Serge Korber

cinéaste

Serge Korber est un réalisateur français, né le dans le 18e arrondissement de Paris.

BiographieModifier

Né à Paris d’une modeste famille d’origine juive, Serge Korber passe une partie de la guerre caché par une famille protestante du Chambon-sur-Lignon, ses parents étant réfugiés en zone libre à Montauban[1]. Ayant quitté l’école dès 14 ans après le certificat d’études pour devenir apprenti tapissier, il découvre, par ses amis au sein des Jeunesses communistes qu’il intègre un temps, la lecture et les grands poètes, notamment au travers des chanteurs poétiques et prolétariens de l’époque. Il découvre la littérature en lisant Henri Miller, puis Ernest Hemingway, William Faulkner, John Steinbeck, William Saroyan, suivra la littérature française. Serge Korber entre à l'école Boulle, Section tapissier, où il apprend l'histoire de l'art. Fréquentant les bars de la Contrescarpe dont le bistrot La Choppe, il y rencontre bon nombre des artistes débutant alors dans les nombreux cabarets du quartier (Ricet Barrier, Boby Lapointe, Daniel Laloux, Henri Serre, Jacques Florencie, …). Avec l’un d’entre eux, Jean-Pierre Suc et quelques amis, il créé dans une ancienne bonneterie de la rue Descartes le cabaret Le Cheval d’Or où s'invitent des artistes débutants : Raymond Devos, Pierre Perret, Anne Sylvestre, Pierre Richard, Boby Lapointe... Il y côtoie aussi François Truffaut, cinéaste débutant, qui y engagera notamment Henri Serre pour Jules et Jim, Boby Lapointe pour Tirez sur le pianiste et bon nombre des artistes du lieu pour le film Tire au flanc 62 qu'il co-réalise avec Claude de Givray, ce qui l’introduit pleinement dans le milieu de la Nouvelle Vague.

Parallèlement à ses activités au Cheval D'Or, il fréquente assidûment la cinémathèque : son rêve ? Ecrire et réaliser des films. Il devient l'assistant de Guy Debord le fondateur de l'Internationale situationniste. À l’automne 1958, Guu Debord vient lui-même d’ouvrir, avec la complicité de son épouse Michèle Bernstein et de leur ami chanteur Jacques Florencie, le cabaret La Méthode situé également rue Descartes mais à la carrière plus éphémère que Le Cheval d’Or. Debord prend Serge Korber comme premier assistant du court-métrage Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps dont la première partie du tournage s'effectue en [2]. En août, au moment de débuter le montage, un différend éclate entre les deux hommes et Serge Korber se trouve écarté par Debord qui le remplace et ne le fera pas figurer au générique[3].

En 1960, Jean-Michel Boris, directeur de l'Olympia lui propose de travailler avec lui. Il va collaborer aux derniers spectacles d'Edith Piaf et de Joséphine Baker. En 1962, Claude de Givray et François Truffaut lui demandent d'être comédien dans le film "Tire au Flanc 62". Il sera co-auteur et assistant de Claude de Givray sur son 2ème film "La grosse tête" écrit par François Truffaut. La même année Agnès Varda lui propose un rôle dans "Cléo de 5 à 7", il est "Plumitif", le parolier des chansons mises en musique par Michel Legrand, qu'il mettra en scène bien des années plus tard pour ses concerts au Châtelet et au Palais des Congrès. Toujours en 1962, il rencontre grâce à François Truffaut, le producteur Pierre Braumberger qui lui produira, de 1962 à 1964, 8 courts métrages [4] primés dans de nombreux festivals. Pierre Braumberger refuse de lui produire son 9ème court métrage et c'est Marin Karmitz qui débutera sa carrière de producteur en produisant ce 9ème court métrage, en empruntant de l'argent à son père. Ce court métrage Un jour à Paris avec Jean-Louis Trintignant, lui portera chance ; il est vendu dans le monde entier. Marin Karmitz deviendra le grand producteur distributeur  : MK2. La rencontre de Serge Korber et Jean-Louis Trintignant, devenu,  vedette après Et Dieu créa la femme, permettra à Serge Korber de réaliser son premier long métrage Le Dix-septième ciel. et d'entrer dans le club des grands metteurs en scène.

