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Amédée Ier de Savoie

comte des Belleysans

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Amédée Ier et Amédée de Savoie.

Amédée Ier de Savoie
Amédée Ier de Maurienne
Amédée Ier de Savoie
Amédée Ier de Savoie

Titre comte en Maurienne et des Belleysans
(v. 1042/1046-v. 1051/1060)
Prédécesseur Humbert de Savoie
Successeur Othon Ier de Savoie
Biographie
Dynastie Humbertiens
Maison de Savoie
Naissance v. 1016
Décès v. 1051/1060
Père Humbert de Savoie
Mère Ancilie / Auxilia / Auxiliende
Conjoint Adalgide

Amé ou Amédée Ier de Maurienne, selon l'usage dit de Savoie, dit Cauda (« la Queue »), né vers 1016 et mort vers 1051/1060, est le second comte en Maurienne et des Belleysans, également seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais (v. 1042/1046-1051), héritier d'Humbert aux-Blanches-Mains.

Les Humbertiens, à l'origine de la maison de Savoie, bien qu'étant implantés dans le comté de Savoie, ne portent le titre de comte de Savoie qu'à partir du comte Amédée III, à partir de 1143.

Sommaire

BiographieModifier

NaissanceModifier

Amédée est né vers 1016 et très probablement dans le château de Charbonnières[1], en Maurienne, centre du pouvoir des Humbertiens. L'indication de Suse, dans le Piémont, par Michel Germain[2] semble peu probable. Il est l'aîné et héritier du comte Humbert aux blanches-mains, fondateur attesté de la dynastie des Humbertiens, et de sa femme Ancilie (ou Auxilia, Auxiliende)[2],[3]. Ses jeunes frères ont une carrière ecclésiastique, Burcard devient évêque d'Aoste (1025-1032), prieur de Saint-Maurice d’Agaune, puis archevêque de Lyon (1033-1034), tandis que Aymon est abbé bénédictin de Saint-Maurice d’Agaune, puis évêque de Sion (1034-1054)[3].

SurnomModifier

Son surnom de la Queue — Cauda — viendrait de l'époque du couronnement du souverain du Saint-Empire Henri III le Noir, auquel il participa suivi d'un long cortège de gentilshommes — la « queue » en question. Les chroniqueurs rapportent qu’à Vérone, il se présenta au conseil suivi de ses gentilshommes (« mia cauda » que l'on peut traduire par « sa suite »)[4]. À l'huissier qui le priait « de vouloir faire retirer cette grande troupe qui estait à sa queue », il insista et fit grand bruit. L'empereur, averti, dit : « qu'on le laisse rentrer et qu'il laisse sa queue dehors », ce à quoi le comte Amédée s'exclama : « Si ma queue n'y entre avec moi, je n'y entrerai là, et vous en quitte » ; l'empereur ordonna alors que la porte fût ouverte au comte et à sa queue[2],[4],[5].

« Advint un jour, raconte Paradin, que le comte se vint présenter à l'huis de la chambre où se tenoit le conseil, et ayant heurté, lui fut incontinent la porte présentée, pour sa personne seulement, le priant l'huissier du conseil de vouloir faire retirer cette grande troupe qui estoit à sa queue ; à quoi ne voulant acquiescer, ne voulut l'huissier permettre l'entrée : dont il persista encore si haultement que l'empereur oyant le bruit demanda que c'estoit, l'huissier répond que c'estoit le comte de Maurienne qui menoit après soi un grand nombre de gentils-hommes. Lors, dit l'empereur, qu'on le laisse entrer et qu'il laisse sa queue dehors : ce qu'ayant entendu, le comte répondit avec mécontentement : si ma queue n'y entre avec moi, je n'y entrerai là et vous en quitte. Alors l'empereur ordonna que la porte fût ouverte au comte et à sa queue. »

RègneModifier

La tradition historiographique considère que comte Humbert meurt aux alentours de 1048[6], soit après presque 43 ans de règne[7]. L'étude des actes dont la dernière charte donnée par Humbert (le 10 juin 1042[8], « sans doute in articulo mortis[6] » selon le médiéviste Laurent Ripart) permet de contester cette date pour placer son décès et donc sa succession aux alentours de 1042 voire 1046 au plus tard[6]. Amédée aurait donc la trentaine quand il monte sur le trône[9].

Il est vraisemblablement, ou peut-être son frère Othon, à l'origine, par une donation de la fondation, du prieuré du Bourget, dans le val homonyme[4],[10]. La charte de 1025 de la fondation est fausse (Duparc)[11]. Toutefois, le médiéviste Laurent Ripart donne une période plus probable comprise entre 1042 et 1045[12].

Amédée prend le contrôle du château d’Hermillon, près de Saint-Jean-de-Maurienne, qu'il fortifie[4],[2].

Sous son règne débuta l'exode des paysans, trop nombreux dans les étroites vallées, vers les terres d'altitude dans les montagnes, qui jusqu'alors étaient couvertes d'immenses et épaisses forêts. Les premiers plateaux d'altitude furent conquis par les paysans de la vallée de l'Arve et du Faucigny. Comme eux, les paysans de Maurienne et de Tarentaise migrèrent en nombre depuis leurs vallées vers des terres plus élevées.

