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Savoie propre

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La Savoie Propre ou Savoie-Propre, pour « proprement dite »[1], est une région naturelle et une province historique de la Savoie. Elle est successivement un pagus (pagus Savogensis), un bailliage puis une province administrative (de 1723 à 1860) dans l'organisation territoriale du comté, puis du duché de Savoie.

Ce territoire porte parfois le nom de Savoie Ducale en raison de la présence de Chambéry sur ces terres, capitale du duché de 1295 à 1563, ou encore de Savoie basse[2].

GéographieModifier

La province de Savoie Propre correspond approximativement à l'actuel arrondissement de Chambéry. Ainsi on retrouve le Beaufortain avec Beaufort-sur-Doron, les Bauges avec Le Châtelard, la Combe de Savoie avec Montmélian, le val du Bourget avec Chambéry et Aix, l'Avant-pays savoyard et l'Albanais avec Rumilly (partagée aujourd'hui avec la Haute-Savoie).

Elle est borné à l'ouest par l'ancien « pagus Bellicensis » (Bugey), à l'est par la Tarentaise, au sud par le Dauphiné et le Viennois, au nord par le « pagus minor albanensis », le pays de l'Albanais et le Genevois[3].

HistoireModifier

L'histoire de la Savoie Propre est décrite en grande partie dans les articles connexes de l'Histoire de la Savoie. Cette section ne traite donc que des points spécifiques à cette province.

Origine de la régionModifier

La Savoie Propre se confond à l'origine avec le comté de Savoie, avant que celui-ci et surtout son titre ne prenne une dimension territoriale dépassant les limites de l'actuelle région.

Six actes le mentionnent entre la fin du Xe siècle et 1036 sous les formes ager Savogensis, pagus Savogensis ou encore comitatus Savogensis[4],[5],[6],[7]. Toutefois, le territoire, non organisé, trouve son origine au VIIIe siècle, où il est mentionné dans le testament du patrice Abbon (en 739) puis dans Divisio regnorum ou Divisio imperii de Charlemagne (en 806)[8]. Dans ce dernier document, la vaste Saboia carolingienne se confond avec le pagus plus petit du XIe siècle[8].

Lothaire II donne les cités de Chavord, de Lémenc et d'Aix à sa femme Ermengarde en 866[8]. Cette donation démontrerait que l'ensemble serait détenu par l'empereur Louis[8]. Ainsi la Savoie Propre antique correspondrait au territoire formé par les mandements d'Aix, de Chambéry, de Montmélian et de La Rochette. Espace secondaire, il n'est pas organisé en comté et ne représente d'ailleurs qu'un décanat (voir ci-après), dépendant de l'évêché de Grenoble, situé dans le Dauphiné voisin.

Un État du comté de SavoieModifier

À la fin du XIIe siècle, le territoire entre dans les possessions des Humbertiens, à l'origine de la maison de Savoie[9].

Du XIIIe au XIVe siècle, la Savoie Propre est l'un des treize bailliages importants des États de Savoie avec comme chef-lieu Montmélian, qui « se posait là comme la clef des Alpes »[10],[11] (et non Chambéry). En effet, ce bourg possède une forteresse naturelle très vite transformée en citadelle, lui permettant de contrôler la combe de Savoie (débouché naturel de la Tarentaise et de la Maurienne), et au loin les Marches donnant accès au Dauphiné, ainsi qu'un pont sur l'Isère. En 1324, le comté de Savoie est réparti en huit bailliages dont celui de la Savoie, dont fait partie la Savoie Propre, qui comporte 17 châtellenies, sur un total de 77[12],[13]. Le bailliage de Savoie Propre regroupe, plus tard, quatorze châtellenies[14].

Le châtelain de Montmélian est d'ailleurs régulièrement le bailli de Savoie[15]. Il est le représentant du comte, c'est celui qui gère le territoire dans les domaines des finances, de la justice mais aussi militaire[12].