Très remarqué, il se voit confier par le producteur Alain Poiré la réalisation de l'adaptation par Michel Audiard du roman de René Fallet, intitulée Un idiot à Paris. Satisfait de cette collaboration, Audiard lui offrira par la suite le scénario de La Petite Vertu. Suivent deux films avec Louis de Funès et deux avec Annie Girardot, grandes stars de l'époque. Avec la dernière, Korber adapte un roman de Catherine Paysan, Les Feux de la Chandeleur, un beau drame dans lequel Girardot incarne en 1972 la mère de Claude Jade et de Bernard Le Coq, délaissée par son mari Jean Rochefort.

En 1975, Serge Korber bouscule la censure suite à un pari avec François Truffaut et Claude Chabrol en réalisant une suite de films pornographiques. Il utilise le pseudonyme de John Thomas.

Il réalise quelques autres longs métrages puis se tourne dans les années 1980 vers la télévision. En 1996, il revient au cinéma avec l'adaptation de la bande dessinée de Binet, Les Bidochon. Depuis les années 2000, Serge Korber est essentiellement réalisateur et producteur de documentaires, notamment sur Maurice Béjart, Jean Gabin, Jean-Louis Trintignant ou Boris Vian.

Certains de ces films, des comédies, figurent dans la liste des monuments patrimoniaux du cinéma français.

Serge Korber est notamment connu pour avoir tenté de moderniser le personnage de Louis de Funès dans deux films qui connaîtront un succès relatif au regard de la popularité de l'acteur à cette époque : L'Homme orchestre et Sur un arbre perché en 1970. Frédéric Bonnaud, Directeur de la Cinémathèque Française écrit  : "Trop souvent privé de metteur en scène Louis de Funès, à part Gérard Oury et Edouard Molinaro, trouve son 3ème en la personne de Serge Korber. Le premier, Gérard Oury, a conçu des comédies à grand spectacle de plus en plus audacieuses et délirantes. Le deuxième, Edouard Molinaro, a mis la science de sa technique au service de la comédie "Oscar" et "Hibernatus". Le troisième, Serge Korber, le plus expérimental a accédé au profond désir de renouvellement du maître clown, en mettant au point deux prototypes qu'on gagnera à redécouvrir "L'homme Orchestre" et "Sur un arbre perché".

Serge Korber est marié depuis 1962 à Marie-Claire Korber[5] ; ils ont un fils, Thomas, qui est scénariste[6]. Sa femme Marie-Claire est la chef monteuse de presque tous ses films.

CensureModifier

En 1975, François Truffaut, Serge Korber et Claude Chabrol évoquent lors d’une réunion amicale le poids de la censure. Ils font un pari, que Serge Korber qualifie avec le recul d’un peu stupide : réaliser un film pornographique. Le nom de Serge Korber est tiré au hasard parmi les 3 réalisateurs et il réalise L'Essayeuse, l’idée étant de faire reculer la censure[7]. Le film était auto-produit, et les distributeurs, UGC et SND, très demandeurs. Le film pornographique qui affichait un réalisateur, un distributeur et des distributeurs connus déclenche rapidement le scandale.

45 associations de vertus se liguent contre le film dans un procès retentissant. Bien que, selon les “spécialistes”, le film ne soit pas plus obscène et de mauvais goût que les autres films de ce genre, les plaignants ayant surtout voulu faire un exemple, le réalisateur et les acteurs sont d'abord condamnés à des amendes de 400 à 10 000 francs pour outrages aux bonnes mœurs. La condamnation sera confirmée et amplifiée en appel le , les amendes allant alors de 3 000 à 18 000 francs, et la cour d'appel ordonnant, pour la première fois en France depuis la guerre, « la saisie et la destruction du négatif et de toutes les copies du film ayant servi à commettre le délit »[8].L’état introduit alors le classement X pour les films pornographiques.

