Ugo Tognazzi

acteur italien (1922-1990)
Ugo Tognazzi
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Naissance
Crémone, Lombardie (Italie)
Nationalité Drapeau de l'Italie Italienne
Décès (à 68 ans)
Rome, Latium (Italie)
Profession Acteur, réalisateur, scénariste
Films notables Au nom du peuple italien
Les Monstres
La Grande Bouffe
La propriété, c'est plus le vol
La Cage aux folles

Ugo Tognazzi, né le à Crémone et mort le à Rome, est un acteur et réalisateur italien.

Il fut, avec Alberto Sordi, Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Nino Manfredi, l'une des figures marquantes de la comédie à l'italienne. Il obtient le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes 1981 ainsi que le Ruban d'argent du meilleur acteur à trois reprises.

BiographieModifier

JeunesseModifier

Du fait de la profession de son père Gildo (1898-1978), inspecteur d'une société d'assurances, il passe son enfance dans différentes villes. Il fait ses débuts au théâtre à l'âge de quatre ans au théâtre Donizetti de Bergame.

Revenu à Crémone en 1936, il y trouve, à quatorze ans, un emploi de comptable chez Negroni (it), célèbre usine crémonaise de charcuterie. Durant son temps libre, il joue avec d'autres amateurs dans une pièce sur l'après-travail. Pendant la Seconde Guerre mondiale, appelé sous les drapeaux, il organise de nombreux spectacles de variétés pour ses camarades. Après l'armistice du , il retourne à Crémone où il travaille comme archiviste, mais peu après, il est incorporé dans la marine de la République de Salò, servant en Ligurie occidentale. En 1945, sa passion pour le spectacle lui fait cependant abandonner ce travail et s'installer à Milan. Une fois installé, il participe à une soirée pour amateurs organisée au Teatro Puccini, grâce à laquelle il est engagé par la compagnie théâtrale de Wanda Osiris. En 1950, il fait ses débuts au cinéma dans un film réalisé par Mario Mattoli, Les Cadets de Gascogne, aux côtés de Walter Chiari. En 1955, il participe au film La moglie è uguale per tutti (it), où il ne joue pas avec sa propre voix mais se fait doubler par Carlo Romano.

Duo Tognazzi-VianelloModifier

En 1951, il rencontre Raimondo Vianello avec qui il forme un duo comique très populaire. Ils travaillent pour la Rai de 1954 à 1959 dans l'émission de variétés Un due tre (it) ; le personnage gouailleur d'Ugo et celui plus raffiné de Raimondo s'accordent pour produire un spectacle comique très apprécié[1]. La satire d'Un due tre va jusqu'à égratigner les présidents de la République et du Conseil, provoquant la censure. L'émission s'achève le , lorsque le duo Tognazzi-Vianello décide de tourner en dérision un incident survenu la veille à La Scala et ignoré par les principaux médias : Giovanni Gronchi, président de la République, suite à une tentative de geste galant avec une dame, trébuche alors qu'il prend place à côté du président français De Gaulle. Le duo a répété la scène à la télévision : Vianello retire la chaise sur laquelle s'asseoit Tognazzi, qui tombe au sol, et Vianello lui lance : « Pour qui te prends-tu ? ». Tognazzi répond : « Eh bien, tôt ou tard, tout le monde peut trébucher ». Le même soir, Ettore Bernabei supprime l'émission de la grille des programmes et le directeur du bureau de Milan a été mis à la porte[2],[3],[4].

Les comédies à l'italienneModifier

 
Ugo Tognazzi dans La Mazurka du baron (1975).

Après ces passages farfelus entre le petit et le grand écran, Tognazzi se tourne dans les années 1960 vers la comédie à l'italienne notamment chez Dino Risi dont il fut le comédien fétiche[5]. Il apporte une contribution très personnelle au genre avec des caractérisations particulières de personnages dans des films tels que Elle est terrible (1962), Les Heures de l'amour (1963), Les Monstres (1963), Le Cocu magnifique (1964), Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers (1968), Le Commissaire Pepe (1969), Venez donc prendre le café chez nous (1970), Super Témoin (1971), Au nom du peuple italien (1971), Nous voulons les colonels (1973), Romances et Confidences (1974), La Mazurka du baron (1975), Le Canard à l'orange (1975), La Chambre de l'évêque (1977) et Qui a tué le chat ? (1977).