Une province du duché de Savoie (1723-1860)Modifier

Au XVIIIe siècle, Victor-Amédée II de Savoie met en place une nouvelle organisation administrative créant ainsi une intendance générale, reprenant l'ancien duché de Savoie, et cinq intendances de province. Ainsi en 1723, le duché de Savoie est divisée administrativement en 6 provinces et 2 bailliages, dont la Savoie-Propre, le Genevois, le Faucigny, le Chablais, la Maurienne, la Tarentaise, et les bailliages de Ternier et de Gaillard. La province de Savoie Propre réunit 204 paroisses en 1723, et s'agrandit de dix par l'édit du [16].

À la suite de l'entrée du général Montesquiou, le , la province intègre la République française avec le décret du 27 novembre 1792, sous la dénomination du département du Mont-Blanc. Ainsi sur les sept nouveaux districts créés, celui de Chambéry est divisé en 22 cantons, regroupant 183 communes[17].

Par la loi du 28 pluviose de l'An VIII (), le département est réorganisé (amputé en partie en 1798 avec la création du département du Léman), la province évolue en arrondissement de Chambéry, avec 15 cantons et 175 communes.

Elle redevient, en 1815, une possession de la Maison de Savoie. Par l'édit du 16 décembre 1816 de Victor-Emmanuel rétablit neuf provinces dont celle de Savoie Propre, regroupant 13 mandements et 142 communes.

Malgré quelques évolutions en 1818, 1835, 1837, le découpage provincial demeure jusqu'à l'Annexion de 1860 pour devenir l'arrondissement de Chambéry dans le département de la Savoie, qui associe la province à celles de Tarentaise et de Maurienne.

Période contemporaineModifier

Organisation administrative du territoireModifier

Voici une présentation de l'organisation administrative du territoire à différentes époques, notamment lors de l'appartenance au duché de Savoie, de l'occupation française (1792-1814), puis dans le cadre de l'État français à partir de 1860.

Un bailliage du comté de SavoieModifier

Au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle, les châtellenies, plus ou moins autonomes, sont organisées, au sein du comté de Savoie, en bailliage. Le bailliage de Savoie (Bailivia Sabaudie), parfois appelé Savoie Propre, a pour siège le château de Montmélian. Les baillis sont également châtelain de Montmélian[13], même s'il a pu exister des exceptions au cours des périodes. Il comporte les territoires de la Savoie Propre, ainsi que de la Tarentaise et de la Maurienne[13].

En 1324, le bailliage est composé de 17 châtellenies, sur un total de 77 dans l'ensemble du comté[12], avec Chambéry, Le Bourget, Montfalcon, Cusy, Châtelard, Faverges, Entremont, Les Marches, Montmélian, Tournon, Ugine, Conflans, Tarentaise, Maurienne, Aiguebelle, La Rochette, Les Mollettes[13].

Par la suite, le nombre de châtellenies est abaissé à quatorze, avec Le Bourget ; Chambéry ; Châtelard ; Conflans ; Cusy ; Entremont ; Faverges ; Les Marches ; Montfalcon ; Montmélian ; Les Mollettes ; La Rochette ; Tournon et Ugine[14].

Période du duché de SavoieModifier

De 1723 à 1792Modifier

De 1792 à 1814Modifier

De 1816 à 1837Modifier

Dans le cadre d'un nouvelle organisation administrative du duché en 1816, la province de Savoie Propre, dont le chef-lieu est Chambéry, est organisée en treize mandements. Le mandement est le territoire qui correspond à l'ensemble des communes et paroisses appartenant à la châtellenie. La composition de certains mandements est modifiée à nouveau en 1814 :

  1. Le mandement de Chambéry.
  2. Le mandement d'Aix.
  3. Le mandement de Chamoux.
  4. Le mandement du Châtelard.
  5. Le mandement des Échelles.
  6. Le mandement de Montmélian.
  7. Le mandement de La Motte-Servolex.
  8. Le mandement du Pont-de-Beauvoisin.
  9. Le mandement de La Rochette.
  10. Le mandement de Rufieux.
  11. Le mandement de Saint-Genix.
  12. Le mandement de Saint-Pierre-d'Albigny.
  13. Le mandement de Yenne.