Le film est interdit, sa copie brûlée, et Serge Korber condamné à une lourde amende. La mort de Jean Gabin advient en même temps que le jugement est rendu. Charlie Hebdo titre : “Cinéma français deux morts : Jean Gabin - L’essayeuse”. Serge Korber affirme aujourd’hui “Je ne regrette rien, c’était très amusant à faire, il n’y avait aucun vice.”

Serge Korber réalise ensuite d'autres films de ce genre dans les années 1970, sous le pseudonyme de John Thomas, avec comme interprètes réguliers Alain Saury (son héros viril dans trois films), Richard Darbois, Bob Asklöf, Gabriel Pontello, Richard Allan, Emmanuelle Parèze, Sylvia Bourdon.

FilmographieModifier

RéalisateurModifier

Longs métragesModifier

Réalisation (John Thomas)Modifier


Courts-métrageModifier

TélévisionModifier

DocumentairesModifier

  • 2002 : Mademoiselle Bessy, la force d'un destin
  • 2004 : Paris romance
  • 2005 : Béjart !... Vous avez dit Béjart ?...
  • 2006 : Gabin intime, aristocrate et paysan
  • 2007 : Louis de Funès intime
  • 2008 : Entre deux festivals, le cinéma est occupé
  • 2009 : Michel Legrand
  • 2010 : Boris Vian, swing à Saint-Germain des Prés
  • 2012 : Jean-Louis Trintignant, pourquoi que je vis
  • 2013 : Claude Lemesle, une vie en chansons
  • 2014 : Francis Blanche et Pierre Dac

ScénaristeModifier

ActeurModifier

DistinctionsModifier

  • 1962 : Grand prix Festival de Oberhausen pour "Eve sans trève"
  • 1962 : Grand prix Festival de Sam pour "Eve sans trève"
  • 1963 : Grand prix Festival de Manhéim pour "La dame à la longue vue"
  • 1964 : Grand prix Festival de Cannes pour "Altitude 8.625"
  • 1972 : Nommé au Prix du jury pour "Les feux de la Chandeleur"
  • 1972 : Nommé au Prix de la mise en scène pour "Les feux de la Chandeleur"
  • 1972 : Nommé au Grand prix pour "Les feux de la Chandeleur"
  • 2013 : Médaille d'or de la Ligue universelle du bien public[10].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. Pour tout ce paragraphe se référer à l’émission Étonnez-moi, Benoît de Benoît Duteurtre du 6 mars 2021 sur France Musique : https://www.francemusique.fr/emissions/etonnez-moi-benoit/avec-serge-korber-jean-louis-trintignant-dialogue-entre-amis-editions-de-la-martiniere-92559
  2. Jean-Marie Apostolidès, Debord, Le naufrageur, Flammarion, Paris, 2015, pp. 201-202.
  3. cf. le développement de cet incident in Guy Debord, Correspondance, volume 1, librairie Arthème Fayard, Paris, 1999, pp. 248-249 et 251 à 257.
  4. « Serge Korber - IMDb », sur imdb.com (consulté le ).
  5. « Serge Korber : 50 ans de passion fidèle pour le cinéma », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. AlloCine, « Thomas Korber », sur AlloCiné (consulté le ).
  7. « Les infortunes de la liberté », Positif, no 190, février 1977, p. 58
  8. Histoire juridique des interdits cinématographiques en France, 1909-2001, Albert Montagne.
  9. http://www.unifrance.org/film/36245/un-jour-un-tueur
  10. « REMISE DU 21 SEPTEMBRE 2013 », sur bien.public.over-blog.com, (consulté le )

Liens externesModifier