RoboCop

film sorti en 1987
RoboCop
Description de cette image, également commentée ci-après
Logo du film
Réalisation Paul Verhoeven
Scénario Edward Neumeier
Michael Miner
Musique Basil Poledouris
Acteurs principaux
Sociétés de production Orion Pictures
Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre science-fiction
Durée 102 minutes
Sortie 1987

Série RoboCop

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

RoboCop est un film américain de Paul Verhoeven, sorti en 1987.

Scénarisé par Edward Neumeier et Michael Miner, ce film de science-fiction met en vedette les acteurs Peter Weller, Nancy Allen, Daniel O'Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith et Miguel Ferrer. Il prend place dans un avenir proche aux États-Unis, à Détroit dans le Michigan, et fait le récit d'une société dystopique et corrompue, gangrenée par une importante criminalité.

Lors d'une intervention de police, l'officier Alex Murphy (Peter Weller) est brutalement assassiné par les membres d'un gang de criminels qu'il poursuivait. Mais il est peu après ramené à la vie par l'OCP[a], un important conglomérat militaro-industriel et commercial qui le transforme en robot-policier, le RoboCop. Ignorant tout de son ancienne vie, RoboCop mène une campagne brutale contre le crime tout en percevant des fragments persistants de son humanité perdue, ce qui l'amènera à enquêter sur son existence passée.

RoboCop a été un succès financier surprise lors de sa sortie en , obtenant une recette de 53,4 millions de dollars. Les critiques ont salué le film comme un exemple de film d'action intelligent qui possédait un message philosophique et une satire plus profondes, mais avec des réserves sur l'extrême violence tout au long du film. Il a été nommé pour plusieurs prix et a reçu un Oscar et de nombreux Saturn Awards.

SynopsisModifier

IntrigueModifier

À la fin du XXe siècle aux États-Unis, l'Omni Cartel des Produits (OCP)[a], un important conglomérat militaro-industriel et commercial a la mainmise sur divers marchés lucratifs comme, entre autres, l'armement, la conception et la fabrication de robots et de prothèses médicales, mais aussi plus marginalement la gestion du département de la police de Détroit.

Cependant, les hauts dirigeants de l'OCP ont un rêve : « Delta City », une mégalopole futuriste qui remplacera la vieille cité de Détroit moribonde. En effet, la ville est gangrenée par une criminalité de plus en plus violente. Comme l'explique le dirigeant de l'OCP, « ce cancer » que représente le crime doit être éradiqué avant l'embauche massive de « deux millions de nouveaux ouvriers qui insuffleront la vie dans cette cité », ajoutant : « il est temps de rétablir l'équilibre en faveur de la loi et de l'ordre ! »

RésuméModifier

 
Maquette d'un robot ED-209, utilisé par Phil Tippett d’Industrial Light & Magic pour l'animation en stop motion du robot dans le film.

Au quartier général de l'OCP à Détroit, le vice-président de l'organisation, Richard « Dick » Jones, présente à la direction son projet de robot-policier, l'ED-209 (en)[b]. Selon lui, la ville a besoin d'« un policier qui fonctionne 24 heures sur 24, qui n'a besoin ni de manger ni de dormir, doté d'une grande puissance de feu et des réflexes adéquats ». À l'appui de ses dires, une démonstration est improvisée dans la salle de réunion entre un prototype ED-209 et un cadre de l'OCP qui simule un voyou armé. Malheureusement, l'expérience vire au carnage : l'ED-209 abat en effet le « cobaye » de l'expérience en le criblant de balles (les bras de l'ED-209 sont équipés de mitrailleuses de gros calibre). Bien que le volontaire ait obéi au robot en jetant son arme sur le sol, ce dernier ne semble pas avoir enregistré ce détail et a réagi comme si le suspect refusait d'obtempérer[c].

À la suite de cette « anicroche » (comme l'indique Jones, qui tente de minimiser l'incident), Bob Morton, un jeune et ambitieux cadre de l'OCP, voit une chance et décide de soumettre au directoire son propre projet : RoboCop. Dick Jones, ulcéré que Morton, ce jeune loup aux dents longues vienne lui prendre la vedette, saura se souvenir au moment opportun de ce présomptueux pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Pour l'heure, et suite à l'échec de Jones, le président de l'OCP accueille favorablement la proposition de Morton. Il lui demande quand il pourra livrer le premier prototype. Morton lui répond alors cyniquement que plusieurs agents de police parmi les meilleurs ont été déployés dans les zones à haut risque de la ville. Il ne reste plus qu'à attendre que le premier d'entre eux se fasse tuer, afin de le transformer en robot-policier… le RoboCop.