Chacun de ces mandements est organisé à partir d'un chef-lieu (indiqué en italique) et composé par les communes suivantes (selon l'organisation de 1814) :

Mandement de ChambéryModifier
 
Chambéry vers 1780.

Les communes du mandement sont [22] :

Mandement d'AixModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont [22] :

Mandement de ChamouxModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[23] :

Mandement du ChâtelardModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[23]:

Mandement des ÉchellesModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[23] :

Mandement de MontmélianModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[24] :

Mandement de La Motte-ServolexModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[24] :

Mandement du Pont-de-BeauvoisinModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[24] :

Mandement de La RochetteModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[23] :

Mandement de RuffieuxModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[24] :

Mandement de Saint-GenixModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[25] :

Mandement de Saint-Pierre-d'AlbignyModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[25] :

Mandement de YenneModifier

Les communes ou paroisses du mandement sont[25] :

De 1838 à 1860Modifier

Par lettres patentes du , données pour être mies en œuvre le , le roi Charles-Albert détache le mandement de Chamoux de la province de Savoie Propre pour l'agréger à la province de Maurienne, il sépare le mandement d'Albens de la province de Genevois pour l'incorporer à la province de Savoie Propre[26].

Département de la Savoie (1860 à nos jours)Modifier

HéraldiqueModifier

Le blason de la Savoie Propre correspond à celui de la Savoie et se blasonnent ainsi : De gueules, à la croix d'argent.

Il existe une version non-historique, proposée par la mouvance indépendantiste, sur laquelle figure un lion de sable en cœur.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Christian Abry, Jean Cuisenier (directeur de la publication), Roger Devos et Henri Raulin, Les sources régionales de la Savoie. Une approche ethnologique, alimentation, habitat, élevage, Paris, Fayard, coll. « Les Sources régionales », , 661 p. (ISBN 978-2-21300-787-8, ISSN 0244-5921, OCLC 495959180, SUDOC 00645030X).
  • Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3).
  • Joseph Dessaix et Gérard Melin (avant-propos), La Savoie historique, pittoresque, statistique et biographique, t. I et II, Paris et Genève, Slatkine, (1re éd. 1854), 781 p. (ISBN 2-05-101334-9, lire en ligne).
  • Léon Ménabréa, Histoire municipale et politique de Chambéry, Chambéry, Perrin fils, (lire en ligne).
  • Léon Ménabréa, Les Alpes historiques. Première étude Montmélian et les Alpes, étude historique accompagnée de documents inédits, Chambéry, imp. de Puthod, .
  • Victor-Emmanuel 1er de Sardaigne et Vincent Bianco (éditeur scientifique), Recueil des édits, lettres-patentes, manifestes et ordonnances : publiés dans le duché de Savoie dès le 10 septembre 1814 où sont insérés les règlemens (sic), instructions et circulaires concernant le service du roi et l'administration de la justice, vol. 7, Chambéry, Vincent Bianco, (lire en ligne).
  • Jules-Joseph Vernier, Dictionnaire topographique du département de la Savoie, Chambéry, Imprimerie savoisienne, (lire en ligne).
  • Jules-Joseph Vernier, Étude historique et géographique sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 185 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129, notice BnF no FRBNF31563841).

