Amédée II de Savoie

comte de Maurienne et marquis de Suse et d'Italie

Amédée II de Savoie
Amédée II de Maurienne
Image illustrative de l’article Amédée II de Savoie
Amédée II

Titre comte en Maurienne
(1078-1080)
Autres titres Marquis de Suse (Turin) et d'Italie
Prédécesseur Pierre Ier de Savoie
Successeur Humbert II de Savoie
Biographie
Dynastie Humbertiens
Maison de Savoie
Naissance né vers 1050
Décès vers 1080
Père Othon Ier de Savoie
Mère Adélaïde de Suse
Conjoint Jeanne de Genève
Enfants Humbert
Constance
Adélaïde
Auxilia

Blason de Amédée II de SavoieAmédée II de Maurienne

Amédée II de Maurienne , dit plus couramment Amédée II de Savoie (parfois de Savoie-Maurienne), né vers 1048-1050, probablement au château de Charbonnières et mort vers 1080, est le cinquième comte en Maurienne, également seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais et marquis de Suse et d'Italie (v. 1078-1080).

Amédée II est cité comme comte de Sabaudia, à son décès le . D'après les historiens récents, les Humbertiens, à l'origine de la maison de Savoie, bien qu'étant implantés dans le comté de Savoie, n'auraient porté le titre de comte de Savoie qu'à partir du comte Amédée III, en 1125.

BiographieModifier

OriginesModifier

Amédée serait né vers 1048-1050[1], probablement au château de Charbonnières[2], en Maurienne, centre du pouvoir des Humbertiens. Il est le second fils du comte de Maurienne, Othon (ou Oddon), ( ) et Adélaïde de Suse ( ), héritière des marches de Suse et d'Italie[3],[4].

Il a un frère aîné, Pierre, successeur de son père, un cadet, Oddon, évêque d'Asti (ca.1088-1102)[3],[4]. Il a également deux sœurs, Berthe ( ), qui épouse l'empereur Henri IV, et Adélaïde (v. 1079), qui épouse Rodolphe de Rheinfelden, duc de Souabe[3],[4].

RègneModifier

Amédée succède à son frère Pierre Ier, vers 1078, mort sans descendance mâle, sous le nom d'Amédée II[1],[5]. L'historien italien Domenico Carutti (it) (1889) indique qu'il lui succède le [6].

Dans la Chronique de Savoye (XIVe siècle), Jehan d'Orieville, dit Cabaret, historiographe du comte Amédée VIII, confond Amédée Ier et Amédée II.

Amédée II serait resté sous l'influence de sa mère Adélaïde de Suse[7], considérée comme une maîtresse-femme.

Sous son règne, eurent lieu les difficiles démêlés entre le pape Grégoire VII et le souverain du Saint-Empire, Henri IV de la maison de Franconie au sujet des investitures. Adélaïde et Amédée II servirent de médiateurs entre les deux puissances. Parents par alliance, ils aidèrent efficacement l'empereur, notamment en autorisant son passage par le Mont-Cenis pour se rendre à Canossa en 1077[8],[9]. En échange, la comtesse et son fils auraient négocié l'obtention de cinq évêchés italiens[7]. L'empereur les récompense, selon Guichenon, par la cession du Bugey[7] et en reconnaissant les droits et l'inféodation du marquisat d'Ivrée à Adélaïde de Suse[9],[10]. Il aurait aussi reçu le Bas-Chablais rhodanien appelé également Bas-Valais[11],[8],[12]. L'empereur était le beau-fils de la comtesse Adélaïde et le beau-frère de Amédée, ayant épousé Berthe de Savoie. La comtesse l'accompagne d'ailleurs auprès du pape Grégoire VII[8]. Il se peut que celui-ci soit confondu avec son frère, Pierre[13].

L'apport politique essentiel du comte Amédée II, réside dans le début de la prise de conscience par les princes de la maison de Savoie, de l'importance de leur position géographique, au carrefour du Saint-Empire, des États pontificaux, de Venise, du royaume de France, mais surtout en tant que gardiens des passages alpins.

  • Leur jeu politique à l'intérieur de leurs terres, sera désormais de jouer les Piémontais contre les Savoyards, et, les Savoyards contre les Piémontais.
  • Leur jeu diplomatique, face aux puissants, sera de se fortifier dans les montagnes, de contrôler efficacement les passages alpins, et surtout de s'agrandir dans toutes les directions aux dépens de leurs voisins, par un intense travail de diplomatie et d'alliances.

Amédée II accorda un grand nombre d'immunités au clergé, et en particulier aux ordres de Saint-Bernard et de Saint-Augustin. Depuis longtemps, les évêques eux-mêmes donnaient des terres aux monastères, alors que de nombreux et puissants barons entraient dans les ordres pour expier leur fautes et leur vies de violence, de rapines et de tueries, tentant ainsi d'échapper au remords de leur conscience, mais surtout, ils apportaient aussi de nombreux biens.

