Bataille du cap Passero (1940)

Bataille du cap Passero
Description de cette image, également commentée ci-après
Le croiseur léger britannique HMS Ajax.
Informations générales
Date
Lieu Sud-est du cap Passero (Sicile), mer Méditerranée
Issue Victoire britannique
Belligérants
Naval Ensign of the United Kingdom.svg Royal NavyFlag of Italy (1861-1946) crowned.svg Regia Marina
Commandants
Drapeau du Royaume-Uni Desmond McCarthy (en)Flag of Italy (1861-1946) crowned.svg Carlo Margottini (en)
Forces en présence
2 croiseurs4 destroyers
3 torpilleurs
Pertes
1 croiseur léger endommagé
13 morts
22 blessés
1 destroyer coulé
2 torpilleurs coulés
1 destroyer endommagé
325 morts

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Coordonnées 36° 13′ 20″ nord, 15° 43′ 57″ est
Géolocalisation sur la carte : Méditerranée
(Voir situation sur carte : Méditerranée)
Bataille du cap Passero

La bataille du cap Passero est une bataille navale de la campagne méditerranéenne pendant la Seconde Guerre mondiale, opposant la Royal Navy à la Regia Marina. Elle s'est déroulé aux premières heures du au sud-est de la Sicile, au lendemain d'une opération d'approvisionnement britannique à Malte.

ContexteModifier

En octobre 1940, la flotte méditerranéenne monte une opération de réapprovisionnement à Malte depuis Alexandrie, désignée MB6. Le convoi comprend quatre cargos escortés par deux croiseurs antiaériens et quatre destroyers. La force est dirigée par le vice-amiral Sir Andrew Cunningham à bord de son navire amiral HMS Warspite, comprenant trois autres cuirassés, deux porte-avions, six croiseurs et 16 destroyers. Le seul incident au cours du convoi est le destroyer HMS Imperial légèrement endommagé après avoir traversé un champ de mines. Les navires marchands atteignent leur destination le 11 octobre. À cette date, le mauvais temps avait empêché l'intervention de la flotte italienne. Un avion avait repéré les navires de retour peu après leur départ de Malte. Pendant ce temps, le HMS Ajax fut détaché des autres croiseurs en vue d'une mission de reconnaissance[1].

L'engagementModifier

Le commandant italien, l'amiral Inigo Campioni, commande une force de destroyers au cap Bon, déployé au cas où les navires de guerre britanniques rejoindraient Gibraltar. Campioni estime qu'il est trop tard pour les cuirassés et croiseurs italiens d'opérer contre le convoi. Il envoie alors une flottille patrouillant en même temps entre les coordonnés 35° N, 45° E et 35° N, 25° E[2], au clair de lune[3]. La force comprend quatre destroyers, tous de la classe Soldati : Artigliere, Camicia Nera, Aviere et Geniere ; et 3 torpilleurs de la classe Spica : Ariel, Alcione et Airone[4].

Action des torpilleursModifier

À 01 h 37, l'Ajax est aperçu par l'Alcione, naviguant vers l'est, à 18 km à bâbord. À 01 h 48, les trois torpilleurs font route à pleine vitesse le croiseur britannique, le croiseur ignorant complètement l'approche ennemie[5]. À 01 h 57, l'Alcione tire deux torpilles à une distance de 1 737 mètres[3]. Le capitaine Banfi, commandant de la formation italienne, ordonne au navire amiral Airone d'ouvrir le feu sur l'ennemi avec ses canons de 100 mm Škoda, suivis par ses sisters-ship. Le croiseur britannique est touché à trois reprises : deux coups sur le pont et le troisième à 1,8 mètres sous la ligne de flottaison[6].

L'Ajax, réalisant l'attaque, ouvre le feu sur le torpilleur le plus proche — Ariel — à pleine vitesse. L'Ariel est détruit par les salves et coule 20 minutes plus tard, en ayant peut-être pu tirer une torpille[7]. Le capitaine Mario Ruta, son commandant en second, et la plupart de l'équipage ont été tués[8]. L'Airone fut le prochain navire italien à être touché. Celui-ci réussi à lancer deux torpilles avant d'être réduit au silence, prenant feu presque immédiatement, son pont et son tillac mitraillés par l'Ajax à courte portée. Il coulera quelques heures plus tard ; le capitaine Banfi fait partie des survivants. L'Alcione, le seul navire de guerre italien encore en bon état, rompt le contact à 02 h 03.