Il ne faut cependant pas oublier ses rôles dramatiques dans les films réalisés par le Parmesan Alberto Bevilacqua (La Califfa, 1971 ; Un amour insolite, 1972) et Bernardo Bertolucci (La Tragédie d'un homme ridicule, qui lui vaut le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1981).

La rencontre avec Marco FerreriModifier

Dans les années 1960 et 1970, il établit un partenariat artistique avec le réalisateur Marco Ferreri, un grand ami à lui, dont la veine grotesque et surréaliste lui permet de proposer des interprétations démesurées et différentes des canons de la comédie italienne. Sous la direction de Ferreri, il joue dans le segment Il professore du film à sketches Contre-sexe (1964) et dans les films Le Lit conjugal (1963), Le Mari de la femme à barbe (1964), Break-up, érotisme et ballons rouges (1965), Marcia nuziale (1966), Le Harem (1967), L'Audience (1972) avec Claudia Cardinale, Enzo Jannacci et Vittorio Gassman, puis dans La Grande Bouffe (1973) et Touche pas à la femme blanche ! (1974).

En 1968, il joue dans la coproduction italo-française Barbarella aux côtés de Jane Fonda, dans un rôle secondaire.

Très attaché à sa terre et à sa ville, il se rendait souvent au stade Giovanni-Zini de Crémone pour encourager l'équipe crémonaise du président Domenico Luzzara, son ami et premier compagnon d'étape. Tognazzi lui-même faisait souvent des blagues en dialecte crémonais pour ses personnages. Légendaires sont ceux, nombreux dans le film La Marche sur Rome (1962) de Dino Risi. Dans le film qui l'a lancé dans le cinéma satirique, Mission ultra-secrète (1961) de Luciano Salce, son personnage est originaire d'Azzanello, une petite ville de la province de Crémone.

Les trilogies à succès et le passage à la réalisationModifier

Il apparaît dans la trilogie Mes chers amis (1975, 1982, 1985), où il incarne le comte Raffaello Mascetti, un noble déchu contraint de vivre dans une extrême pauvreté. Son rôle dans la trilogie La Cage aux folles (1978, 1980, 1985) marquera l'apogée de son succès, aux côtés de Michel Serrault, celui-ci représentant l'archétype de l'homosexuel efféminé et Ugo Tognazzi, celui d'un homosexuel masculin et posé, directeur d'un cabaret sur la Côte d'Azur.

Il se met lui-même en scène dans cinq films (Le Souteneur, 1961 ; Le Nez qui siffle, 1966 ; Sissignore , 1968 ; Qui chauffe le lit de ma femme ?, 1976 ; I viaggiatori della sera, 1979) ainsi que dans la série télévisée FBI – Francesco Bertolazzi investigatore (it) (1970). Dans les années 1980, il se consacre principalement au théâtre, jouant dans Six Personnages en quête d'auteur (1986), L'Avare (1988), et - avec Arturo Brachetti - dans M. Butterfly (1989). Sa dernière réalisation, la série télévisée Una famiglia in giallo, est restée inachevée : les deux premiers épisodes ont été achevés puis diffusés à la télévision en 1991.

Canular politico-médiatiqueModifier

En 1979, il a participé à l'une des farces médiatiques les plus sensationnelles de l'histoire de l'Italie : il a accepté d'être photographié menotté par de faux carabiniers. C'était un canular organisé par l'hebdomadaire satirique Il Male. De fausses éditions de Il Giorno, La Stampa et Paese Sera[6] « sortent » avec des titres annonçant l'arrestation de l'acteur en tant que chef (« grand-père ») des fameuses Brigades rouges. La plaisanterie a été organisée à la suite des arrestations massives pour le Procès du 7 avril. La presse a affirmé que les « chefs occultes » des Brigades rouges avaient simulé la dissolution de Potere operaio afin de poursuivre, sous le nom d'Autonomia Operaia leurs activités subversives. La une d'Il Male a repris la nouvelle dans une tournure satirique, en commentant : « On recherche Vianello, le duo [qu'il formait avec Tognazzi] a simulé la dissolution de l'époque de Un due tre ». Se justifiant de cette farce, Tognazzi a déclaré rétrospectivement qu'à une époque marquée par un climat politique morose et tragique, il n'avait fait que revendiquer « le droit à la connerie ».