À la fin du règne d'Amédée, — mais pour certains ce ne serait qu'une légende forgée au XVIIIe siècle — des monastères s'élevaient partout sur les terres du comte de Savoie, la moitié du territoire appartenait aux nombreuses abbayes et toutes ces terres étaient cultivées par plus de cent cinquante mille serfs, qui avaient en général une vie plus rude et étaient plus malheureux que les serfs des seigneurs. De nombreux serfs, chaque année tentaient de s'enfuir vers le Piémont, poursuivis et chassés par les officiers abbatiaux. Certains seigneurs, jaloux de la puissance des abbayes, ou en procès contre elles, protégeaient et aidaient ces désertions.

Mort et lieu de sépultureModifier

À sa mort, vers 1080[14], la succession passe à son fils Humbert[5]. L'historien italien Domenico Carutti (it) donne une date précise de sa mort dans la Regesta comitum Sabaudiae (1889) : (VII Kal Feb, comes Amedeus de Sabaudia)[15].

FamilleModifier

En 1065, il épousa, sans acte connu d'après le site Foundation for Medieval Genealogy, selon Guichenon, Jeanne de Genève, fille du comte de Genève Gérold II, qui lui donna un fils, qui succède à son père, peut-être un second, et deux ou trois filles, selon les généalogistes[5] :

Titres et possessionsModifier

Amédée semble être le premier des Humbertiens à être titré dans un acte (daté d'environ 1062, dont on n'a qu'une transcription partielle) de donation d'un manse aux chanoines de Saint-Jean, portant la mention de comes Belicensium, que l'on peut traduire par « comte des Belleysans »[19]. Aucune autre mention n'utilise cette titulature. Selon les historiens, il pourrait également s'agir de son oncle, Amédée Ier[20],[21]. Laurent Ripart précise cependant que cette date pourrait remonter à 1062 et correspondrait à cet Amédée ci[22].

Selon le site de généalogie Foundation for Medieval Genealogy, qui reprend Domenico Carutti (1889), Amédée II est cité comme comte de Sabaudia (comes Amedeus de Sabaudia), à son décès le [15]. Il aurait succédé en 1078 comme comte de Savoie au décès de son frère Pierre Ier de Savoie, mais aucun acte n'indique que Pierre Ier ait été comte de Savoie.

Selon l'historien Laurent Ripart, « cette distinction entre la Savoia et la Sabaudia constitue donc un enjeu majeur de cette recherche, car elle permet de reconsidérer totalement la substitution du titre de « comte de Savoie » à celui de « comte de Maurienne ». Si l’on accepte ce distinguo, l’émergence du titre de comes Sabaudie ne nous apparaît alors plus sous les traits d’une simple délocalisation des fondements du pouvoir princier en « Savoie propre », mais devient le signe d’une nouvelle conception de la principauté comtale. Dans cette perspective, l’émergence du terme régional de Sabaudia témoigne, en effet, de la volonté du pouvoir comtal de se définir autour d’un vaste concept spatial, susceptible d’englober la Maurienne, la Savoia et toutes les terres que les Humbertiens possédaient dans le royaume de Bourgogne »[23].

Sur le site Sabaudia.org, le dossier consacré à la Maison de Savoie par André Palluel-Guillard le désigne comme 5e comte de Savoie[3].

D'après Léon Menabrea, les successeurs Humbertiens bien qu'étant implantés dans le comté de Savoie, ne portent le titre de comte de Savoie qu'à partir du comte Amédée III, à partir de 1125[24], de même que pour Bernard Demotz[25].

Le chanoine Adolphe Gros (1948) annote que l'« On dit qu'Amédée III avait été le premier à prendre le tire de comte de Savoie, et l'on cite à l'appui de cette affirmation la charte de l'abbaye d'Hautecombe (1125). Mais ce document est reproduit d'après Guichennon, et l'on sait la liberté que prend cet auteur avec les textes documentaires »[26]

Outre les droits sur les territoires de la Maurienne et le Bugey[27], Amédée II est seigneur en Savoie Propre, Chablais, Val d'Aoste, et porte également les titres de marquis de Suse et théoriquement le titre comtal de Turin, sans toutefois la trace de cet usage. Il est cité à son décès comme comte de Sabaudia[15].

