Bataille du cap Matapan

bataille navale
Bataille du cap Matapan

Informations générales
Date
Lieu Près de Ténare, Grèce
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-UniFlag of Italy (1861-1946) crowned.svg Royaume d'Italie
Commandants
Andrew CunninghamAngelo Iachino
Forces en présence
1 porte avions
3 cuirassés
7 croiseurs légers
17 destroyers
1 cuirassé
6 croiseurs lourds
2 croiseurs légers
17 destroyers ou torpilleurs
Pertes
4 croiseurs légers légèrement endommagés[1]
1 bombardier torpilleur perdu
1 avion
3 morts
1 cuirassé endommagé
3 croiseurs lourds
, 2 destroyers, 2 torpilleurs coulés
> 2 300 morts

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Campagne de la Méditerranée

1940

1941

1942

1943

1944

1945

Coordonnées 35° 21′ 00″ nord, 22° 00′ 00″ est
Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Bataille du cap Matapan

La bataille du cap Matapan qui se déroula le est une bataille navale entre la marine italienne et la Royal Navy au large du Ténare (ou cap Matapan) dans le sud du Péloponnèse, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle marque une transition entre le combat naval de la Première Guerre mondiale où le cuirassé était roi, et celui de la deuxième où le porte-avions allait démontrer sa supériorité.

PréludeModifier

La marine italienne constitue pour Benito Mussolini sa grande fierté, et il veut démontrer que l'Italie est la puissance dominante en Méditerranée. Il tente de prendre l'Égypte mais échoue, tout comme en Grèce où il est contraint d'appeler à l'aide le Troisième Reich. À l'époque, la Regia Marina possédait 4 cuirassés, 9 croiseurs, 120 contre-torpilleurs et torpilleurs, 117 sous-marins[2]. La faiblesse de cette marine résidait dans son absence de porte-avions : le Duce considérait que les bases aériennes italiennes seraient suffisantes pour assister sa marine, malgré une aviation faible.

De leur côté, les britanniques étaient inférieurs en nombre en Méditerranée et leurs navires étaient plus anciens que ceux des italiens. Mais l'Amirauté y avait transféré un porte-avions et des cuirassés, ainsi que des croiseurs dotés de radars, moyen de détection nouveau qui démontrera bientôt sa grande utilité. Si ces navires avaient parfois besoin d'une refonte, leurs équipages bénéficiaient d'une culture maritime forte et étaient rompus aux exercices en haute mer là où les marins italiens manquaient d'expérience[3]. La Mediterranean Fleet se trouvait basée à Alexandrie, jugée plus sûre que Malte.

Situation du théâtre d'opérationModifier

Cela fait déjà plusieurs mois qu'a commencé le siège de Malte, île considérée comme un porte-avions par l'Amirauté britannique. Elle est une épine dans le pied de l'Axe qui y voit une base navale et aérienne dangereuse pour ses convois à destination de la Libye. L'Italie y multiplie donc les raids aériens, et l'île ne peut être ravitaillée que par voie maritime, menacée par l'aviation et les sous-marins.

Le la marine italienne doit faire face aux débarquements britanniques de matériels et d'hommes en Grèce qui viennent aider le peuple hellène à la suite de l'invasion du pays (27-). Elle doit démontrer sa puissance et se résout à tenter d'intercepter un convoi qui fait route d'Alexandrie au Pirée.

La flotte italienne qui appareille pour cette mission comprend :

La flotte appareille donc le , divisée en deux groupes : le premier comprend le cuirassé et les croiseurs Trento, Trieste et Bolzano avec 7 destroyers. L'amiral Sansonetti commande 3 contre-torpilleurs et les 3 croiseurs. L'autre groupe est commandé par l'amiral Cattaneo et comprend les croiseurs Zara, Fiume, Pola, Abruzzi et Garibaldi soutenus par 6 escorteurs. Le groupe de Iachino part patrouiller aux alentours de l'île de Gavdos, celui de Cattaneo va patrouiller en mer Égée.

