « Aude Lancelin démissionne de la présidence du Média et dénonce un «putsch» à venir », sur Libération.fr, (consulté le 14 juillet 2019)
  25. a et b « “Enflure”, “ordures”, “cervelles de moineaux” : les mots doux d'Aude Lancelin sur ses ex-salariés », sur Les Inrocks, (consulté le 1er juillet 2019)
  26. « Des salariés du Media dénoncent les méthodes «humiliantes» d’Aude Lancelin », Arret sur Image,
  27. BFMTV, « Après avoir quitté Le Média, Aude Lancelin lance une webTV concurrente », sur BFMTV (consulté le 18 juin 2019)
  28. KissKissBankBank, « QG - Le média libre », sur KissKissBankBank (consulté le 7 novembre 2019)
  29. « Aude Lancelin, portrait »,
  30. « La journaliste de l'Obs, Hollande, le philosophe et "l'ogre des Télécoms" », LExpress.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 février 2018)
  31. « Licenciement politique à L'Obs : le sms qui confirme », Mediapart, 1er juin 2016 ; « Limogeage à L'Obs », Le Figaro, 1er juin 2016.
  32. « Gilles Haéri, une belle mécanique au service du livre », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 14 septembre 2018)
  33. « L'inconnue du Collège de France », Aude Lancelin, nouvelobs.com, 8 juin 2011.
  34. Lettre ouverte de Jacques Bouveresse au Nouvel Observateur.
  35. « Aude Lancelin : “À L'Obs comme au gouvernement, il y a eu une purge” », Arrêt sur Images,‎ (lire en ligne, consulté le 7 mars 2018)
  36. Aude Lancelin, « Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40 », (consulté le 14 mai 2017).
  37. « Une discussion avec Aude Lancelin sur l'état (désastreux) de la presse hexagonale », Vice,‎ (lire en ligne, consulté le 9 décembre 2017)
  38. Elisa Thévenet Le Média : Aude Lancelin, l’insoumis Le Parisien, 16 novembre 2018
  39. Zineb Dryef, « Thomas Guénolé, le politologue devenu éditorialiste « Insoumis » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 8 décembre 2017).

Liens externesModifier