Notes et référencesModifier

  1. a et b (en) Charles Cawley, « Amedee II », sur fmg.ac/MedLands (consulté en ).
  2. Georges Chapier, Châteaux Savoyards : Faucigny, Chablais, Tarentaise, Maurienne, Savoie propre, Genevois, La Découvrance, coll. « L'amateur Averti », , 410 p. (ISBN 978-2-84265-326-2), p. 141.
  3. a b c et d Palluel-Guillard, p. 6.
  4. a b et c (en) Charles Cawley, « Oddon de Maurienne », sur fmg.ac/MedLands (consulté en ).
  5. a b c d e f et g Palluel-Guillard, p. 8.
  6. (la) Domenico Carutti, Regesta comitum Sabaudiae, marchionum in Italia, Turin, (lire en ligne), p. 70, no CXCVI.
  7. a b et c Jacques Lovie, Histoire des Diocèses de France : Chambéry, Tarentaise, Maurienne, vol. 11, Beauchesne, , 301 p. (ISSN 0336-0539), p. 33.
  8. a b et c Alain Boucharlat, Savoie, La Fontaine de Siloé, , 319 p. (ISBN 978-2-86253-221-9, lire en ligne), p. 16-17.
  9. a et b Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Vénard, Apogée de la papauté et expansion de la chrétienté (1054-1274) : Histoire du christianisme, vol. 5, Fleurus, coll. « Histoire du christianisme », , 980 p. (ISBN 978-2-7189-0723-9, lire en ligne), p. 73.
  10. Claude Genoux, Histoire de Savoie depuis la domination romaine jusqu'à nos jours, t. 1852, F. Saillet, 480 p., p. 82.
  11. Roland Edighoffer, Histoire de la Savoie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-13-044838-9), p. 31.
  12. Henri Baud et Jean-Yves Mariotte, Histoire des communes savoyardes : Le Chablais, Éditions Horvath, , 422 p. (ISBN 978-2-7171-0099-0), p. 10.
  13. Palluel-Guillard, p. 7.
  14. Ulysse Chevalier, Cartulaire de l'abbaye de Saint-André-Le-Bas-de-Vienne, ordre de Saint Benoît ; suivi d'un Appendice de chartes inédites sur le diocèse de Vienne (IXe – XIIe siècles), Vienne, 1869, pp. 191-192, no 250 (présentation en ligne).
  15. a b et c (la) Domenico Carutti, Regesta comitum Sabaudiae, marchionum in Italia ab ultima stirpis origine ad an, Turin, , p. 6, no XV ; p. 71, no CC. (présentation en ligne des documents : no XV ; no CC).
  16. a et b (en) Charles William Previté-Orton, The Early History of the House of Savoy: 1000-1233, Cambridge, Cambridge University Press, , 512 p. (lire en ligne), p. 205.
  17. Laurent Ripart, « La tradition d'Adélaïde dans la maison de Savoie », dans Patrick Corbet, Monique Goullet, Dominique Iogna-Prat, Adélaïde de Bourgogne. Genèse et représentations d'une sainteté impériale, Comité des travaux historiques et scientifiques / Éditions universitaires de Dijon, coll. « CTHS Histoire », , 230 p. (ISBN 2-7355-0497-2, lire en ligne).
  18. Marie-José de Belgique (préf. Benedetto Croce), La maison de Savoie : La maison de Savoie : Les origines. Le Comte Vert. Le Comte Rouge, vol. 1, Paris, A. Michel, (réimpr. 1989, Milan, pour le compte de la Fondazione Umberto II & Maria-Josè di Savoia), 425 p., p. 37.
  19. M.-C. Guigue, Petit Cartulaire de Saint-Sulpice en Bugey, suivi de documents inédits pour servir à l’histoire du diocèse de Belley, Lyon, 1884, Appendice, no 2, p. 26, « Ego in Dei nomine Amedeus comes Belicensium ».
  20. Laurent Ripart, Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle), vol. 3, Université de Nice, coll. « thèse sous la dir. de Henri Bresc », , 833 p. (lire en ligne), p. 568-570.
  21. Article de Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », paru dans Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart et Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Chambéry, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques », , 286 p. (ISBN 978-2-915797-35-0), p. 231.
  22. Laurent Ripart, « Le diocèse de Belley comme foyer de la principauté savoyarde » dans Le Bugey, 102 (2015), p. 51-64 (Lire en ligne sur www.academia.edu).
  23. Laurent Ripart, Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle), vol. 3, Université de Nice, coll. « thèse sous la dir. de Henri Bresc », , 833 p. (lire en ligne), p. 413.
  24. Léon Menabrea, De la marche des études historiques en Savoie et en Piémont, depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, et des développements dont ces études sont encore susceptibles, Puthod, , 117 p. (lire en ligne), p. 93.
  25. Demotz 2000, p. 174.
  26. Adolphe Gros, Histoire de la Maurienne — Des origines au XVIe siècle, t. Ier, Editions des Régionalismes, (réimpr. 2013), 214 p. (ISBN 978-2-8240-5017-1, lire en ligne), p. 139.
  27. Hélène Perceveaux et Paul Perceveaux, Histoire du Valromey, H. et P. Perceveaux, , 569 p. (ASIN B000WIPJS8), p. 65.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier