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Les Oulad Souleymane (variante Ouled Slimane), également appelée wassili (variante washili)[1], est une tribu arabe du Fezzan, en Libye, présente également au Tchad et au Niger[2].

HistoireModifier

Période pré-colonialeModifier

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les Oulad Souleymane nomadisaient entre le golfe de Syrte en hiver et les oasis du Fezzan en été. Chacune des trois fractions de la tribu avait sa palmeraie : les Jebayr exploitaient Semrou, les Hewat Tamenhant, les Myasay et Sheredat l'oasis de Sebha[3].

Les Hewat chassèrent les Jebayr de Semrou, qui allèrent se réfugier au nord, dans les monts Tarhouna, sous la direction de leur chef Saïf al-Nasser, avant d'être une nouvelle fois chassés par une tribu locale[3]. Ils se retournèrent avec succès contre cette dernière et Saïf al-Nasser établit finalement son autorité sous toute la tribu. Après la première révolte de ce dernier contre la Régence de Tripoli en 1781, le pacha Yousouf Karamanli mena plusieurs campagnes contre les Oulad Souleymane entre 1805 et 1816, qui aboutirent à la mort de Saïf al-Nasser vers 1812 et parvint à repousser la tribu violemment[3], qui disparut ainsi pendant vingt ans de la scène politique. Toutefois, le pacha Yousouf Karamanli avait recueilli auprès de lui à Tripoli de ses petits-fils de Saïf, notamment Abdel Jalil[3]. Les hasards des rezzous esclavagistes que ce chef militaire talentueux mène pour le pacha Yousouf Karamanli lui font découvrir les richesses du Borkou et du Kanem. Nommé chef du district à Sebha, il se retourne contre Tripoli puis le nouveau joug des Turcs qui ont fait de la Libye une simple province de l'empire ottoman en 1830. En 1842, les Oulad Souleymane sont défaits à al-Baghla et Abdel Jalil Saïf al-Nasser, « sultan du Fezzan »[4], tué. Son fils, Mohamed, conduit les siens au Borkou puis au Kanem[3].

Ainsi, des éléments de cette tribu ont quitté le Fezzan au XIXe siècle pour s'installer au Niger[5], dans la région du lac Tchad, notamment vers Tasker et N'Gourti[6], alors sous influence française[4]. Ils se seraient ainsi installés à Manga vers 1848[1]. Ils vainquent les tribus les unes après les autres entre le Tchad et le Borkou, et s'attaquent violemment à la tribu touarègue des Kel Owi, qui finit par la mettre en pièce. Une partie de la tribu reste toutefois dans la région[3].

Colonisation italienneModifier

De 1926 à 1930, les Oulad Souleymane et leurs alliés menèrent une guérilla remarquable contre les Italiens dans le Fezzan[7].

Seconde Guerre mondialeModifier

La division Leclerc compte de nombreux Oulad Souleymane dans ses rangs, ce qui renforce la réputation de cette tribu d'être proche de la France[4]. Après l'arrivée des militaires à Sebha le 12 janvier 1942, la zone restera sous le contrôle français jusqu'en 1956[4].

IndépendanceModifier

Régime KadhafiModifier

Guerre civileModifier

En Libye, les Oulad Souleymane sont en conflit ouverts à Sebha depuis plusieurs années avec les Toubous et sont aussi les ennemis jurés de la tribu berbère des Qadhadhfa, tribu d'origine du Guide libyen Mouammar Kadhafi[8].

Ils ont ainsi profité de la guerre civile en 2011 pour prendre le contrôle de la ville et des routes des trafics, aux dépens des Touaregs et des Toubous. En conséquence, un conflit éclate en 2012 et en 2014 avec les Toubous. La milice des Oulad Souleymane, dirigée par Ahmad al-Utaybi, prend par la suite le nom de 6e brigade[9].

Ainsi, à Sebha, après 2011, le divorce est consommé entre les Ouled Souleymane, alliés aux Touaregs et les Qadhadhfa, alliés aux Toubous[10].

En 2014, les Touaregs et les Ouled Souleymane soutiennent le gouvernement mis en place par Fajr Libya, coalition de brigades qui se présentent comme révolutionnaires, à Tripoli en septembre 2014[10].

En mai 2016, la 6e brigade est engagée dans la bataille de Syrte aux côtés des milices al-Bunyan al-Marsous[11].

En avril 2017, des pourparlers de paix sont organisés par l'Italie entre les tribus Toubou, Touareg et Oulad Souleymane.

Au début de l'année 2018, refusant de se soumettre et d'être incorporée à l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar, la 6e brigade est violemment attaquée par des mercenaires tchadiens et soudanais au service de ce dernier[9]. La 6e brigade doit se replier dans la forteresse datant de la colonisation italienne[9].

PersonnalitésModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Jean-Pierre Olivier de Sardan et Mahamam Tidjani Alou, Les pouvoirs locaux au Niger : A la veille de la décentralisation, t. 1, Karthala, , 392 p. (ISBN 2811103066), p. 280.
  2. « La tribu des Baggara à surgi au Tchad en 1635 : », Histoire Islamique,‎ (lire en ligne, consulté le 26 août 2018)
  3. a b c d e et f Jean-Claude Zeltner, Histoire des Arabes sur les rives du lac Tchad, Khartala, , 146 p. (ISBN 9782845862869), p. 70-74.
  4. a b c et d Maryline Dumas et Mathieu Galtier, Jours tranquilles à Tripoli, Riveneuve, , 220 p. (ISBN 978-2360134748).
  5. (en) Abdourahmane Idrissa et Samuel Decalo, Historical Dictionary of Niger, Scarecrow Press, coll. « Historical Dictionaries of Africa », , 588 p. (ISBN 0810860945), p. 64.
  6. André Salifou, Histoire du Niger, Nathan, , 320 p. (ISBN 2098824998), p. 20.
  7. (en) Ali Abdullatif Ahmida, The Making of Modern Libya: State Formation, Colonization, and Resistance, SUNY Press, , 276 p. (ISBN 978-1438428925), p. 134.
  8. a et b Thalia Bayle, « Le Niger est en train de lâcher les anciens kadhafistes », Mondafrique,‎ (lire en ligne, consulté le 11 octobre 2017).
  9. a b et c (en) Andrew McGregor, « Salafists, Mercenaries and Body Snatchers: The War for Libya’s South », Terrorism Monitor, vol. 16, no 7,‎ (lire en ligne, consulté le 18 janvier 2019).
  10. a et b Maryline Dumas, « Libye : Sebha, capitale des maux libyens », l'autre hebdomadaire,‎ (lire en ligne, consulté le 3 avril 2019).
  11. Arnaud Delalande, « Forces on the Libyan ground: Who is Who », Italian Institute for International Political Studies,‎ (lire en ligne, consulté le 19 janvier 2019).