 
Costume du RoboCop.

L'officier Alex Murphy, qui fait équipe avec l'officier Ann Lewis, fait partie de ceux qui ont été affectés dans les secteurs mal famés de Détroit. Au cours d'une de ses missions, le duo se lance à la poursuite du gang de Clarence Boddicker, grand patron de la pègre à Détroit, qu'il traque jusque dans une vieille aciérie désaffectée. La confrontation tourne à l'avantage des criminels ; si Lewis a la chance de s'en sortir indemne, Murphy, quant à lui, est capturé, violemment torturé, mutilé, puis décède en salle d'opération. Rapidement informé, Morton jubile : il tient enfin son cobaye et peut donc commencer le projet RoboCop. L'opération est un succès : Murphy, la mémoire purgée et remplacée par un programme de maintien de l'ordre et de la loi en milieu urbain, est ressuscité dans un corps cybernétique ayant l'apparence d'un exosquelette de métal, le rendant quasi-invulnérable aux armes conventionnelles. Doté de capacités surhumaines, il possède en outre une puissance de feu d'une ampleur et d'une précision qui achèvent de faire de lui le parfait policier. Il est rapidement envoyé combattre le crime dans Détroit, l'OCP le réaffectant dans son ancien commissariat incognito, à l'exception de Lewis, qui pense bien avoir reconnu en lui son ancien partenaire.

Tandis que RoboCop progresse dans son démantèlement de la pègre, des flashs de sa vie passée lui reviennent, notamment lors d'un rêve où il revit son exécution. Des doutes l'assaillent lorsqu'il est reconnu par un des hommes de Boddicker, Emil Antonowsky, quand il arrête celui-ci au cours de l'attaque d'une station-service. Mettant de côté les directives de l'OCP, il part à la recherche de son passé. Il quitte le commissariat et se lance à la poursuite des hommes qui l'ont tué...

Peu après, Bob Morton, dont l'arrivisme a été exacerbé par la réussite du projet RoboCop, est assassiné par Clarence Boddicker, sur ordre de Dick Jones.

Après avoir arrêté Emil Antonowsky, RoboCop intercepte dans une boîte de nuit un autre des hommes de main de Boddicker, Leon Nash. Puis, il mène un raid dans une fabrique de drogue où se trouve leur chef, venu négocier une vente avec le trafiquant. Une fusillade éclate ; RoboCop, après avoir neutralisé les nombreux hommes de main qui protégeaient l'endroit, réussit à arrêter Boddicker. Apprenant de celui-ci qu'il est à la solde de Dick Jones, RoboCop se dirige vers l'immeuble de l'OCP pour appréhender le cadre dirigeant. Cependant, une directive prioritaire intégrée à son système informatique, la « Directive no 4 », l'en empêche et le paralyse lorsqu'il tente d'arrêter Jones. Celui-ci en profite et contre-attaque à l'aide de son ED-209. Tant bien que mal, RoboCop réussit à neutraliser le droïde et s'échappe du bâtiment, avant d'être pris pour cible par les forces de l'ordre que Jones rameute contre lui. Mis en pièces, il ne doit son salut qu'à l'intervention de Lewis, laquelle est convaincue qu'il s'agit de son ex-équipier.

Le lendemain, dans les locaux de l'OCP, Dick Jones reçoit Clarence Boddicker et le somme d'éliminer le robot : ce dernier ayant enregistré les aveux compromettant que le criminel lui a faits, il représente désormais une menace pour le vice-président du cartel. D'abord peu enclin à coopérer, Boddicker se ravise quand Jones lui fait miroiter les intérêts colossaux qu'il pourra tirer de la mise en chantier de Delta City à travers la drogue, les jeux d'argent ou encore la prostitution,...

Peu de temps après, Boddicker et sa bande se rendent dans une aciérie (en réalité la même où ils ont assassiné Murphy quelques mois plus tôt), à la recherche de RoboCop pour l'éliminer. Aidé par Lewis, le cyborg parvient à abattre l'ensemble du groupe et neutralise une bonne fois pour toutes Boddicker en lui tranchant la carotide.

