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Sputnik (agence de presse)

Sputnik est une agence de presse multimédia lancé officiellement par le gouvernement russe le 10 novembre 2014, au sein de Rossiya Segodnya[1],[2]. Sputnik remplace l'agence d'informations RIA Novosti. Il est quasi-unanimement considéré par les experts et médias occidentaux comme un outil de la propagande russe[3],[4],[5],[2], se livrant à la désinformation[6], proche de l'extrême droite sur Internet et complotiste[7]. Depuis son lancement, le site voit son audience augmenter et concurrencer les média occidentaux avec les autres média internationaux russes.

Sputnik
Image illustrative de l'article Sputnik (agence de presse)

Création Voir et modifier les données sur Wikidata
Siège social Moscou
Drapeau de Russie Russie
Site web sputniknews.com

Sommaire

Organisation et objectifsModifier

L'objectif affiché est de « dire ce qui n'est pas dit », d'apporter « un regard russe sur l'actualité » dans un environnement médiatique international considéré par le pouvoir russe comme souvent hostile à Moscou[1]. Rejetant la déontologie occidentale[réf. insuffisante], Sputnik se présente comme voulant donner une vision « alternative », « du journalisme honnête », « post-mainstream »[8].

Radio Sputnik, se substituant à La Voix de la Russie, est l'élément audio de cette plate-forme et a vocation à être diffusé dans 30 langues en 2015, pour un total de plus de 800 heures par jour, couvrant plus de 130 villes et 34 pays en modulation de fréquence, HD Radio, diffusion audionumérique, ainsi que via les téléphones mobiles et l'Internet[9].

La majeure partie des émissions devrait être produite dans les pays de destination, a annoncé Dmitri Kisselev, responsable de Rossiya Segodnya, la maison-mère. Dans chaque pays concerné, Sputnik va constituer un centre multimédia avec une station de radio, un site internet, une agence d’information locale et un centre de presse[10].

Ligne éditorialeModifier

Propagande russeModifier

Sputnik est considéré comme un journal de propagande russe par de nombreux médias français, notamment Arrêt sur images ou dans des reportages pour Arte[11]. En novembre 2016, à la suite du scandale de l'influence des médias russes de fake news sur l'élection américaine en faveur de Donald Trump par le biais de Sputnik, Le Monde pointe le rôle similaire de Sputnik News et RT en France, producteurs et promoteurs de nombreuses informations sciemment erronées[12].

Pour L'Obs / Rue89, le site d'information montre une « orientation très partisane, en faveur du pouvoir russe », titrant « Sputnik, l’arme de propagande russe, arrive en France »[13]. Même avis pour Juliette Obadia des Inrocks, pour qui Sputnik diffuse des articles pro-Kremlin[14]. Selon Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse à l’Ifri spécialiste de la Russie : « La machine à propagande russe a connu une véritable réorganisation depuis la fin de l’année 2013, quand l’agence d’information Rossiya Segodnya (La Russie aujourd’hui) a été créée. [...] Aujourd’hui, la Russie considère très clairement l’information comme un outil de guerre et investit massivement dans ces moyens de communication. »[13]

Dans une conférence de presse commune avec Vladimir Poutine, fin mai 2017, Emmanuel Macron a accusé Russia Today (RT) et Sputnik qui selon lui « ne se sont pas comportés comme des organes de presse et des journalistes, mais comme des organes d'influence, de propagande et de propagande mensongère, ni plus ni moins. Quand des organes de presse répandent des contre-vérités infamantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d'influence ». Les deux média ont la même rédactrice en chef, Margarita Simonian. Selon Nina Bachkatov, journaliste spécialiste de la Russie, cela s'est produit en deux étapes: « Elle s'est inscrite dans une tendance générale, qui dit qu'un pays moderne doit avoir sa chaîne d'information en continu. Au début, on y voyait des choses plutôt intéressantes, une autre vision de l'actualité, puisque ses équipes se rendaient dans des endroits où nous ne nous rendions pas. Et puis, il y a eu un virage. Ses journalistes se sont transformés en caricatures de présentateurs américains ». Mais selon Nina Bachkatov, « "Il ne faut pas tomber dans la caricature non plus, il n'y a pas une ligne directe entre Margarita Simonian et l'État russe (...) Mais les journalistes font du zèle, pensant faire plaisir au pouvoir ». Donc selon Bachkatov le terme a pu surprendre les journalistes de Sputnik qui considèrent être des médias comme les autres car « ce sont surtout des gens qui croient à leur mission, et qui en font trop, comme c'est souvent le cas chez les Russes ». D'après Julien Nocetti, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), les acteurs de Sputnik considèrent comme normal et non infamant que les médias nationaux reflètent le point de vue de leur État[15].