Action des destroyersModifier

 
Vue latérale tribord du destroyer italien Artigliere. Le navire a été arrêté, abandonné, puis incendié vers l'avant après un engagement avec le croiseur britannique HMS Ajax. L'Artigliere a été coulé par le croiseur HMS York le lendemain matin.

Pendant ce temps, après avoir manœuvré pendant les combats, l'Ajax reprend sa route vers l'est. À 02 h 15, son radar de conduite de tir détecte deux destroyers italiens, dont le commandant — le capitaine Carlo Margottini (en) — avait aperçu les tirs du sud. Un dysfonctionnement de la radio avait empêché Margottini d'attaquer à pleine puissance, lorsque trois de ses destroyers s'étaient dirigés vers le nord-ouest, au lieu du nord comme ordonné[9]. L'Aviere est battu par un rebord soudain du croiseur britannique, prévenant une attaque aux torpilles, et est contraint de se retirer vers le sud, lourdement endommagé[10]. L'Artigliere réussit à tirer une torpille et à faire feu avec ses quatre canons de 120 mm à 2 600 mètres de distance, avant d'être frappé et estropié. La torpille échoue au but, mais quatre coups de canon frappe deux des tourelles de canon secondaire de l'Ajax, détruisant son baleinier bâbord[11] et désactivant son radar[12]. Après avoir tiré sans succès sur le Camicia Nera, l'Ajax décide d'interrompre l'action. Celui-ci avait tiré 490 coups de calibres différents et quatre torpilles. Treize de ses membres d'équipage ont été tués et 22 blessés, et ses dommages nécessitent un mois de réparations avant de reprendre son service actif[13].

L'Artigliere désemparé — avec son commandant et la plupart des officiers d'état-major tués — est remorqué par le Camicia Nera. Ils sont surpris au premier feu par le croiseur HMS York, qui parvient à chasser le Camicia Nera avant d'achever l'Artigliere à la dérive avec une torpille. Les survivants sont secourus le lendemain par la marine italienne[14].

 
L'Artigliere, avec le HMS Orion et le HMAS Sydney en arrière-plan après l'engagement.

ConséquencesModifier

 
L'Artigliere est achevé par une torpille du HMS York dans la matinée du 12 octobre.

Cette action avait été la première expérience de la Regia Marina constatant les compétences supérieures et l’équipement plus moderne de la Royal Navy pour les actions de nuit. L'usage intensif d'obus, de projecteurs et de cartouches incendiaires par la Royal Navy a dû être contré avant que les Italiens ne puissent combler l'écart technique. Ils soupçonnaient également l'ennemi d'utiliser le radar, mais à ce moment-là, ce ne fut que de la spéculation[15]. Ceux-ci ont conclu qu'une mauvaise surveillance aérienne italienne avait empêché une réaction rapide des unités lourdes italiennes, conférant aux Britanniques l'avantage tactique d'éviter le contact dans des conditions défavorables[16].

Notes et référencesModifier

  1. Green & Massignani, page 97.
  2. De la Sierra, page 122.
  3. a et b Greene & Massignani, page 97.
  4. O'Hara, p. 57.
  5. De la Sierra, page 123.
  6. De la Sierra, page 124.
  7. Greene & Massignani, page 98.
  8. De la Sierra, page 125.
  9. De la Sierra, p. 125-126.
  10. De la Sierra, page 126.
  11. Navy, « H.M. Ships Damaged or Sunk by Enemy Action in WWII », www.navy.gov.au (consulté le 29 novembre 2015), p. 53
  12. De la Sierra, p. 126-127.
  13. « www.regiamarina.org » [archive du ]
  14. Green & Massignani, page 98.
  15. Greene & Massignani, page 99, quotes the Italian memo: "Every progress in this field will be of paramount importance and perhaps the most important element to organise will be to co-ordinate the employment of searchlights and flares shells from the outset of the action."
  16. Bragadin, page 40.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Bragadin, Marc'Antonio (1957). The Italian Navy in World War II, United States Naval Institute, Annapolis. (ISBN 0-405-13031-7).
  • Green, Jack & Massignani, Alessandro (1998). The Naval War in the Mediterranean, 1940-1943, Chatam Publishing, London. (ISBN 1-86176-057-4).
  • Vincent P. O'Hara, Struggle for the Middle Sea: The Great Navies at War in the Mediterranean Theater, 1940-1945, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press, (ISBN 978-1-59114-648-3)
  • Sierra, Luis de la (1976). La guerra naval en el Mediterráneo, 1940-1943, Ed. Juventud, Barcelona. (ISBN 84-261-0264-6). (in Spanish).

Liens externesModifier