Il retourne ensuite au siège de l'OCP, détruisant au passage un ED-209 qui gardait le bâtiment. Il entre dans la salle de réunion et confond Dick Jones en dévoilant devant tout le conseil d'administration une vidéo dans laquelle il confesse le meurtre de Bob Morton. Piégé, Jones prend en otage le président du cartel tout en échafaudant une stratégie pour s'enfuir. Mais ce dernier, habilement, licencie Jones et désactive ainsi la Directive no 4 qui empêchait RoboCop de l'arrêter. Libéré de son programme, le policier met hors d'état de nuire son adversaire. Alors qu'il s'apprête à quitter les lieux, le président de l'OCP lui demande son nom, ce à quoi il répond : « Murphy »...

Fiche techniqueModifier

  Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données IMDb.

DistributionModifier

ProductionModifier

DéveloppementModifier

 
Le réalisateur Paul Verhoeven en 1980.

L'idée de RoboCop est venue à Edward Neumeier après qu'il a participé au tournage de Blade Runner (1982) de Ridley Scott, dans lequel Harrison Ford pourchasse des androïdes appelés réplicants[7],[8].

Le projet est proposé à plusieurs réalisateurs qui le refuseront, comme David Cronenberg ou Jonathan Kaplan[8]. C'est finalement le néerlandais Paul Verhoeven, 49 ans à l'époque et n'ayant jamais tourné aux États-Unis, qui est choisi. Il a cependant déjà une solide carrière derrière lui, venant de terminer La chair et le sang, un drame historique ultra-violent. Verhoeven se targue à longueur d'interview d'adorer la violence au cinéma et de chercher avant tout à filmer « Satan tuant Jésus ». C'est un cinéaste de la perversité qui aime séduire pour laisser divaguer notre conscience avant de nous balancer la réalité en pleine figure. Il se considère comme un homme de gauche qui flirte avec la ligne jaune de la bonne conscience[9].

La société de production Orion Pictures, indépendante à l'époque, produit le film. C'est cette même société qui, trois ans plus tôt, a produit Terminator, le grand frère avoué de RoboCop. Paul Verhoeven intégrera un morceau de la bande originale du film de James Cameron dans une séquence, assumant pleinement son influence[9].

Distribution des rôlesModifier

Rutger Hauer et Arnold Schwarzenegger, ainsi que Michael Ironside étaient envisagés par Paul Verhoeven et les producteurs, mais l'équipe technique s'est vite aperçue que l'acteur devant incarner RoboCop devrait être plus fin pour se glisser dans le costume[8]. Le rôle sera également proposé à Tom Berenger[8] avant que Peter Weller ne soit engagé. Ce dernier avoue s'être inspiré du film russe Ivan le Terrible (1944) de Sergueï Eisenstein et de son interprète principal, Nikolaï Tcherkassov, pour « sa façon quasi surnaturelle d'imposer sa présence par la seule force de son visage »[9]. Paul Verhoeven avoue également s'être inspiré de la démarche de la femme-robot dans Metropolis (1927) de Fritz Lang pour établir celle de son personnage[10].

Stephanie Zimbalist devait tenir un rôle dans le film, mais elle fut contrainte par NBC de se désister pour le tournage d'autres épisodes de la série télévisée Les Enquêtes de Remington Steele[7].

Les acteurs Nancy Allen, Felton Perry et Robert DoQui seront les seuls à apparaître dans les deux suites. En revanche, en 1991, Peter Weller, pris par le tournage du Festin nu, cédera la place à Robert John Burke dans le troisième film. L'auteur Frank Miller, qui a écrit les scénarios du deuxième et troisième film, est également le scénariste de la bande dessinée RoboCop versus The Terminator.

TournageModifier

Le tournage a lieu du au [11]. Quelques scènes additionnelles sont tournées en [11].

En réalité, le film n'a pas été tourné à Détroit, mais à Dallas, car selon Paul Verhoeven : « C'est la ville à l'architecture la plus futuriste du monde »[9]. La plupart des scènes urbaines ont été tournées à Pittsburgh et Dallas[12]. L'hôtel de ville de Dallas a été utilisé pour représenter le siège social de l'OCP[7]. D'autres bâtiments et lieux de la ville sont utilisés (la Dallas Public Library, le Plaza of the Americas, la Reunion Tower, la Renaissance Toweretc.). Par ailleurs, des scènes sont tournées en Pennsylvanie (Pittsburgh, Monessen, Harrisburg), au Texas (les studios de Las Colinas à Irving) et en Californie (Los Angeles, Fontana)[13].


Durant les premiers jours de tournage, l'acteur Peter Weller s'est plaint de la difficulté de jouer avec le costume de RoboCop. Le rôle est alors proposé à Lance Henriksen, qui le refuse[réf. nécessaire].