Le journaliste et militant indépendantiste écossais Gordon MacIntyre-Kemp (en) déclare que « si Sputnik est de la propagande, alors la BBC l'est aussi »[16].

Pour David Cadier de l'IFRI, c'est depuis les « révolutions de couleur » dans l'espace postsoviétique et leur interprétation faite par Moscou, que l'investissement de la Russie dans les médias participe d'une volonté d'influencer les processus politiques dans les États tiers. Le Kremlin s’appuie à l'étranger sur deux médias qu'il finance, RT et Sputnik, qui « ouvrent leurs antennes, entre autres, à des représentants de partis extrémistes et aux tenants des théories complotistes. S'ils se défendent d'être téléguidés par le pouvoir russe, ces médias n'en propagent pas moins rumeurs, fausses informations et récits stratégiques, dont la très grande majorité va dans le sens de l'agenda de politique étrangère du Kremlin. » Le chercheur considère que « les modalités de coordination de la politique informationnelle du Kremlin et la nature de ses interactions avec RT et Sputnik demeurent opaques. Il est parfois difficile de distinguer de qui relève du reflet médiatique d'une autre vision du monde, et ce qui participe d'une entreprise de désinformation ciblée et organisée au profit d'objectifs spécifiques », et que « l'influence des médias russes Russia Today et Sputnik est ainsi considérée par plusieurs pays européens (France, Suède, Allemagne) comme une source de déstabilisation.[17] »

DésinformationModifier

En 2016, Wilheml Unge, un porte-parole des services de renseignement suédois, reproche à Sputnik de diffuser de la « propagande et de la désinformation »[6]. Pour un expert de la communication travaillant pour la commission européenne, « L’État russe a mis en place un système de désinformation planifié et organisé qui vise à délégitimer l’Union européenne et propager l’idée de pays occidentaux en proie au chaos (...) Les journalistes russes employés dans les chaînes de télévision publiques que nous avons auditionnées ont une conception différence de l’information : ils disent que leur pays est engagé dans une nouvelle guerre froide et que leur travail n’est pas de chercher les faits ». Ainsi, en 2017, Sputnik, reprenant un communiqué de la police locale, publie un article sur le « chaos » créé à Hambourg par les manifestations liées au sommet du G20, illustré par une photo prise en réalité à Séoul en 2016, lors des manifestations qui ont mené à la destitution de la présidente coréenne[18]. L'article n'est mis à jour avec une photo corrigée que deux jours plus tard[19].

De nombreux articles présentent une image apocalyptique de la France avec un surtraitement des moindres violences[20], notamment à propos de l’affaire Théo et des incidents en banlieue qui y sont liés. Sputnik choisit des titres-chocs comme « La France sodomisée », « Course présidentielle française : le "génocide" des élites politiques ? » ou « Les agressions sexuelles en Europe : nouvelles traditions du réveillon ?[8] »

Sonia Devillers déclare sur France Inter que Sputnik relaierait des « rumeurs parfois extrêmement complotistes ou grossières » avec « des mentions qui précisent bien que la rédaction de Sputnik n'est pas en mesure de vérifier les informations »[20]. Nina Bachkatov interrogée par L'Express constate que les candidatures à l'élection présidentielle de 2017 de Marine Le Pen et de François Fillon, qui ont toutes deux exprimé des positions soutenant la politique étrangère du Kremlin, ont reçu un traitement plus chaleureux que celle d'Emmanuel Macron[15],[21]. Dans les derniers jours avant le second tour, Sputnik est un des médias diffusant la rumeur d'un compte offshore dissimulé par Emmanuel Macron qui conduit le candidat à déposer plainte pour divulgation de fausses nouvelles et faux[22],[23].