Au cours d'une interview avec Pippo Baudo pour Domenica in, Tognazzi a commencé à discuter de manière polémique et ironique de la libéralisation de la marijuana, du scandale Toni Negri et de la légalisation de la prostitution.

Maladie et mortModifier

 
La tombe d'Ugo Tognazzi à Velletri.

Dans les dernières années de sa vie, l'acteur a souffert de dépression. Il est mort dans son sommeil à l'âge de 68 ans d'une hémorragie cérébrale le à Rome[7]. Il est enterré dans le cimetière de Velletri. Vingt ans plus tard, sa fille Maria Sole lui a consacré le documentaire Ritratto di mio padre, tandis que pour le centenaire de sa naissance, son fils Ricky lui a dédié son documentaire biographique La voglia matta di vivere.

Vie privéeModifier

FamilleModifier

Tognazzi a eu trois partenaires et quatre enfants. En 1954, il s'est fiancé à une danseuse britannique d'origine irlandaise qu'il croise dans une revue théâtrale, Pat O'Hara, avec qui il a eu son premier fils Ricky ; la relation s'est terminée en 1961, lorsqu'il a rencontré Margarete Robsahm, une actrice norvégienne et sa partenaire dans Le Souteneur, qu'il a épousée en 1963. L'année suivante naît Thomas, nommé d'après le nom de famille de sa mère, qui deviendra producteur et réalisateur ; avec Margarete, l'acteur vit pendant trois ans entre l'Italie et la Norvège.

Il a ensuite épousé en 1972 l'actrice Franca Bettoja, qu'il avait rencontrée en 1965. Le couple vit à Velletri dans une grande maison, ouverte par la suite au public pour des initiatives culturelles[8]. Ils ont deux enfants, Gianmarco (it) en 1967 et Maria Sole en 1971. Les quatre frères et sœurs ont toujours été en excellents termes les uns avec les autres ; Ricky, Gianmarco et Maria Sole ont toujours été proches de leur père, surtout Ricky, tandis que Thomas, qui a continué à vivre avec sa mère Margarete, a toujours fait la navette entre l'Italie et la Norvège pour garder le contact avec le reste de la famille.

Sa passion pour le footballModifier

L'acteur était un fervent supporter de l'Associazione Calcio Milan et il est resté également proche de l'équipe de sa ville natale, l'Unione Sportiva Cremonese. Dans une interview de 1986, il déclare :

« Je suis un supporter du AC Milan depuis ma naissance. Pour moi, Milan a d'abord été la mère, puis la fiancée et enfin la femme. J'ai cependant trompée ma femme et il y a donc eu trahison. Quand le Cremonese est monté en Serie A, je n'ai pas pu m'empêcher de me joindre aux célébrations de la ville ; j'étais amoureux, je partageais mon temps entre ma femme et ma maîtresse et j'étais terriblement gêné quand les deux équipes jouaient l'une contre l'autre[9] »

Sa passion pour la cuisineModifier

« Dans ma maison à Velletri, il y a un énorme frigo qui échappe aux règles de la société de consommation. Ce n'est pas un "philcone", un spectaculaire réfrigérateur à ventre blanc polaire. Il est en bois, et occupe un mur entier de la grande cuisine. Depuis les quatre petites fenêtres, on peut épier l'intérieur et apprécier la vue des saucisses, des fromages et des quartiers de veaux et de bœuf accrochés majestueusement aux crochets brillants. Ce réfrigérateur est la chapelle de ma famille[10]. »

Tognazzi était notoirement passionné de cuisine et de gastronomie et aimait cuisiner et préparer des dîners pour ses proches et ses amis. Il a lui-même déclaré à plusieurs reprises qu'il avait « la cuisine dans le sang », affirmant qu'il aurait préféré devenir un grand expert culinaire plutôt que de se consacrer à une carrière d'acteur et, ironiquement, qu'il considérait le métier d'acteur comme une sorte de violon d'Ingres par rapport à la cuisine[11].