Le maquillage visant à créer l'illusion qu'Emil Antonowsky (Paul McCrane) est rongé par les produits toxiques a pris presque toute une journée[réf. nécessaire].

MusiqueModifier

RoboCop

Bande originale de Basil Poledouris
Sortie 1987
Durée 38:05
Genre musique de film
Compositeur Basil Poledouris
Label Varèse Sarabande
Critique

Bandes originales de RoboCop

Basil Poledouris, qui avait travaillé sur le film précédent de Paul Verhoeven, La Chair et le Sang, compose la bande originale. Elle est interprétée par l'orchestre londonien Sinfonia of London dirigé par Howard Blake et Tony Britten.

Le thème principal de la musique du film Terminator (1984) de James Cameron (musique écrite par Brad Fiedel) peut être entendue dans une des bandes-annonces utilisée pour promouvoir RoboCop[7].

Dans la scène où RoboCop arrête Léon, on peut entendre la chanson Show me your spine du groupe américain PTP (en), qui n'a jamais été commercialisée[7].

RoboCop (Original Motion Picture Soundtrack)
No Titre Durée
1. Main Title 0:39
2. Van Chase 4:51
3. Murphy's Death 2:36
4. Rock Shop 3:42
5. Home 4:15
6. Robo Vs. Ed-209 2:07
7. The Dream 3:06
8. Across The Board 1:50
9. Betrayal 2:18
10. Clarence Frags Bob 1:43
11. Care Package 2:09
12. Robo Drives To Jones 1:46
13. We Killed You 1:44
14. Directive IV 1:03
15. Showdown 5:15
38:05

AccueilModifier

CritiqueModifier

RoboCop
Score cumulé
SiteNote
Metacritic67/100[15]
Rotten Tomatoes90 %[16]
Compilation des critiques
PériodiqueNote

Lors de sa sortie en salles, la critique et les intellectuels ont eu du mal à situer le propos de RoboCop : pamphlet gauchiste contre la politique sécuritaire et contre la politique du président en place Ronald Reagan ou au contraire, vision droitière d'un monde au bord du chaos qu'il convient de contrôler ? En 1927, Fritz Lang avec Métropolis avait soulevé les mêmes interrogations[9].

Par la suite, RoboCop reçoit un accueil critique positif. Sur le site agrégateur de critiques Rotten Tomatoes, le film obtient un score de 90 % d'avis favorables, sur la base de 68 critiques collectées et une note moyenne de 7,90/10 ; le consensus du site indique : « Bien qu'il soit exagéré et sanglant, RoboCop est également un film de science-fiction étonnamment intelligent qui utilise l'ultraviolence pour masquer sa satire de la culture américaine »[16]. Sur Metacritic, le film obtient une note moyenne pondérée de 67 sur 100, sur la base de 16 critiques collectées ; le consensus du site indique : « Acclamation générale » (Universal acclaim)[15].

Box-officeModifier

Le film a connu un bon succès commercial, rapportant environ 53 424 000 $ au box-office en Amérique du Nord pour un budget de 13 000 000 $[17]. En France, il a réalisé 1 686 525 entrées[18].

À Sacramento en 1987, un suspect poursuivi par la police se réfugia dans un cinéma, et entra dans une salle où RoboCop était projeté. Il fut tellement absorbé par le film qu'il ne s'aperçut de rien lorsque la salle fut progressivement évacuée par les forces de l'ordre, et quand les lumières se rallumèrent, la police l'arrêta tranquillement[8].

DistinctionsModifier

Entre 1989 et 2007, RoboCop a été sélectionné 23 fois dans diverses catégories et a remporté 11 récompenses.[19]

RécompensesModifier

NominationsModifier

AnalyseModifier

 
Le président des États-Unis Ronald Reagan s'adressant à la nation en 1981 sur la réduction des impôts. RoboCop fait la satire des politiques promues par Reagan, qui adopte une réglementation limitée, la théorie du ruissellement et un programme favorable aux entreprises.

RoboCop est l'un des héros les plus célèbres des années 1980 et 90. Le film amorce une réflexion sur l'obsession de l'ordre, de la sécurité et de la prévisibilité.

Le film s'ouvre sur un faux journal télévisé, dans lequel se succèdent, par un montage des images, un monde ultra-violent ; images auxquelles viennent s’intercaler sans aucune transition des plages de publicité. Dès son ouverture le ton est donné, Paul Verhoeven, l'Européen fraîchement débarqué au pays de Terminator, entend ironiser sur les paradoxes de l’Amérique de Ronald Reagan[9].