Articles connexesModifier

Lien externeModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. La commune de Triviers a été renommée, en 1872, commune de Challes-les-Eaux.
  2. La commune de Doucy a fusionné en 1972 avec la commune de La Léchère

RéférencesModifier

  1. Louis Chabert, Jean-Marie Albertini (sous la dir.), Jacques Champ et Pierre Préau, Un siècle d'économie en Savoie, 1900-2000, La Fontaine de Siloé, , 141 p. (ISBN 978-2-8420-6157-9, lire en ligne), p. 12.
  2. Dictionnaire du Duché de Savoie (1840, tome II), réédité par L'Histoire en Savoie, Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, n°9, 2005, p. 82 (lire en ligne).
  3. Jules-Joseph Vernier 1896, p. 48.
  4. Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », dans Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart, Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques », , 286 p. (lire en ligne), p. 214-217.
  5. André Perret, « Des particularismes territoriaux à la notion de "patrie" savoyarde depuis le Moyen Âge », dans Congrès des Sociétés Savantes de Savoie, La Savoie, Identités et Influences - Actes du XXXe Congrès des Sociétés Savantes de Savoie, Le Bourget-du-Lac, , p. 49.
  6. Les différents actes sont étudiés dans le volume 3 de la thèse de Laurent Ripart, « Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle) », Université de Nice, 1999, 3 volumes (sous la direction d'Henri Bresc).
  7. Mention faites dans la « donation d'Arbin par l'évêque de Maurienne au monastère de Savigny (1022) », in Revue savoisienne, Académie florimontane, 1867, p.51. Ou encore dans le capitulaire appelé testament de Charlemagne.
  8. a b c et d Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », dans Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart, Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques », , 286 p. (lire en ligne), p. 207-245.
  9. Bernard Demotz 2000, p. 26 à p. 28
  10. Léon Ménabréa 1841, p. 17
  11. Léon Ménabréa 1847, p. 317  [lire en ligne]
  12. a b et c Jean Cuisenier et al. 1979, p. 16, citant Baud, p. 173
  13. a b c et d Joseph Dessaix 1854, p. 288
  14. a et b Jules-Joseph Vernier 1896, p.65
  15. Guido Castelnuovo, « Les finances et l'administration de la maison de Savoie au XIIIe siècle », dans Bernard Andenmatten, Agostino Paravicini Bagliani, Eva Pibiri, Pierre II de Savoie (+ 1268). Le "Petit Charlemagne", Lausanne, Fondation Humbert et Marie José de Savoie et Université de Lausanne, , 444 p. (ISBN 2-940110-40-9), p. 33-125 (p.80).
  16. Jules-Joseph Vernier 1896, p. 60
  17. Jules-Joseph Vernier 1896, p.96
  18. Ghislain Garlatti, Histoire des Marches: à l'ombre du Granier, chronique d'un village de Savoie, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 157 p. (ISBN 978-2-84206-343-6, lire en ligne), p. 52.  .
  19. Pierre Brugnon, Le château d'Arvillard et ses seigneurs au Moyen-Âge, compte rendu de la conférence organisée par l'association Arvill-Art et Patrimoine au château d'Escart (Arvillard, Savoie) 20 septembre 2014. (Lire en ligne)
  20. [PDF] Nicolas Payraud, « Châteaux, espace et société en Dauphiné et en Savoie du milieu du XIIIe siècle à la fin du XVe siècle », HAL - Archives ouvertes, no tel-00998263,‎ , p. 671-682, Annexe 11 : liste des châtelains recensés dans le cadre de cette étude (lire en ligne) extrait de sa Thèse de doctorat d'Histoire dirigée par Etienne Hubert, Université Lumière-Lyon-II (lire en ligne).
  21. François-Clément de Mareschal de Luciane, « Discours de réception de M. le comte de Mareschal de Luciane : Souveraineté temporelle des évêques de Maurienne au Moyen Age (séance 12 février 1891) », Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, vol. III, no 4,‎ , p. 253-380, notamment 302-303 (lire en ligne).
  22. a et b Vincent Bianco 1819, p. 17.  [lire en ligne]
  23. a b c et d Vincent Bianco 1819, p. 18.  [lire en ligne]
  24. a b c et d Vincent Bianco 1819, p. 19.  [lire en ligne]
  25. a b et c Vincent Bianco 1819, p. 20.  [lire en ligne]
  26. Joseph Dessaix 1858, tome II, p. 416  [lire en ligne]