C'est sous le règne d'Amédée Ier que vécut Guillaume della Chiusa, moine bénédictin, auteur de la plus ancienne chronique de Savoie en vers latins ; originaire de la vallée de la Maurienne, il dit avoir écrit ses chroniques à partir de traditions orales, car tous les documents de son monastère furent incendiés ou dévastés par les Sarrasins.

Mort et lieu de sépultureModifier

Selon la tradition historiographique instaurée depuis les Chroniques de Savoie de Jehan d'Orieville (ou Orronville), dit Cabaret, historiographe du comte Amédée VIII, le comte Amédée serait décédé vers 1051. Son frère, Othon (v. 1023- v.1060), quatrième fils du comte Humbert, lui succède[4]. Ses deux autres aînés, Bouchard ou Burckard ou Buchard et Aymon, tous deux ecclésiastiques, sont ainsi écartés de la succession. Le médiéviste Laurent Ripart donne quant à lui vers 1060[13].

Contrairement à son père inhumé au prieuré des Échelles, la sépulture d'Amédée semble être le prieuré clunisien du Bourget dont il est le fondateur entre 1042 et 1045[13]. Son fils, Humbert, semble a voir été enterré lui aussi dans le prieuré[13].

FamilleModifier

Amédée Ier épousa une princesse nommée Adalgide, Adèle ou Adélaïde, mais n'eut pas d'enfants[4]. L'historien Michel Germain dans son travail de synthèse à propos des personnalités de la Savoie avance une Adeli (ou Adalelgida) de Bourgogne[2]. À sa mort, la couronne passa aux mains de son frère Othon.

Selon les travaux de l'historien français Georges de Manteyer (1867-1948)[14] ou de l' archiviste vaudois Maxime Reymond[15] (1872-1951), repris également par Michel Germain[2], le comte Amédée aurait eu trois enfants :

Titres et possessionsModifier

Amédée semble être le premier des Humbertiens à être titré dans un acte (dont la datation pourrait être vers 1062, dont on n'a qu'une transcription partielle) de donation d'un manse aux chanoines de Saint-Jean, de comes Belicensium, que l'on peut traduire par « comte des Belleysans »[18]. Aucune autre mention n'utilise cette titulature. Selon les historiens, il peut également s'agir de son neveu, Amédée II[19],[20].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Georges Chapier, Châteaux Savoyards : Faucigny, Chablais, Tarentaise, Maurienne, Savoie propre, Genevois, La Découvrance, coll. « L'amateur Averti », , 410 p. (ISBN 978-2-8426-5326-2), p. 141.
  2. a b c d e f et g Germain 2007, p. 20.
  3. a et b Palluel-Guillard, p. 4.
  4. a b c d e et f Palluel-Guillard, p. 5.
  5. Charles Dufayard, Histoire de Savoie, Boivin et Cie, , 328 p., p. 67.
  6. a b et c Laurent Ripart, « La mort et la sépulture du comte Humbert : une tradition historiographique reconsidérée », dans Fabrice Delrieux, François Kayser (dir.), Des plats pays aux crêtes alpines. Hommages offerts à François Bertrandy, Chambéry, , p. 71-86.
  7. Demotz 2000, p. 158.
  8. Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble, Notre-Dame de Grenoble (v. 976-1031), cart. A, n° XIX, p. 29-30.
  9. Demotz 2000, p. 165.
  10. Johannès Pallière, Le Lac du Bourget : Lac majeur de France, La Fontaine de Siloé, , 463 p. (ISBN 978-2-8420-6234-7), p. 287.
  11. Pierre Duparc, « La fondation du prieuré du Bourget-du-Lac (XIe siècle) », Actes du Congrès des Sociétés Savantes de la Province de Savoie. Saint-Jean-de-Maurienne, sept. 1968, Belley,‎ , p. 139-153.
  12. Laurent Ripart, « Moines ou seigneurs : qui sont les fondateurs ? Le cas des prieurés bénédictins des Alpes occidentales (vers 1020-vers 1045) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, nos 113/3,‎ , p. 189-203 (lire en ligne).
  13. a b et c Laurent Ripart, « Les lieux de sépulture des princes de la maison de Savoie », dans La mort en Savoie. Actes du 1er Festival International d'Histoire des Pays de Savoie, La Roche-sur-Foron, 24-26 juin 2011, Bonneville, (lire en ligne [PDF]), p. 32-43.
  14. Georges de Manteyer, Les Origines de la maison de Savoie en Bourgogne (94 0-1060), Rome, Cuggiani, 1899, 284 pages.
  15. Maxime Reymond (1919), Les origines de la maison de Savoie.
  16. Camille Renaux, Le comté humbertien de Savoie-Belley : ses origines et ses variations jusque dans les premières années du XIIe siècle, vol. 3, L. Chaduc, , 67 p., p. 48.
  17. Laurent Ripart, « Le diocèse de Belley comme foyer de la principauté savoyarde » dans Le Bugey, 102 (2015), p. 51-64 (Lire en ligne sur www.academia.edu).
  18. M.-C. Guigue, Petit Cartulaire de Saint-Sulpice en Bugey, suivi de documents inédits pour servir à l’histoire du diocèse de Belley, Lyon, 1884, Appendice, n° 2, p. 26.
  19. Voir également le volume 3 (pp. 568-570) de la thèse de Laurent Ripart, « Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle) », Université de Nice, 1999, 3 volumes (sous la direction d'Henri Bresc).
  20. Article de Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », paru dans Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart et Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques », , 286 p. (ISBN 978-2915797350), p. 231.