Le choix de la ville de Détroit n'est pas dû au hasard. Autrefois mégapole économique de l'État du Michigan, fleuron de la bonne santé de l'industrie automobile américaine et berceau du fordisme dans les années folles (les années 1920), cette ville est devenue à partir de la fin des années 1960 un symbole du déclin de l'empire américain, avec la fuite des grands constructeurs de voitures.

Les thèmes notables de RoboCop sont centrés sur le pouvoir des entreprises. Celles représentées dans le film sont corrompues et avides ; leur objectif est de privatiser les services publics et d'embourgeoiser l'ensemble de Detroit[20],[21].

Le co-scénariste Michael Miner pensait que Detroit était une ville qui avait été détruite par des entreprises américaines[22]. Hippie autoproclamé qui a grandi pendant le scandale du Watergate et la guerre du Vietnam, Miner critiquait les politiques pro-business du président Ronald Reagan[21],[23],[22]. La critique des politiques de l'ère Reagan était dans le scénario du film, mais Paul Verhoeven n'a pas compris personnellement la politique urbaine telle que la privatisation des prisons aux États-Unis[24]. Il considérait le personnage du « vieil homme » (le dirigeant de l'OCP) comme moralement bon mais ignorant des méfaits qui se produisaient autour de lui, le rendant complice ; Verhoeven lui a donné des traits rédempteurs pour garder un sentiment d'espoir dans le film[25]. L'acteur Peter Weller a déclaré que les théories du ruissellement adoptées par Reagan étaient des « conneries » et qu'elles ne fonctionnaient pas assez vite pour ceux qui en avaient vraiment besoin[24].

La critique Rita Kempley a déclaré que le Detroit créé par les scénaristes Edward Neumeier et Michael Miner est en proie à des viols, des crimes et à une « Reaganomics qui a mal tourné »[26]. Drew Taylor décrit le film comme dépeignant un capitalisme sans entraves typique de la politique de l'ère Reagan, « brutalement réalisée », alors que les entreprises mènent une guerre littérale et que la police devient une entité à but lucratif[23]. Miner a déclaré que les crimes incontrôlables étaient une peur particulièrement républicaine ou de droite[21]. RoboCop, cependant, attribue la responsabilité de la drogue et de la criminalité aux progrès technologiques et à la privatisation des services publics, tels que les hôpitaux, les prisons et la police[21]. Dave Kehr a déclaré que le film décrivait la gentrification et la criminalité comme équivalentes[27].

Autour du filmModifier

Scène écrite non tournéeModifier

Dans le script original de RoboCop, l'altercation entre Frank Frederickson et Clarence Boddicker a été décrite en détail, mais n'a pas été filmée, sans doute en raison de contraintes budgétaires ; seule apparait une image d'un corps de policier avec un numéro taggué lors du journal télévisé relatant l'agression de Frederickson.

La scène se déroule dans les rues du vieux Détroit. Frederickson est avec son partenaire Conners, tandis que deux autres policiers, Alcott et Duffy, sont dans une voiture de tête. Ils sont appelés pour une agression, qui se révèle finalement être une femme courant nue, en détresse dans la rue. Les officiers en plaisantent, mais juste dans le virage, la voiture de tête explose soudainement. Alcott et Duffy ouvrent les portes du véhicule et tombent sur la route. Choqués, Frederickson et Conners appellent une ambulance pour tenter de les sauver, mais, de façon prévisible, aucune n'est disponible en raison d'un manque de personnel et de ressources. Les deux officiers se déplacent avec prudence vers leurs camarades blessés. Conners les couvre avec un fusil d'assaut. Frederickson trouve Duffy, ainsi que la femme qui courait nue, morte, et Alcott convulsant et grièvement blessé d'une balle dans la poitrine.

Soudain, c'est l'Enfer ! Une ligne de cinq fusils fait feu et atteint Conners. Frederickson commence à tirer et à reculer. Il prend une balle dans la jambe, titube vers la voiture de police et tombe à l'intérieur. Il met le contact, mais, avant qu'il ne puisse faire autre chose, une autre salve de tirs détruit le pare-brise et le blesse au visage. Clarence s'approche de Frederickson, regarde son visage mutilé et, avec sa voix sadique habituelle, lui laisse un message : « Repars et laisse un message à tes amis les flics : n'entrez pas dans le vieux Détroit ». Après cela, Clarence pousse la transmission avec le canon de son fusil et la voiture part, Frederickson ayant du mal à la diriger.