Pour David Cadier de l'IFRI, cette désinformation n'est pas destinée à permettre à Moscou de « prendre le contrôle d'un pays, ni même influencer directement et spécifiquement ses politiques, mais plutôt semer le doute et la confusion pour inciter à remettre en question la légitimité des institutions démocratiques et des gouvernements en place.[17] »

Pour contrer cette influence des médias étatiques russes en Europe, l’Union européenne a créé une équipe de onze spécialistes de la communication qui ont pour charge de mettre en avant les succès de l’UE dans les pays d'Europe de l'Est (Ukraine, Georgie, Moldavie) et qui exposera la désinformation avec un réseau de bénévoles. Selon le journal La Croix cette organisation apparait « sans commune mesure » face à RT qui dispose d'un budget de 275 millions d’euros annuel[24].

Liens avec l'extrême droite française et la complosphèreModifier

La version française a été lancée le 29 janvier 2015[13], et a rapidement trouvé sa place dans les réseaux sociaux[7] conspirationnistes et d'extrême droite aux côtés de sites comme Égalité et Réconciliation ou « FdeSouche »[25],[26].

Pour Nicolas Hénin,

« Ce n'est à ce titre pas une surprise que Sputnik soit un énorme pourvoyeur de contenu pour des sites ou des blogs complotistes ou d'extrême-droite, qui le pillent et recopient ses articles [27]. »

Début 2016, Edouard Chanot rejoint Sputnik en tant que journaliste chroniqueur[20] ; il officiait auparavant sur Radio Courtoisie, station de radio associative dirigée par Dominique Paoli, considérée comme la radio « de toutes les droites, en particulier des plus radicales »[28] et déjà proche de la diplomatie russe[29].

Durant la campagne présidentielle de 2017, l'équipe d'Emmanuel Macron interdit à Sputnik France l'accès de son siège de campagne, ce qui est considéré[Par qui ?] comme une discrimination des médias russes[30]. Sputnik envisage par ailleurs une plainte pour des accusations mensongères portées à son encontre par Emmanuel Macron[31]. Ce dernier s'est plaint publiquement de Sputnik lors de la visite officielle de Vladimir Poutine[20]. Pour Nina Bachkatov, comparé à RT, Sputnik qui déclare sur son site « dévoile(r) ce dont les autres ne parlent pas » est « plus centré sur la viralité de ses articles. Son objectif est d'être repris par des sites plus traditionnels ». À l’identique des sites conspirationnistes, qui ne font pas de l'audience directement mais essayent « d'être cités par les grands médias - en bien ou en mal, peu leur importe » selon L'Express[15].

Selon la spécialiste de la Russie Anne Nivat analysant les média pro-russes Sputnik et RT, « les Russes veulent incarner l'alternative dans chaque pays où ils s'implantent et en France, l'alternative selon eux c'est de relayer les thèses de la droite dure »[32]. »

InfluenceModifier

Le site web de Sputnik a une portée qui resterait limitée d'après un article de L'Express en juin 2017 : il ne compte que 340 000 abonnés sur Facebook et Twitter[15]. Le site revendique un doublement de son trafic entre juin 2015 et mars 2017[33]. En 2014 la BBC s’inquiète de "perdre la guerre de l'information" face à l'audience grandissante de Sputnik et des autres média internationaux russes[5].