EnigmaModifier

Grâce au déchiffrage d'un message radio Enigma de la Marine italienne par les décodeurs de Bletchley Park (notamment Mavis Lever), l'amiral Andrew Cunningham dirigeant la Mediterranean Fleet est mis au courant de cet appareillage de la marine italienne, et fait alors rappeler le convoi et appareiller le les navires suivants :

 
L'amiral Andrew Cunningham

Le 27 mars, à 12 heures, la flotte italienne est repérée par un hydravion britannique Short S.25 Sunderland à 150 km au sud-est de la Sicile[4]. Ainsi, la situation italienne se complique : à la suite de ce repérage, Iachino sait qu'il devra se mesurer à la flotte britannique, dont il ne connait pas encore la position, et le haut-commandement italien lui a demandé de n'attaquer qu'avec une situation extrêmement favorable et avec un soutien de l'aviation qu'il ne peut obtenir que sur demande. Respectant le grand principe de non-dispersion des forces, Iachino demande à Cattaneo de le rallier.

Cependant les cuirassés britanniques tout comme les croiseurs souffraient de leur ancienneté (le Barham n'avait pas été modernisé depuis la bataille du Jutland[5] en 1916). Ils étaient pénalisés par une vitesse inférieure, et le porte-avions Formidable embarquait seulement 27 avions Swordfish et Albacore. Même les destroyers qui égalaient les italiens par leur calibre d'artillerie ne pouvaient rivaliser en termes de vitesse (35 nœuds (65 km/h) contre 39 nœuds (72 km/h)).

La batailleModifier

Le 28 marsModifier

En cette journée du , 3 croiseurs britanniques (HMS Orion, HMS Gloucester, HMS Ajax), le croiseur australien HMAS Perth, et 4 destroyers dirigés par l'amiral Pridham-Wippell appareillent du Pirée pour prendre en charge la défense du convoi en retraite. À ce moment, la flotte italienne est divisée en deux groupes naviguant à 18 kilomètres l'un de l'autre. Un hydravion italien repéra la petite flotte britannique et Iachino accéléra sa vitesse dans cette direction, pensant trouver le convoi. Ainsi, Sansonetti arriva à une vingtaine de kilomètres des britanniques. Ces derniers, ignorant le nombre de navires ennemis, prirent le large en échappant aux tirs des croiseurs italiens[4]. Poursuivi par ceux-ci, Pridham-Wippell se dirigea à 185 km au sud pour rejoindre Cunningham, espérant piéger les croiseurs adverses. Ces derniers prirent une route parallèle aux britanniques puis abandonnèrent la poursuite. Non loin de la zone de combat se trouvait la flotte de Cattaneo qui néanmoins se replia sur ordre de Iachino.

Les britanniques pensèrent alors que l'adversaire abandonnait le combat parce-qu'il était inférieur en nombre, et se mirent à poursuivre les croiseurs italiens, mais furent pris sous le feu du cuirassé Vittorio Veneto à une distance d'environ 20 000 m. Les navires britanniques étant légèrement moins rapides dans leurs déplacements que ceux des italiens, Cunningham se trouvait encore à plus de 150 km de la zone de combat. Avec seulement quatre croiseurs, l'amiral Pridham n'avait aucune chance d'échapper à un combat contre le cuirassé. Le chef de la Mediterranean Fleet apprenant le drame qui se jouait envoya une escadrille composée de deux Fairey Fulmar et six Fairey Albacore, qui abattirent deux Junkers Ju 88, et tentèrent ensuite vainement de torpiller le cuirassé italien.

Les croiseurs britanniques s'enfuirent et les italiens firent demi-tour, comprenant qu'un porte-avions était dans le secteur. L'amiral Iachino mit alors le cap au nord-ouest.