Comme le gang se prépare à quitter les lieux, Emil taggue au sol les numéros 29, 30 et 31, qui est le comptage des policiers tués par Clarence et son gang (on aperçoit brièvement dans le film une image, lors du journal télévisé). Pendant ce temps, Frederickson, qui est en train de perdre conscience, tente désespérément d'appeler à l'aide : « Agent a besoin d'aide, dans le secteur GK2. Officier a besoin d'aide dans le vieux Détroit. Ahhh, mon Dieu ... Je suis foutu ... ».

D'autres scènes du scénario n'ont pas été tournées : une dans laquelle RoboCop se rend sur sa tombe, et une autre qui nous montre RoboCop à l'endroit où Murphy est mort[7].

CommentairesModifier

  • La réplique « J'en prendrais pour un dollar ! » (I'd buy that for a dollar!), répétée plusieurs fois dans le film, provient de la nouvelle de Cyril M. Kornbluth intitulée La Longue Marche des cornichons (The Marching Morons), qui présente également une vision cynique d'un avenir sur-commercialisé et désensibilisé à la violence et à la guerre. Dans cette histoire courte, un jeu à la radio utilise la phrase « I'd buy that for a quarter » comme phrase de signature[8].
  • Dans la scène du braquage de la station-service par Emil Antonowsky, le caissier (Spencer Prokop) s'entraîne sur le volume consacré à la géométrie plane des Schaum's Outlines series (en). Cette scène est une référence à Paul Verhoeven lui-même, qui porte des lunettes et a étudié les mathématiques aux Pays-Bas[8].
  • La première directive prioritaire de RoboCop, « Serve the public trust » (Servir le public), a été inspirée par un biscuit chinois (fortune cookie)[8]. De plus, les trois directives (Serve the public trust ; Protect the innocent ; Uphold the law) sont des réminiscences des Trois lois de la robotique de l'auteur de science-fiction Isaac Asimov, publiées pour la première fois dans la nouvelle Runaround[8].
  • Le pistolet de RoboCop, désigné dans le script comme un « Auto-9 », est un Beretta M93R modifié. Le canon a été agrandi et modifié pour ressembler à un coffret. L'arme dispose d'un sélecteur de tir, et peut tirer en semi-automatique ou par rafale de trois balles[8].
  • Les « Cobra Assault Cannons » utilisés par les méchants du film sont des fusils anti-matériel à longue portée Barrett M82A1 de calibre .50 avec un peu de moulage en plastique ajouté sur le cadre et le viseur, à l'origine destinés à être incorporés avec des trucages en images de synthèse. Cette idée a été abandonnée en raison de contraintes budgétaires[8].
  • Les voitures « OCP 6000 SUX », montrées dans des publicités dans le film, sont conçues sur un modèle d'Oldsmobile Cutlass (en) de 1976 à quatre portes ; leur nom est inspiré des Pontiac 6000. Le terme SUX (pour it sucks, littéralement « ça craint »[28]) est ironique[29].
  • Les voitures de police sont des Ford Taurus modifiées[8]
  • Les effets spéciaux du film ont été créés avec un ordinateur Commodore Amiga[8].
  • Les scénaristes et les producteurs de RoboCop étaient préoccupés par le fait que les policiers seraient choqués par la représentation de leur image dans le film. Au contraire, ceux-ci ont adoré. Ils ont particulièrement apprécié la scène où RoboCop jette Boddicker successivement à travers trois vitres en verre tout en lui lisant une interprétation abrégée de ses droits Miranda[8].
  • Lors de la sortie du film en VHS, l'ancien président américain Richard Nixon a été engagé pour promouvoir l'évènement et rémunéré 25 000 dollars. Il a fait don de l'argent au Boys Club of America[8],[30].
  • Le personnage du Robocop et celui du Terminator se sont rencontrés dans les différents histoires « RoboCop vs Terminator », parues dans les années 1990 dans des comics ou bien dans des jeux vidéo.

Statue de RoboCopModifier

Quelque 25 années après la sortie du film, une rumeur sur Internet a démarré visant à obtenir des fonds pour ériger une statue de RoboCop à Détroit. L'acteur de RoboCop, Peter Weller, crée alors une annonce sur le service public pour appuyer la proposition[8].

Finalement, en 2017 une campagne Kickstarter[31] est créée et s’avère une réussite, les 2 718 contributeurs récoltant 67 436 dollars au total ; une statue de 12 pieds (3,60 m) est ensuite mise en production[32],[33],[34].

Le , Imagination Station annonce avoir obtenu un accord avec le Michigan Science Center (en), un musée à Détroit, afin d'héberger l'installation permanente de la statue de RoboCop[35].