« Après avoir préparé un dîner, ma plus grande satisfaction est l'approbation de mes convives. Et en cela, tout bien considéré, je ne fais que reproduire ce que j'appréciais au théâtre et qui maintenant, avec le cinéma, me fait défaut : le contact direct avec le public[10] »

Amateur de cuisine authentique ou de plats raffinés, il avait une conception romantique et nostalgique de l'art culinaire, à la recherche de saveurs anciennes. Pour lui, la cuisine était une véritable expression culturelle et, dans ses idées, à côté des ingrédients, les ustensiles, les plats, les décorations, les noms des aliments et, bien sûr, les convives à table avaient une grande importance. Il est également l'auteur d'un livre de recettes intitulé Il rigettario. Fatti misfatti e menu disegnati al pennarello, publié par Fabbri Editori en 1978, et divers autres livres de cuisine.

FilmographieModifier

Acteur de cinémaModifier

Années 1950Modifier

Années 1960Modifier

Années 1970Modifier

Années 1980Modifier

Acteur de télévisionModifier

  • 1956 : Giro a segno, variations sur le Giro d'Italia, avec Tognazzi et Vianello, avec Franca Tamantini, orchestre de Cosimo di Ceglie, mise en scène d'Alberto Gagliardelli
  • 1957 : Sarò breve, divagazioni présenté par Ugo Tognazzi, avec Lauretta Masiero, par Scarnicci et Tarabusi, mis en scène par Eros Macchi
  • 1960 : Augusto, comédie de Raymond Castans, mise en scène de Guglielmo Morandi
  • 1970 : FBI - Francesco Bertolazzi investigatore (it), mini-série télévisée en 6 épisodes, réalisée par Ugo Tognazzi
  • 1985 : Cuore nero, épisode de la mini-série télévisée Sogni e bisogni, réalisée par Sergio Citti
  • 1987 : Qui c'est ce garçon ?, mini-série télévisée en 6 épisodes, réalisée par Nadine Trintignant
  • 1991 : Una famiglia in giallo, téléfilm réalisé par Luciano Odorisio (diffusé après la mort de l'acteur)

Il a également participé à de nombreuses éditions de l'émission télévisée Carosello[12].

RéalisateurModifier

ThéâtreModifier

Voix françaisesModifier

et aussi :

Notes et référencesModifier

  1. (it) « Ugo Tognazzi », sur giffonifilmfestival.it : « [...] la comicità più popolaresca e sanguigna di Ugo e quella più raffinata e "inglese" di Raimondo si compenetrano a vicenda con ottimi risultati comici. »
  2. (it) « "Mai una prova, con Ugo ridevo in diretta" L' avanspettacolo, la commedia all' italiana, il grande teatro », sur archiviostorico.corriere.it (version du 2 mai 2015 sur l'Internet Archive)
  3. (it) « Dalla " caduta " di Gronchi alla Scala alle " corna " di Leone anti universitari », sur archiviostorico.corriere.it (version du 3 novembre 2012 sur l'Internet Archive)
  4. (it) « Quando la censura era in bianco e nero », sur repubblica.it
  5. Encyclopédie Alpha du cinéma: Les Grands acteurs
  6. (it) « UGO TOGNAZZI CAPO DELLE BRIGATE ROSSE », sur ugotognazzi.com (version du 24 août 2018 sur l'Internet Archive)
  7. http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-3909/biographie/
  8. (it) « La villa di Ugo Tognazzi a Velletri apre al pubblico…e ad iniziative culturali », sur ilcaffe.tv
  9. (it) « Ugo e il Milan », sur ugotognazzi.com : « Sono milanista dalla nascita. Il Milan per me è stato prima la mamma, poi Ia fidanzata e poi la moglie. La moglie però si tradisce e quindi tradimento c'è stato. Quando la Cremonese è passata in serie A non potevo non partecipare ai trionfi cittadini, ero innamorato, mi dividevo tra moglie e amante con grande imbarazzo quando giocavano fra loro. »
  10. a et b (it) Ugo Tognazzi, L'abbuffone. Storie da ridire e ricette da morire, Rizzoli, , p. 205
  11. (it) « LA DICHIARAZIONE D’AMORE PER LA CUCINA DI UGO TOGNAZZI », sur latognazza.com (version du 25 septembre 2019 sur l'Internet Archive)
  12. (it) Marco Giusti, Il Grande libro di Carosello, Milan, Sperling & Kupfer (ISBN 88-200-2080-7)

Liens externesModifier

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