Les taux d'audience de Sputnik restent faibles en Europe et, paradoxalement, les initiatives visant à dénoncer ses pratiques contribuent parfois à leur faire de la publicité. Les activités sur les réseaux sociaux sont, elles, plus conséquentes et encore moins aisément attribuables, car la diffusion de fausses informations diffusées par Sputnik est amplifiée via les réseaux sociaux : des bots multiplient automatiquement leur partage et des trolls appuient les commentaires. Il est donc difficile de mesurer les effets et l'influence réelle de cette désinformation[17].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Étienne Bouche, « Sputnik : Poutine en orbite », Libération,‎ (lire en ligne)
  2. a et b Tetyana Lokot, « Avec Spoutnik, nouveau média russe, entrez dans l’orbite de Poutine », Rue89,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Groll Elias, « Kremlin's ‘Sputnik’ Newswire Is the BuzzFeed of Propaganda », Foreign Policy,‎ (lire en ligne)
  4. (en) « Sputnik. Propaganda in a New Orbit », Center for European Policy Analysis (CEPA
  5. a et b (en) « BBC World Service fears losing information war as Russia Today ramps up pressure », sur TheGuardian,
  6. a et b (en) Neil MacFarquhar, « A Powerful Russian Weapon: The Spread of False Stories », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  7. a et b « RT France, Sputnik : dix choses à savoir sur les médias russes en France », sur Rue89,
  8. a et b Elena Gabrielian, « Russia Today, Sputnik... l'influence médiatique du Kremlin plane sur l'Europe », rfi.fr, (consulté le 17 septembre 2017)
  9. (en) Products and services - Site officiel
  10. « Sputnik : une radiodiffusion sur le monde entier », La Voix de la Russie,‎ (lire en ligne)
  11. « Sputnik : la propagande russe en orbite », Arte,‎ (lire en ligne)
  12. « Le spectre de la désinformation russe derrière les fake news sur internet », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. a, b et c Robin Prudent, « Sputnik, l’arme de propagande russe, arrive en France », Rue89,‎ (lire en ligne)
  14. Juliette Obadia, « Comment le Kremlin utilise les trolls pour sa propagande », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  15. a, b, c et d Audrey Kucinskas, « Fustigés par Macron, RT et Sputnik, des médias "stratégiques" pour la Russie », L'Express,‎ (lire en ligne)
  16. Sputnik, « "La propagande russe n’est pas plus partiale que la BBC" », sur fr.sputniknews.com (consulté le 17 juin 2017)
  17. a, b et c RAMSES 2018 : La guerre de l'information aura-t-elle lieu ?, ouvrage collectif sous la direction de Thierry de Montbrial et Dominique David, Institut français des relations internationales, Dunod, Paris, 2017.
  18. « Anti-G20 : Sputnik illustre Hambourg avec une photo de Séoul », sur arretsurimages.net, .
  19. « Chaos à Hambourg: un hélicoptère de police attaqué à coups de fusée de signalisation », sur fr.sputniknews.com, (consulté le 17 septembre 2017)
  20. a, b, c et d « Médias russes en France : comment travaille Sputnik ? », sur franceinter.fr, .
  21. Alcyone Wemaëre, « "Fillon en tête" selon Sputnik, des prévisions qualifiées abusivement de sondage », france24.com, (consulté le 16 septembre 2017)
  22. Agence France Presse, « Accusation de "compte offshore aux Bahamas" : Macron porte plainte », lepoint.fr, (consulté le 16 septembre 2017)
  23. Thomas Liabot, « D'où vient l'intox de Marine Le Pen sur Macron et les Bahamas? », lejdd.fr, (consulté le 16 septembre 2017)
  24. Olivier Tallès, Bruxelles s’alarme de la désinformation russe, La Croix, 4 mai 2017
  25. « Ces médias à la droite de la droite qui veulent "réinformer" les Français », sur la-croix.com,
  26. Florian Delorme, « Alt-Right, Fachosphère: Quand l’extrême droite s’empare du web », sur France Culture, .
  27. Nicolas Hénin, La France russe: Enquête sur les réseaux de Poutine, éditions Fayard, Paris, 25 mai 2016 - 324 pages
  28. Alexandre Piquard et Olivier Faye, « Raciste déclaré, le président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen, est prié de démissionner », sur www.lemonde.fr, .
  29. Tugdual Denis, « Radio Courtoisie, la voix de la vieille France », sur lexpress.fr, .
  30. « Macron interdit l'accès de son QG à des médias russes », Valeurs Actuelles,‎ (lire en ligne)
  31. « Sputnik et « Russia Today » veulent poursuivre Emmanuel Macron », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  32. AFP, « Ces médias à la droite de la droite qui veulent "réinformer" les Français », sur lepoint.fr, .
  33. « Sputnik et RT, instruments d’influence de la Russie », sur letemps.ch,

Voir aussiModifier