L'aviation en actionModifier

 
Carte de la zone du combat

L'amiral Cunningham décida alors de lancer à l'avant de sa flotte le porte-avions HMS Formidable et deux destroyers. Trois Albacore attaquèrent de nouveau vainement le cuirassé italien. L'aviation italienne fut appelée à l'aide, et peu avant 13 h deux Savoia-Marchetti SM.79 lancèrent deux torpilles sur le porte-avions, sans réussite.

À 14 h les deux groupes britanniques étaient réunis, et Iachino continuait sa retraite, craignant une nouvelle attaque aérienne. Cunningham fit appel à la RAF, qui envoya des bombardiers Bristol Blenheim dont les bombes n'obtinrent aucun résultat.

 
Le porte-avions HMS Formidable

Le Formidable lança à nouveau ses avions torpilleurs Albacore couverts par les Fairey Swordfish, mais toutes les attaques échouèrent, à l'exception de celle du commandant Stead, chef de l'escadrille, qui largua sa torpille à 900 m du cuirassé avant de s'écraser en mer, touché par la DCA. Une telle distance rendit la torpille inévitable pour le cuirassé, et elle explosa au-dessus de l'hélice bâbord, obligeant le navire à stopper ses machines, et prenant une légère gîte. Une fois ses moteurs relancés il ne put dépasser une vitesse de 12 nœuds (soit environ 22 km/h). Les 3 cuirassés britanniques sont à peine plus rapides, et malgré des machines poussées au maximum sont à 85 km du Vittorio. Les croiseurs légers britanniques, plus rapides, obtinrent un contact radar à 19 h 25. Les six Albacore et deux Swordfish du Formidable furent renvoyés au combat. La DCA italienne leur opposa un tir de barrage qui les contraignirent à se disperser, mais le croiseur Pola fut touché par une torpille qui fit exploser (et noyer) ses machines.

Le combat de nuitModifier

Face à ce nouveau drame, Iachino détacha la 1re division de croiseurs pour aider le Pola en détresse. Les radars britanniques repèrent alors la flotte italienne, tandis que celle-ci ne pouvait les voir approcher. Arrivés à bonne distance, les trois cuirassés et autres navires de Cunningham allumèrent leurs faisceaux lumineux sur les navires italiens pris par surprise, et les canonnèrent à bout portant. Les canons de 381 mm des cuirassés causèrent d'énormes dégâts : les croiseurs Pola, Zara et Fiume, deux torpilleurs, les destroyers Vittorio Alfieri et Giosué Carducci, furent coulés. Dans la confusion qui s'ensuivit le cuirassé italien réussit à s'échapper. Les avions britanniques envoyés à sa recherche ne retrouvèrent pas au retour leur porte-avions, et durent se poser sur des aérodromes crétois. L'amiral Iachino arriva à Tarente et apprit là la catastrophe.

BilanModifier

Les britanniques démontrèrent leur supériorité tactique et technologique sur la marine italienne, avec l'utilisation de l'aviation navale et du radar, et les cuirassés démontrèrent qu'ils pouvaient être encore des navires utiles dans une bataille.

Côté italien fut à déplorer la mort de 2300 marins, les britanniques trois aviateurs.

Il est à noter que les pertes italiennes furent amoindries par l'intervention humanitaire des britanniques, qui appelèrent le navire-hôpital italien Gradisca au secours des naufragés.

Notes et référencesModifier

  1. Rivista Marittima (it)
  2. Koenig 1978, p. 183.
  3. Koenig 1978, p. 184.
  4. a et b Antier 1983, p. 448.
  5. Koenig 1978, p. 186.

BibliographieModifier

  • S.W.C. Pack, La bataille de Matapan, France Empire,
  • William John Koenig, Grands combats navals, Fernand Nathan, , 256 p.
  • Jean-Jacques Antier, La Bataille de Malte : 1940-1943, Presses de la Cité, , 280 p. (ISBN 978-2-258-01193-9)
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0)
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'Histoire, Rennes, Marines Éditions, , 620 p. (ISBN 978-2-35743-077-8)