Version françaiseModifier

L'adaptation française du film a été faite de manière très économique : On peut relever un même comédien doublant plusieurs personnages secondaires (variant de 2 à 4). Ainsi on peut entendre :

  • Luq Hamet sur l'agent Cecil (aux archives du commissariat), deux journalistes TV et l'agent immobilier faisant visiter la maison de Murphy par diffusion vidéo.
  • Marc François sur Emil Antonowsky, Steve Minh et le récidiviste à l'accueil du commissariat.
  • José Luccioni sur Leon Nash, l'officier Kaplan et le braqueur barbu du mini market.
  • Marc Alfos sur Joe Cox et l'officier Manson.
  • Thierry Ragueneau sur Roosevelt et l'un des punks tentant de violer la femme blonde.

Références dans d'autres œuvresModifier

  • Dans l'épisode 7 de la saison 8 d'Alvin et les Chipmunks intitulé Robomunk, les Chipmunks parodient le film.

SuitesModifier

Long métrages originauxModifier

Le personnage de RoboCop donnera lieu à trois autres films, deux suites et un remake :

RemakeModifier

En 2014 sort le remake du film, également intitulé RoboCop[36]. Réalisée par le Brésilien José Padilha, elle met en scène Joel Kinnaman dans le costume de RoboCop, avec entre autres Abbie Cornish, Samuel L. Jackson, Michael Keaton et Gary Oldman[36].

SuiteModifier

En , il est annoncé que le scénariste original de RoboCop, Edward Neumeier, est en train d'écrire une suite directe au film de 1987, qui ignorerait les deux suites précédentes et le remake de 2014[37]. Le film pourrait s'intituler RoboCop Returns et être réalisé par Neill Blomkamp. Ce dernier aimerait voir le retour de Peter Weller dans le costume de RoboCop[38].

Produits dérivésModifier

Télé-suite RoboCop : Directive Prioritaire (2001)Modifier

RoboCop 2001 (RoboCop: Prime Directives en V.O.) est une télésuite déclinée en 4 épisodes de 90 minutes (Dark Justice, Meltdown, Resurrection et Crash and burn) de Julian Grant produit en 2001, avec Page Fletcher, Maurice Dean Wint, Maria del Mar, Geraint Wyn Davies, Leslie Hope et Anthony Lemke.

Suite directe de la trilogie cinématographique (surtout le premier film), l'action se passe 10 ans après les premiers évènements. La saga télévisuelle de 4 épisodes nous montre un RoboCop vieillissant, qui, malgré son corps robotique ressent les effets du temps. La saga RoboCop : directives prioritaires a été réalisée avec des moyens de téléfilm et ne fait donc pas vraiment d'ombre à la trilogie cinématographique. Mais forte d'un scénario fouillé et de scènes d'actions correctes, la saga s'offre même le luxe de se terminer par la libération du héros de son programme des directives prioritaires.

Afin de coller à la continuité des 3 films, la saga emprunte même certaines images du film de Paul Verhoeven : La scène d'assassinat d'Alex Murphy par Clarence Boddicker (épisode 3), quelques réminiscences du moment de l'opération de Murphy (épisode 3), allusion à Bob Morton (épisode 2). Quant au scénario, il nous éclaire quelque peu sur le genre de policier qu'a pu être Alex Murphy (très droit et soucieux d'agir dans les règles) et de ses rapports conflictuels avec son mentor et ami, John Cable (qui croyait en une justice plus sévère). On découvre d'ailleurs que c'est John Cable qui a inventé la célèbre réplique : « Vous allez venir avec moi mort ou vif ! ». Celle-ci sera reprise par Alex Murphy, qui en fera sa phrase fétiche. Il s'en souviendra même après son opération et se fera ainsi reconnaître par un des sbires de Clarence Boddicker en la lui disant en tant que RoboCop.

C'est après avoir vu Cable abattre un criminel de sang-froid que Murphy décide d'être transféré à Metro-Ouest (un des quartiers chaud de Détroit dans le premier film), où il sera tué par Clarence Boddicker. Ironie du sort, avant de partir, Cable dit à Murphy d'être prudent car là où il va, c'est un quartier dangereux (Incohérence avec le premier film, où il est dit que c'est l'OCP qui transfère les meilleurs candidats choisis par Morton dans les zones à haut risque. Dans le 1er film, lorsqu'un policier demande à Murphy pourquoi il est venu à Metro-Ouest, il répond qu'il n'en a pas la moindre idée et que c'est l'OCP qui a décidé du transfert ; on peut supposer que Murphy a accepté cette mutation sans en connaitre les détails car elle tombait justement au moment où il voulait quitter Cable).

Après que John Cable (également devenu un RoboCop à partir du 2e épisode) lui a porté un coup à l'arrière du crâne, RoboCop découvre que son cerveau est redevenu celui d'Alex Murphy. Pourtant il annonce à son fils, James Murphy (devenu un dirigeant de l'OCP et qui a démissionné) qu'il continuerait d'appliquer les directives prioritaires mais que désormais il le ferait par choix.

Séries téléviséesModifier

Prises de vues réelles
Animation

ComicsModifier

Jeux vidéoModifier

RomansModifier

Jeux de sociétéModifier

  • 1988 : RoboCop VCR Game, jeu de société édité par Spinnaker.
Le but du jeu est d'être le premier à faire quatre arrestations et à retourner au commissariat de police.
  • 1989 : RoboCop: Ultra Police, jeu de société édité par Parker Brothers.
Le but du jeu est de capturer les voyous, collectionner les médailles de l'ultra héros et la plupart des cartes pour gagner la partie[39].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « RoboCop » (voir la liste des auteurs).
  1. a et b « Omni Consumer Product » en version originale, soit l'« Omni cartel des produits » en version française.
  2. « Enforcer Droid 209 » en VO ; en français « Droide Défenseur de l'Autorité 209 », mais traduit dans le film par « Écho Dépisteur », pour garder les initiales E.D.
  3. On entendra un scientifique présent dans la pièce dire que le robot n'a pas entendu l'arme toucher le sol, à cause de la moquette.

RéférencesModifier

  1. a et b (en) Société de Production / Sociétés de distribution sur l’Internet Movie Database (consulté le 15 juin 2020).
  2. Box-office du film RoboCop sur le site The Numbers : www.the-numbers.com.
  3. (en) Spécifications techniques sur l’Internet Movie Database (consulté le 15 juin 2020).
  4. (en) Dates de sortie sur l’Internet Movie Database (consulté le 14 juin 2020).
  5. (en) Parents Guide sur l’Internet Movie Database (consulté le 14 juin 2020).
  6. « Visa et Classification - Fiche œuvre RoboCop », sur CNC (consulté le ).
  7. a b c d e f et g « Secrets de tournage », sur AlloCiné.fr (consulté le )
  8. a b c d e f g h i j k l m n o et p (en) Anecdotes sur l’Internet Movie Database
  9. a b c d e et f « RoboCop de Paul Verhoeven : la réalité en pleine figure », Thomas Baurez, L'Express.fr, 6 février 2014 (consulté le 20 janvier 2017).
  10. Laurent Djian, « Paul Verhoeven - Le Grand entretien », Studio Ciné Live no 79,‎ , p. 12.
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  12. (en) Pittsburg Press
  13. (en) Locations sur l’Internet Movie Database
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  15. a et b (en) « RoboCop (1987) Reviews », sur Metacritic.com (consulté le ).
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  17. (en) RoboCop sur Box Office Mojo.
  18. RoboCop sur JP‘s Box-Office.
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  29. « OCP 6000 SUX : "Big is back. Because bigger is better" », Paul Clément-Collin, carjager.com, 30 novembre 2014.
  30. (en) « The Story Behind That Richard Nixon-RoboCop Photo », Brian Abrams, Mentalfloss.com, 8 août 2015.
  31. (en) « Detroit Needs A Statue of Robocop! », Kickstarter.com (consulté le 20 janvier 2017).
  32. (en) « A giant RoboCop statue will tower over Detroit thanks to a 5-year-old Kickstarter campaign », Rafi Letzter, Businessinsider.fr, 22 février 2016.
  33. « La statue de Robocop de Detroit sera installée au printemps 2018 », sur syfantasy.fr (consulté le )
  34. (en) « RoboCop statue to debut in Detroit spring 2018 », Stephanie Steinberg, The Detroit News.com, 29 septembre 2017.
  35. (en) « RoboCop's statue finds permanent home at Michigan Science Center », Detroit Free Press,‎ (lire en ligne).
  36. a et b De nouvelles informations sur le remake de RoboCop
  37. « RoboCop : une suite du premier film est en préparation » sur Allocine.fr, consulté le 23 janvier 2018.
  38. « Robocop Returns : Neill Blomkamp veut le Robocop original dans son film », sur Écran large, (consulté le )
  39. (en) « Robocop: Ultra Police (1989) », boardgamegeek.com (consulté le 27 octobre 2019).

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier